Un plan fleuri

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Lun 5 Fév - 15:25

Toujours savoir tirer mérite des actes auxquels la nécessité nous contraint
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Habitation permanente : À Old Fyre, dans l’appartement qu’elle partage avec Tullio Cavaleri. Elle a aussi un appartement en Italie, bien qu’elle n’y soit pas très souvent ces temps-ci.
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Ou comment cultiver des idées presque pas foireuses
Ordre de mission 06
Hiver 2018


Les orteils enracinés dans un tapis duveteux, Victoria se dressait comme un arbre au milieu du salon. Après un long moment d’attente, elle s’écroula sur le canapé, s’enfonçant confortablement dans la couverture de laine verte et mousseuse, étirant ses longs membres pour faire pousser ses pieds jusque sur la table basse. Ses doigts, quant à eux, grimpaient et s’enroulaient entre les barreaux d’une fenêtre ombragée par un grand arbuste d’hibiscus bleus dont les branches grattaient le verre tandis que les fleurs délicates dansaient dans la brise et dentelaient sa peau de pétales lumineuses.

Elle était arrivée dans le quartier depuis quelques heures déjà, mais lorsqu’elle avait cogné à la porte de la nouvelle recrue, une certaine Dalia, ce fut pour ne recevoir aucune réponse.  Le capitaine lui avait pourtant bien indiqué l’heure et l’adresse à laquelle aller à sa rencontre… Mais elle supposait que ce ne serait ni la première ni la dernière fois qu’une erreur administrative ne lui fasse perdre son temps. Elle revenait tout juste d’une longue et pénible mission et, le plan, à la base, était qu’elle ramasse la jeune fille en chemin, puisqu’elle devait passer par l’Australie afin de revenir au QG de toute façon. Rapido presto ; vite arrivée, vite repartie.

Dans l’entrée, elle avait une voiture chargée de tous ses bagages, et bientôt de ceux de Dalia, qu’ensemble elles conduiraient jusqu’à un traversier privé en direction d’Old Fyre.

Notons qu’en février, l’été austral n’était pas propice à de longues heures d’attente dans une voiture chauffée par le soleil, surtout pas pour Victoria qui venait de quitter l’hiver boréal… Et cette fenêtre ouverte était une bien trop belle opportunité. Elle n’avait tout simplement pas pu y résister. Dans le salon de Dalia, donc, elle avait dormi, mais n’aurait pas pu dire pour combien de temps. L’important est qu’elle avait entendu les pas dans le couloir et le crissement de la porte s’ouvrir.

La couverture douillette remontée sur ses genoux, elle mima dramatiquement de la flatter tel un gros chat tandis que la jeune fille arrivait dans la pièce.  

- Bonjour mademoiselle Cova. Dit-elle en croissant ses doigts sous sa poitrine. « Je vous attendais.» Finit-elle avec le meilleur ton machiavélique qu’elle put dénicher malgré son brusque réveil.


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Lun 5 Fév - 17:04

Il n’existe rien de constant si ce n’est le changement
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Ma journée de travail finie, je pars de mon bâtiment. Quel bel après-midi! Le ciel bleuté accompagne les rayons du Soleil, les oiseaux de toutes sortes sifflotent joyeusement en volant un peu partout et  en planant jusqu’à se poser sur les arbres diverses de la région. Des senteurs les plus curieux les uns que les autres fourmillent içi, et ça sent bon. C’est étrange, on est en février: l’été en Australie, et l’hiver en Espagne. Deux ans de ma vie passées dans ce pays, et je ne peux encore m’habituer aux phénomène des saisons inverses. En comparaison, cela fait un bon bout de temps auquel je n’ai pas vu (ou contacté) mes parents. J’ai toujours pensé qu’ils allaient réagir mal face à ma situation. Je dis n’importe quoi, bien sur qu’ils seront contents pour moi!

