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Châteaux de sable [Ambrose]

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Jeu 4 Juin - 17:44

Tonton officiel de l'Ordre
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Occupation : Chercheur en tout.
Nour Alizadeh

Nour Alizadeh
Au bout de combien de temps est-ce qu'on cesse d'espérer ? Combien faut-il de fausses routes, de pistes froides, de cul de sacs pour qu'on se dise, un jour, qu'il est temps de renoncer ?

Au rythme cahoté de la route, Nour s'abîme dans ses pensées son regard se perd, au loin, dans l'immensité aride qui défile sans rien révéler des kilomètres que la jeep avale en crachotant dans la poussière. Les lointains tremblent sous la chaleur, tout se mélange à l'horizon où on ne sait plus ce qui est du ciel, ce qui est du sol, comme si la voussure de l'azur finissait par s'effriter elle aussi, vaincue par la soif et la sécheresse.

Combien faut-il de désillusions, pour venir à bout de ce chiendent qui pousse et prend racine dans le cœur des endeuillés ?

Dans le brouillard incandescent qui couve à perte de vue, le regard se noie, l'esprit se perd. Les souvenirs remontent, puisés à la source très profonde d'où naissent les langueurs et le long frisson de la nostalgie. C'était il y a longtemps, comme dans une autre vie : c'était un jour comme celui-là, quinze ou vingt avant auparavant, sur la piste d'une bête des sables qui avait décimé tout un campement, avec le même décor, la même odeur sourde de poussière qui envahissait le nez malgré les chèches et les écharpes entortillées en turbans autour du front piqueté d'une sueur acide. Par-dessus le vrombissement du moteur, les voix s'entremêlaient et reprenaient en chœur, dans un arabe hésitant, le refrain nasillard que l'autoradio hurlait à tue-tête.

On frappait dans ses mains en rythme, et le chauffeur riait sous sa moustache énorme alors que les roues mangeaient la piste lancée comme un trait de crayon sur la toile vierge de l'erg. Ils étaient quatre, cette fois-là, trois tassés sur la banquette arrière et Nour à l'avant qui jouissait d'un peu plus d'espace que les autres et en profitait pour s'asseoir de travers, ses longues jambes de criquet ramenées contre lui.

Et maintenant ? Maintenant, il n'y a plus que Nour qui dodeline du chef dans le silence. Il n'y a plus de musique, il n'y a plus personne pour rire et chanter avec lui, mais c'est dans l'espoir de savoir ce qu'il est advenu d'une de ces voix que le vieux chasseur s'égare en plein Sahara. C'est presque rien, peut-être, juste une rumeur, à peine aussi durable et perceptible que les traces de pas dans le sable qui s'effacent sous la poussée inlassable du vent. Mais une trace, c'est toujours mieux que rien, des bribes de nouvelles, c'est toujours mieux que le silence, et la poussière d'os vaut mieux que le vide d'un cercueil. Et après des années passées à renoncer, reprendre, et se décourager encore, Nour se demande toujours ce qui le pousse à faire des détours comme celui-là, juste pour être sûr de ne rien négliger.

La vérité, sans doute, c'est qu'il espère encore une réponse. ça fait longtemps qu'il a fait son deuil d'Olivia : elle est morte, et rien ne sera jamais en mesure de la ramener, mais cela ne suffit pas. La mort, c'est une chose, l'ignorance en est une autre, insupportable, bien plus longue à perdre son poison et son mordant logé jusqu'au fond du ventre. Ne pas savoir, pour celui qui sait tant de choses, est une épine fichée dans l'âme, le rappel de sa propre vanité. Il n'est rien face à l'obscurité du monde qui mange, mange et dévore sans rien laisser en prise aux souvenirs, à la mémoire, aux certitudes.

Alors le voilà, lancé à pleine vitesse dans un erg algérien pour rejoindre un campement de nomades, à quelques heures de route de la ville la plus proche. La soif qui le dessèche du dedans n'est rien comparée à ce qui lui grignote l'esprit quand il repense aux heures plus heureuses, inconscientes de leur fragilité, qui se superposent à son regard pour repeupler le vide de silhouettes à demi effacées. Il espère l'eau, il espère la réponse : deux manières d'apaiser la brûlure, de combler le vide dans le ventre et dans le cœur, dispensé par des mains, par des voix parcimonieuses.
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Ven 19 Juin - 22:03

Sometimes, it is necessary to makes sacrifices of ourselves
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Ambrose Meriwether

Ambrose Meriwether
DES FIGURINES DE TOI
pour mieux jouer dans le sable de nos rêves d'enfants

HEARTBEAT TWENTY.

-


Les sorcières qu'il a croisé à Londres, celles-là même auxquelles il a dérobé leur idole - une planche d'encens auréolée de néant -, lui ont susurré, avant de constater sa bavure, que les remous des noms de certaines vieilles familles se faisaient encore ressentir. Au détour d'une fenêtre entrouverte et de phalanges baladeuses, leurs lèvres se sont closes sur des propos embués.  Elles l'ont orienté sur un autre continent, lui indiquant les environs de Djanet comme une destination fortuite, le sommant murmurer ses désirs contre la fumée enchantée.

Et c'est stupide, c'est idiot, mais le nom de Clairbois est devenu une malédiction gravé contre sa gorge, intimant une étape prochaine à sa chasse aux fantômes. Ses souhaits sont restés figés contre sa langue, des secrets mortifères ne parvenant pas à s'étendre au-delà du sanctuaire de son corps. Olivia est ce rêve empreint d'incertitude, cette convoitise sournoise. Il ne sait pas ce qu'il fera le jour où il la retrouvera; envisage mal des explications ou le rétablissement d'une relation depuis longtemps éteinte. Il ne sait point et ses idées se dressent pathétiquement comme de simples châteaux de sable informes qui s'étiolent au gré de sa sentimentalité.  

Une part de lui songe que cet amour irrégulier, qui plisse les contours rabougris de son cœur et qu'il dissémine aux quatre vents, émane peut-être du souvenir qui tisse la chair d'Olivia contre la sienne en ce parfait tombeau de ce qu'il était et qu'il ne sera plus jamais. Un mémorandum abject à ces visages abandonnés derrières, à Viviann, à Avery. À ces morceaux de douleur qu'il éparpille à contre-sens du temps pour que personne ne reconstruise jamais le puzzle de son âme.

Il ne sait pas pourquoi il la cherche, pourquoi il s'accroche, la plupart du temps, mais Ambrose, pour toutes ses bévues, n'a jamais cessé de croire en ce concept absurde qu'est la chance. Et les soupirs que les sorcières ont maniés contre sa peau ont suffit à attiser son impulsivité, étincelle ravivant une flammèche qu'il se targue trop souvent d'éteindre.

Il a donc passé les derniers jours à s'enflammer contre le relief de cette nouvelle piste et, après avoir remonté les contours du désert, a tissé son logis temporaire au sein d'un campement de nomades. Le soleil a plongé sous l'horizon, destituant les environs de son joug aveuglant, et autour d'un arabe qu'il apprécie pouvoir revisiter, Ambrose s'est gagné un coin de tranquillité pour feuilleter ses cartes et arpenter les légendes locales. Olivia ne serait pas venue ici par hasard.

C'est donc emmitouflé dans ses vêtements clairs, pestant à demi contre la fraicheur s'installant et guettant l'arrivée impromptue d'une jeep vrombissante, qu'il trace du doigt les zones porteuses de mythes susceptibles d'avoir piqué la curiosité d'Olivia.

Il songe à son rire, à cette bourrasque sonore dentelée de soleil qui siège dans la cour des intemporels. Contrairement aux traits de son visage et à la vivacité de son langage corporel, son rire ne s'émousse pas, toujours aussi clair, lui semble-t-il, que la dernière fois qu'il l'a entendu. C'était il y a presque trente ans, à une époque moins libre, plus frivole.  À une période où on construisait mieux qu'on oubliait.

La jeep s'arrête à l'intérieur du campement et Ambrose relève la tête, mèches folles lui tombant devant les yeux, pour scruter les nouveaux arrivants et pour s'imposer une pause momentanée de sa besogne.

De sa recherche d'une trace, d'un écho.



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Sam 20 Juin - 11:59

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Nour Alizadeh

Nour Alizadeh
Le dernier tronçon de route se fait dans le soir qui tombe sur le désert. Ce sont les moments que Nour préfère, ces interstice glissés entre la nuit et le jour : ces heures, juste avant le lever de la lune, quand elle laisse plein champ aux étoiles, tellement d'étoiles ! Il se tord le cou pour attraper du regard les morceaux de ciel qui flottent comme des draperies sur les dunes immobiles, maintenant que le vent s'est tu. La pleine noirceur, il ne la trouve qu'ici, rendue à sa beauté primordiale. La seule, la vraie nuit, la plus pure et la plus absolue.

