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Sam 23 Mai - 21:56

Toujours savoir tirer mérite des actes auxquels la nécessité nous contraint
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Age : 30
Habitation permanente : À Old Fyre, dans l’appartement qu’elle partage avec Tullio et Elana Cavaleri. Elle a aussi un appartement en Italie, bien qu’elle n’y soit pas très souvent ces temps-ci.
Occupation : Anciennement détective, maintenant chevalière à temps plein.
Victoria Machiavel

Victoria Machiavel
Gravé dans le bois, Victoria regarde le visage d’un homme tenu comme un masque dans la gueule d’un loup.  Sa mission de routine, au nom de l’Ordre, avait été vite effectuée, et cette représentation sculptée reflétait parfaitement la vraie raison de sa visite : elle cherchait un artéfact pour elle-même, ou plutôt, pour quelqu’un de son entourage aux prises avec la malédiction du loup.

Assise en indien dans l’intimité d’une hutte à sudation ouverte, elle avait raconté au vieux Mashku tous les détails et les motivations qui animaient sa recherche. Sous son œil sage et son silence inquisiteur, elle avait avoué plus qu’elle n’était d’abord prête à le faire, racontant sa mésaventure, en passant par son agression, à sa confusion, à sa peur, et en insistant surtout sur la rage qui l’habitait encore et qui l’empêchait souvent d’être objective. Elle avait parlé calmement, mais en sentant l’ire tourner dans son ventre, se coincer dans sa gorge et monter à la limite de ses cils.      

Au terme d’une longue discussion qui l’avait laissée vulnérable et au bord des larmes, l’homme lui avait promis de l’aider à trouver ce qu’elle cherchait à une condition – celle de traverser quatre portes – ce qui l’avait amenée à sourire à son tour, avec curiosité, les canines découvertes dans une incompréhension moqueuse. En face d’elle, le gardien de Takuatshin était impassible, mais il pétillait dans ses yeux courbés une malice bienveillante que Victoria discernait et admirait, à laquelle elle aspirait, et devant laquelle elle se pliait pour le moment avec avec la révérence humble d'une apprentie.

Le lendemain, après avoir été balayée de fumée aromatique à l’aide d'une aile de corbeau décorée de tissus colorés, de coquillages et de perles d’os, on l’envoie donc choisir, dans l’eau de la rivière – représentation de la vie qui passe – les pierres rondes érodées par le courant qu’on appelait Nimushum et Nukum – les grands-parents – afin de construire le feu ancestral qui brûlerait à côté de l’eau et de la tortue d’offrandes.  

On lui avait demandé de porter une jupe longue et elle avait trouvé un vêtement boho ample qui dansait autour de ses mollets à chacun de ses pas. Ce n’était certainement pas son style vestimentaire habituel, mais on lui avait expliqué que l’ourlet – ouvert en parallèle au sol – était une connexion privilégiée entre son esprit de femme et celui de la terre-mère, et que celle-ci était indispensable pour ressentir les battements de son cœur qu’il faudrait traduire en battant du tambour. Avant l’inipi – le rituel des quatre portes qu’elle s’apprêtait à vivre – seules les femmes en jouaient tandis que les hommes, eux, préparaient le feu et chauffaient les grands-parents.

Les pierres ardentes seraient ensuite amenées dans la hutte de sudation fermée, isolée et isolante, et seraient aspergées d’eau et d’herbes sacrées : la sauge, le foin d'odeur, le cèdre et le tabac. Victoria en trouve la chaleur et l’odeur étouffante, débilitante, et est rapidement gagnée par une fièvre qui l’amène à la limite du délire. La voix de Mashku est paisible pendant qu’il chante et la guide dans une méditation profonde. Ainsi, une heure entière passe avant qu’il n’ouvre enfin la porte de fourrure, laissant entrer le vent glacé de l’automne que Victoria aspire dans un souffle désespéré.

- C’était la porte de l’Est, dit-il doucement, celle qui a purifié ton corps. La prochaine sera pour ton esprit.      

L’éclat de rire lunatique qui jaillit alors de sa gorge est puissant, long et incontrôlable, aussi cynique qu’il est résigné ; c’est qu’elle vient de comprendre qu’il lui restait encore trois heures à ce supplice qu’elle croyait enfin terminé.  

