LIENS UTILES
Nouveau?
Code de vie
Contexte
FAQfadet
Groupes
Sanctuaires
Artéfacts
Bestiaire
Fonctions
États magiques
Défis mensuels
Textos
Missions
RP vedettes
Absences
Partenariat
PRÉDÉFINIS




That unwanted animal Empty
That unwanted animal Empty
That unwanted animal Empty
That unwanted animal Empty
That unwanted animal Empty
That unwanted animal Empty
That unwanted animal Empty
That unwanted animal Empty
That unwanted animal Empty
That unwanted animal Empty
That unwanted animal Empty
That unwanted animal Empty

That unwanted animal

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Message That unwanted animal Empty
Jeu 30 Juil - 2:54

Home is made of love, dreams and warm pancakes
Points : 4881
Messages : 82
Danaé

Danaé
La France. J'ai beau y avoir vécu un temps je n'en connais rien et, le front appuyé contre le hublot d'un avion, je me demande quel genre de gens y vivent. Sont-ils tous comme Zéphyr? Comme sa grand-mère? J'ignore si je vais revoir le chevalier que j'ai chassé un an auparavant, un peu moins peut-être, sans savoir ce que j'espère.

Ma mission, quoiqu'un peu délicate, n'a finalement rien de sorcier. Aider à retrouver une créature des ombres qui a été aperçue, participer à sa capture et, enfin, à son transport jusqu'à Fort-Loin. On m'explique en ricanant, sur la route, sans que je sache s'il s'agit d'une blague ou non, que l'infortuné prisonnier va probablement passer un moment dans un cachot avant qu'on ne décide de son sort définitif. J'ai l'impression de ne pas valoir mieux que le chasseur qui m'a capturée. J'ai l'impression de m'enfermer moi-même.

Alors au moment d'organiser mon retour, je décrète que je ne rentre pas. Que je prends des vacances. Que je resterais en France au moins une semaine supplémentaire. Peut-être plus. Je suis presque surprise qu'on ne m'en empêche pas et lorsqu'on me dépose à la gare la plus proche je m'offre un ticket de train pour une ville prise au hasard sur le panneau des départs.

Le premier jour je tourne en rond, sans savoir quoi faire de ma liberté temporaire une fois que j'ai trouvé ce qui s'appelle un airbnb. Le second je passe la journée à me promener et je dois admettre que c'est bien agréable. Le troisième… Le troisième je crois reconnaître Zéphyr dans la foule et je n'arrive plus à profiter. Je prends les contre-allées, natte mes cheveux et les dissimule sous un chapeau, fais de mon mieux pour éviter les lieux qu'il serait susceptible de fréquenter.
Le cinquième jour en milieu de matinée, je décide que j'en ai assez de guetter sa silhouette dans la foule alors qu'il ne vit peut-être même pas dans cette ville. J'en ai assez de me retourner sans cesse, de me sentir traquée, et ça me fait penser à ma mission.

Je suis résolue à envoyer un message pour organiser mon retour à Old Fyre quand, en passant devant une petite rue, un parfum d'encens m'interpelle. Je suis certaine que c'est le genre de chose qui déplairait à Zéphyr alors je tourne et laisse l'odeur me guider jusqu'à une petite boutique ésotérique.

"Bonjour."

J'articule doucement, dans un français approximatif, quand un carillon annonce mon entrée. L'air chargé d'encens et d'odeurs de plantes que je suppose séchées est un baume pour mes nerfs à vif, et la tension qui s'était installée dans mes épaules reflue avec chaque inspiration tandis que, par politesse, je retire mon chapeau. J'ai presque l'impression d'être à la maison.

Je flâne dans les rayons, et je décide que je ne repartirais pas les mains vides quand mes yeux tombent sur un paquet de cartes de tarot sous blister, couvert de dorures et de couleurs pastelles. J'aurais de quoi m'occuper dans l'avion du retour. Au détour d'une étagère, mes doigts flottent au-dessus de chaînes ornementées d'un pendentif en pierre, et j'hésite. Je finis par décrocher une labradorite sur une chaîne en argent. J'en aime la couleur, semblable à mes écailles, en un peu plus bleue peut-être. Un peu plus loin, je tombe sur des sachets de lavande et de fleurs de calendula séchées et je les ajoute à la petite pile qui se forme doucement entre mes bras.

Je tourne, passe devant une étagère de figurines diverses et m'arrête, transpercée par la culpabilité, quand je trouve que l'une d'entre elles ressemble à la créature que j'ai aidé à capturer. Je songe, trop tard, beaucoup trop tard, que j'aurais dû refuser cette mission. Je ne suis pas faite pour le terrain. Pas faite pour grand-chose, au fond.
Revenir en haut Aller en bas
Message That unwanted animal Empty
Jeu 30 Juil - 9:42

Recrue
Points : 322
Messages : 11
Habitation permanente : Un vieil immeuble parisien
Occupation : Commerçante
Saskia Alvarez

Saskia Alvarez
Le carillon sonne, la porte glisse sur le plancher et le bruit fait lever les yeux au chat - noir, bien entendu - qui est couché sur le comptoir et bat de la queue dans le vide. La paupière se soulève pour dévoiler l'ambre jaune des iris chatoyants, exactement de la même manière que les paupières fardées de la femme s'entrouvrent au même instant pour quitter sa lecture et dévisager l'arrivante.