 Je saute sur mon vélo et pédale rapidement vers mon studio, planifiant de prendre un bain relaxant avec des sels de bain de jasmin, de lavande, de pomme et j’en passe encore! Arrivée près de mon logis, je manque de tomber à la vue d’un véhicule inconnu garé dans le stationnement qui devrait être le mien. Mais, je ne peux pas vraiment critiquer, je n’ai pas de voiture.

 À ma gauche, une fenêtre ouverte donne sur un salon. Des étagères remplies de livres sont de chaque coté d’une télévision toute neuve. Une femme dort sur un canapé vert forêt, enveloppée d’une couverture d'une version plus claire de la même couleur, ses pieds posés sur une table basse au milieu de la salle. Doucement, je déverrouille ma porte, et l’étrangère du fauteuil sursaute face à mon action.

AAAAAAAAAH
MAIS QU’EST-CE QU’ELLE FAIT LÀ!? ET POURQUOI EST-ELLE IÇI?
Inspire. Expire.
Inspire. Expire.
INSPIRE. EXPIRE.

 Haletant, je manque de crier, essayant de trouve mon calme.
-Bonjour mademoiselle Cova, je vous attendais, dit-elle d’un ton qui se voulait diablotin.

Ma respiration devenue plus lente, je parviens à faire quelques hypothèses de sa raison à venir chez moi.

Est-elle une sans-abri? Voulait-elle me kidnapper?
...ou était-ce elle qui venait me chercher pour me ramener à Old Fyre
?

Lui adressant un faible sourire, j’arrange mon uniforme froissé et je sors mon téléphone, naviguant  à l’endroit ou j’avais noté son nom:

Victoria Machiavel

J’entre dans la pièce, posant mon sac à dos par terre.

-B-bienvenue, Madame Victoria Machabel.

Réalisant ma faute, je continue quand même comme une idiote. Je ferais mieux de prêter attention à la prononciation de son nom. De toute façon, je ne connais rien à son sujet.

-V-voulez-vous de quoi manger? Vous devriez être si fatiguée à force de traverser autant de kilomètres afin de parvenir chez moi!

Mon sourire maintenant béant, je me presse vers le frigo, lui offrant un pichet de jus d’orange.
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Mer 7 Fév - 8:11

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Victoria haussa des sourcils en entendant son nom (approximatif) ; Le capitaine lui avait assigné cette petite mission à la dernière minute, le matin même, en la remerciant chaudement de sa serviabilité de dernier ressort … Et pourtant, on avait pris la peine d’aviser la jeune fille en avance. À croire qu’elle commençait à avoir la réputation d’une bonne poire qu’on pouvait envoyer faire n’importe quoi, n’importe où et n’importe quand. Dans un battement de cils agacé, elle ajouta mentalement « Foutre le bordel quelque part au QG » à sa liste de tâches prioritaires.

La chevalière s’attendrit vaguement devant son invitation, souriant doucement à la jeune fille lorsqu’elle lui présenta son pot à jus. Elle l’observa tout de même, avec son air impératif, toujours confortablement assise sur le canapé. Sa nervosité l’amusait, aussi son sourire s’aiguisa, devient plus carnassier, plus prétorial.

Victoria but son jus, le sourire appuyé sur le rebord du verre, s’occupant à le siroter pour éviter de dire quelque chose de déplacé… Après tout, son boulot était de la recruter ; pas de la faire fuir.  

- Mais dit moi… Commença-t-elle en pesant ses mots, sondant d’un regard circulaire l’apparemment relativement bien rangé, exempt de boites et de bagages. « Tu n’as rien préparé pour aller au QG ? »

En son sens, bénéficier du logement gratuit offert par l’ordre était une opportunité à ne pas manquer, surtout pour une étudiante. Quoi que, elle pouvait également comprendre qu’on préfère ne pas s’enfoncer trop vite dans le mode de vie sectaire qui vient avec le boulot. Dans tous les cas, elle aurait quand même besoin d’un apparat minimum si elle comptait visiter pour quelques jours. Après tout, les traversiers ne feraient certainement pas deux allers-retours dans la même journée.