Un moment encore, la jeep écrase les cailloux et la poussière en dodelinant jusqu'à la minuscule oasis où les touaregs ont élevé leur campement ce soir-là. Le double faisceau des phares perce la nuit opaque, souligne les aspérités du terrain et dessine des formes, des ombres qui s'évanouissent au passage, trop fugaces pour être captées autrement que du coin de l’œil et loin, loin au dessus d'eux, les astres éclatants éclaboussent la nuit. Bientôt, des tentes longues et basses, quelques feux, les enclos sommaires où les chèvres et les chameaux font des monticules sombres dessinent un paysage familier au voyageur qui a usé bien trop de semelles dans les aridités de ces régions. La voiture s'arrête à bonne distance pour ne pas agiter inutilement les bêtes et le temps que les deux hommes descendent en secouant leurs articulations roides, un petit groupe munis de lampes s'avance vers eux pour les accueillir, saluer, faire les présentations et décharger les provisions ramenées de Djanet. Les clartés brèves secouent des ombres profondes sur des visages intrigués, polis, avenants : Nour échange quelques mots et des poignées de main quand on échange des noms et de franches salutations cordiales. C'est qu'on voit peu de monde sur ces routes désertes et que les étrangers sont rares, alors, quand il s'en trouve deux à la fois pour échouer au milieu de nulle part, la suprise est notable.

Très vite, alors que le petit groupe le remorque vers le camp, Nour apprend qu'il n'est pas le seul à s'être aventuré aussi loin à la recherche de quelque chose : la coïncidence est curieuse mais l'étonne pas tout à fait parce qu'après tout, la vie tumultueuse d'Olivia a laissé dans son sillage beaucoup de gens susceptibles de ne pas se satisfaire de la nouvelle de sa disparition. Mais le voilà qui s'interroge, tout de même, et pendant qu'on l'invite à s'asseoir, quelqu'un lui désigne de l'index l'homme qui s'est assis un peu à l'écart des autres et qui a guetté comme les autres l'arrivée de la jeep.

Au début, parce qu'il est loin, parce qu'il est tard, parce que la lumière se fait rare et danse de curieuse manière pour transformer chaque visage en masque difficile à discerner, Nour se tourne, observe, et ses yeux glissent sur la silhouette sans s'y accrocher. Il se détourne, lui-même engoncé dans les replis de son chèche frileusement enroulé autour de ses épaules et jusqu'à ses joues, jusqu'à presque rejoindre le bord d'une casquette enfoncée sur son crâne. Pendant un long moment, il discute et on lui met dans les mains un gobelet de thé brûlant qu'il garde avec délices dans le creux de ses vieilles paumes. La conversation revient à l'autre étranger -un anglais, lui-dit-on- dont le nom ne lui évoque rien, et il tient sa curiosité en laisse le temps de sacrifier aux politesses d'usage et de partager la boisson et l'hospitalité avec les gens qui l'accueillent.

Au bout d'un long moment, les civilités étant suffisamment respectées, Nour ne peut s'empêcher de vouloir savoir. C'est comme ça, fieffé curieux, toujours mené par le bout du nez par ce qui lui titille le cerveau. Il se lève, deux tasses fumantes dans les mains, et s'approche sans se presser ni sans chercher à être discret pour laisser le temps à son interlocuteur de prendre conscience de sa présence.

- Salam, lâche-il avec un sourire cordial. On m'a demandé de vous apporter de quoi vous réchauffer. Il paraît qu'on est sur la même piste, vous et moi ?

Il s'accroupit pour tendre le gobelet et, ce faisant, le regard perce sous la visière pour aller fouiller le visage de l'homme face à lui. Nour ne sait pas exactement à quoi il s'attendait, ni à qui : peut-être un visage familier, oui, mais certainement pas celui-là, et certainement pas aussi identique à son souvenir. Là, l'esprit s'emmêle et la mémoire se prend les pieds dans le tapis. Le geste se fige, les sourcils se froncent, et puis le nom remonte comme une bulle à travers les eaux troubles des souvenirs pour éclore dans une bouche qui peine encore à croire ce qu'elle prononce.

- Avery ?

Des semaines sur la trace d'un fantôme, et en voilà un autre qui ressurgit, de plus loin encore, beaucoup plus loin, à demi effacé.
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Dim 21 Juin - 14:40

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Ambrose Meriwether

Ambrose Meriwether

Il a guetté l'arrivée de la jeep, débarquée dans cet amas de poussière s'étant éparpillée dans le manteau de la nuit, a épié les mouvements du nouvel arrivant, les marques de politesses chaleureuses lui valant denrées et sourires, un petit moment avant de s'en désintéresser. Repenchant la tête sur ses notes, réprimant une curiosité au profit de l'avancée d'une autre. Un trait rouge a claudiqué le long de sa carte, ciblant quelques champs de possibles, quelques endroits où Olivia aurait pu juger bon d'aller valdinguer.

Lorsqu'on l'approche, il ne s'en formalise pas immédiatement, relevant doucement les yeux pour accueillir le contact, l'hospitalité. Il retourne les salutations cordiales lorsqu'on s'accroupit, lorsqu'on lui tend une tasse. Il sourit de par-dessous le textile qui protège son visage.

Puis.

Avery.

Ça explose entre ses tempes, ça gicle, ça fuse, en un soubresaut mal-contrôlé qui le pousse dans une position accroupie, miroir à celle de l'autre. Ses doigts ont lâché sa carte de la région et se sont posés, en prévention à une catastrophe, sur le pommeau de la dague - sa plume de lammasu - cachée dans son ceinturon. Il est, trop impulsivement, prêt à bondir, prêt à étrangler, à taire.

Avant même d'avoir pris le temps de poser des questions, il veut éradiquer cette présence qui a su prononcer son prénom. Avery est cette blague aguicheuse pendue entre les lèvres de Sandro lorsque personne n'est en mesure de les entendre, Avery est ce fléau de déceptions qu'il a enterré près des ailes de Tiamat. Avery, Avery, pour toute sa douceur et son ingénuité, est mort.

Et son fantôme s'étiole contre le relief de l'absence d'Olivia.

Il saisi la lanterne qui est tombée lorsqu'il s'est redressé, laissant des jeux d'ombres oniriques onduler contre sa peau. L'autre, son visage à moitié dévoré par la noirceur, ne lui évoque rien et, là où Ambrose n'a pas oublié la manière dont le passage des années gruge la vitalité des individus normaux, il espère sincèrement avoir été heurté par une coïncidence sordide. En trente ans, il croyait, presque naïvement, que tous les vestiges de son passé aient pu parvenir à être enterrés. Son passage, presque sans anicroche, dans les rangs des chevaliers de l'Aube lui a permis de se vautrer dans les eaux d'un sentiment d'invisibilité, d'invincibilité, comme si, Avery ne partageait pas ses traits, son histoire, et ne pouvait pas être reconnu.

C'est au beau milieu d'un foutu désert qu'on le rattrape.

" I have many names, but I'm afraid this is not one of them.", crache-t-il fiévreusement, ses phalanges tressautant sur son arme. C'est une rassurance bancale puisque, à moins que l'autre se soit approché avec l'intention de lui causer préjudice, la lame ne tracera aucune lacération sur sa peau.

Il redépose la lanterne pour libérer l'une de ses mains et ranger - dissimuler - la carte et les notes  disposée devant lui. L'autre a mentionné renifler la même piste et Ambrose claudique encore contre les implications sous-jacentes à cette déclaration. Plusieurs ennemis ont fleuris dans le sillage de ses aventures et là ou il ne se montre probablement jamais assez prudent, il n'est jamais trop tard pour s'améliorer.

Il est aussi possible, voir très probable, qu'il ne soit pas le seul idiot entiché à la poursuite d'une dame plus grande que la vie rocambolesque qu'elle a mené.

Il relève le menton, harponnant le faciès de l'autre à la recherche d'une réponse. Le timbre de la voix, la douceur dans les yeux, tout cela devait-il lui être familier ? Les divinations encensées des sorcières londoniennes ne l'ont elles pas aiguiller vers le chemin d'Olivia, mais bien vers un autre vestige du passé ?

" And who might you be ? "

Il choisi de rester là, de laisser libre cour aux explications, de toiser ce reflet inattendu d'un être pourchassant ce qui n'existe plus en attente d'une familiarité qui ne l'étouffe pas encore.




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Dim 21 Juin - 16:02

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Nour Alizadeh

Nour Alizadeh
Le nom lui a presque échappé, avec surprise, et visiblement l'autre non plus ne s'attendait pas à l'entendre. Nour était peut-être un peu sur ses gardes, jusque-là, mais ce tacle vicieux du destin, en plein dans le fond de la mémoire, le laisse presque désemparé. L'autre se meut avec la vivacité d'une vipère courroucée et porte la main là où Nour est certain de voir surgir une arme sans savoir la forme qu'elle aura. Il se fige, quand la voix le gifle de toute sa férocité rentrée, quand elle siffle et qu'elle feule, puis il dépose, lentement, très lentement, les deux tasses devant lui dans le sable. Le silence s'étire, se tend, se hérisse de la même hostilité pleine de crocs sortis.