Saskia répond à sa salutation avec un hochement de tête et un sourire accueillant, puis la laisse papillonner entre les rayonnages et les étagères. Au début, la matrone trône dans son fauteuil, un livre sur ses genoux croisés. Puis, quand elle voit la cliente s'intéresser à des choses particulières, elle se prend à l'observer et quatre paires d'yeux, ambre et onyx, suivent ses mouvements à travers le magasin.

Un sourire infléchit la ligne mince des lèvres, trace sa courbure dans la joue à peine creusée par quelques ridules. Elle a remarqué la manière dont, de façon très légère et très subtile, la jeune femme avait eu l'air de se détendre en entrant, comme si quelque chose ici lui évoquait un rien de familiarité. Elle évolue parmi les livres, les encens et les tarots avec une aisance qui en dit long peut-être sur une certaine habitude à fréquenter pareilles choses et Saskia guette et décode les gestes, les expressions. A force de temps, c'est un jeu de piste, une énigme. Elle lance ses hypothèses, en attendant de savoir si elles seront vérifiées ou non.

La jeune femme s'est arrêtée devant un lot de petites statuettes en résine peinte qui prend la poussière dans un coin. Dragons, chimères, lutins et autres échappés du bestiaires se succèdent sagement avec leurs contours parfois mal démoulés et leurs couleurs vives ; faisant cela, elle lui tourne le dos et un rayon de soleil tombe sur elle pour faire miroiter des écailles de sa nuque, juste là, entre le col du vêtement et la racine des cheveux.

Tiens donc.

Saskia sourit à nouveau, puis s'en détourne parce qu'elle entend le tintement du plateau que porte Luela qui vient lui servir le thé et déposer une tasse fumante dans sa soucoupe, sur le comptoir. Les mains de la blixe, couvertes de bandages et de pansements, sont encore maladroits et ont des gestes précautionneux, lents, presque engourdis.

- Tu fais des progrès, dit la matrone en la voyant faire. C'est bien. Tu as encore mal ?

- Un peu,
grimace l'autre en réponse.

Elle dépose soigneusement son plateau, puis jette un œil à la cliente qui contemple, presque avec désespoir, le présentoir et ses figurines fantastiques. Saskia hoche la tête, elles se sourient, puis Luela remplit une tasse de plus et s'approche tout doucement de la cliente.

- Est-ce que je peux vous aider ? Demande-elle gentiment.

Quelque chose suggère qu'il n'est pas seulement question de marchandises.

Revenir en haut Aller en bas
Message That unwanted animal Empty
Jeu 30 Juil - 10:54

Home is made of love, dreams and warm pancakes
Points : 4881
Messages : 82
Danaé

Danaé
Je fixe la statuette, et je me demande si je devrais l'acheter, elle aussi. Ce pourrait être un rappel du fait qu'il vaut mieux que je ne me mêle pas des missions des chevaliers parce que même si je vis comme eux, parmi eux, j'ai souvent l'impression d'être de l'autre côté d'un gouffre que je ne pourrais pas combler malgré tous mes efforts. Ou peut-être que je me le rappelle déjà suffisamment, et qu'un post-it au-dessus du téléphone avec un grand "NON" suffira.

Je me tourne un peu brusquement, un peu surprise, quand on m'adresse la parole et je me sens coupable comme une enfant prise à faire une bêtise, sans trop savoir pourquoi. Je ne saurais pas traduire ce que la jeune femme m'a adressé mais compte tenu du fait que je dois être plantée devant cette étagère depuis une éternité et du ton qu'elle a employé, je peux aisément deviner de quoi il s'agit.

"Oh, euh, je ne parle pas français, pardon, je… je regardais les figurines."

Je bredouille en anglais parce que je ne connais que quelques mots de sa langue à elle, bonjour, merci, s'il vous plaît, au revoir, et je regrette de ne jamais avoir demandé à Zéphyr de m'apprendre, tout comme je me sens stupide de ne pas avoir demandé dans quelle ville il vivait. J'attrape finalement la statuette de ma main libre, l'autre tenant mon chapeau, et la pose en équilibre sur mon bras, appuyée contre ma poitrine comme le reste de mes emplettes.

"Est-ce que ça vous ennuie si je reste un peu?" Je demande doucement, et je me sens ridicule alors je me justifie presque aussitôt. "J'ai… cru croiser quelqu'un que j'aimerais éviter, si je peux." J'articule à voix basse, et j'espère qu'elle comprendra. Qu'elles comprendront. Je ne précise pas que c'était hier, et que je regarde par-dessus mon épaule depuis.
La brune face à moi est une jolie fille aux cils délicats qui jettent des ombres sur ses pommettes, avec de si beaux cheveux que j'ai presque envie de lui demander ce qu'elle utilise. Elle doit plaire, j'imagine, et savoir que parfois la rue n'a pas l'air aussi accueillante qu'on le souhaiterait. Quant à la silhouette qui tient le comptoir… je suppose qu'on ne peut pas tenir de commerce sans avoir au moins une fois une jeune fille mal à l'aise qui entre plus pour trouver un refuge que pour les marchandises proposées, comme j'en ai parfois eu dans mon infirmerie. Sauf que je ne suis ni jeune, j'approche des 140 ans maintenant je crois, ni vulnérable, ni même certaine d'avoir bel et bien vu Zéphyr.