- Je veux dire… Ils veulent t’engager pour les créatures magiques, si j’ai bien compris… Oui ?
Ce n’est pas en restant ici que tu vas en trouver.
Finit-elle sur un ton las.

Bien entendu, certaines créatures magiques s’adaptaient à la ville, mais elles étaient généralement discrètes et ennuyantes. Ou tout au contraire, agressives et sujettes à des promptes interventions de la part de chevaliers. En somme, selon Victoria, rien de très pertinent ou fascinant à étudier. Bon, les créatures magiques n’étaient pas sa spécialité et elle était peut-être loin à côté de la plaque… Mais elle en doutait fortement.


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Mer 7 Fév - 18:00

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Déposant la bouteille sur le comptoir, j’en verse le contenu dans deux verres de plastique.

Date d’expiration : 13|03|18

Le 13 mars? Pourtant, je ne l’ai pris que le mois dernier! Ma résolution du Nouvel An était d’acheter bio, même si cela faisait souffrir mon compte bancaire. Ravalant ma salive, je place les gobelets sur la table basse et je m’assis par terre. Voyant Victoria sirotant sa boisson, je fais de même, portant attention à ne pas gaffer comme la dernière fois.

-Mais dit moi... Tu n’as rien préparé pour aller au QG?

Maintenant que j’y pense, c’est vrai que je n’y ai pas pensé, même si on m’a prévenu presque une semaine avant.

-  J’ai été occupée... Vous savez, avec mon métier et les études, je n’avais pas eu beaucoup de temps pour me préparer, mais je vais le faire tout de suite!

-Je veux dire... Ils veulent t’engager pour les créatures magiques, si j’ai bien compris. Ce n’est pas en restant ici que tu vas en trouver.

C’est vrai... je n’ai qu’une Encyclopédie, et aucune opportunité pour les étudier réellement. Je n’ai appris à soigner que les animaux « communs », dont les chats et les chiens. Je devrais profiter de cette occasion pour réaliser mon rêve... Du moins, le commencer (petit rire). Cependant, j’ai fait de progrès considérables : en l’espace d’une année, je suis venue d’être ignorante du monde qui m’entourait, et, maintenant, ma flamme de la magie s’est fleurit, devenant plus captivée par la nature autour de moi.
Laissant échapper un soupir d’allégresse, j’ai presque oublié qu’il y a quelqu’un en face de moi.

- Avez-vous besoin d’autre chose? Je pourrais allumer la télévision.

Je me précipite, tombant presque,  vers le récepteur et l’alluma. Une émission animée pour enfants apparait aussitôt. Je change de chaîne, jetant un regard derrière moi, l’espoir de ne pas m’être embarrassée. Elle semble avoir fini de boire.
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Dim 18 Fév - 13:38

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Enlisée dans la chaise, Victoria était une comme une plante en urgent besoin d’un verre de quelque chose de fort.

Le jus était bon, malgré tout, elle le buvait en cherchant – et ne trouvant pas – un gout beaucoup plus puissant. Le gardant dans sa bouche et y baignant sa langue, elle imaginait le picotement familier de la vodka mélangé au jus d’orange. Elle le cherchait d’autant plus désespérément en regardant la jeune fille se démener pour la mettre à son aise alors qu’elle ne demandait rien d’autre que de pouvoir se lever pour remonter dans la voiture inconfortable. Après tout, le plus tôt elles partaient, le plus tôt Victoria pourrait aller s’étendre sur le comptoir de l’Aquarium.

Avoir le temps de regarder la télé, ça n’allait pas dans ce sens.

- Ce n’est pas … Nécessaire, finit-elle dans sa tête au moment où la jeune fille alluma le téléviseur. À l’écran, le visage d’un gros monsieur dramatique ne l’intéressait pas le moins du monde. À la limite, le bref aperçu du dessin animé lui aurait plu davantage, mais à la place de rechanger la chaine, elle prit la télécommande et appuya sur le silencieux.