Nour, toujours accroupi, lève les mains bien en évidence, les paumes ouvertes. Du même geste lent, celui qu'on aurait en approchant une bête aux abois, il tire sur le bord de son keffieh pour dégager son visage que la lumière de la lampe, filtrant par en-dessous, révèle enfin pleinement. La lueur rasante creuse des rides, des gouffres, tout un paysage peut-être méconnaissable à vingt et quelques années de distance ; pourtant les yeux tombants et leurs paupières lourdes, les longs cils et les prunelles très noires sont toujours les mêmes, après tout ce temps, ils ont toujours la même douceur, quand bien même elle s'est érodée d'infiniment plus de mélancolie. Il scrute le visage qui lui fait face, et sa mémoire remue et convulse pour cracher les images d'un autre, si semblable, et pourtant si différent : il se souvient d'un sourire, du son de la voix. Les traits ont peut-être perdu de leur netteté dans son esprit, après tout ce temps passé sans penser à lui, mais maintenant qu'il les a, ou croit les avoir devant lui, voilà que tout se réveille et qu'il se rappelle, oui, il se rappelle, et il en mettrait la main au feu tout en se demandant s'il ne fait pas erreur.

- Je crois qu'il y a méprise,
lâche-il enfin en feignant un sourire calme. Je m'appelle Nour. Nour Alizadeh.

Ses yeux, pourtant, sont vigilants et percent dans les orbites profondes pour ne pas lâcher du regard la main embusquée.

- Je me trompe peut-être, ça serait pas la première fois, mais j'ai cru reconnaître un vieil ami.


Il sourit et il y a dans son expression, lorsqu'il prononce ces derniers mots, une inflexion profonde, une vibration superposée à la mélodie de sa voix qui coule un anglais marqué par son fort accent.

L'homme n'aurait pas réagi si violemment, si ce nom ne lui évoquait rien, si c'était celui d'un autre dont il ne sait rien. Non sans tristesse, ceci ne fait que confirmer un peu plus les doutes du vieux savant : ces traces trop bien effacées, cette piste qui mène au néant et à la disparition complète de l'homme qu'il avait connu sous le nom d'Avery n'avait jamais pu signifier qu'une seule chose. Il était mort, d'une certaine manière, il s'était tué lui-même en laissant derrière lui tout ce qui pouvait subsister de son ancienne vie. Il avait tourné le dos à tout, à tout le monde, et il était parti : d'une certaine façon, c'était encore pire, ce rejet conscient et calculé, minutieux, presque maniaque.

Il y a quelque chose de profondément dérangeant dans la jeunesse de ce visage qui semble habité par quelqu'un d'autre. Nour sait qu'ils ont le même âge, peu ou prou ; il sait à quoi Avery devrait ressembler et tout ceci ajoute encore à la surprise, parce qu'on ne s'attend vraiment jamais à revoir des vieilles connaissances sans qu'elles n'aient pris une ride. Alors, tout bien pesé, sa réaction n'est plus si étonnante : Nour est à cet instant tout ce que Avery a cherché à faire disparaître avec tant de soin.

Et merde.
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Sam 27 Juin - 18:37

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Ambrose Meriwether

Ambrose Meriwether

La contenance d'une branche d'olivier, la douceur de l'eau sous les pieds. Le grain de ses souvenirs est  trouble, mais son regard filtre sans cesse vers des yeux sombres qui, malgré son dédain à y déceler une moindre familiarité, viennent chatouiller le fil de sa mémoire. Les tasses ont été déposées contre le sable et l'homme - l'homme qui chasse la même piste que la sienne, qui traque possiblement Olivia de par le revers des dunes - est ce drapeau blanc qui découvre ses paumes en guise d'approche.

Il est précautionneux et mesuré, si bien qu'Ambrose a l'impression d'être ce prédateur, babines retroussées, qui feule un avertissement dangereux sous lequel on ne peut que ployer. Cela ne le rend que plus conscient de la vivacité de sa réaction, de la flamme fumante que son ancien prénom a allumé contre ses prunelles.  Maladroit qu'il s'est montré, il ne croit pas - comment le pourrait-il - avoir dupé qui que ce soit.

Avery est bien vivant, sous le tissu et  les années, et Ambrose se targue de remédier à la situation. S'agit d'un meurtre constant qu'est le déni par l'évolution.

Ce n'est que lorsque l'autre abaisse son keffieh qu'il réalise l'ampleur des dégâts. Il lui faut un moment, puis deux, un amoncellement de secondes trop lourdes contre ses tempes, avant de réaliser, avant de réellement comprendre. Il scrute un visage n'étant pas suffisamment méconnu, ses doigts tremblant du désir de toucher. Cet homme, si les ruines du passé savent encore dire vrai, ne s'avère probablement pas être un assassin ou un voleur. Il n'oublie jamais le joug que le temps exerce sur autrui, mais il ne peut s'empêcher de se surprendre lorsque confronté à un portrait si évidemment... différent.

Son cœur tressaute dans sa poitrine.

Nour, comme tous les vestiges d'une existence qu'il ne mentalise plus, a tellement changé.

Tellement, tellement changé.

La poigne qu'Ambrose exerce sur son arme se relaxe, doigts glissant le long du pommeau et retombant contre sa cuisse. Il n'écarte pas la possibilité d'un subterfuge, mais, à vrai dire, la motivation n'y est plus. De la salive lui bloque la gorge et il lui semble avoir oublié comment avaler.

Les émotions trop vives sont ces idioties qu'il n'a jamais vraiment su commenter gérer.

Et...

De tous ceux qu'il a laissé derrière, cette parade d'individus ayant rayonné dans le sillage de l'existence de Viviann Wynters, Nour avait compté parmi ceux qu'il avait le plus activement cherché à fuir. Ce besoin s'était cristallisé à la suite de son pacte avec Tiamat, lorsque, brodé à même son âme, la mère démoniaque, avait modifié son existence à jamais. Il les avait tous tué, ces glorieux compagnons, les  avait tous massacré quelque part entre ses synapses, comme si chacun d'entre eux était morts le jour où l'on avait enterré sa mère.

C'est probablement pour cela qu'il n'avait jamais cherché à contacter Olivia avant de la craindre éteinte.

" Je... ", commence-t-il en arabe avant de se raviser.

Viviann, durant sa jeunesse, l'avait porté au gré de tant d'aventures ayant, en leur cœur, des êtres souvent aussi atypiques qu'elle se voulait l'être et qu'elle espérait qu'Avery devienne. Au centre de certaines de ces histoires rocambolesques s'était logé le faciès plus lisse, plus souriant, de Nour. Il ne se rappelle plus ces jours là assez bien pour entendre des sons autres que le rire d'Olivia, pas assez bien pour en respirer les odeurs, mais les vibrations sous ses paumes et le vent dans ses cheveux sont ces marques d'intemporalité fleurissantes.

Les sourires d'antan oscillent sur l'écume de sa conscience et il se dit, comme un murmure au fond de son esprit orageux, que Nour n'est assurément plus le même gamin qu'autrefois.

" I don't think the one you're looking for is around anymore. ", susurre-t-il délicatement.

Il récupère, presque cérémonieusement, l'une des tasses préalablement tendue, et soufflant la vapeur qui s'en dégage, la porte à ses lèvres.  Le goût du thé vert est plus sucré que ce qu'il apprécie, mais la chaleur diffusée dans son organisme est cet apaisement auquel il désire s'accrocher. Plus concret, plus facile.

Il baisse les yeux et n'ose pas les relever. Une faiblesse latente gruge sa contenance habituelle et il patauge, pantois, dans des ossements qu'il aurait mieux valu réduire en poussière. Il se sent davantage comme Avery que comme Ambrose et cela lui est insupportable.

Pourtant, il marmonne, il babille, est les mots chutent hors de ses lèvres emplis d'hésitation.

" But it's.. "

" It's good to meet you. ", marmonne-t-il d'un ton mal assuré, mordillant le rebord de sa tasse.

Il inspire et relève ses prunelles, mais ses yeux vont et viennent sur Nour sans, avoir la force de s'arrêter, de confronter.

" You said we're on the same trail ? What exactly does that entail ? "




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Sam 27 Juin - 19:20

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Nour Alizadeh

Nour Alizadeh
Nour n'a pas bougé, suspendu à la réaction de l'homme qu'il n'ose plus vraiment appeler son ami, parce que qu'est-ce qui peut encore les réunir, ces deux là, par-delà trop de pertes et trop de deuils ? Avery s'est enfui et a tout enfoui, volontairement, alors, à quoi bon le reste ? Mais finalement, il hésite, et Nour sent son souffle se rompre au fond de lui parce qu'il a beau se dire que son ami s'est lui-même aboli et a voulu tout effacer, il est encore là. Il le voit, devant lui, il retrouve le visage identique à celui de ses souvenirs qui s'éveillent et se ravivent, comme s'ils retrouvaient leurs couleurs. Un espoir perce, s'accroche à l'hésitation infime, à ce moment de bascule où tout s'immobilise.

Et puis, Avery parle, et le souffle lui revient mais c'est un soupir profond comme une vague qui submerge sa bouche emplie d'un chagrin qui ne dira plus son nom, pour ce soir. Le regard est triste, sous la paupière, mais il est calme encore parce que Nour sait déjà que tout est consommé, ainsi soit-il.


"I don't think the one you're looking for is around anymore."


