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La société de l’étoile du soir aurait tenté de recruter un chevalier. Soyez sur vos gardes.
Le QG est étrangement vide depuis le début de la mission d'infiltration au Canada.
Attention aux pluks : ils sont en plein rut et suspicieusement affecteux. Eurk.
SCÉNARIOS















Entrevue à l'aube

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Sam 15 Sep - 9:10

Toujours savoir tirer mérite des actes auxquels la nécessité nous contraint
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Habitation permanente : À Old Fyre, dans l’appartement qu’elle partage avec Tullio Cavaleri. Elle a aussi un appartement en Italie, bien qu’elle n’y soit pas très souvent ces temps-ci.
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Quand les actions d'un dénommé Xander Matteson commencent à sérieusement embêter les chevaliers de l’aube, c’est Victoria qu’on envoie frapper à sa porte.

Dehors, il y avait du rose, du violet et du jaune qui grimpaient dans un ciel de plus en plus bleu ; la ligne d’horizon se terrait dans ces éclats solaires naissants de même que les silhouettes architecturales assombries sous ce fleurissement de couleurs vives.

Dans la rue, Victoria était seule et elle tenait deux tasses de café fraichement achetées à la brulerie la plus proche. Les effluves délectables qui s’en dégageaient infusaient l’air autour d’elle, pénétraient agréablement dans ses poumons tout comme la caféine dans son sang. Elle attendait poliment 7h tapant pour mettre en œuvre son petit scénario et pour s’amuser avec l’ordre de mission à priori ennuyant qu’elle avait reçu quelques jours plus tôt… C’est-à-dire recruter ou neutraliser un tartempion qui faisait du gros n’importe quoi de l’héritage épistémique magique qu’on lui avait sensiblement largué de la façon la plus irresponsable possible. La veille, elle avait lu attentivement son dossier, gracieuseté de Sandro Valencia, et n’était ni impressionnée par les révélations supposées de la mère – feu chevalière – ni par ce qu’il en avait fait pas la suite.

Quand sa montre chante l’heure venue, Victoria cogne finalement à sa porte, et lorsqu’il ouvre, elle l’attend avec un sourire arrogant.

Elle lui tend gentiment une tasse en carton chaude avant et se faufiler – sournoisement et sans un mot – dans son entrée d’où elle trouve le chemin jusqu’à sa cuisine. Sa démarche est rapide, confiante et balancée tandis qu’elle chantonne joyeusement son indifférence face à toute protestation que l’homme en pyjama – qu’elle venait indéniablement de tirer du lit – pourrait proférer.

Dans la cuisine, une chaise grince lorsque Victoria la tire, et une fois assise dessus, elle sort de sa poche un petit calepin et une plume dont elle fait sortir la mine dans un clic sonore et fort satisfaisant.  Elle se permet aussi un petit coup d'œil sur le bordel propre, acceptable, mais typiquement masculin qui régnait sans la pièce.

- Vous pouvez vous assoir, monsieur Matteson ; votre entrevue d’embauche va pouvoir commencer. Lui dit-elle d'un ton mielleux du moment qu’il entre dans son champ de vision.

Le sourire moqueur sur ses lèvres demeure étrangement professionnel.


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Sam 15 Sep - 14:57

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Avant même de comprendre que quelqu’un a sonné alors que j’étais encore en train de récupérer de ma trop courte nuit, c’est Spike qui donna l’alarme. Sentir 7kg passer soudainement sur son visage et sa gorge, en toute rapidité à cause de sa peur de la sonnerie, ça réveille.

Assis au milieu du lit, je pris un instant pour réaliser que je devais y aller, que je ne voyais pas qui ça pouvait être, ce que cette personne voulait, rien. Je n’attendais rien, et un juron m’échappa alors que je me levai, dans le plus simple appareil, pour récupérer un bas informe et l’enfiler à la va-vite histoire d’être décent. Deux minutes de plus, j’aurais pris le temps d’être un peu plus couvert, mais le gêneur aurait le droit aux cicatrices, aux tatouages, aux yeux qui mettaient parfois si mal à l’aise mes interlocuteurs que j’avais pris l’habitude de les cacher, comme une femme aurait mis du maquillage en cédant à la pression sociale.