En plus des chants, la porte du Sud est ponctuée de questions auxquelles elle répond, parfois verbalement, parfois mentalement, mais toujours dans un chaos d’émotions intenses qui l’amènent à pleurer longtemps et qui la laissent complètement drainée avant même qu’on ouvre à nouveau la loge pour marquer la moitié du rituel.

Elle passe ensuite la porte l’Ouest dans une presque-léthargie qui l’amène à se coucher sur le dos. À la commissure entre la hutte et le sol, là où entre l’air extérieur, il y un infime courant de fraîcheur, convoitée avec avidité, qu’elle retrouve aussi en enfonçant profondément ses doigts dans la terre fraîche du sol automnal.  

La dernière porte, celle du Nord, se termine alors que tombe une très légère neige d’automne, qui fondrait très vite, mais qui recouvrait pour le moment l’horizon d’un blanc immaculé à l’image de son esprit supposément purifié par cette cérémonie.  

Victoria est légèrement vêtue, et complètement trempée, pieds nus également, et pourtant le demi-kilomètre de marche à faire pour rentrer à la demeure du gardien est confortable. Épuisée, elle avance lentement en faisant fondre la neige sous chaque pas, en laissant aussi derrière elle une exhalaison de vapeur opaque alors que son corps évacue la chaleur longtemps accumulée.  

On l’embrasse à bras ouverts, avec une serviette duveteuse, quand elle entre enfin dans la maison et elle s’abandonne au confort d’un canapé en mangeant distraitement – perdue dans une contemplation silencieuse de l’expérience qu’elle venait de vivre – les légumes et les fruits frais qu’on lui offre. Ensuite, on l’invite à manger le pemmican pour reprendre des forces, et quand elle commence à se sentir à nouveau elle-même, on lui passe l’ushpuakan – ou calumet – qu’on fume en cercle pour alimenter les rêves.  Rapidement, elle sourit et elle rit doucement près du feu avec les autres personnes présentes alors que Grand-père Mashku leur sort le grand jeu en dessinant sur la pierre plate amenée au centre de la pièce les memekueshu d’où naissent non seulement les animaux qui peuplent la pierre, mais aussi les créatures magiques qui alimentent les histoires racontées jusqu’à tard dans la nuit.

C’est à travers l’une de ses légendes, une que le vieux gardien raconte en posant sur elle un regard entendu, qu’il lui explique comment elle trouvera ce qu’elle était venue chercher.

... Ce n’était pas gagné, mais c’était un début.

Après la meilleure nuit de sommeil de sa vie, elle s’apprête à repartir en direction d’Old Fyre quand la porte de sa chambre s’ouvre et qu’elle tourne la tête en lançant une salutation interrogative à qui s’apprêtait à enter.  


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Lun 25 Mai - 10:43

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Habitation permanente : Sanctuaire de Takuatshin (va changer rapidement)
Occupation : Civile - Petite-fille du Gardien de Takuatshi,
Shikuan Albarède

Shikuan Albarède
Shikuan arriva dans la clairière d’un pas enthousiaste, mais rendu plus mesuré qu’à son habitude par le respect qu’elle avait pour l’occasion. Un inipi, le rituel des quatre portes, devait se tenir ce jour-là, et son grand-père avait, comme toujours, convié des Innus de la région, ainsi qu’un chevalier de l’Ordre en visite à Takuatshin, qu’elle avait hâte de rencontrer. La jeune fille salua différentes personnes, joyeusement, et discuta avec l’une, avec l’autre, ravie de retrouver de vieilles connaissances.

Elle distingua alors, à moitié dissimulée derrière la tête haut perchée de son cousin Uapan, qui discutait avec une vieille femme Innue, une masse de boucles brunes dans lesquelles le soleil faisait danser des reflets lumineux. Un sentiment de familiarité l’envahit immédiatement. Se pouvait-il que … ? Uapan se décala alors pour montrer quelque chose à la vieille femme, elle elle reconnut le profil de Victoria Machiavel, qui discutait avec son grand-père. Elle se souvint qu’il avait passé une bonne partie de la journée de la veille en compagnie du chevalier en visite, et soudain, la lumière se fit dans son esprit. C’était vraiment Victoria !