La poitrine se gonfle, et sans doute qu'il y a bien des choses à répondre à ceci : l'esprit du savant se rebelle et hurle qu'il est encore là, qu'il a encore ces yeux, ce visage, cette voix dont il se souvient, mais à quoi bon ? C'est un mirage. Il ne peut le saisir, c'est juste une illusion qui lui fissure le cœur, parce qu'il aurait bien voulu pouvoir, juste une fois, faire la nique à la camarde qui lui a pris trop de proches, trop d'amis, trop de gens chers à son cœur qui pourrissent maintenant six pieds sous terre. Juste une fois, une bonne nouvelle, un retour heureux, les retrouvailles, comme à la fin des belles histoires où après tant de péripéties, on retrouve un amour perdu ou un compagnon égaré : mais rien, rien de cela, les histoires sont des histoires et les contes qui finissent bien, eh bien, ce ne sont que des contes, un peu de sucre pour faire passer l'amertume du réel.

Il baisse les yeux, prend à son tour la tasse entre ses paumes, fait tournoyer le liquide brûlant qui lui réchauffe les paumes, et regarde combien les siennes sont marquées par les années. Trop de temps s'est écoulé et il ne sait même plus s'il voudrait pardonner, s'il le fallait. Mais encore faudrait-il qu'Avery le veuille. Et encore, cela suffirait-il ? Pour autant, il n'y a pas de rancœur dans ses yeux, ni dans la voix toute douce qui s'élève, grave et mélodieuse, comme elle l'a toujours été.

- Je comprends, dit-il. J'ai fini par m'y faire, avec le temps.

La gorge se serre. Il sait. Il sait qu'il regarde le visage d'un homme mort, et qui le restera, obstinément.

- Comme je disais -il esquisse un sourire, un de ces sourires remplis de mélancolie qui lui donne une beauté grave de vieux prophète- il m'arrive parfois de faire erreur. Puisque je me trompe de nom, comment dois-je t'appeler ?

Une gorgée. C'est quoi, le proverbe, déjà ? Amère comme la vie, douce comme l'amour, suave comme la mort. Il sourit mais ne répond pas ensuite, parce que Nour est un être franc et qu'il n'aime pas mentir : à cet instant, ce serait mentir que de dire qu'il est bon de le voir, qu'il est heureux qu'Avery soit là. Dans sa bouche, le chagrin et la joie, le tanin et le sucre se mêlent trop étroitement pour les distinguer, ils se font mentir l'un l'autre et tout se brise, un tout petit peu.

Un soupir balaie le reste. Il tire de sa poche une roulée un peu flétrie, l'allume et souffle un nuage de fumée qui s'élève dans l'air froid et immobile : le bref éclat de la flamme qui claque sur le briquet entre ses mains en coupe détache nettement les traits de son visage, les arêtes et les fissures, le paysage aride de celui qui se dessèche, bien plus qu'il ne vieillit. Les yeux captent la lueur, des étincelles sous les longs cils, alors qu'il fixe Avery un moment, avant de répondre.

- Un ami avait un ami, qui avait lui-même un ami, qui connaissait quelqu'un qui avait vu passer quelque chose susceptible de m'intéresser, répond-il comme il le fait parfois quand il ne veut pas tout dire, mais sans être faux non plus. J'étais de passage dans le nord pour une affaire, alors je me suis dit que ça valait la peine de pousser jusqu'ici pour vérifier.

Pendant qu'il parle, sa longue main grêle joue distraitement sur le bord de sa timbale posée dans le sable. Le point brillant de la cigarette rougeoie entre ses doigts, se ravive parfois quand il la porte à ses lèvres pour aspirer une de ces longues bouffées qui font presque rendre grâce à sa gorge. Ils se parlent comme des étrangers, un peu, mais que faire d'autre ? Le malaise d'Avery lui brise le cœur autant que sa résolution à ne pas revenir en arrière, mais la décision ne lui appartient pas, de toute manière. Tout doucement, il se fait à l'idée qu'il ne connaît pas cet homme qui lui fait face. Les espoir refluent, tout se tait.

- C'est que je suis un fieffé curieux, je n'aime pas rester dans l'ignorance. Alors, tu vois, je voudrais bien savoir ce qui est arrivé à Olivia, parce que le silence ne me satisfait pas.

Ce disant, il garde les yeux braqués sur Avery. Il y a peut-être un peu de dureté, là, mais Nour n'est pas un homme cruel, et il garde pour lui-même des mots qui auraient été trop durs, sans doute.

- Elle était sur la piste de quelque chose, et ça l'a mené ici. C'est ce que m'ont dit les hommes du camp, tout à l'heure.
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Sam 25 Juil - 20:44

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Ambrose Meriwether

Ambrose Meriwether


Nour lui apparait être cet arbre malmené par la tempête, branches claquant au rythme colérique du vent, sur lequel on peut lire le passage du temps, sur lequel on peut retrouver des souvenirs tailladés dans l'écorce. Nul doute que les années ont laissé des douzaines de gravures supplémentaires joncher sa mémoire et que certaines ont probablement été émoussées par les éléments, par toutes les catastrophes climatiques qui incombent à la vie, si bien qu'Avery n'est peut-être qu'un écho improbable à un passé qui ne rime plus à rien.

Il inspire, aspire, à l'intérieur de sa gorge, une salive qui a le goût du thé.

La mélancolie est ce sceau qui s'appuie sur leurs épidermes et que Nour porte avec plus de grâce qu'Ambrose ne pourra jamais prétendre le faire.  N'importe quel périple en territoire austère, n'importe quelle manigance mensongère lui apparaitrait plus facile à porter que le poids émotionnel de retrouvailles imparfaites teintées de trop de deuils et de non-dits. Ça lui tord la gorge, le fait bègue de ses propres circonstances, si bien qu'il a envie de se lever et de disparaître dans la nuit sans demander son reste.

Il ne sait pas ce qu'il dira à Olivia lorsqu'il la retrouvera. Il se demande si son réflexe de toujours, de se cacher, de s'esquiver, de s'isoler pour fuir les sentiments trop étouffants sera au rendez-vous. Si c'était Nour qui s'était envolé, sans laisser de trace autre qu'une femme tranchante de la teneur de Victoria, serait-ce Olivia qui se tiendrait devant lui à secouer les ambres du passé ? Il imagine que, contrairement à Nour qui les remue presque cérémonieusement, elle y aurait mis les mains quitte à se brûler.

Olivia ne l'aurait pas laissé nier, Olivia ne l'aurait pas laissé se soustraire, ne l'avait jamais fait pas même lorsqu'elle était venue en visite quelques semaines avant la mort de Viviann. Avec Olivia, les retrouvailles auraient été différentes, plus intenses, moins fuyantes. Elle ne lui aurait pas demandé son nom, n'aurait probablement pas accepté Ambrose avec autant de facilité que semblait le vouloir Nour.

C'est peut-être mieux ainsi. Elle ne lui aurait pas laissé le choix, l'aurait assouvi de son rythme foudroyant et il n'aurait pas été prêt à l'accepter. Nour qui lui demande son nom, avec cette douceur repue de tristesse, lui sied mieux.

Il hésite, toujours sans directement regarder son ami d'antan, et s'égare parmi les divers pseudonymes qui lui servent, de temps à autre, de masques avant d'opiner, nerveusement, en direction de la vérité.

" Ambrose Meriwether. ", lâche-t-il en un murmure avant de continuer avec un brin plus d'assurance. " Ambrose as in ambrosia or the food eaten by the god of the Olympus. Meriwether as in benevolent weather, sunshine and summers that oppose dreary winters. "

De Avery Wynters, emblème à une succession de mois hivernaux, à Ambrose Meriwether porteur d'une longévité magique reluisant sous le passage des mois d'été. Il s'était baptisé pour s'effacer, rampant dans les ombres jusqu'à rencontrer Sandro Valencia qui d'un détour de son génie informatique l'avait éradiqué du monde digital pour de bon. Even, cet ami conservé au fil des décennies, l'un des rares individus en position de connaître le prénom d'Avery, se moquait de temps à autre de son choix peu subtil de patronyme. Puis, concédait que de se renommer au nom de la prospérité avait pour symbolisme une arrogance louable si l'on était en mesure d'adéquatement l'assumer.

Even se moquerait de lui s'il le voyait, le toiserait d'un regard lourd de jugement. S'agit de la première fois qu'Ambrose ose presque se sentir embarrassé par le nom qui a remplacé celui que Viviann lui a donné. Il repose sa tasse dans le sable, un peu frustré, un peu désorienté.

Et ça ne fait que commencer.

Comme si toute cette pagaille sentimentale ne suffisait pas, l'ami d'un ami d'un ami que Nour mentionne en réponse à son interrogation vient saupoudrer de l'anxiété contre ses nerfs. Ce n'est pas un client rencontré à la va-vite, ce n'est pas un membre de l'Ordre trop jeune pour se rappeler de l'existence de Viviann Wynters et de son fils disparu le jour de ses funérailles, non, Nour a le potentiel d'écraser son existence sous son talon, de le révéler à l'Ordre.

À Victoria.

Il renifle, nez plissé, la fumée qui croît entre eux, dodelinant vers les cieux avec une tranquillités qui attise sa fébrilité. Les braises brillent comme des étoiles près des lèvres de Nour, creusent un peu plus les années entassées contre ses commissures.

" Sounds like you have friends in interesting places if they managed to point you all the way out here... ", lâche-t-il, nervosité et frustration se fondant l'une dans l'autre, formant une boue informe qui fait grésiller sa voix. Il dégage ses cheveux de ses yeux d'un revers de main, ses iris trop clairs se vautrant dans les tons  orangés des flammes dansantes de sa lanterne.