Ce n’était ni un contact ni un livreur qui m’attendait dehors, tout sourire, sauf si quelqu’un avait payé un livreur de café… Si je baissai un regard mal réveillé sur la tasse, ma méfiance naturelle me fit l’effet d’une douche froide, me rendant alerte autant que possible alors que l’intruse s’inflitrait chez moi. Je tendis la main pour lui attraper l’épaule et la dégager, mais Spike vint me ronronner dans les jambes et je refermai la porte avec un juron bas pour éviter de voir filer mon chat dans les couloirs.

“Je suis désolé, mademoi… madame,”, corrigeai-je en estimant que je n’avais pas à la caresser dans le sens du poil alors qu’elle agissait comme chez elle. “vous devez vous tromper de Matteson. Il y en a un dans l’immeuble d’en face, ça arrive souvent.”

Je lui tendis son café, d’un mouvement de tête évident pour la virer de chez moi, en indiquant la sortie. J’ignorais s’il y avait un autre Matteson mais, de toute évidence, soit il y avait erreur sur la personne, soit le café allait de toute façon être gênant. Mais elle a eu la bonté de nous mener dans la cuisine et, d’hier, il reste bien un couteau sur le plan de travail.

“Je suis sûr que, si vous vous dépêchez un peu, les cafés seront toujours chauds.”, sussurai-je, sais sourire mais d’un ton presque aussi mielleux que le sien.
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Jeu 20 Sep - 12:34

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Entre eux, le chat s’hérissait de curiosité ; il se frotta langoureusement contre les pattes de son maitre, ou bien celles de la table, voire encore celles des chaises, et cela sans jamais lâcher Victoria de ses yeux miroitants. Elle lui sourit avec plus de tendresse qu’il ne pourrait comprendre, en fermant puis rouvrant lentement les siens pour le saluer poliment dans son propre langage.  

Xander ne recevrait pas une telle courtoisie. Lorsqu’elle daigne le regarder à nouveau, son indiscrétion coule sur lui avec effervescence, sur son cou  et ses épaules larges, sur les cicatrices par dizaine, sur les blessures encore fraiches. Elle avait vu mieux, mais elle avait certainement vu pire, ainsi elle hume avec appréciation et sourit vaguement, et ce au moins jusqu’à ce qu’il ouvre la bouche.

Elle glousse et renâcle avant qu’il puisse terminer sa phrase.

- Je ne fais pas d’erreurs. Coupa-t-elle d’un ton définitif et imbu d’un soupçon d’irritation.
 
Du coin de l’œil, Victoria aperçut le café tendu, mais n’en fit absolument rien tandis que toute son attention tombait sur le carnet serré entre ses doigts où elle prenait quelques notes ; rien de très important, en vérité, hormis que pour le rendre inconfortable. Elle prit au passage, dans un mouvement distingué, le petit doigt en l’air, une gorgée de sa propre tasse.

Elle relève finalement sur lui des yeux dont les pupilles se rétractaient dans la lumière, dévoilant des iris mordorés pétillants qui contrastaient avec son air sérieux.

Au sol, le chat vient se coller sur sa chaise et la frôle avec ses longs poils doux et volatiles.
 
- Quoique,  j’étais certaine que vous sériez capable de deviner qui je suis et d’où je viens… Peut-être ai-je surestimé vos capacités de déduction ? Allez, un petit effort, je vous donne la permission d’y réfléchir encore quelques instants.

Sans jamais lâcher son regard cette fois, elle gribouille à nouveau quelques mots sur le carnet.

Finalement, elle baisse les yeux un bref instant, mais pas pour les détourner; le coup d’œil tombe sur la chaise, puis remonte à lui à quelques reprises pour l’inviter une seconde fois à prendre place.    


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Ven 21 Sep - 17:25

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Une chose était certaine : dans ces lieux, j’étais de loin la reine. Celle dont on ne pouvait se passer, celle qui avait tout vu, celle dont on s’inquiétait du bon fonctionnement avant tout. Tous les jours, plusieurs fois, j’étais celle qu’on utilisait, dont on attendait le résultat avec le plus d’impatience.

Suite à la déclaration de l’intruse, et malgré sa proposition de s’installer, le maître des lieux ne répondit pas. Sa main se referma sur mon anse noire, ferme, plus qu’à son habitude. Son pouce chercha un instant le bouton sur la prolongation de cette partie de moi, activant mes ressorts pour me décapiter partiellement.