Tout cela est ridicule et pourtant j'ai pas envie de ressortir, pas tout de suite, tout comme je ne me décide pas à lâcher la petite figurine qui est pourtant stable sur mon bras. C'est parce qu'elle est en résine, et que je sais que c'est fragile.
C'est parce qu'elle est en résine.
C'est fragile.
Revenir en haut Aller en bas
Message That unwanted animal Empty
Ven 31 Juil - 7:39

Recrue
Points : 322
Messages : 11
Habitation permanente : Un vieil immeuble parisien
Occupation : Commerçante
Saskia Alvarez

Saskia Alvarez
Luela a presque l'air désolé quand elle voit la mine un rien coupable, désorientée et franchement confuse de la lamia qui lui répond. Elle esquisse un sourire, lui effleure l'épaule, et puis hoche la tête. Comme toujours avec les autres créatures, la blixe fait preuve d'une familiarité tranquille, évidente, comme si elles étaient sœurs et se connaissaient déjà.

- Prends tout ton temps,
la rassure-elle dans un anglais très correct.

Avec un geste précautionneux, la blixe rattrape le sachet de lavande qui glisse des bras de sa cliente et guette brièvement la rue, derrière son épaule, comme si elle pouvait apercevoir ce qu'elle fuit ou chercher à éviter. Mais il n'y a personne, sinon le soleil qui tombe entre les toits, et un chat qui trotte pour se faufiler sous les voitures.

- Ça tombe plutôt bien, j'allais te proposer de partager le thé avec nous, reprend-elle en désignant le plateau fumant sur le comptoir, d'un signe de tête.

Saskia a déjà tiré un tabouret supplémentaire pour leur invitée, et elle examine avec un rien d'amusement les achats déposés sur le comptoir par Luela qui la décharge diligemment. La statuette semble avoir une importance toute particulière malgré son plastique criard et son esthétique un peut kitsch alors on la laisse dans les mains qui serrent, qui serrent, comme si c'était soudain très précieux. Saskia, qui a depuis longtemps appris à décoder le langage de ces gestes que l'on ne retient pas, flaire presque le trouble et la tristesse qui s'en dégagent. Il y a quelque chose de touchant, quelque chose de lancinant, aussi, dans ce qu'elle peut déceler de ces pensées profondes qui l'ont happées au détour de cet étalage en particulier.

C'est comme une pelote de fil à démêler. Pour l'heure, il faut déjà en trouver le bout, avant de s'attaquer au reste.

Au début, comme souvent, la patronne ne dit rien. Elle laisse de l'espace, un silence qui parfois intimide, quand on voit son impériale allure de matrone drapée de noir, mais très vite, ses yeux profonds sous des paupières poudreuses trahissent un rien de douceur. Luela s'est assise, après avoir poussé vers l'invitée une tasse pleine, et sirote la sienne en écoutant, en observant, pendant que le chat vautré près d'elles s'étire et se lève pour venir s'intéresser à ce qui se passe. Les coussinets ne font aucun bruit sur le bois ciré qui embaume le miel et l'encaustique.

- Vous avez l'air préoccupée,
dit Saskia. Peut-on faire quelque chose ?

Sa voix est lente et majestueuse, un rien rocailleuse : quelques mots se déploient avec la même indolence royale que le félin qui s'approche pour s'asseoir près du plateau. Et puis elle sourit, un peu.

- Je veux dire, autre que de vous permettre d'échapper à ce quelqu'un que vous souhaitez éviter. Je vois rarement des vôtres, même par ici. Mais dites-moi, quel est votre nom ?

Les yeux noirs, couleur d'encre et de fumée, scrutent et détaillent. Elle lit l'apparence, tire les réponses et les évidences : est-ce qu'un chevalier de l'aube serait assez obtus pour donner la chasse à celle-là ?
Revenir en haut Aller en bas
Message That unwanted animal Empty
Ven 31 Juil - 10:05

Home is made of love, dreams and warm pancakes
Points : 4881
Messages : 82
Danaé

Danaé
Je murmure un merci, en français, à la jeune femme qui rattrape le sachet de lavande que je n'avais ni vu ni senti commencer à glisser et incline la tête avec un sourire reconnaissant quand elle m'apprend qu'elle allait me proposer de partager le thé avec elle.

Je me retrouve donc déchargée de mon précieux butin, à l'exception de la figurine que je tourne entre mes doigts, un peu pensive, un peu intimidée, quand je m'installe sur le tabouret ajouté à pour moi avec un nouveau "Merci". Je ne me suis pas sentie aussi timide depuis mes toutes premières missions, quand je craignais encore de rencontrer les autres chevaliers et pourtant… pourtant il y a quelque chose dans ce que dégage la patronne et son échoppe qui m'invitent à me détendre, à me sentir… presque chez moi, en fait, j'en suis certaine maintenant.