Il a envie de s'enterrer vivant, envie de s'arracher les cheveux et son émotivité impulsive n'a pour porte de sortie que les doigts qu'il enfonce presque rageusement dans le sable. Sa tasse se renverse sans qu'il ne s'en formalise et il ne parvient toujours pas à re-confronter Nour du regard.

"  ... could one of these friends be the Order ? ", est la question qui fuit comme un sifflement furibond et qui écrase son diaphragme durant de trop longues secondes. À ce point-ci de son histoire, plusieurs chevaliers, plusieurs consultants, en sont probablement venu à réaliser les incohérences qui parsèment l'identité houleuse de l'ex-membre de l'Ordre Ambrose Meriwether. Il suppose que si personne n'a pris le temps de toquer à la porte de Sandro pour leur demander des comptes c'est qu'il n'est pas jugé suffisamment important pour qu'on l'investigue.

Après, peu on pu constater la flagrance de son anachronisme auparavant.

Il ne veut pas être découvert, il ne veut pas craqueler le nom fier de sa mère.

" Isn't it ironic ? " demande-t-il, la gorge serrée, lorsque le nom d'Olivia s'immisce dans leur échange. Son nom est brodé dans le reliefs de reproches qui, étrangement, viennent apaiser Ambrose. Il parvient à redresser les yeux pour chercher les prunelles d'un ami trop longtemps délaissé pour pouvoir en conserver l'appellation.  " That we found each other instead of the one we are both looking for. "

Les yeux de Nour sont durs et scrutent quelque chose qu'Ambrose n'est pas certain de pouvoir donner. Avery existe peut-être encore, en morceaux, en vestiges, mais les années l'ont changé en quelqu'un d'autre. Nul doute que Nour n'est plus la même jeunesse candide qu'à l'époque et une les attentes qu'Ambrose pourrait entretenir à son égard seraient cousue à même un tissu différent que celui dont est présentement composé son homologue.

" I suppose I'm much less of a surprise. Much less nice than Olivia, yes ? "

Il sourit et ramasse la tasse évidée sans lâcher Nour des yeux.

" I was meaning to check out a few places once the sun rises. She would have been after an artefact no doubt. Are you in ? "

La mélancolie s'installe et elle a presque le même goût que les lèvres de Sandro dans ces moments où son rire ressemble à celui d'Olivia.




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Dim 26 Juil - 7:10

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Nour Alizadeh

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- Ambrose, alors, concède Nour en oscillant du chef, comme l'on admet une défaite douce-amère.

L'un dans l'autre, c'est peut-être mieux, pour effacer de sa langue le goût de ce nom ressurgi d'un passé que ni l'un ni l'autre ne veulent plus jamais évoquer. Tout est consommé, consumé, révoqué. Le temps a fait couler son lit pour les séparer tous les deux, irrémédiablement, ce qui n'a de cesse de lui briser le cœur mais voilà qu'il n'en montre guère plus que cette tristesse vague qui semble s'accrocher à ses yeux et à son visage, à chacun de ses gestes.

C'est qu'il vient d'enterrer quelqu'un de plus, après tout. Il voudrait lui dire pourtant qu'il l'a cherché, qu'Olivia l'a cherché, qu'il leur a manqué à tous, à Pierrot, à lui, aux autres. Il voudrait lui dire ce que ça a été de perdre Viviann, et de le perdre lui, coup sur coup. Ce que ça a été de courir après un fantôme tout en sachant qu'il est encore là. Il voudrait lui dire qu'il n'a jamais cru à sa mort, qu'il a toujours su qu'il se cachait quelque part et que ça lui faisait mal, au début, tellement mal, parce qu'il a toujours préféré la mort au rejet.

Mais rien. Rien de tout cela parce qu'à quoi bon ? Ambrose a fait son choix et cette pensée lui martèle le crâne pour y enfoncer un clou de cercueil.

Comme souvent, Nour sourit quand même, à travers un chagrin très digne et très calme de vieillard qui en a déjà trop vu. Il ne tremble pas, il bouge à peine et son dos courbé sur l'alcôve de lumière tracée par la lampe semble de taille à rester du même, quelque soit la tempête qui tente de le balayer et de l'enfouir dans le sable. Après tout, ce n'est pas ce fantôme qu'il est venu chercher jusqu'au milieu du désert, l'essentiel est ailleurs, le plus important n'est plus là. Quelque part, dans le geste, dans la voix, dans le regard qui se referme, on sent qu'il a déjà renoncé, d'une certaine façon. Ça lui coûte, mais peut-être moins qu'escompté.

C'est drôle, de se retrouver là, à cinquante ans révolus qu'il a traversés avec toujours la même obstination, la même patience, pour finalement s'apercevoir que parfois, parfois il n'a même plus envie de lutter. C'est ça de vieillir, alors ? Accepter parfois de renoncer, et baisser les armes ? Nour s'étonne presque de ses propres pensées, de cet élan qui lui vient du fond du ventre et qui étouffe, qui émousse toutes les émotions et toutes les sensations pour ne laisser que la grisaille saumâtre d'une peine de cœur -une de plus- qui a le goût d'une trahison. Voilà, c'est ça, il n'arrive déjà plus à lui en vouloir, et cette rancœur si vive encore un instant avant tourne déjà à presque rien. Il est déçu, blessé peut-être un peu, cela transparaît dans l'expression de ses traits fins, mais rien de plus.

Nour sait, quand il scrute le visage qui lui fait face, que peu de temps encore avant, quand Olivia était encore là pour l'infuser de la flamme de sa présence, il aurait agi tout autrement et aurait refusé cet inévitable, il aurait fouillé, cherché jusqu'aux tréfonds, il aurait creusé jusqu'à exhumer les restes de l'homme qu'il a connu. Sans le savoir, ses pensées rejoignent celles d'Ambrose quand ils pensent tous les deux à ce que leur étoile, leur astre tutélaire qui avait tant brillé, ce qu'Olivia aurait fait.

Parce que finalement, tout revient à elle. C'est pour elle qu'ils sont là, étrangers l'un à l'autre, c'est pour elle que le hasard a fait cette rencontre au creux de la nuit. C'est elle, qui est importante, c'est sur elle et son souvenir que Nour refuse encore de lâcher prise alors qu'il laisse partir, du bout des doigts, le spectre de l'homme qu'avait été Avery.

- J'ai toutes sortes d'amis, dans toutes sortes d'endroits,
répond-il avec une arrogance rieuse, tranquille, tout en rallumant sa cigarette fichée au coin de sa lèvre tordue par un malin sourire. Ils aiment la discrétion et il me coûterait de trop en dire, je ne voudrais pas troubler leur pudeur.

Les yeux noirs observent, et ils ont perdu de leur douceur. Ils ne sont plus ceux d'un ami qui regarde un être cher, ils s'écorchent à la familiarité des traits pour mieux s'y faire, pour mieux s'habituer à la douleur qu'ils causent et la laisser s'éteindre au fond de lui.

- Une surprise, ça oui. Mais après tout, quand on cherche la même chose, ce sont d'inévitables coïncidences, même dans un lieu comme celui-là.

Calme, toujours, même s'il reste aux aguets. La méfiance s'insinue, les réflexes reprennent le dessus : il scrute, il écoute, il réfléchit. De fait, il garde le silence un moment, juge et jauge en tétant son mégot qui rougeoie alors qu'il lève le nez pour ne pas brûler sa moustache.

- Voilà qui lui ressemble bien, il est vrai,
lâche-il d'un ton tranquille. Quitte à avoir fait tout ce chemin, autant vérifier par moi-même, eh ? J'en suis, deux têtes valent mieux qu'une, après tout. Je te dirai ce que je sais, et tu me dira ce que tu sais. Et puisque je suis une personne bien élevée, il va sans dire que personne ne saura que j'ai croisé un mort dans le désert.

Ces derniers mots sont presque, presque gagnés par un sursaut de dureté, comme s'il se les enfonçait lui-même au fond du cœur. Après tout, que répondre, si on le lui demandait ? Il n'a pas croisé Avery, il a croisé quelqu'un d'autre.

Avery est mort, de toute façon.
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Dim 26 Juil - 18:12

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Il se souvient.

Du siège tâché de l'avion de classe économique dans lequel il avait bondi pour fuir la maison de location de sa défunte mère. Des larmes qui avaient raturé le long de ses joues, si bien qu'une hôtesse soucieuse s'était approchée pour s'enquérir de son état.

Il se souvient de la candeur rageuse avec laquelle il a rejeté Mokonzo et de son incapacité à voir les visages familiers venus se masser aux funérailles de Viviann. Il se souvient des fleurs, des douzaines de bouquets contre lesquels il avait cherché à dissimulé ses reniflements aqueux. Ses sens grésillant avaient étouffé les bonnes intentions pour que ne demeure que le vide tonitruant du gouffre que l'absence de Vivivann creusait en lui.

Il s'était jeté tête la première, sans réfléchir à ceux qu'il laissait derrière, dans la quête de cet artefact indissociable à son évolution, désireux de compléter les desseins de sa mère peu importe le prix, désireux d'instrumentaliser son deuil, car elle n'avait jamais apprécier ses larmes. Il avait réussi, les battements de son cœur s'agençant aux cliquetis de la monte,  et le prix avait été celui de son âme.