Bientôt, l’eau vint emplir, fut vidée, puis vint emplir à nouveau ma carcasse métallique recouverte d’une fine couche blanche de tartre jusqu’à la moitié. Ce n’était pas souvent que j’avais droit au traitement d’eau vinaigrée pour retrouver ma prime jeunesse. L’eau calcaire me faisait blanchir trop vite, très certainement, à son goût.

Rapidement, je retrouvai ma place sur mon pied, sa main glissa jusqu’à l’interrupteur. Il ne fallut pas longtemps pour que j’effectue ma mission, transformant l’électricité en chaleur, transférant celle-ci à l’eau dont j’avais la charge.

Un réflexe qu’il avait toujours, vérifier en touchant mes flancs que j’avais bien empli mon office. Mais je l’emplissais toujours, et il retirait toujours sa main après avoir touché l’inox externe, juste assez peu de temps pour ne pas se brûler. Il saisit à nouveau ma poignée, ferme, nerveux, me vide partiellement dans une tasse, me repose. Je sens qu’il pourrait avoir envie de me jeter sur l’intruse. Sa main peine à me lâcher, montrant sa lutte intérieure pour garder le contrôle de lui-même.

“Partez. L’Ordre ou l’Etoile, je m’en fous. Je veux pas avoir affaire à qui que ce soit.”

Il réussit à me relâcher enfin, et je n’ai aucun doute que la faïence de sa tasse subisse la même pression. Sa voix résonne de colère mal contenue.

“Vous n’êtes pas la bienvenue ici, ni vous ni aucun de vos… collègues.”

Et le dernier mot sonne comme une insulte.
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Lun 24 Sep - 4:09

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Ce coup-ci, Xander avait le mérite d’être clair, cependant, Victoria avait bien compris son sentiment la première fois et n’en devenait pas plus mal à l’aise. Son choix de faire son propre café, par contre, l’amusa beaucoup et elle rit honnêtement, sans méchanceté aucune, pendant qu’il remplissait la cafetière. En contrepartie, ses paroles l’ennuyaient, mais elle nota distraitement qu’il savait au moins garder son sang-froid.

- …  Vous ne comprenez pas bien votre situation. Siffla-t-elle entre ses dents et deux soupirs. La jeune femme reprit ensuite, très lentement et en articulant bien chaque mot comme si elle s’adressait à un enfant : «  je ne suis pas ici pour vous proposer un emploi, mais pour vous imposer une formation. Parce que si survivez assez bien à votre incompétence jusqu’ici, vos indiscrétions mettent en danger d’autres personnes. »

La machine à café commençait à ronronner, en écho au chat qui se frottait sans cesse contre toutes les surfaces verticales à sa disposition ; Victoria parvient même à lui voler une caresse lorsqu’il s’attarda près de sa chaise. Elle se doutait qu’il agissait ainsi pour demander sa pitance du matin, mais demeurait attendrie par ses adorables démonstrations. Avoir une telle créature chez elle ne lui déplairait pas, pensa-t-elle, mais elle doutait trop d’avoir le temps nécessaire à s’en occuper de façon convenable pour y réfléchir sérieusement.  
 
- Le simple fait que vous mettiez l’Ordre et l’Étoile dans le même bateau démontre que vous n’avez aucune idée des enjeux en cause…Et j’imagine que vous ne savez pas non plus que les morsures du lutin de Norwich ont le potentiel de transmettre une bactérie asymptomatique, très contagieuse et éventuellement mortelle ? Dit-elle en pointant les marques distinctives et fraiches qui rongeaient son flanc à l’aide du bout de son stylo. Certes, elle omettait de spécifier que les chances d’infection étaient quasiment nulles chez un adulte en santé, mais elle ne mentait pas.

Au terme d’une longue gorgée, sa première tasse se retrouve vide et Victoria saisit la deuxième tasse – qu’il ne boirait assurément pas – l’ouvre et la porte à ses lèvres.    

- Personnellement, j’y suis immunisée parce que l’ordre offre des vaccins et des soins dans ce genre de situation. Malheureusement, ce n’est pas votre cas, ni celui de vos voisins, de votre épicier ou de votre chat. Le ton de sa voix était factuel, didactique et à peine condescendant.  Je ne sais pas ce qui vous motive à faire ce que vous faites – et j’aimerais bien le savoir d’ailleurs, pour remplir votre dossier – mais je suis certaine que ça n’inclue pas la mort d’innocents autour de vous… Sans parler de la vôtre.