Je pince les lèvres, brièvement, quand je suis interrogée sur mes préoccupations parce que je voudrais parler de tout ça, bien sûr, mais qu'il faut que je trouve les mots pour ne rien révéler de qui je suis et de ce que je fais réellement.
Et puis…
Et puis il y a ce je vois rarement des vôtres qui me fait m'interroger. Les miens? Parle-t-elle des créatures? De l'ordre? D'autre chose encore? Je voudrais lui demander ce qu'elle entend exactement par là mais je ne m'en sens pas le courage, pas tout de suite.

"Danaé."
Je souffle avec un sourire, et je dépose délicatement ma figurine pour lui tendre une main comme Zéphyr m'a appris que cela se faisait.

"C'est mon travail."
Je commence doucement, la tête inclinée, en cherchant les bons mots, ceux qui expliqueraient bien sans rien révéler. "Je suis infirmière en maison médicalisée. J'y reçois des patients dont la convalescence va être longue, ou qui ont besoin d'une étape de transition entre l'hôpital et le retour à la vie… normale. Mais à cause de mon parcours on m'a demandé de l'aide pour une autre tâche, qui n'a rien à voir avec mes attributions habituelles et… et je me demande si j'ai bien fait d'accepter."

Ça n'explique même pas la moitié de ce que je ressens, même pas la moitié de ce qui me pose problème, alors je prends le temps d'une gorgée de thé pour chercher plus de mots, plus de formulations détournées.

"J'ai mené une vie… atypique, avant ce travail. On a dû retrouver quelqu'un qui menait le même style de vie et le faire prendre en charge pour éviter qu'il devienne dangereux pour les autres mais… les circonstances sont compliquées et au plus j'y pense au moins je suis satisfaite de la solution qu'on a appliquée."

Après tout ce n'est pas de sa faute si son territoire s'est réduit à peau de chagrin parce que les humains ont besoin de couvrir le moindre carré de nature de béton ou de cultures. Il n'est pas responsable de la quasi-destruction de son écosystème, ce qui l'a obligé à se rapprocher des villes pour chasser des animaux de compagnie et fouiller les poubelles. Je suis bien placée pour savoir que les humains font de mauvaises proies. On ne les chasse qu'en dernier recours, quand il ne reste rien d'autre, parce qu'ils sont trop nombreux, trop dangereux.

"Je crois que je vois un peu de moi en lui."
Je soupire finalement, les épaules basses. Je n'ai pas de quoi me plaindre, pourtant. Je suis payée, j'ai un joli logement, on me laisse même prendre des vacances à l'étranger tant qu'il n'y a pas absolument besoin de moi au QG.
Revenir en haut Aller en bas
Message That unwanted animal Empty
Ven 31 Juil - 12:34

Recrue
Points : 322
Messages : 11
Habitation permanente : Un vieil immeuble parisien
Occupation : Commerçante
Saskia Alvarez

Saskia Alvarez
La main de Danaé rencontre celle de Saskia qui l'enserre brièvement dans une poigne ferme et pleine de bagues. Elle garde un instant sa paume dans la sienne, scrute ses yeux, son visage, et puis lâche un demi sourire avant de la lâcher et de poursuivre.

- Je m'appelle Saskia, et voici Luela, qui travaille ici quelques temps, le temps de sa convalescence, justement.


La blixe exhibe ses doigts bandés, et les deux femmes observent la lamia qui confie ses états d'âme. La sorcière la laisse poursuivre, et ce faisant, se saisit de la statuette qu'elle tourne et retourne entre ses doigts comme si elle examinait une pièce particulièrement intéressante. Les paupières, lourdes, et comme lestées plus encore par le fard qui les couvre, battent un peu comme des ailes d'un papillon anthracite, frangé de longs, longs cils, sous lesquels s'embusquent des pupilles profondes comme des nuits d'été. La lueur s'y loge, reflétée par les boiseries, les vitrines, les bougies.

- Danaé, dit-elle au bout d'un moment, je sais ce que vous êtes.

Il n'y a pas de menace dans ces quelques mots, mais une simple constatation alors qu'elle repose le jouet sur le comptoir et le fait glisser vers elle, ce qui attire le regard du chat.

- Vous n'avez pas besoin de vous cacher, ici,
reprend-elle d'un ton plus doux pour désamorcer ce qui aurait pu transparaître dans ses mots. Nous savons.

- Je croyais que tu m'avais reconnue,
confie Luela en sirotant son thé. Je ne suis pas humaine, moi non plus.

Saskia croise les bras et pose son coude dans le creux de sa main pour observer Danaé avec un brin d'amusement. Elle avait envoyé exprès Luela pour la saluer, en espérant que, voyant une sœur de magie, la lamia comprendrait qu'elle est dans un lieu sûr à bien plus d'égards qu'il n'y paraît de prime abord. Sans effet, visiblement.

- Alors, dites-moi, votre patient n'est pas un patient ordinaire, n'est-ce pas ? C'est qu'il doit être spécial, pour que vous en soyez venue à vous voir, un peu, dans ce qu'il est.

Une pause. Sa voix est calme et maîtrisée, elle se faufile, et elle a quelque chose d'aussi enveloppant que semble l'être l'étoffe profonde de son châle et le parfum qui l'imprègne, comme une aura. Profond, cotonneux, insondable. Une flaque où disparaître, dans le confort rassurant de l'ombre.