- Le plus vite tu fais tes valises, le plus vite on peut partir. On a quelques heures de routes devant nous, sans parler du bateau et de la paperasse …

Quoique, la paperasse, le capitaine pouvait la mettre bien au chaud dans son cul jusqu’à ce qu’elle ait eu le temps de prendre une douche, un verre et une sieste.  

- Donc tu vas faire ton sac et on y va.  Dit-elle sur un ton plus sec et autoritaire qu’elle ne l’aurait voulu. Je peux même t’aider au besoin, puis vroum. Ajouta-t-elle plus gentiment, pour détendre l’atmosphère, mimant de ses mains une voiture qui décolle alors que la dernière syllabe continue de vibrer entre ses lèvres.

Être de mauvaise humeur ne lui ressemblait pas, ou plutôt, ne lui plaisait pas.


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Lun 19 Fév - 16:56

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Vroum vroum...
  Comme possédée par un fantôme, je me dirige robotiquement vers ma chambre tout en répétant le dernier mot de mon invitée. Son ton autoritaire était assez surprenant, mais immédiatement remplacé par une touche de gentillesse. Je ne penserai pas que Victoria serait une personne intentionnellement agressive, juste un peu brute. Elle devra faire attention à la façon dont elle parle; et moi de ne pas la décevoir.
  Sentant un regard se poser sur moi de la part du salon, je ferme la porte. Je soupire, déçue; la tentative de la divertir est tombé à l’eau. Elle n’a pas semblé aimer l’idée de regarder la télé. Posant mon corps sur la porte, je m’écroule par terre et me sépare pour un moment. Juste pour une seconde...
  Mon nez frétille, une sorte d’éveil bestial s’anime dans mon cœur. Je me redresse et prend un mouchoir de lavande pour laisser échapper le plus gros éternuement de l’histoire. Je laisse échapper un juron à peine inaudible et me couvre la bouche immédiatement.
Rien ne se passe. Poussant un soupir de soulagement, j’inspecte ma chambre.

« Le plus vite tu fais tes valises, le plus vite on part. »

J’ouvre mon armoire. Que choisir? J’attrape tous mes vêtements et je les lance sur le lit.
Contrairement à ce qu’on croirait, je ne suis pas trop fanatique de shopping, donc je n'ai pas beaucoup à porter. Au total, je n’ai que 2 ou 3 t-shirts, quelques pantalons et jupes, des robes et accoutrements à 1 pièce pour les occasions spéciales, non sans compter mon uniforme et divers accessoires. Un mal de tête m’envahit juste à y penser. Je prends tout autre chose qui pourrait être nécessaire : mon kit de toilette, ma trousse de premiers soins (je peux être assez imprudente au sujet des blessures), etc. J’hésite si je devrais prendre du matériel de lecture. Après tout, ce ne sont pas de vacances... Bon, je me déciderais quand j’aurais tout fini.
Une réalisation s’éveille en moi. Petit à petit, j’écarquille mes yeux. Pendant tout ce temps à choisir, j’avais oublié l’item le plus important pour ce voyage.
Mon encyclopédie.

  Elle avait été écrite à la main par mon professeur. Il m’a même donné l’accord de noter dessus. Bien sûr, ce n’est pas complet, donc il faudra que je remplisse le reste. Je me précipite soudainement hors de ma chambre et vers le salon, oubliant presque qu’il y a quelqu’un ici. Je m’arrête à une assez petite bibliothèque à coté de la télévision, espérant ne pas obstruer la vue de l’étrangère. Mes livres pris, je jette un regard furtivement à la personne étalée sur le canapé avant de refiler à ma chambre.
***
J’essuie la sueur de ma face ruisselante, satisfaite. Tout est fini maintenant.
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Sam 10 Mar - 11:59

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La jeune fille disparait et Victoria ferme les yeux. Elle expire profondément, puis glisse ses mains le long des accoudoirs, s’enfonçant un peu plus dans une aise qu’elle ne devrait pas avoir le temps de prendre, s’implantant un peu plus dans la métaphore végétale qui, ironiquement, se prêterait bien mieux à Dalia et à son nom fleurit.  Au lieu de quoi, la petite était plutôt comparable à un petit animal en course, qui va et qui vient dans l’appartement avec une énergie essoufflante.