Sans même se rendre compte que son interlocuteur lui parlait dans le vide, Shikuan s’élança dans la direction de la chevalière. Elle bouscula légèrement son cousin au passage et s’excusa tout en poursuivant sa route. Elle coupa enfin la parole à son grand-père (sans avoir saisi un traitre mot de leur conversation) lorsqu’elle sauta sur la visiteuse inattendue pour la prendre dans ses bras.
- Viki !!! s’exclama-t-elle.
C’était le surnom qu’elle lui donnait, enfant, lorsqu’elle était incapable de prononcer le nom « Victoria », ou même son véritable surnom, « Toria ». Elles avaient fait connaissance alors que Shikuan n’avait pas tout à fait un an et demi. A l’époque, la fillette marchait encore avec difficulté, mais rampait avec ténacité à la suite de Victoria dès qu’elle le pouvait, en babillant gaiement les quelques mots qu’elle commençait à maitriser, dont « Viki » faisait partie. Jusqu’à présent, ses seuls souvenirs de cette période avaient été des souvenirs « construits » grâce aux récits de son cousin, mais elle avait tout de même fait à Viki une place dans la section « Visiteurs » de son journal. Pourtant, en la voyant, elle s’était immédiatement souvenue de son rire contagieux et de ses yeux espiègles.

Mais la Victoria qui lui faisait face avait une allure bien différente de celle de ses souvenirs. Ses yeux ne pétillaient pas aujourd’hui, son visage était sérieux, et ses traits semblaient accuser la fatigue. Shikuan la lâcha et recula d’un petit pas, sous le regard de son grand-père, qu’elle supposait désapprobateur sans même avoir besoin de se tourner vers lui.
- Pardon, s’excusa-t-elle. Vous avez l’air occupés tous les deux, je vais vous laisser. Victoria, c’est chouette de te revoir, j’espère qu’on se croisera plus tard !
Sur ces mots, elle s’éloigna lestement en direction d’un ami de son cousin, soucieuse de ne pas s’imposer plus longtemps. Le moment était mal choisi, elle l’avait compris, et elle regrettait son erreur. Si Victoria n’allait pas bien, elle ne souhaitait vraiment pas aggraver les choses.

Les conversations se tarirent peu de temps après, et Shikuan rejoignit les femmes qui battaient le grand tambour en chantant à pleine voix. Elle connaissait désormais par cœur les paroles, dans la langue des Innus. Bien que ces rituels ne soient pas fréquents, le rythme du tambour lui vint sans mal, et elle le frappa à l’unisson des autres, saisie par cette chaleureuse harmonie. Les bâtons étaient lourds juste ce qu’il fallait, et s’équilibraient parfaitement dans sa main. Elle joua longtemps, une heure peut-être et, même quand ses bras commencèrent à fatiguer, elle ne s’arrêta pas. C’était pour elle un honneur de pouvoir prendre part à l’inipi. Pendant ce temps, les hommes avaient allumé un grand feu et fait chauffer des pierres soigneusement choisies, qu’on appelait les grands-parents, pour une raison que la jeune fille ignorait mais au sujet de laquelle elle se nota mentalement d’interroger son cousin Uapan.

Lorsqu’ils entrèrent finalement dans la hutte de sudation, tous les participants avaient été préalablement purifiés à la fumée de sauge à l’aide d’une aile de corbeau aux plumes noires, couverte d’ornements qui, Shikuan le savait, appartenait à son grand-père. En entrant, chaque participant devait partager son souhait avec le gardien du feu, qui n’était autre que Uapan – en temps qu’apprenti de Mashku, cette mission était son devoir et son privilège.
- Je voudrais être plus sage, murmura-t-elle, si bas qu’elle n’était pas certaine qu’il l’aie entendue. J’agis toujours sans réfléchir…
Pour toute réponse, il lui adressa le même sourire doux qu’à tous les autres participants, avec un regard empreint néanmoins d’une tendresse toute particulière. Ils étaient cousins, mais ils avaient grandi ensemble, et il était comme un frère pour elle.

La hutte de sudation était plongée dans les ténèbres, comme l’exigeait le rituel, et les pierres chauffées y avaient été disposées et aspergées d’eau et de plantes odorantes. Il y régnait une grande chaleur et une odeur de plantes, que Shikuan trouva pour sa part forte, mais assez agréable. Les chants de son grand-père, Mashku Shotan, gardien de Takuatshin, plongèrent peu à peu les participants dans une forme de transe. Cette transe sembla agréable et reposante à la jeune Shikuan, et la plongea dans un apaisement si profond qu’elle remarqua à peine les ouvertures successives des portes.