À partir du moment où Tiamat a scellé leurs destins, un retour en arrière ne lui avait plus semblé possible. Comment aurait-il pu justifier ses actes passant d'un abandon impulsif à un pacte démoniaque ? Il n'a pas encore trouvé de réponse à cette question et les retombées de la chute du Sphinx n'ont qu'intensifier son désir d'anonymat. Viviann ne mérite pas d'être réduite aux retombées de son fils. Pas plus qu'Avery n'avait jamais mérité être enchaîné aux circonstances de sa mère.

Ambrose est mieux. Plus libre.

Si Nour a gardé une fraction de Viviann contre son cœur, nul doute que comme Olivia, que comme Ambrose lui-même, il a touché une constellation d'âmes qui ont brillé et qui se sont éteintes dans le sillage de son existence.  Il n'a pas besoin de connaître l'identité des particuliers, des amis qui respirent de leurs côtés du globe en traçant doucement -ou pas- leur quotidien, non. Il lui apparait toutefois nécessaire de savoir à quel genre d'ennemi ou client il pourrait être amené à se confronter. Nour pourrait révéler de l'information, pianoter sur les reliefs anachroniques de sa présence.

Ambrose sait devoir se montrer prudent, méfiant, mais ne sait pas combien de temps il tiendra avant que son impulsivité flambe les sables dans lesquels ils pataugent. Les paroles de Nour ont maintenant cette saveur cordiale qui dissone avec ses intonations précédentes et il a pour réflexe de vouloir les incendier.

Ce qui est ironique concernant que personne ne l'a forcé à rejeter la recognition de Nour.

" I suppose that's fair. ", lâche-t-il à la place des vociférations creuses qui se massent contre sa langue et qui n'auraient pour utilité que de contredire ses précédents propos. Il laisse Nour agréer à la surprise de la plus morne des manières, le laisse aborder la prémisses d'un échange équivalent qui se solde dans la promesse d'un silence. Les minutes filent au rythme des battement de ses alvéoles internes et il les perds dans la tranquillité maîtrisée que choisi d'exhiber Nour.

Éventuellement, il incline la tête et se redresse, debout dans la poussière avoisinant Djanet. Ses prunelles viennent toiser la forme courbée de Nour, affaissée par le poids du temps, par le poids des expériences. Ambrose y contemple un miroir tortueux dans lequel il ne peut se résoudre à voir de la faiblesse.

Les émotions cavalent contre ses tempes, contradictoires, mouillées d'émoi. Il choisi, pour le moment, de ne point les laisser transparaître, de garder son visage lisse - ou presque - pour mieux l'opposer à celui de son homologue. Il tourne sa tasse de thé vide entre les doigts de sa main gauche et ses lèvres s'entrouvrent sur des remerciements au goût de superflu.

" I am grateful for you discretion. I hope it will prove truthful. "

Ses doigts tranchent avec la placidité de sa réponse et viennent saisir le mégot qui trace sa mort jusque contre la pilosité de Nour. Ses phalanges effleurent des lèvres dans un contact sur lequel son esprit ne s'attarde que trop. La braise est chaude contre ses mains, mais ce n'est rien qu'une potion ne peut arranger.

" Let's take this discussion inside my tent if you don't mind. I don't want your smoke near it. ", siffle-t-il, peu avenant, écrasant les dernières traces du roulé contre les parois de sa tasse. Il récupère ses affaires - notes, lanternes et autres facéties -, puis tourne les talons pour se diriger vers une tente dans laquelle il pénètre sans hâte. L'intérieur est un brin plus grand que ce que l'extérieur pourrait laisser croire et de nombreux enchantements se font la cour à même les mailles des matériaux qui la tisse. Des cristaux de couleurs vairées teintent le lieu d'une lumière diffuse et douce. Ici, aucune oreille indiscrète n'aura la possibilité de profiter de leur conversation.

Il attrape son téléphone, se prélassant dans les effluves magiques qu'il s'est chargé d'y mêlé, et compose le numéro de son partenaire de la dernière décennie. Ses épaules se relâchent et il dépose la tasse sale sur une tabouret en bois, s'accordant une expiration lorsque la boîte de messagerie de Sandro s'enclenche. Il écoute doucement le message préenregistré en attendant de pouvoir y apposer sa propre logorrhée.

Il attend que Nour le rejoigne, relance le message préenregistré au besoin, attendant de pouvoir apposer le profil de sa menace de la plus désinvolte des manières. Il y a peu d'intérêt à cacher toutes ses cartes après avoir été découvert. Sa voix est douce lorsqu'il s'adresse à Sandro, embuée des mêmes intonations qu'il a pu, par le passé, broder contre les clavicules d'Olivia ou les cheveux de Nour.

" Hey. I need you to find me everything you can on Nour Alizadeh. Don't do anything else than gather intel, I don't want them hurt or known.  Also send double rations to the bag, it seems I might have a companion for my travels. About my age. Very pretty, you would like them. "

Et si l'autre l'a suivi, il lui lance un regard entendu, puis  prend une seconde pour se heurter à l'éclat d'une familiarité ravivée par la luminosité. Des traits plus clairs, plus perçant de vérité, qui viennent lui crever le cœur. Il raccroche le combiné et le ramène à sa poche, se dévêtissent partiellement de certains des textiles l'ayant protéger des intempéries extérieures.

" Nour. "

La prononciation se fait poussiéreuse contre sa langue, alien. Le visage d'Avery n'a pas changé et ses lèvres pleines se tordent dans sa contemplation de l'autre.

" I seem to have done a very poor job at masking my identity. ", commence-t-il, la douceur desservie à Sandro ne parvenant pas tout à fait à fuir le timbre sa voix. " So, pray tell, old friend, why play possum ? Did the name 'Avery' mean so much to you that it held everything I was and could ever hope to become ? ".

Ambrose ne tient par particulièrement à partager le terrain alloué à sa recherche d'Olivia avec des faux-semblants mal-assumés. La charade est trop sordide, pas assez solide, pour qu'il veuille perdre du temps à la parfaire. Il préfère frapper dans le château de sable maintenant plutôt qu'attendre qu'il soit balayer par la tempête.

Sous-jacente à son interrogation reste, toutefois, une question qu'il me réalise pas, mais qui pointille sur son diaphragme à la manière d'une dizaine d'aiguilles.

Did you ever look for me at all ?




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Dim 26 Juil - 19:32

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- Ceux qui me connaissent savent que je suis un homme de parole, répond Nour sans le regarder, du même ton tranquille et assuré. Tu peux compter sur mon silence, je n'aurais rien à dire, de toute façon.

Le geste qui lui tire son mégot de la bouche lui arrache aussi un sursaut, vif comme une vipère, et les yeux se plissent légèrement, puis il esquisse un geste, paumes levées, en guise d'assentiment.

- Très bien.

Il le suit, avec une sorte de curiosité prudente, à quelques pas de distance : autour d'eux le campement étale des formes vagues à la lueur des feux, et il s'attendait au même attirail sommaire que celui des nomades, mais il n'en est rien. Ambrose voyage dans un confort dont il aurait à peine osé rêver et la lumière diffuse l'éblouit un instant quand il entre après lui.

Nour vient de consumer une cigarette jusqu'au filtre, mais il regrette instantanément ses bonnes manières qui le poussent à obéir à la volonté de son hôte qui ne veut pas de sa fumée chez lui. Il voudrait bien quelque chose d'assez fort pour lui brûler l'intérieur, pulvériser les scories, tout réduire en cendres et allumer un contre-feu à celui qui prend naissance là, juste là, au fond de son ventre quand il entend la douceur, si suave, que prend l'intonation d'Ambrose quand il est au téléphone. Elle le fige sur place, juste à l'entrée.

Il sait que c'est fait exprès. Il sait que c'est à dessein, il le réalise peu à peu quand il arrive à passer outre le seul son de cette voix caressante et à comprendre le sens des mots qu'il prononce : des informations. Toutes les informations, pour lui mettre, à lui aussi, le couteau sous la gorge. Mais ce n'est pas seulement la précaution nécessaire pour se protéger de quelqu'un qui en sait trop : il a quelque chose de plus, quelque chose de plus insidieux qui frappe droit dans le mille.

A défaut de fumée, à défaut de flammes et de feu, il se voit forcé de faire face, et il le fait avec tout ce qu'il peut de force quand il sent presque le reste de son corps se dérober sous lui et que, dans un grand vertige, le voilà projeté en arrière. Dans la pleine lumière, les souvenirs reviennent comme une vague qui le gifle de plein fouet. La gangue boueuse de lassitude et du deuil à son essor, de ce deuil qu'il était déjà prêt à faire pour accepter la volonté d'Ambrose vole aussitôt en éclats. Il ne comprend pas. Ambrose a voulu faire disparaître Avery, et à présent, voilà qu'il semble presque reprocher à son ancien camarade d'avoir accepté cet état de fait. Le poing se crispe, les ongles s'enfoncent dans la peau, mais la piqure dans sa paume calleuse n'arrive pas à juguler ce qui lui tord le ventre.