Après son dernier passage, Victoria sait qu’elle n’en a plus pour longtemps, malgré tout, l’ennui vint vite chatouiller ses paupières. Celles-ci papillonnèrent avant de laisser ses prunelles se poser sur la télé encore allumée, seulement pour découvrir avec un dégout placide le visage orangé du président américain Donald Trump, figé dans une colère absorbée par la sourdine. Elle le contemple sans même se préoccuper du sujet de l’émission, sa propre expression se décomposant lentement vers quelque chose d’indescriptible, d’excaliburien, avant qu’elle ne daigne appuyer avec une paresseuse fermeté le bouton pour éteindre entièrement le moniteur. Si seulement quelqu’un pouvait le fermer de la sorte dans la réalité, pensa-t-elle. Dans les faits, elle n’avait pas vraiment suivi la politique américaine avant d’y être plongée, malgré elle, dans le cadre de cette interminable série de missions avec le FBI – dont elle revenait justement – aussi le choc et l’horreur n’en étaient que plus vifs, et elle avait eu assez de cette hémorroïde chevelue jusqu’à son prochain déploiement.

Lorsque Dalia ressort de sa chambre, Victoria est debout et en train d’étirer sa fatigue, les bras relevés et la tête appuyée aux creux de ses coudes. Perchée en haut de ses muscles, elle l’observe silencieusement, immobile, au moins jusqu’au moment où elle s’arrête finalement. Dalia figée, Victoria s’élance enfin vers la sortie, happant au passage la grande majorité de ses valises.

- Allons-y Alonzo ! Dit-elle, avec un accent exagéré, imbibé d’une joie expressive.

Sans attendre, dehors, elle range les bagages sur le siège arrière puis réveille la voiture. La radio explose en notes musicales et en bribes françaises ; elle descend prestement le son, mais ne le ferme pas entièrement. Du compartiment central, elle tire de grosses lunettes de soleil et les glisse sur son nez avant de se laisser tomber dans le banc du conducteur. Quelques instants plus tard, Dalia arrive timidement ; à bout de bras, Toria lui ouvre la porte pour l’inviter à entrer.

- Dis-moi, connais-tu un café qui fait le service au volant ? Vers le sud de préférence.

Les lunettes glissèrent sur son nez, révélant des prunelles curieuses, presque avides ; en considérant tout le trajet qu'il restait à faire, la caféine – ou à la limite le chocolat – était un impératif vital. Si elle avait de la chance, ils en serviraient peut-être même avec un petit coup de bourbon…

Dès que Dalia prend place à coté d'elle, la portière tout juste refermée, elle appuie sur l'accélérateur.  


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Lun 12 Mar - 18:56

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Je revise ma liste encore une fois, cochant tout ce que j’ai déjà pris. Tout est fait, je suppose. Par contre, il me semble qu’il me manque quelque chose. Oui, j’ai tout le minime nécessaire, mais un vide se ressent... Je n’ai vraiment pas le même sentiment que j’ai eu deux années auparavant.

-

Mes mains moites, mon front en sueur. Mon cœur bat à toute allure. C’était enfin le jour où je pourrais quitter ma famille pour aller vivre à l’étranger. Certes, j’étais la plus jeune, mais j’étais aussi la première à partir. C’est bizarre, j’avais l’habitude de vivre entourée de monde dans un espace trop serré. Maintenant, j’allais laisser tout ça en arrière pour suivre ma passion : la cryptozoologie.