Elle n’émergea véritablement qu’alors qu’ils étaient tous dans la maison, et mangea avec appétit – les rares fois où elle avait participé à ce rituel, il lui donnait toujours faim. Les fruits étaient frais et sucrés, les légumes tendres, et venaient de leurs propres cultures. Quant au pemmican, celui d’aujourd’hui était fait de viande de caribou des forêts et de baies d’amélanche, de groseilles et d’airelles. Elle le savait, puisqu’elle avait participé à sa préparation.

La jeune fille n’était jamais aussi sereine qu’après ce rituel, et se montra donc bien moins bavarde et agitée que dans la clairière. Lorsque l’ushpuakan tourna, elle prit une bouffée de sa fumée odorante comme les autres puisque, à seize ans et demi, elle était considérée comme une adulte par les siens – même si, lors de leurs échanges, sont grand-père s’appliquait parfois à l’oublier. Ainsi, se souvint-elle, la veille, ils s’étaient disputés car il la trouvait toujours trop jeune pour être chevalière, ce dont elle rêvait depuis son plus jeune âge.

Distraite, la jeune fille n’écouta les légendes de son grand-père que d’une oreille, contrairement à son habitude. Ce jour-là, de toute manière, il n’en raconta aucune qu’elle n’aie pas déjà entendue. Pendant ce temps, elle réfléchissait, non pas avec sa fougue et sa fureur de la veille, mais avec la clarté nouvelle que lui avait amené le rituel des quatre portes. Elle poursuivit ses réflexions longtemps après que les histoires se terminent, longtemps après que tous les autres se soient couchés, assise dans l’arbre qui se trouvait derrière sa fenêtre.
Au matin, avant même que l’aube ne commence à pointer, elle avait pris une décision.

Elle retourna dans sa chambre par la fenêtre et prit son grand sac, celui qu’elle emmenait lorsqu’ils partaient en forêt pour plusieurs jours. Elle y rassembla ses biens les plus précieux, notamment la seule photo de ses parents qu’elle possédait, mais aussi des affaires et vêtements dont elle pouvait avoir besoin et, bien sûr, son sacoche de forêt. Elle n’oubliait évidemment pas son précieux journal et la petite trousse qui ne le quittait jamais. Elle quitta à nouveau la chambre et referma la fenêtre, avant de descendre avec agilité le long de l’arbre. Arrivée à son pied, une surprise l’attendait.

Uapan était assis sur les racines de son arbre, l’air absorbé par le petit objet en bois qu’il était en train de tailler.

Après la meilleure nuit de sommeil de sa vie, elle s’apprête à repartir en direction d’Old Fyre quand la porte de sa chambre s’ouvre et qu’elle tourne la tête en lançant une salutation interrogative à qui s’apprêtait à enter.  Il ne dit rien, mais elle sut immédiatement qu’il l’avait remarquée.
- Oh, salut, Uapan… Bien dormi ?
- Oui… Et toi ? demanda-t-il simplement, comme s’il était tout à fait normal de la voir quitter sa chambre par la fenêtre en pleine nuit.
- Oui, oui, ça va, je… j’allais faire un tour.répondit-elle avec un sourire innocent.
Uapan leva enfin les yeux de son ouvrage et lui lança un regard qui en disait long.
- Bon, d’accord, d’accord… Grand-père ne me laissera jamais être chevalière. Alors je vais voir Victoria.
Uapan se leva simplement, en silence, rangeant son travail dans sa poche. Elle le fixa, perplexe.
- Si tu ne veux pas la rater, il faut qu’on y aille. Je crois bien qu’elle part ce matin.

La jeune fille fut stupéfaite, mais bien trop ravie pour protester. Ils partirent donc ensemble jusqu’aux bâtiments occupés par l’Ordre, et Uapan fut capable de trouver sans mal la chambre de Victoria. Shikuan hésita à frapper, puis prit la décision d’entrer directement, pour éviter d’ameuter tout le couloir. Elle ouvrit doucement la porte avant de chuchoter :
- Victoria ? C’est moi, Shikuan.
Elle ne s’en était pas rendue compte, mais elle était toujours vêtue de ses vêtements de la veille. Uapan, lui, était changé, le visage frais et les cheveux tressés.
- Je peux entrer ? Je voudrais te parler de quelque chose.
Uapan dansa soudain légèrement d'un pied sur l'autre, un peu gêné. Visiblement, il n'avait pas réfléchi au fait qu'accompagner sa cousine l'amènerait à entrer dans la chambre de Victoria, et l'idée semblait le mettre mal à l'aise - ce que, bien entendu, Shikuan ne remarqua à nouveau absolument pas.
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Mer 3 Juin - 4:38