- Je comprendrai si vous préférez rester discrète, cependant, ajoute Saskia en souriant.
Revenir en haut Aller en bas
Message That unwanted animal Empty
Mar 4 Aoû - 4:03

Home is made of love, dreams and warm pancakes
Points : 4881
Messages : 82
Danaé

Danaé
"Oh." Merde.

Je suis repérée, donc. Je cligne lentement des yeux en me demandant comment avant de porter machinalement une main à ma nuque. Je m'aperçois que je me suis tendue lorsque Saskia m'affirme que je n'ai pas besoin de me cacher, qu'elles savent, et que je commence à me détendre, processus qui s'achève avec la déclaration de Luela.

"Non, du tout."

Je confirme doucement, presque sur un ton d'excuse. Je me demande si je l'aurais reconnue si j'avais pris du beurre ce matin. Je secoue la tête quand la patronne continue à propos de mon patient parce qu'il n'a, effectivement, rien d'ordinaire.

Rester discrète serait sans doute la chose à faire mais… Mais j'ai besoin d'en parler, et personne dont je me sente suffisamment proche au sein de l'ordre pour le faire. Je n'ai qu'à éviter de trop m'approcher de tout ce qui concerne les chevaliers.

"Pendant presque toute ma vie j'ai été une créature d'ombre. C'est pour ça qu'on m'a envoyée, parce qu'il en est une et qu'il est un reptile. Ils ont pensé, à raison, que je saurais comment le trouver. Et une fois que ça a été fait… il a été déplacé. Aussi bien pour la protection des humains que pour la sienne. Mais…"

Je pianote du bout des doigts sur ma tasse de thé pendant un instant, avant de soupirer.

"J'ai été capturée par un braconnier. Il m'a vendue et j'ai été enfermée chez une collectionneuse pendant un temps avant d'être sociabilisée et sortie de là. Il sera sans doute mieux traité que je ne l'ai été mais peu importe la taille, peu importe les installations, une cage reste une cage."

Et c'est moi qui l'y ai jeté.
Alors que je sais ce que ça fait. Alors que je me sens à l'étroit dans ma vie de consultante comme dans une mue trop petite. Mais cette vie-là, aussi déplaisante puisse-t-elle me paraître à cet instant, est bien plus confortable que celle que doivent mener les résidents des sanctuaires. Je peux me glisser dans le monde des humains, vivre parmi eux et profiter de leur territoire toujours plus large aux dépends des autres espèces.
Je me demande si ma tanière est toujours là, ou si quelqu'un a décidé que ce serait un bon emplacement pour un nouveau centre commercial, comme s'il n'y en avait pas déjà assez.
Je me demande si les ruines qui m'ont vue naître sont devenues un piège à touriste.

"Je regrette de ne pas avoir refusé."
Revenir en haut Aller en bas
Message That unwanted animal Empty
Mer 5 Aoû - 11:23

Recrue
Points : 322
Messages : 11
Habitation permanente : Un vieil immeuble parisien
Occupation : Commerçante
Saskia Alvarez

Saskia Alvarez
Saskia oscille du chef, un sourire énigmatique sur les lèvres : elle s'amuse un peu de la réaction de Danaé. Ses bagues chargées de lourds joyaux aux reflets mats répondent aux lueurs dans ses yeux, dans ceux du félin qui s'est assis à côté d'elle et toutes ces loupiotes regardent Danaé en tissant le silence d'une écoute cent et mille fois tendue à la façon d'une toile, d'un filet qui recueille les confidences au secret de l'ombre feutrée du lieu.

- Je suis désolée de l'entendre,
dit-elle une fois que la lamia s'est tue. Les mauvais souvenirs qui se répercutent et les traumatismes contagieux, ça rend difficile d'oublier le passé quand on en fait une arme contre ses semblables.

Son sourire se durcit, retrousse des lèvres fines sur une dentition blanche comme la perle, creuse des ridules sèches comme des ravins dans le front altier de la sorcière. Quelque chose, là, chuchote un soupçon d'amertume.

- Nos chers bons et nobles chevaliers ont une vision bien précise de ce que doit être l'ordre du monde, poursuit-elle, et il ne laisse guère de place à la variation et au chaos inhérent à son état premier. Je comprends votre malaise, ma chère. Ce n'est pas un schéma où il est aisé de s'insérer, quand on ne respecte pas le modèle préalable.

Ce disant, elle étend une main qui serre brièvement la sienne dans un geste plein d'une sobre et franche sollicitude. La serre de la corneille referme ses doigts minces et les laisse juste un instant, le temps pour Saskia d'accrocher le regard de Danaé. L'ombre et la lumière, le pire et le meilleur, voilà qui lui est bien familier, parce qu'après tout c'est qu'elle a les mêmes dedans le coeur et dedans la bouche, parce qu'elle appartient de plein droit aux deux. C'est tout ce que respire cet endroit : l'entre-deux incertain, aube et crépuscule, où les deux se noient et s'emmêlent.

- A vous entendre, on croirait que vous ne savez plus très bien où est votre place.

La phrase fuse, presque anodine, alors que la sorcière s'est légèrement détournée pour boire quelques gorgées de sa tasse.