Même s’il n’y avait pas de formation en tant que tel, un certain monsieur Jean m’avait offert des cours à part spécialement pour étudier ça. Il m’avait annoncé que si je m’inscrivais à l’université où il enseigne, il financerait une partie de mes coûts de base. J’avais donc choisi de suivre une formation pour être vétérinaire, pour toujours être capable d’aider les autres. Il m’offrait même un poste d’assistante dans une clinique. Alors, j’avais accepté.

Rendue là, mes attentes... disons que ce n’était pas ce que je m’attendais. Je croyais que j’allais rester dans un dortoir, mais on m’avait légué un appartement studio –bien que plus grand que ce premier- qui était en piteux état. À vrai dire, j’étais déçue, mais Monsieur Jean m’avait dit que je devais m’en occuper. Il m’avait alors lancé un défi; si je pouvais me débrouiller et installer tous les équipements nécessaires à la survie, il me montrerait enfin ce qu’il fallait pour être un adulte. Depuis cela, il n'était jamais revenu sur ce sujet.


-

Malgré tout ce qui s'est passé, je suis quand même excitée pour la semaine qui vient. Après tout, ce n’est pas tous les jours qu’on a une opportunité de visiter un sanctuaire! T’imagine? Je peux aller chercher plus d’information, de fouiller dans des livres et même (si possible) de toucher une créature magique?

Je galope vers le salon, m’arrêtant de justesse face à Victoria qui s'est déjà levée. Elle s’étire pour un moment avant de prendre mes valises et de se précipiter vers l’extérieur. Je me fige, me demandant bien ce que l’expression "Allons-y Alonzo" veut dire. Qui est Alonzo? Le nom "Alonso" est en effet espagnol, alors connait-elle des gens de cette nationalité?  Si oui, sait-elle parler la langue locale? Elle connait déjà le français, ce qui est un plus. On m’avait toujours dit que ce dernier est difficile à apprendre. Pour moi, si on est déterminé à accomplir quelque chose, alors plus rien ne pourrait nous arrêter.

Jetant un dernier coup d’œil au salon, un cadre tombe par terre. Je me dirige vers ce dernier et le soulève pour révéler une photo de ma famille. Le fond d'écran, à la fin de notre séance, avait dégringolé sur nous. Heureusement que le caméraman n’avait pas immortalisé cette version ridicule. Ça aurait été a risée de notre famille! Et puis, pourquoi choisir la couleur rose pour un fond d'écran? Pourquoi pas le vert ou bleu d'ordinaire?

Mes parents étaient assis sur un sofa. Je m’étais installée sur les genoux de mon père tandis que mes frères étaient résignés à être debout ou de s’installer près de ma mère. On se chamaillait tout le temps et personne ne pouvait nous calmer. Vivre avec un seul frère était déjà difficile, alors imaginez ce que c’est d’en avoir trois!

J’essuie une larme de mes yeux tandis qu’un moteur se met en marche. Je pose un bisou sur la photo avant de la remplacer sur l’étagère. Vivement qu’elle n’a pas été brisée! Prenant mes clés et mon sac à main, je me dirige vers l’automobile noire garée sur le stationnement. C’est vrai; c’est la voiture de toute à l’heure qui était posée là. Je n’ai même pas eu le temps de mettre ma ceinture quand Victoria appuie sur l’accélérateur. Tout mon corps se propulse vers l’arrière et mon coeur saute un battement. Regardant le compteur de vitesse, je vois bien qu'on n'excède pas la vélocité requise. Alors pourquoi ais-je l'impression qu'on roule si rapidement?

Beep! Beep! Beep! Beep...

Je regarde la chauffeuse, incrédule. Quel est ce son? Pourquoi vibre-t-il aussi fort? Dans un mouvement désespéré, je pointe vers un bistrot situé tout juste à droite.
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Jeu 10 Mai - 20:10

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Tandis que sa main gauche tenait fermement le volant recouvert de cuir, la droite serrait le levier de vitesse en bois vernis ; la voiture était manuelle, peu pratique, mais d’un classique indémodable.