Sur la chaise, elle se met de plus en plus confortable.

- Dans le même ordre d’idée, j’aimerais savoir quelles autres créatures vous avez rencontrées. Rendez-vous service, ne serait-ce que pour éviter la peste magique ; si vous me trouvez dérangeante ce matin, sachez sur les pustules, en plus d’être douloureuses, apprendrons à chanter des obscénités.  


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Jeu 27 Sep - 4:36

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Je pensais avoir été assez clair, peut-être elle également, et qu’il aurait été plus sage qu’elle parte, pour nous deux. Je songeai déjà à l’obligation de changer d’adresse. M’assurer que mon père était en sécurité ? Non, même avec la faible estime que j’avais d’eux, je doutais qu’ils prennent de telles mesures. Mais elle ne partirait pas, et je m’installai en face d’elle, Une fois mon café dans ma tasse - même sans à priori contre cette femme, j’aurais été incapable de boire un café sans connaître sa provenance. Je pouvais bien accepter de l’écouter pour ne pas l’attraper par le col et la balancer dehors. Pas tout de suite en tout cas.

La tasse ne termina pas sur son visage - mon père m’avait appris à être galant avec les femmes, ma mère qu’elles n’en avaient aucunement besoin - et je la laissai utiliser de ce ton docte bon pour les enfants, mon regard s’assombrissant un peu plus à chaque mot. Elle était bonne à reconnaître les morsures, et je n’allais pas lui retirer ça parce que je ne l’appréciais pas - par principe, pour sa provenance et sa manière de faire.

Mais savoir que j’étais peut-être infecté… Je me renfrognai visiblement. Je savais où je pouvais essayer d’aller me faire soigner, mais ça allait coûter cher… Et quelque chose d’asymptomatique mais mortel ? Pour un si petit truc ? Non, elle jouait avec mes nerfs. Certainement. Ne me sentais-je pas plus fatigué depuis la dernière chasse ?  Son explication sur la possible contagion correspondit au moment où Spike, agacé de ne pas avoir sa nourriture, vint se frotter fortement contre mon tibias en ronronnant. Je le repoussai avec prudence, du bout du pied, avant de laisser échapper un juron dans ma tasse de café, ne formant que quelques bulles à la surface de celui-ci.

“Ca suffit. Je ne travaillerai pas pour vous, je ne me ferai pas former par des assassins.”

C’était une conclusion simple, et une étincelle douloureuse s’alluma dans mon regard. Elle avait été rapatriée, c’était papa qui m’avait prévenu, et ensuite... Il avait été incapable de gérer quoi que ce soit. Le cimetière, les legs, l’office, des choix aussi absurdes que le velours du cercueil. Plus chaque démarche administrative liée au décès de ma mère, qui n’avaient fait qu’attiser ma colère contre eux. Je n’aurais pas eu à faire ça, sans les chevaliers. Je n’y étais pas préparé… Je dus lutter un instant contre l’afflux de mauvais souvenirs, ramener à leur place mes sentiments d’alors. Je fermai les yeux, me forçai à prendre une gorgée de café trop chaude.

Qu’elle se plaigne des quelques heures à peine que ma mère avait eu le temps de passer pour m’enseigner ce qu’elle faisait. C’était leur faute s’il n’y en avait pas eu plus.

“Cela fait dix ans que je chasse. Tout ce que j’ai pu croiser jusque là. Vous faire la liste serait trop long, et de toute façon...”

Tout était consigné dans un carnet, il aurait été facile de lui passer. Je reposai la tasse sur le bord du comptoir, rouvrant les yeux. Pour l’instant, aucun de ses arguments ne contrebalançait “ça”.

“... Si vous estimez que j’aurais dû être formé, peut-être qu’il fallait y songer avant d’envoyer ma mère au casse-pipe. Elle, elle l’aurait fait.”

Certainement. Ou elle aurait continué à nous laisser dans l’ignorance, parce qu’elle estimait que c’était ainsi que c’était plus sûr ainsi… Là n’était pas la question. Je me levai, reposai la tasse. Nous avions assez discuté, et je n’allais pas laisser une… bureaucrate, chevalier, autre ? venir me dire ce que je faisais bien ou non.