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Habitation permanente : À Old Fyre, dans l’appartement qu’elle partage avec Tullio et Elana Cavaleri. Elle a aussi un appartement en Italie, bien qu’elle n’y soit pas très souvent ces temps-ci.
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Victoria Machiavel

Victoria Machiavel
Victoria se souvenait de Shikuan comme d’un bambin aux yeux bleus bridés et pétillants, tout comme l’était aussi son rire limpide et thérapeutique d’enfant heureuse. Or, celle qui s’était jetée à son cou la veille était presque devenue une femme, et Victoria s’était sentie, pour un instant au moins, soudainement très vieille. Tactile et chaleureuse, elle avait quand même accueilli son enthousiasme entre ses bras étonnés, jetant juste un regard prudent vers le grand-père qui, lui, l’avait calmement grondée du regard.

-Elle a beaucoup grandit, avait-elle commenté en regardant s’éloigner la jeune fille.    

- Les enfants font ça, avait-il répliqué, et sous son regard moqueur, Victoria –qu’il avait vu grandir – s’était à nouveau sentie toute jeune elle aussi.  

Plus tard, elle avait rejoint Shikuan et les autres femmes innues pour battre du tambour, pour vivre l’inipi, puis pour écouter les histoires du vieux Mashku.  C’est une vie paisible que connait cette enfant, s’était-elle dit, à la fois un peu septique et un peu envieuse au moment de s’endormir, épuisée, mais paisible pour la première fois depuis plusieurs mois.

- Entre Kuanita, accorde-t-elle le lendemain, en restant pour quelques instants encore concentrée sur l’organisation de son sac surchargé de cadeaux offerts par les visiteurs de la vieille. Manifestement, Victoria était peu traumatisée à l’idée d’exposer Shikuan à la camisole et aux shorts de soie qu’elle portait encore en guise de pyjama.  

De son propre sac, son regard glisse sur le sien avant de remonter sur son visage fébrile ; cils papillonnants et sourcils relevés, Victoria questionne en silence son intention alors même qu’elle l’avait compris instantanément.  Son regard remonte ensuite vers le jeune homme qui l’accompagne – sans doute pour l’appuyer dans sa démarche – et elle renâcle devant son malaise évident. Alors que les Innus avaient généralement des mœurs plutôt libérées, Uapan semblait… Pour le moins timide. Malgré son visage stoïque, ses yeux étaient hésitants, préférant manifestement les perdre dans ses propres tresses plutôt que sur les formes de Victoria…  Il faut dire que, tout comme sa jeune cousine, il n’avait sans doute pas eu beaucoup d’interactions sociales en dehors du cercle familial... Amusée, Victoria lui envoie un petit clin d’œil railleur qui le fait rougir à défaut de broncher.  

Elle laisse ensuite la jeune fille l’inonder d’un flot sans fin de paroles en hochant vaguement de la tête, en pinçant des lèvres et en jetant des coups d’œil, à l’occasion, vers son aîné qui l’appuyait malgré son embarras évident.  

- Et j’imagine que Mashku n’est pas au courant de … Hum, plutôt, qu’il n’est pas d’accord avec ton départ ?

Ça sonne presque comme une question, mais c’est clairement un constat.

Aussi éclairé puisse-il être, Victoria doit reconnaître que le vieil homme semblait être un tuteur un peu étouffant pour Shikuan qui, elle, avait manifestement besoin de plus d’espace et de stimulus que ce que pouvait offrir les frontières cloîtrées d’un sanctuaire, lui-même caché dans une réserve autochtone. C’était, en somme, une boite dans une boite ; du suremballage, vraiment, pour empaqueter une jeune femme qui avait le potentiel de développer sa propre cuirasse.  

Victoria la contemple, un moment, yeux dorés, aiguisés dans une réflexion profonde, mais rapide ; après tout, elle était en position de comprendre son besoin de voler de ses propres ailes, et très mal placée pour l’en dissuader.  

- Explique-moi ce que tu cherches à accomplir et expose-moi ton plan d’action. Qu'est-ce que tu comptes faire si tu sors d'ici ?

Lance-t-elle sur un ton didactique, en croisant les bras sur sa poitrine avec une sévérité simulée, faisant au passage rougir Uapan de plus belle.