- Mais peut-être que ce qui vous trouble autant peut devenir un atout, ne trouvez-vous pas ? Vous savez ce que c'est d'être d'un côté des barreaux, et puis de l'autre. Sans doute qu'il y a quelque chose à creuser là, peut-être que vous pouvez trouver quelque chose à faire pour tempérer le fait que le monde est cruel et injuste, et que les humains passent un temps considérable à se mettre eux-mêmes en péril et à blâmer ceux qui se trouvent réduits à leur faire violence par leur seule existence.
Revenir en haut Aller en bas
Message That unwanted animal Empty
Jeu 6 Aoû - 8:50

Home is made of love, dreams and warm pancakes
Points : 4881
Messages : 82
Danaé

Danaé
Chevaliers. Saskia sait, donc, et je soupire de soulagement. Il n'y a plus de risque que je fasse un faux pas, que j'en dise trop. Elle sait et c'est un poids en moins sur mes épaules que de devoir tourner autour du sujet en en laissant entendre suffisamment sans pour autant citer de nom comme on le fait trop facilement entre membres de l'ordre.

Des doigts se referment sur les miens et je les regarde un instant, parce que je n'ai pas l'habitude d'être de ce côté du geste, avant de relever les yeux et de les plonger dans ceux de la patronne. Et quand elle parle à nouveau… la phrase touche juste, au seul détail que je n'ai jamais su où était ma place. La seule chose dont je suis sûre, c'est que ce n'est pas derrière une vitre en plexiglass.

"Peut-être…"

Je murmure, et j'essaye de réfléchir mais mon cerveau renâcle et mon imagination se rebiffe. Quand bien même je saurais, est-ce qu'on m'écouterait? Je ne suis que consultante après tout. Peut-être. Peut-être pas. Qu'est-ce que j'ai à perdre, après tout? Qu'est-ce qui pourrait arriver dans le pire des cas? Une autre cage. D'une taille raisonnable, pas moins solitaire, et ce sera douloureux le temps de la transition puis je m'y ferais.
Je n'ai pas réellement d'amis, pas de famille, juste mon travail au sein de l'ordre.
Rien à perdre, donc.

"C'est justement un chevalier que je cherchais à éviter."

Je précise doucement, parce que maintenant que le mot a été prononcé je n'ai plus de raisons de le cacher. Un nœud douloureux se forme dans ma poitrine comme à chaque fois que je pense à ce que nous aurions pu être, à ce que nous ne serions jamais.

"Celui qui m'a tirée de ma cage. J'ai vécu un temps avec lui parce qu'il a fallut que je m'adapte à son monde, au monde des humains, mais il n'a pas su voir que j'avais grandi. Au lieu de relâcher son emprise sur moi il n'a fait qu'essayer de m'étouffer de plus en plus, jusqu'à ce que je craque et que je le chasse de ma vie parce que mes écailles avaient commencé à se multiplier."

J'ignore si Saskia connaît les lamias, si elle comprendra. Est-ce que Luela sait, elle? Au fond ça n'a pas grande importance. Elles doivent au moins saisir l'essentiel, que ce n'était pas bon signe.

"Je suis en vacances, et je n'ai pas encore prévu mon retour. Je pourrais peut-être passer un peu de temps ici? Ça pourrait aider tes mains à guérir."

Je demande et je propose tout à la fois, en me tournant vers l'une puis vers l'autre. Il y a forcément quelque chose que je peux faire pour elles, pour aider un peu, en échange de quelques heures dans un lieu qui me fait penser à chez moi, les chevaliers en moins et des femmes bienveillantes en plus.
Revenir en haut Aller en bas
Message That unwanted animal Empty
Jeu 6 Aoû - 15:02

Recrue
Points : 322
Messages : 11
Habitation permanente : Un vieil immeuble parisien
Occupation : Commerçante
Saskia Alvarez

Saskia Alvarez
Le regard de Saskia accroche celui de la lamia, confiant, sûr, perçant. Il s'ancre comme un harpon, et elle sourit en devinant l'incertitude dans sa réponse laconique. "Peut-être", répond-elle, mais la sorcière se contente de son expression de madone sévère, comme si elle connaissait une réponse qu'elle était la seule à savoir. Voilà qui est pour elle une piste intéressante, sans doute bien plus prometteuse que ce que Danaé a l'air de croire.

Et puis elle reprend, elle déroule le fil de son histoire et les deux femmes près d'elle échangent un regard entendu. Bien sûr qu'il y a aussi un homme, dans l'affaire, il y en a toujours un... L'histoire est toujours un peu la même. Des grappins, des chaînes, des prisons, et l'espace d'un instant, le regard de Saskia se partage entre une profonde amertume sans illusions, mais aussi, étrangement, une compassion qui ne se dit pas, et qui file dans le fond de ses yeux noirs avec la légèreté d'une plume. De nouveau, elle tend sa main pour effleurer le poignet de son invitée.

- Sortir d'une prison pour tomber dans une autre, voilà un sort cruel que vous ne méritiez décidément pas.