“Je suppose que vous ne comptez pas partir si je demande poliment ?”, demandai-je par principe, avant de simplement lui attraper le col.

Pas de galanterie, m’avait appris ma mère. Les femmes n’étaient pas des petites créatures fragiles à épargner et protéger du monde. Je comptais donc la mettre à la porte manuellement, comme je l’aurais fait d’un ivrogne un peu trop égortant dans un bar.
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Jeu 27 Sep - 23:48

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La stupeur la frappe aussi fort que la gifle que Xander avait très envie de lui mettre au visage. De son coté, il vomissait des paroles absurdes, purulentes d’avoir suppuré trop longtemps dans son imagination paranoïaque ;  Victoria était incrédule et ses sourcils ondulent dans tous les sens, comme si elle en cherchait pour essayer d’en donner à ses mots. À la limite, elle ne pouvait pas lui en vouloir sur ce point, parce qu’elle connaissait trop bien les origines maternelles à la base de son aliénation. Qui plus est, elle se doutait que le bordel administratif qui régnait chez les chevaliers à l’époque – et qui était à peine mieux depuis – n’avait pas dû l’aider. Ainsi, elle le laissa poliment se vider de sorte qu’il lui étale l’entièreté de ses croyances fictives, écoutant en notant mentalement ce qui serait à éclairer et à déconstruire par la suite.        

Elle voyait la douleur qui se cachait derrière sa façade et elle la comprenait à un certain degré. Sa propre mère était également décédée en mission – très récemment d’ailleurs – et elle n’avait aucune idée de ce qui lui était arrivé. Dans son cas, par contre, ce n’était pas parce qu’on lui refusait la vérité, mais parce que personne n’en savait plus. En ce sens, Xander était peut-être plus chanceux qu’elle, parce qu’il pourrait facilement lever le voile de l’incertitude d’autant qu’il soit prêt à lui faire un peu confiance.

Victoria regrettait presque la façon dont elle l’avait abordé. Presque. Si elle avait été gentille ; si elle avait été compréhensive ; si elle avait larmoyé ; si elle avait souri… Peut-être qu’ils seraient plus avancés. Toutefois, même si la manipulation n’était pas à exclure lors d’une mission, ce n’était pas quelque chose qu’elle aimait faire ou, en fin de compte, qu’il apprécierait, elle en était certaine.    

Ses pupilles resserrées suivaient le mouvement de sa main, mais elle ne daigna bouger que lorsque celle-ci se resserra autour du col de son veston en cuir. Aussitôt, elle se lève et happe son bras à deux mains, glissant sa paume en dessous de la sienne afin de la presser l’articulation vers l’arrière, puis sur le côté pour bloquer son membre dans une position angulaire et inconfortable.

- Tu sais, c’est ta mère qui m’a appris à briser un poignet, mais je ne suis pas certaine que c’est de cette façon qu’elle voudrait que tu apprennes sa technique.  Dit-elle froidement, évitant sciemment de le vouvoyer en vue du ton que prendrait le reste de la conversation.  

Victoria était petite face à lui, presque frêle, mais elle n’avait pas besoin de force pour le tenir dans cette position. En fait, plus il résisterait, plus ce serait facile pour elle, et elle n’avait aucunement l’intention de le laisser aller avant d’être certaine qu’il resterait soumis et calme.    

- Mettons déjà une chose au clair : Eileen aurait pu - et aurait du - t’enrôler dès l’enfance. Dit-elle fermement, avant de continuer, plus doucement : « Je ne sais pas pourquoi elle ne l’a pas fait plus tôt, et c’est absolument terrible qu’elle soit décédée en te laissant dans cette situation… Mais si elle te voyait en ce moment, et si elle voyait ce que tu fais de son secret, elle roulerait dans sa tombe, en sortirait et viendrait te botter le cul elle-même …  Et tu sais très bien qu’elle en serait capable. » L’ombre d’un sourire complice accompagne ces derniers mots, puis sur un ton ferme, mais ouvert, elle termine : «  Si l’ordre avait été mis au courant de ce que tu savais, tes questions ne seraient pas restées sans réponse. Et ils pourront rectifier cette erreur. Au sujet de sa mort, d’ailleurs, je serais sans doute en mesure de le faire tout de suite… Ça fait dix ans, mais je m’en souviens assez bien parce que j’étais là.  »


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Lun 1 Oct - 17:44

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C’était une chose de savoir que la situation pouvait dégénérer en combat, d’y être prêt, même, puisque j’avais entamé l’offensive, une autre de se faire attraper aussi facilement et bloquer. Je l’avais sous-estimée, de toute évidence.