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Dim 21 Juin - 15:05

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Shikuan Albarède

Shikuan Albarède
A l’invitation de Victoria, Shikuan entra immédiatement. Elle était venue jusqu’ici sans même se demander ce que Victoria penserait de sa requête. Se rappelait-elle seulement d’elle, du temps qu’elles avaient passé ensemble des années plus tôt ? Ici, à Takuatshin, les visiteurs se faisaient si rares que leur venue était toujours une célébration pour la Shikuan, et elle se souvenait de chacun d’eux avec précision, dans les moindres détails – même s’il fallait avouer que son journal aidait beaucoup. Mais Victoria, elle, était chevalière, elle parcourait le monde, et son quotidien devait être fait de rencontres et d’aventures plus excitantes les unes que les autres.

Pourtant, elle l’avait appelée par le même surnom que dans son enfance. Elle devait forcément se souvenir de cette époque, même vaguement. Un sourire radieux éclaira le visage de la jeune fille. Voyant que Uapan avait marqué un temps d’arrêt, elle le pressa, afin de refermer la porte derrière lui. Il entra avec hésitation, et se planta très près de la porte, et ne semblait plus savoir sur quel pied danser. Shikuan, qui n’avait qu’à moitié enregistré le pyjama de Victoria, se demanda s’il avait une crampe. Elle le savait réservé, mais ne l’avait jamais vu timide, et ne voyait donc pas d’autre explication.

- Alors voilà, en fait, je veux devenir chevalière, ça fait des années, et je suis sûre que je pourrais faire ça bien ! Mais j’arriverai à rien ici, donc je voulais aller à Old Fyre, mais je sais pas comment y aller. Du coup, puisque tu es là, j’ai réfléchi toute la nuit, et… tu m’emmènes avec toi ?
Arrivée à la fin de sa tirade, Shikuan prit une profonde inspiration, et se rendit alors compte qu’elle venait de bombarder verbalement Victoria. Cette demande avait sonné beaucoup plus posée et raisonnable dans sa tête, au cours de ses réflexion noctures. Pourtant Victoria l’avait écoutée avec une attention visible.

Evidemment, Victoria dirigea immédiatement la conversation vers Mashku, cherchant à connaître son opinion sur le sujet ou, plutôt, affirmant qu’elle avait vu clair dans leur jeu et savait pertinemment qu’elle n’avait pas obtenu l’approbation de son grand-père.
Shikuan enfonça légèrement la tête dans ses épaules, l’air penaude, sous le regard de la jeune femme. Elle avait vraiment espéré pouvoir éviter tout simplement cette question, mais c’était manifestement illusoire. Elle lança un regard en coin à Uapan, qui secoua presque imperceptiblement la tête. Le message était clair : il était peut-être venu pour la soutenir, mais c’était à elle de faire le premier pas.

C’est alors que Victoria reprit la parole, lui offrant l’opportunité de s’exprimer sur les tenants et les aboutissants de son projet. Shikuan prit une profonde inspiration.
- Pardon, c’était n’importe quoi, je recommence, commença-t-elle d’une voix plus posée.
Elle espérait que cette articulation nouvelle, ces pauses plus marquées entre chaque phrase, permettraient à Victoria de voir qu’elle avait mûrement réfléchi son projet.
- Comme je le disais, je voudrais devenir chevalière, poursuivit-elle. Je sais que j’en parlais déjà quand j’étais petite, mais à l’époque, je ne savais pas pourquoi. Je comprends que ça pouvait sonner comme une lubie d’enfant…

Shikuan choisit soigneusement ses mots, et reprit d’une voix plus forte, plus déterminée, mais toujours maîtrisée – pour elle, cela relevait presque de l’exploit.
- Je ne veux pas devenir chevalière parce que « c’est cool ». Ni même parce que j’en ai marre d’être cloîtrée ici, reprit-elle. Alors, c’est sûr, je m’ennuie à mourir ici, j’ai envie de voir le monde et de rencontrer des gens, et je te mentirais si je prétendais que ça ne fait pas partie des raisons pour lesquelles je veux quitter Takuatshin.
La jeune fille marqua une brève pause, plus pour le confort de Victoria que pour ordonner ses idées.