Et parfois, les cages sont plus douces que d'autres, mais même dorée, une prison reste une prison. C'est toujours le même refrain, quand les amours se retournent contre soi pour fermer à double tour toutes les portes et tarir tous les espoirs. Au moins, la décision a été prise, et il faut avoir goûté à cette souffrance là pour savoir ce qu'il faut de courage et de ténacité pour s'arracher à cela. Le regard de Saskia s'infléchit, comme sa voix, d'un peu plus de cette compassion grave et retenue ; ce n'est pas de la pitié, car elle lui est presque étrangère, mais une reconnaissance tacite des blessures de l'autre quand elle en devine la saveur.

- Vous avez dit vouloir éviter quelqu'un, tout à l'heure. Je comprends tout à fait et sachez que, eh bien. Vous n'êtes pas la seule dans ce cas, ici. J'ai coutume d'ouvrir ma porte à qui le demande, et surtout aux personnes dans votre situation. Vous êtes la bienvenue ici et vous pourrez rester autant qu'il vous plaira, en échange de quelque chose.

Le sourire demeure, et Saskia oscille légèrement du chef. Des choses et d'autres pourront être mises à profit, à n'en pas douter, même si elle a comme idée que c'est pas son établissement qui tirera le plus de bénéfices de cette entente.

- Vos bons soins à Luela pourront faire l'affaire, mais si vous avez un peu de talent dans les tâches ménagères, nous saurons nous en accommoder également, conclut-elle.

- Un peu d'aide sera toujours bienvenue, renchérit Luela en souriant, et elle agite légèrement ses doigts raidis par les pansements. Et puis, peut-être que ça vous fera du bien à vous aussi de rester quelque part où personne n'essaie de vous enfermer, ni de vous obliger à être ce que vous ne voulez pas.

Le sourire et la voix douce de la blixe font un contraste curieux avec l'assurance calme de la sorcière qui trône derrière le comptoir mais l'un dans l'autre, le message reste le même.

- Vous êtes la première lamia que nous accueillons ici mais certainement ni la seule, ni la dernière Entité -la majuscule est tout à fait perceptible dans sa voix de la sorcière qui reprend la parole- à loger ici. Mais avant toute chose, peut-être que nous pourrions commencer par régler vos achats, avant de discuter du reste.

Ce disant, elle lui sourit de nouveau, avec chaleur.
Revenir en haut Aller en bas
Message That unwanted animal Empty
Jeu 1 Oct - 10:49

Home is made of love, dreams and warm pancakes
Points : 4881
Messages : 82
Danaé

Danaé
Je suis un peu surprise d'apprendre que Saskia a coutume d'ouvrir sa porte à ceux qui le demandent, moi compris donc, et que je ne suis pas la seule ici à chercher à fuir quelqu'un. Je sens ma lèvre inférieure trembler un peu quand je me demande combien de femmes ont dû se réfugier ici et je hoche vivement la tête quand elle m'explique que je pourrais rester autant que je le souhaite, en échange de quelque chose.

"Oui, bien sûr!"

Je souffle quand elle parle de soins et de tâches ménagères, parce que c'est quelque chose dont je suis capable. Quelque chose que je connais, que je fais bien. Quelque chose de familier et qui, peut-être à cause de ma nature, a toujours été réconfortant.

"Ce sera très volontiers."

J'ajoute pour Luela, et son sourire fait se tordre quelque chose dans ma poitrine. C'est ridicule, j'en ai bien conscience, et pourtant c'est la première fois que je me sens vraiment la bienvenue quelque part.
Hormis auprès d'Ether, mais c'est quelque chose que je préfèrerais oublier vu la manière dont les choses se sont terminées -ah la belle blague!- entre lui et moi. Peut-être que je finirais par leur parler de lui, autour d'une tasse de thé, mais pas aujourd'hui.

J'écoute Saskia m'expliquer que je ne suis ni la première ni la dernière Entité à loger là, et je dois admettre que le terme me plaît beaucoup plus que les autres que j'ai eu l'occasion d'entendre.
J'ai les yeux humides quand je me lève pour aller déposer ma figurine à côté du reste de mes achats, chaque chose en son temps, et je me retrouve obligée de m'essuyer les yeux alors que je fouille mon sac à main pour retrouver mon portefeuille.

"Pardon, c'est juste…" Je commence, avant de m'interrompre à cause d'un petit rire nerveux. "Je n'ai pas vraiment l'habitude. En temps normal c'est plutôt moi qui écoute."

Je me justifie par réflexe, peut-être plus pour moi-même que pour les deux femmes face à moi. Il ne m'arrive que rarement de pleurer, surtout de soulagement, et je m'en sens un peu gênée. Jusqu'ici, à part quand Victoria a récupéré la petite Marjan, c'est toujours moi qui ai soutenu les autres, et me retrouver dans la position inverse me rend plus émotive que je ne l'aurais cru.
Revenir en haut Aller en bas
Message That unwanted animal Empty
Lun 19 Oct - 14:08

Recrue
Points : 322
Messages : 11
Habitation permanente : Un vieil immeuble parisien
Occupation : Commerçante
Saskia Alvarez

Saskia Alvarez
Autour d'elle, le silence. Danaé parle peu, et le silence l'écoute : des yeux qui s'ouvrent, des voix qui se taisent, des oreilles tendues, bien plus sans doute que celles qu'on peut voir. Le bois lui-même craque et s'ouvre les veines à force de tant de chagrins qu'il accueille dans ses planchers qui grincent.

"En temps normal c'est plutôt moi qui écoute."