Face à moi, l’ennemi n’avait pas besoin d’ouvrir la bouche pour que je sache qu’elle pouvait aussi bien me déboiter l’épaule que me briser l’articulation d’un mouvement, dans cette position. Mon poing libre se serra. Etais-je assez rapide pour l'assommer avant qu’elle me disloque l’articulation ? J’en doutais.

L’expression de douleur qui avait marqué mes traits à l’inconfort évident de la prise changea lorsqu’elle m’apprit qui la lui avait enseignée. Elle appuyait - consciemment ? - sur une plaie bien plus douloureuse qu’un potentiel poignet cassé, suppurante car intraitable malgré les années. Imaginer que ma mère lui ait appris des choses, à elle, qu’elle n’avait pas pris la peine de m’enseigner… Le temps qu’elle avait passé avec une autre plutôt que moi - quel âge pouvait-elle avoir ? 5, 10 ans de moins que moi ? 12 tout au plus ? - était un peu plus de sel sur sa disparition, sur tout ce qu’elle nous avait caché, à nous, sa soi-disant famille.

Quel avait été son lien avec la femme en face de moi ? Je bloquai rapidement les théories les plus folles. Ce n’était pas le genre de ma mère, nous ne nous ressemblions pas assez pour… Je cherchais brièvement dans ses traits quelque chose qui aurait pu venir de ma mère, à part son opiniatreté et cette certitude que ce n’était pas une petite chose fragile. Aucune chance. Aucune chance, hein ?

Aucune de ces pensées ne m’aidait réellement à garder mon calme, seule la menace d’un poignet brisé - et les complications que cela entraînerait pour moi. Au moins 6 semaines avec un plâtre, peut-être des broches, un risque de sur-calcification et de douleurs rémanentes ensuite, la rééducation obligatoire. Elle ne mettrait pas fin à mon activité en brisant simplement une articulation, mais un frein certain. Et je me voyais mal retourner chez mon père parce que je n’arrivais plus à payer mon appartement, risquer de le mêler à tout ça.

Pour l’instant, elle me maintenait tranquille. Même lorsqu’elle usa du prénom de ma mère, qui n’aurait jamais dû passer ses lèvres. Je détestais qu’elle me la vole un peu plus, qu’elle l’ait connue dans un aspect de sa vie dont je n’avais eu droit qu’à une trop petite poignée d’heures. Elle avait joui d’un privilège dont j’avais été privé, pour n’en avoir que de vagues miettes lorsqu’il n’avait plus été possible de faire autrement. J’étais incapable de partager une quelconque promiscuité avec cette étrangère qui parlait de ma mère comme si elle la connaissait mieux que moi. Peut-être était-ce le cas, mais je rejetais en bloc, viscéralement, cette option.

Jusqu’à ce qu’elle fasse naître la détresse dans mon regard en parlant de la mort de ma mère. Je voulais savoir, j’avais besoin de savoir. Les dates coïncidaient bien trop avec ce qu’elle m’avait avoué, mais… Mais savoir que, peut-être, son assassin avait payé… Que le connard de l’ordre, de l’étoile - quelle différence, ils étaient l’un comme l’autre responsables de tout ça ! - ait eu ce qu’il méritait. Même si c’était sûrement trop doux. Mon poing se desserra et je le posai contre le comptoir de la cuisine, ayant besoin d’un support pour rester stable sur mes jambes.

“Lâche moi. Je ne t’attaquerai pas…”

Pour l’instant en tout cas. J’avais besoin de ces réponses. Pas pour faire mon deuil, ça, je savais que c’était impossible, mais… Réussir à comprendre, compléter, savoir pourquoi elle avait préféré mourir pour une cause plutôt que vivre pour sa famille. Sa vraie famille, pas cette rouquine mal léchée et une poignée d’illuminés.