Son ton se fit alors plus solennel, mais elle ne prêtait plus du tout attention à sa voix. Elle se contentait de laisser les mots couler.
- Être chevalier, ce n’est pas une colonie de vacances, et j’en ai bien conscience. Rejoindre l’ordre, c’est accepter le devoir de protéger le monde magique et surtout les créatures magiques, et ce serait un honneur pour moi d’endosser cette responsabilité.
Elle se tut un instant, hésita, puis prit une nouvelle inspiration et regarda Victoria droit dans les yeux.
- Pour être honnête, j'ai aussi une autre raison... je veux en savoir plus sur mes parents.
Derrière elle, Uapan tressaillit légèrement.

Shikuan remarqua soudain le discret sourire de Uapan. Elle ne s’était pas interrogée sur ses motivations à l’accompagner ce matin, mais elle réalisa alors que, peut-être, il n’était venu que pour lui éviter d’essayer de partir un beau jour toute seule, et venait seulement de réaliser à quel point ses motivations étaient profondes. Si seulement son grand-père avait pu comprendre ça.
- Quant à mon grand-père… c’est vrai, il a dit non, avoua nerveusement Shikuan. Mais je pense qu’il me voit toujours comme une enfant, il ne se rend pas compte que j’en suis capable. Il ne me laissera pas ma chance...

Elle sollicita des yeux Uapan, qui lui retourna un regard tranquille et un sourire calme. Visiblement, il n’avait pas l’intention de faire un second plaidoyer pour convaincre Victoria. Il semblait qu’il n’interviendrait que si celle-ci le sollicitait.
Shikuan sourit, convaincue que la présence de son cousin lui avait donné de la force. Elle l’aimait énormément, et le respectait aussi beaucoup car, s’il comptait parmi les gens les plus proches d’elle en âge qu’elle côtoyait, elle l’avait toujours considéré comme un sage.
Pourtant, ses joues rouges étaient une vision des plus inhabituelles. Il ne faisait pas si chaud dans cette chambre, si ?
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Mar 11 Aoû - 16:48

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Victoria Machiavel

Victoria Machiavel
Un rayon solaire, doré comme l’automne éternel qui règne dehors, traverse les volets, vient lui chatouiller les cils et lui faire plisser des yeux. Quant à ses lèvres, c’est plutôt la demande directe de la jeune fille qui les amène à se pincer.

De sous ces sourcils dubitatifs, ses yeux aiguisés auraient tout aussi bien pu découper la jeune femme en lambeaux. Son regard s’adoucit à nouveau, toutefois, quand elle se reprend, et Victoria lève le menton, d’une part pour chasser lumière piquante et, de l’autre, pour la regarder sous un nouvel angle. Elle sourit même un peu, des paupières plus que de la bouche, quand Shikuan lui parle de ses nobles intentions avant de glousser doucement.

- On ne te le cachera pas… La plupart des bons chevaliers – moi y compris – faisons notre travail parce qu’il est cool. Il faut aimer l’adrénaline, c’est dans les prérequis du métier. C’est comme n’importe quel emploi…Vaut mieux être passionné parce qu’on fait pour que ce soit bien fait.

C’est ce qui concerne ses parents qui l’intrigue et qui fait finalement décroiser les bras et poser ses mains sur ces hanches, hanches qu’elle balance quand s’ouvrent à la fois sa posture et son intention de l’aider dans ses démarches.

Vivant avec un grand-père et un cousin, il était évident que Shikuan était orpheline, et si Victoria n’avait pas la moindre idée de ce qui était advenu de ses parents, elle était sensible à ces sujets. C’est qu’elle avait perdu, elle aussi, sa mère au monde magique et donnerait beaucoup pour connaitre le sort qui avait été le sien.  

-Je suis en bons termes avec votre grand-père, soupire-t-elle après un moment de considération, et j’aimerais raisonnablement ne pas mettre en l’air 30 ans de bonne relation et plusieurs générations d’entente entre votre famille et la mienne…

Ses yeux dorés, jusqu’ici posés sur la jeune fille, papillonnent un instant avant de mieux happer le regard d’Uapan.

- Ou me faire encore accuser d’enlèvement d’enfant.

Shikuan devait avoir à peu près l’âge d’Elana, d’ailleurs. Ça ne leur ferait pas de mal, à toutes les deux, de devenir amies.

- Si on part ensemble, c’est maintenant. J’assume que tu es préparé à la couvrir et à expliquer la situation à votre grand-père? demande-t-elle à son autre tuteur.


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