Saskia sourit, incline lentement la tête de côté, comme un oiseau intrigué, et une mèche noire, très noire, coule de son chignon pour s'enrouler le long de sa gorge. Elle sourit, lentement, et ses yeux plissent tout doucement. Luela, sans coup férir, a déjà sorti gracieusement un mouchoir de sa poche, pour le tendre à Danaé, l'air de rien.

- Il y a bien de choses à écouter ici, aussi. Mais parfois il est bon de se rappeler qu'on a une voix.

Ces brèves paroles dites, elle pianote sur la caisse enregistreuse qui tinte et crachote un ticket. La transaction est expédiée et déjà la patronne se lève, tourbillon de jupes ébènes, corsage et froufrous en étendard, pour emmener la nouvelle pensionnaire jusque dans l'endroit le plus important de la maison, bien plus que cette façade à demi ironique qui sert d'appât et de phare dans la nuit pour les papillons égarés. Le seuil, au fond de la boutique, n'est guère matérialisé que par un rideau de perles et des grigris qui n'ont de sens que pour ceux, et surtout celles qui ont l’œil assez ouvert pour les voir. Il y a des couronnes de romarin, bien vert et tressé serré, des coquillages gravés, des pupilles peintes et des signes peints qui font certes très joli, mais sont aussi là pour garder l'entrée du véritable sanctuaire.

Là, juste derrière, c'est comme passer de l'autre côté d'un miroir : la surface, toute fine, se crève et voilà qu'on se retrouve dans un autre endroit. On entend toujours un peu la rumeur citadine qui bruisse ses moteurs et ses fumées, mais là, tout est calme, et tout vit. Des courses feutrées, à l'étage, des sons de voix, des chants et des parfums s'entremêlent dans la quiétude d'une maison qui respire comme un arbre immense chargé d'oiseaux. On aperçoit un jardin, l'ombre d'un tilleul, des carrés de simple et une vasque jalousement gardée par une corneille qui s'ébroue. Gauche, un couloir avec au bout une cage d'escalier, toute de marbre, fer forgé et vieilleries saumâtres, ouvre ce qui est probablement l'une de ces perspectives vertigineuses que renferment les vieux immeubles parisiens. Droite, la cuisine, ses cuivres et ses placards démodés, sa fenêtre festonnée de dentelle reteinte à la nicotine et ses effluves surannés qui se mêlent à ceux, bien réels, d'une vie domestique ininterrompue.

C'est un lieu qui se tait, c'est un lieu qui écoute, et qui accueille aussi. Partout la main patiente a poncé, ravaudé, ciré, rétamé, poli, lavé, les vieilles choses et les nouvelles, celles qui durent et celles qui passent d'un rien. C'est un lieu qui se tait, mais par-dessus tout, c'est un lieu qui est aimé, alors, peut-être bien qu'il arrive à en rendre un peu, à son tour.

- Mesdames, nous avons une nouvelle invitée,
annonce Saskia à la petite troupe disparate présentement occupée à diverses activités autour de la grande table qui occupe une partie de la pièce.

Plusieurs paires d'yeux curieux se lèvent et l'on sourit, on salue, tandis que les aiguilles à tricoter cliquètent en accrochant la lueur de la cheminée, que des ongles percent la peau des fruits épluchés et jetés dans un bol, que les coquilles craquent et que mille petites choses se font et s'apprennent. Elles sont cinq, en plus des deux chats qui vont et viennent entre leurs jambes : le matou noir du comptoir a escorté Danaé depuis la boutique, et reste à distance. Parmi les femmes, la plus âgée, qui manie vigoureusement un casse-noix et ne s'arrête pas un instant dans sa cadence infernale, a les cheveux aussi blancs que ceux de Saskia sont noirs de jais. Ses yeux humides, qui se lèvent un instant sur la lamia, sont grassement cernés de khôl qui file dans les ridules de ses paupières tombantes. Sur son menton et son front, des tatouages à l'encre vert sombre se distinguent faiblement, et tracent des points et des lignes qui s'animent, faiblement, quand elle esquisse un sourire en haussant les sourcils.

- En voilà une qu'on a pas l'habitude de voir, commente-elle d'une voix qui traverse sans efforts le murmure des conversations tout juste interrompues. Bienvenue, ma sœur.

Est-ce un effet de lumière ? L’œil qui cligne semble se rabattre, l'espace d'un instant, sur une pupille rectangulaire et quand elle secoue son tablier pour en faire tomber quelques éclats de coquilles, le bruit mat d'un sabot claque contre le carrelage. Ou bien est-ce un talon haut ? C'est que chaque visage paraît cacher quelque chose, derrière la calme surface des choses.

- Est-ce qu'on doit compter une de plus à dîner ?
S'enquiert une autre, en adressant un sourire encourageant à Danaé.

C'est une toute petite femme rousse et toute jeune qui passe brièvement devant elles, une bassine à confiture dans les bras. Elle s'arrête, juste un instant, pour dévisager avec une curiosité espiègle qui lui fait ouvrir tout grand les yeux.

- N'ayez pas peur de déranger, souffle Saskia, tout bas, en souriant à son tour.
Revenir en haut Aller en bas

That unwanted animal

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Old Fyre :: Le monde :: L'Europe-