Nour reste longuement silencieux. Il a affronté le flot, la vague, le sinistre comme on se laisse submerger. Il est resté immobile comme une statue, droit, digne, toujours. Coriace, parce que c'est toujours Nour, ça, tenace et âpre comme une teigne, quitte à s'écorcher les doigts, à se ronger les phalanges, parce que sa fierté de vieil imbécile ne veut surtout pas céder.

Tout s'emmêle, au fond de lui. Quelque chose crie : cette douceur là, celle qu'il réserve à un autre, il la voulait pour lui, pour Olivia, pour Victoria, pour tous ceux qu'il a abandonnés, en s'abandonnant lui-même. Elle est à moi. Elle est à nous. Comment peux-tu oser aimer encore, après nous avoir laissés derrière toi ? Cette pensée lui fait mal, son égoïsme lui fait mal. Il voudrait la douceur, la bonté, la bienveillance, celles dont il se targue tant et celles que l'on loue chez lui parce que personne ne sait vraiment ce qui gît derrière les portes closes de ces yeux très noirs.

Il a essayé, vraiment. Un moment plus tôt, il a renoncé : il était prêt à accepter la perte, sans discuter, à faire une croix sur le passé parce que c'était la volonté d'Ambrose, mais voilà que celui-ci juge que l'abcès n'a pas été suffisamment percé. Il reste du poison, il reste du venin et de la rancœur à expulser mais à quoi bon ? C'est au-dessus de ses forces de continuer de la sorte, il s'en rend compte. Trop fatigué pour plier, trop fatigué pour lutter : pris dans un entre-deux insupportable, il ne lui reste plus qu'à encaisser.

- Tu étais mon ami.

La parole qui lui vient d'ordinaire si aisément s'extirpe à présent de sa gorge avec difficulté. Ces mots se crachent comme on vomit des cailloux.

- Que veux-tu que je te dise, vraiment ? Je ne comprends pas.

Il porte sa main à sa bouche, se frotte le menton qui rend un bruit rêche, tire, tire, sur ses traits maigres, et puis soupire. Ce qu'il faut de force, parfois, pour rester droit dans ses bottes ! Il essaie, pourtant, il lutte, parce que ça serait faire déshonneur à lui, et à toute leur histoire, que de se dérober.

- Oui, oui ce nom était important pour moi, dit-il sans détours. Tu étais important pour moi, et pour les autres.

Derrière ces mots, d'autres s'embusquent : tu étais important pour nous, mais nous ne l'étions pas assez pour toi.

Les mâchoires se serrent. Sur les tempes, les tendons et les veines saillent brièvement, cordages tendus et chair aride, comme ces yeux qui refusent de pleurer alors qu'il voudrait hurler un peu tout ce qui s'accumule en tas sur son cœur. Il se souvient. Il se souvient des détails, du ton, du son, du souffle, et même de choses qu'il croyait avoir perdues. Le frisson s'insinue et lui glace le sang, lui tord les entrailles quand les sensations lui reviennent, aussi vives qu'au premier instant.

Avery était comme Olivia. Il brillait, tout comme elle, de passion et de feu, de fougue, d'esprit, de tout : Nour n'a jamais eu le temps de l'aimer comme elle mais, Dieu, ça aurait été du même. Au fond de lui, il le sait, et se désole de tout ce qui n'a pas eu lieu, des années volées, du silence, révoltant, injuste.

- Qu'est-ce que tu voulais masquer, enfin ? J'ai bonne mémoire, tu sais, je me souviens de tout le monde. Je me souviens de toi et je me souviens de ton visage, et que puis-je te dire ? C'est le même. C'est toi. Je te vois comme je t'ai quitté, ou presque, comment ne pouvais-je pas te reconnaître ?

Il tend les mains, il implore, presque. Il voudrait toucher ces traits intacts, retrouver le temps perdu, mais à quoi bon ?

- Je voulais être là pour toi.
La voix vibre, un séisme dans la gorge. On aurait tous voulu être là pour toi, traverser tout ça avec toi. C'était quelque chose qui devait être vécu tous ensemble.

Pourquoi tu ne me laisse pas approcher ? Pourquoi tu ne me laisse pas essayer ?
Les mains se tendent. C'est l'amour d'un vieillard, l'amour d'un homme qui a vu trop de gens partir et trop de choses voler en éclats. Un à un, ils sont tous partis. Il n'en reste plus que quelques-uns, trop rares, trop épars. Presque rien. Ne peux-tu pas voir à quel point ils lui sont précieux, tous ?

Nour respire, longuement, lentement, et comme toujours, il essaie de garder son calme, de garder le cap, mais c'est si dur, si dur... Et c'est la dureté qui se loge dans ses yeux comme elle fait son nid dans son cœur, appâtée par la souffrance vive et pure qu'Ambrose a sciemment éveillée en lui.

- Mais tu veux la vérité, n'est-ce pas ? Eh bien la voilà : je t'ai cherché, Avery -il appuie ce nom sans douceur- mais j'ai vite compris que si tu avais disparu, si tu avais à ce point disparu, c'est que c'était volontaire. Tu voulais qu'on ne te retrouve pas. Je l'ai accepté, tu sais, j'en ai pleuré mais j'ai accepté. Je te savais toujours là, quelque part, hors de ma portée, mais j'ai arrêté de te poursuivre parce que j'ai respecté ta volonté. Je me suis dit que peut-être, tu avais besoin de temps, besoin de distance, qu'avec le temps, quand les plaies se seraient refermées, tu reviendrais vers nous. Mais tu n'es pas revenu. Tu n'est jamais revenu. Olivia avait raison, on aurait du s'entêter, on aurait du remuer ciel et terre pour t'extirper de là où tu t'es enfui.

L'amertume noie ses mots, et sa voix si mélodieuse se brise, se casse comme un verre tranchant dont les arêtes vives se dressent comme autant de couteaux prêts à mordre. Au fond, c'est la douleur, la peine vieille comme le monde, une rancœur éteinte qui se ravive et flamboie, puisque c'est ce qu'il semble vouloir. La vérité, elle n'est pas très belle, mais s'il faut la dire, Nour n'est pas de nature à mentir, Ambrose le sait.

- J'étais prêt à l'accepter encore, tout à l'heure. J'étais prêt à faire mon deuil de toi, parce que c'est ton choix. J'ai espéré qu'il en soit autrement, mais voilà : tu l'as dit. Avery n'est pas là. Il n'existe plus, eh bien soit ! J'ai déjà trop de deuils, j'ai déjà enterré tant d'amis, tant de frères, tant de mes parents de cœur et de sang pour que ça ne me soit pas coutumier. Je suis vieux, je suis fatigué, et j'en ai assez de perdre encore les gens que j'aime, mais j'étais prêt à accepter tout ça.

Un silence. La figure grave se tend, les yeux miroitent, et il y a tellement de tristesse, là, tellement de peine, tellement de poids, tellement d'usure que le bref flamboiement de la colère s'éteint déjà, s'étiole, se noie.

- J'étais prêt à faire ça pour toi, parce que la vérité vraie, mon frère, la vérité c'est que je t'ai toujours aimé et que je t'aimerai encore, si tu me laisse faire. Mais je n'ai pas la force d'imposer ce dont tu ne veux pas, je n'ai pas la force de t'extirper de tes propres mensonges. Je veux juste revoir un vieil ami, je veux juste qu'une fois, au moins une fois, l'histoire se termine bien.


Il ferme les yeux, un instant. C'est la seule dérobade, la seule pudeur qu'il s'autorise.

- Le pire, je crois, c'est qu'au fond, si je t'en ai voulu pour ça, c'est parce que c'était infiniment moins pénible que d'imaginer la souffrance qui t'a poussé à t'enfuir. Tu n'aurais pas du le vivre seul. On aurait du être avec toi.
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Mar 27 Oct - 23:19

Sometimes, it is necessary to makes sacrifices of ourselves
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Habitation permanente : Appartement au coeur d'Albuquerque qu'il fréquente peu.
Occupation : Contrebandier éclectique d'artefacts magiques | Treasure Hunter | Fabriquant d'artefacts magiques | Moitié technonulle de SEE
Ambrose Meriwether

Ambrose Meriwether

Ça le prend à la gorge comme une vipère, ça lui brûle les viscères, lui perce la jugulaire et il hoquète, en une inspiration d'air silencieuse, sous le poids des intonations de Nour. Le venin bouille, purule, écrase et Ambrose en vient à se demander quelle est la logique qui sous-tend à ses propres actions. Les menaces s'illustrent dans la cohérence, dans le désir de sa sauvegarde - de celle de SEE, de celle de Sandro -, mais l'insistance, les doigts qui se remuent dans la plaie, qui se trempent dans le sable poisseux et qui infectent, il ne parvient pas à se les expliquer. Nour était prêt à abdiquer, à fléchir les yeux et à oublier.

Alors pourquoi, grandiloquent qu’il se croit, ne peut-il se résoudre, au dernier instant, à faire de même. Pourquoi doit-il se dérober à lui-même, se trahir, salir ses prétentions et insister, tracer, dans les poussières de leurs souvenirs communs, de leurs existences émaciées, des questions qui ne permettent pas de prétendre être quelqu’un d’autre ?