Ignorant sciemment l’émotion qu’elle vu nager dans les yeux de Dalia, Victoria gardait le pied sur l’accélérateur ; tout en respectant les limites imposées par la banlieue, la voiture vrombissait avec la puissance perceptible d’un prédateur cherchant à dévorer la route.

Moins perceptible, toutefois, que les bruits agressants qui laceraient le silence entre elles.

- Ta ceinture. Dit-elle posément en guise de consigne implicite.

Plus tard, le véhicule errerait plus doucement tandis que la conductrice serrerait dans une main un café pour faire s’évaporer la fatigue ; les effluves amers et chocolatés égayaient encore la voiture quand celle-ci dépassa la ville.

Dans la campagne australienne, les arbres passaient beaucoup plus vite que les secondes : pendant qu’à la radio, une chanson francophone leur répétait qu’elles ne sauraient jamais ce que c’est que d’être aimées, la végétation verte et obscure s’était transformée en gerbes foisonnantes d’un jaune éclatant. Quelques chansons plus tard, la voiture passa devant une zone coupée à blanc ; la plupart des gens n’y verraient que des troncs abandonnés dans la boue, mais Victoria, et Dalia d’ailleurs, elles, pouvaient discerner  les silhouettes de dryades massacrées qui se fondaient dans le sol avec une douloureuse lenteur. À côté, de nouveaux arbres avaient été plantés en rangs sévères pour l’abattoir ; à l’horizon, on aurait cru que la forêt sombre témoignait du deuil énorme du reste de la forêt.

Le port improvisé où elles devaient attendre le bateau était perdu au milieu de nulle part, au détour d’une montagne et entre deux champs privés.  L’un était moins bien entretenu que l’autre : des galons vides, blancs et sales étaient disposés comme des moutons de métal guettés par la rouille. Ceux-ci s’agençaient bien au traversier galvanisé qui ressemblait à une vieille plateforme commerciale, usée par le temps et les années de service, invisible à l’œil des consommateurs issus d’une société capitaliste.
   
La voiture embraquée, Victoria sortit sur le pont pour s’accouder sur la balustrade qui surplombait la mer. L’air était frais et salé, odorant, mais familier ; dans quelques heures à peine, elle serait enfin chez elle.


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Sam 26 Mai - 16:41

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     THUMP                THUMP                    THUMP                  THUMP           THUMP              THUMP            THUMP                     THUMP            

Mon coeur, pourquoi bats-tu aussi fort? Nous sommes dans une voiture, pas en prison! Regarde: Victoria a prit le contrôle de la situation, donc ça veut dire que nous allons être sains et saufs, non?

THUMPTHUMPTHUMPTHUMPTHUMPTHUMPTHUMPTHUMPTHUMPTHUMPTHUMPTHUMPTHUMPTHUMP

Le tambour se cogne contre ma cage thoracique, menaçant de sortir à coups fréquents et violents.

SCRIIIIIIIIEEEEEE

la voiture prend un dangereux détour. Un virage à gauche, et soudainement à droite. J’insère la ceinture suite aux ordres de la conductrice, question de ne pas voler dans tous les sens au moment d’un accident. La sirène sonne encore dans mes oreilles même après avoir arrêté. Bon. Respire doucement… Le véhicule s’est immobilisée, personne n’est mort, tout est fini maintenant…

-Et vous madame, que voulez vous?

Je jette un regard subit vers une jeune dame penchée à l’extérieur d’une fenêtre. Elle me scrute de ses yeux azurs, d’un regard patient et serein. Quelques mèches blondes s’échappent du filet où est emprisonnée une chevelure sauvage. Est-ce possible qu’une personne si jolie soit en train de me regarder?

-Euh… J’aimerais a-avoir u-une…

Est-ce à mon tour de parler? Je dévisage Victoria, interloquée. Elle semble avoir déjà acheté sa commade, alors que moi, je suis bloquée entre les multitudes de choix à prendre. Qui a décidé de mettre autant d’articles sur le menu?! C’en est toute une panoplie!