Avery est mort, Avery n’existe plus et pourtant, Ambrose, l’homme, se dresse comme une ombre, voyageur intemporel, et torture de sa hargne cet enfant, cet adolescent, jeune adulte endeuillé, qui n’a jamais su se redresser et qui croupit en attendant que la douleur cesse. Ambrose persiste à le crucifier, le scarifier, au nom d’un choix qui n’en a jamais vraiment été un, au nom de ce deuil qu'il a refusé de mener à bien.

Olivia lui minauderait, moqueuse, mielleuse, que sa capacité à mentir est si aiguisée qu’il parvient à se cacher ses propres vérités. Viviann, inquisitrice de ses états âme, hypocrite à demi, lui murmurerait que fuir n’est pas toujours la réponse. Elle l’encouragerait, cheveux noirs tressés à même le sable, sculpture échouée, ensevelie sous le poids du temps, à se dévoiler, à se confronter.  L’image de son sourire vient nouer sa gorge et il se contente de fixer Nour, pantois, assiégé par une émotivité qu’il – à défaut de mot plus digne – craint amèrement. Il lui semble qu’on a coulé du béton contre son plexus et que la concoction sèche, douloureuse dans son adhésion à sa peau, manque de lui couper le souffle.

Le nom d'Avery est ce tombeau du passé et il n'a suffit que d'un regard trop doux, que d'un nom à dépoussiérer -Nour, Nour Alizadeh- pour chahuter des années de secrets. Des années de mascarades déguisées en certitudes.

" Nour. ", bredouille-t-il. Ses mains qui se  tendent viennent lui fendre le cœur, craquèlent sa contenance et il se raidit pour masquer le frisson douloureux qui parcoure son échine.

Nour est cette voix d'enfant millénaire perdue au cœur d'une forêt dans laquelle existent toujours, parées d’éternels sourires, de lumière et de saveur, les échos d’Olivia et de Viviann. Nour est ce qui reste d’une époque qui s’est éteinte au bout d’un cancer sur lequel il a tangué à la manière d’un funambule, au bout  de ce désert iraquien duquel il n’est jamais revenu. Nour est la matérialisation des émotions qu'il pourchasse, qu'il nie - peut-être - en chassant le fantôme d'une Olivia qu'il refuse considérer comme éteinte. Nour est cet enchevêtrement de contradictions, habillé de cauchemars et de rêves.

Les cristaux disposés autour de la tente badigeonnent leurs profils d'un simulacre d'aquarelle et, raide comme une planche, gonflé comme un prédateur, Ambrose se laisse matraquer par les propos de Nour. Il ne l'interrompt pas outre-mesure et attend, attend suffisamment longtemps pour parvenir à prendre racine en plein désert. Parce qu'il ne sait pas vraiment quoi dire, quoi faire et que couronné d'impulsivité qu'il est, la certitude d'en avoir déjà trop fait l'enlace et se charge momentanément d'éteindre ses ardeurs.

Puis, éventuellement, il concède, il abdique, écoute la voix de Viviann qui lui dit de garder la tête haute et affronte les yeux plein de tempête de son homologue.

" I couldn't come back. ", lâche-t-il d'une voix qu'il désire lisse, mais qu'il sent s'effriter sur les bords. Il s'en mord les doigts, s'en mord les joues, mais il ne peut s'empêcher de pianoter contre le relief d'une notion qui le fait réaliser qu'il a peut-être déjà été bien trop cruel, que Nour mérite l'ébauche d'une réponse aussi bancale soit-elle.

Il ne pouvait pas revenir, non. Pas après avoir trouvé La Montre, pas après avoir affronté, les yeux écarquillés, le cœur béant, la prestance épineuse de Tiamat. Son cœur est ce tintamarre de cliquetis inhumains dissociés du passage du temps et il n'aurait pas été possible de réintégrer sa vie, cette existence dépourvue de sens sans Viviann pour la conduire, tels que ses êtres chers - Olivia, Nour, Mokonzo - l'auraiten désiré. Il avait chassé La Montre dans l'espoir de trouver l'artefact convoité par sa génitrice et, au détour d'un chemin qu'il ne s'est jamais permis de regretter, avait troqué nombreuses des contraintes de son humanité contre autre chose.

" I did not want you there when she.. died. I had to finish what she had started by myself and... by the time I did, it was much too late. "

Il passe une main, soucieuse, courroucée d'émoi, à même les ondines de ses cheveux. Les mots lui tranchent la gorge et la conversation a un goût d'acide, un relent de bouillant qui s'extirpe sous forme de vapeur. Il voudrait pouvoir se résoudre à fuir, se résoudre à nier, mais il est trop tard, le mal est fait, rendu au centuple. Il se contient à peine et les digues closes de sa conscience menacent de s'abattre.  

Et il ne sait toujours pas pourquoi il insiste, pourquoi il persiste, alors que se désister, revendiquer son anonymat, sa différence à Avery serait la solution à priser pour assurer sa sécurité, sa perpétuité. Il avait éviter de se retrouver dans cette position avec tant de minutie et l'ironie de retrouver Nour maintenant, alors qu'ils traquent tous deux Olivia, est cette chaîne qui le traine à terre avec plus de violence que les paumes de la liche ayant volé son visage à Euram Elk.

Entre ses lèvres, le déluge s'annonce belliqueux, cinglant à défaut d'être ébranlé. Il vole à Nour son expressivité et ses yeux clairs se plissent dans une frustration qu'il se sert à lui-même plus qu'à l'autre. Il s'empêtre contre les dunes illogiques de ses émotions et plus rien d'autre que les sinues graves qui marquent le visage de Nour n'ont de sens.

" What did you expect to find, Nour ? Certainly not this. ", il gesticule, se désignant avec une autodérision qui chahute son arrogance habituelle, qui bariole de charbon sa fierté furieuse d'être. " Certainly not the very same face of the man who decided that leaving you all behind seemed like an easier way to go about his life. Did you expect to find a liar, a murderer, a mess that your friends from the Order would rather erase than contemplate ? Is that even someone you would agree to find ?  "

Il feule comme un fauve qu'on a coincé, très conscient d'avoir lui-même dressé le piège dans lequel il est tombé. Il feule et les cent pas qu'il piétiné contre le sol sont ses gages d'une nervosité qu'il n'oserait adressée. Tout s'emmêle à la manière d'un panier tressé. Tout s'emmêle et il est ce réceptacle rapiécé qui ne peut rien contenir. Il l'a cherché, il l'a provoqué et, pourtant, il ne parvient qu'à s'en damner. Ça le ronge.

Il s'arrête à proximité de Nour, son regard chutant sur des mains qui ont été tendues à la manière de bouées et ses viscères se tordent, se tordent si forts. You looked for me, scande son esprit. You looked for me, she looked for me. Il a envie de les saisir, ces jolies mains pleines d'histoire, il a envie de retourner en arrière, parce que les sourires de Nour ont toujours valu bien plus que ses expressions renfrognées et que quelque part, Avery a envie de lui chanter qu'il lui a manqué. En tapant des mains et en faussant pour la forme, en fredonnant les refrains des temps plus simples.

You looked for me, you cried for me.

Et pourtant.

" Wouldn't you rather find nothing ?  "

Il imagine le canevas du visage de Nour être barbouillé par des larmes d'abandon, imagine le poids des nuits passées à se demander, à s'inquiéter, et se terrifie des mots qu'il a imaginé durant les trente dernières années, se cambre sous le poids d'un rejet qu'il a évité trop longtemps. Et c'est là la raison de sa persistance, il doit se l'admettre franchement, au moins à lui-même.  

Ils ne lui ont jamais vraiment manqué, il n'a jamais vraiment pensé à eux, parce qu'il avait la certitude de ne plus pouvoir exister pour eux de la même manière qu'il l'avait fait durant leur jeunesse suite à son pacte avec Tiamat. Il ne s'est jamais laissé croire en l'acceptation de ses êtres chers, a préféré leur dédier une crémation prématurée et ce n'est qu'une fois heurté à la mort d'Olivia, au faciès vieilli de Nour qu'il parvient à déterrer son désir d'être accepté, d'être pardonné.


" How could I ever get you to accept the things I've become and the things I will continue to be. "

J'ai tué et je tuerai, j'ai volé et je volerai. Mes intérêts personnels passeront toujours avant ceux des autres. Je n'arrêterai pas même si tu me le demande, même si tu utilises le nom de ma mère pour me bafouer. Je refuse de regretter, je refuse de changer.

Son cœur, ses veines, se gonflent et ses lèvres tremblent. Il chancelle et saisit l'avant-bras de Nour à défaut de pouvoir se convaincre d'attraper l'une de ses mains. Sa voix est mouillée, hachée, mais il s'obstine à feuler pour se donner l'illusion d'être encore en contrôle de lui-même.

" You will wither, you will die, and I will remain. How could I ever accept that ? "

Dans ses yeux se massent des larmes qui refuse impunément de tomber, mais qui brillent, limpides. Ambrose les chasse à coup de battements de cils qui viennent embrouiller le visage de Nour, qui le transforment en vitrail de cathédrale.  

Il se sent jeune, stupide.

" Fuck. I didn't want this to happen. Fuck. "

I missed you.



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Châteaux de sable [Ambrose]

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