Une bouffée d’air sucrée trace son chemin de la cuisine jusqu’à moi. Personne d’autre n’a l’air de la remarquer. Mon nez me joue-t-il encore des tours? D’où provient cette odeur de...

-Choco...lat?

Le temps semble figer, mais la serveuse ne semble pas embarrassée pour le moindre du monde. Elle observe le catalogue, une ampoule imaginaire s’allume au-dessus de sa tête. Pensive, elle murmure quelque chose et part aussitôt. Argh, j’aurais vraiment dû prendre le temps de regarder le menu comme il faut au lieu de dire des bêtises! Soupir… Après un moment, elle revient, un grand sourire digne des annonces publicitaires accompagne son visage doux.

-Que diriez-vous de vous offrir du thé au chocolat, une spécialité parmi nous? Compris avec 3 saveurs différentes les plus délicieuses les unes des autres! Seulement à 2,99 dollars, ajoute-elle avec un clin d’oeil.

La serveuse prend une tasse dans ses mains et me le montre à la manière d’un trophée. En pouffant de rire, je lui remercie de sa performance en lui remettant un billet de 5 dollars. Elle devrait faire de la télévision tellement elle est une bonne actrice! La voiture se remet en marche immédiatement, renversant presque mon breuvage. J'aurais pu lui dire de rendre la monnaie restante, mais j'ai décidé de lui laisser l'argent. Elle le mérite.

***

Mon coude accoté sur le bord de la fenêtre ouverte, je m’occupe à observer le paysage de la campagne. Wow! La végétation est si belle que je l’apprécie autant que les animaux (et même les poissons). Parlant de poissons, je m’imagine déjà appuyée sur la balustrade d’un bateau de croisière, sirotant mon thé cacaoté en regardant les dauphins jouer. À ce moment, je plonge dans l’eau pour les rejoindre, et je serai l’un des siens.

***

Je retourne à la réalité, mais ce que je ressens fait écarquiller les yeux. Mon cœur se gonfle, et un sentiment d'ébahissement et de contrariété m'éprends. Oh Dios mío, ce n’est pas vrai… Qu'est-ce qui m'arrive? Victoria a-t-elle mit quelque chose dans mon thé? Non, c'est impossible: peut-être c'est une manifestation de la bestiole. Elle a l'habitude de "dormir" pendant quelque temps et ensuite, elle prend la relève sans que je puisse riposter. Regardant par la fenêtre, je discerne un aura vert et lumineux ramper sur un sol nu, se fondant sur ce dernier. Ah, ça doit être cela... Une créature magique? Je secoue la tête, abasourdie. Lorsque je compare tout ce qui s'est passé, je me demande si je raconte la vraie vie ou si je suis simplement en train d'exagérer. Enfin, inutile de penser à de telles choses lorsque je pourrais retourner nager avec les dauphins!

***

Quelques terrains plus tard, nous aboutissons enfin à un port. Ce n’est pas un bateau de croisière qui nous attend… Au contraire, c’est bien un traversier à l’allure sale lorsque je vois que celui-ci est usé par le temps. Honnêtement, je suis un peu déçue; ces gens auraient pu prendre un effort de le nettoyer!

Je me frappe le front. Espèce de Dalia, comment t’aurais-pu penser que ce serait une expérience luxueuse, avec une grosse piscine et des cocktails?! Je soupire. Au moins je n’aurais pas à nager jusqu’à destination, ce qui est bien. Je me dirige vers mon compagnon déjà penché vers la mer et je fais de même. L’eau, malgré la pollution, est très belle; les vagues se promènent toutes en même temps, formant des cercles de plus en plus grands. Les sons produits parviennent à me calmer et, lentement, à alourdir mes yeux.

Soudain, un gigantesque BEEEEEEP résonne partout dans cet endroit isolé, interrompant le rythme synchronisé établi par les marées. Au lieu de protester à propos de mes oreilles torturés, je souris. Oui, mon rêve va se réaliser.

Dans quelques instants...


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