Sauf si elle était responsable, elle ne risquait plus rien. Cette pensée fit naître un frisson glacé le long de mon échine. Pourtant, je me tenais immobile, la détestant le plus silencieusement possible. Elle me relâcha et je ramenai mon bras à moi, faisant jouer l’articulation du coude et surtout du poignet.

“J’ai eu à peu près 2h avec ma mère, quelques jours avant sa mort.”, grondai-je, comme pour justifier… Quoi, exactement ? Qu’elle n’avait pas pu tout m’apprendre ou me dire ? C’était ridicule. Je claquai de la langue et me détournai pour récupérer ma tasse, prendre une gorgée de café. “Alors, si ça la fait se retourner dans sa tombe… Elle n’avait qu’à passer moins de temps à t’enseigner à briser les os, et plus à nous tenir au courant de ce qu’était réellement sa vie.”

Je me penchai pour récupérer Spike, m’occupant enfin d’accéder à sa requête de pâtée matinale. Des gestes simples, habituels, rassurants. Ouvrir le frigo, récupérer la boîte entamée la veille, la vider dans une soucoupe de tasse à café recyclée en assiette pour chat, la poser par terre et laisser Spike ronronner son contentement face à son repas matinal. Une inspiration profonde, se voulant la plus discrète possible pourtant, et je décidai que j’avais assez montré mon dos couturé à ma visiteuse imposée. Mes doigts à nouveau vissés sur ma tasse, pour empêcher l’émotion de se manifester.

“ Je veux savoir.”

J’ai le droit de savoir aurait été tout aussi juste, en fait, mais… Comment savoir si elle n’allait pas me mentir ?

“Comment… mam...Eileen est morte.”

Allais-je découvrir des choses sur ma mère, sur un chevalier inconnu qui partageait tout juste son enveloppe charnelle ?

“Et si j’estime que c’est la vérité… Nous pourrons continuer cet entretien en oubliant la manière plus que cavalière dont tu l’as commencé. Je te passerai le carnet où j’ai mes notes.”

Mon regard se fit plus sauvage, un instant. Je me tenais à carreau, j’étais sage, pour le moment. Un geste, un mot déplacé, et je lui sautais dessus.

“Par contre… Si tu es en quoi que ce soit responsable de sa mort… Il faudra plus qu’un poignet cassé pour m’empêcher de la venger.”, grondai-je doucement, un sourire sans joie aux lèvres.
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Dim 7 Oct - 4:15

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D’une main, elle tenait les doigts de Xander vers l’arrière, tandis que l’autre – bras entrelacé avec le sien – s’enfonçait dans la peau nue de son biceps. Heureusement pour lui, elle avait coupé ses longs ongles récemment, alors même s’ils s’enlisaient dans son épiderme, ils ne la perforeraient pas.

Sa poigne était forte, mais son visage était paisible. Un petit sourire aux coins des lèvres, elle observa avec un certain détachement chaque émotion qui traversa son visage. Souvent, elle en percevait encore plus dans sa posture ; dans la vigueur avec laquelle il lui résistait, ou au contraire, dans la soumission qui vint très lentement. Ses sourcils oscillèrent quand il lui demanda de le libérer en promettant de ne pas l’attaquer. Elle le contempla, dubitative, glissant les yeux sur lui avant de lui accorder un rictus dont le sens était clair : il pourrait bien essayer, il n’y arriverait pas de toute façon. Alors elle le lâcha soudainement et s’écarta, de la même façon qu’on laisserait tomber un micro sur scène à la fin d’un discours éloquent. Puis, mains levées  de chaque de côté de sa tête, elle lui signala qu’elle n’était pas armée, ou plutôt, qu’elle n’utiliserait plus ses mains comme tel jusqu’à nouvel ordre.

- Je suis d’accord : elle aurait dû passer plus de temps avec toi. Répondit-elle sincèrement. Immobile, seuls ses yeux bougeaient, suivant ses mouvements, glissant sur son dos et sur ses cicatrices avant de se reprendre : « En fait non, nous aurions tous dû passer plus de temps ensemble. » à voix si basse qu'il aurait aussi bien pu ne pas l'entendre.

Un petit rire amusé s’échappa de sa gorge quand il finit de parler. Son amusement était limpide, honnête. Parler de la mort d’Eileen n’était pas drôle, mais qu’il puisse supposer qu’elle en ait été responsable… Ridicule. Elle n’en revenait pas. Ses cils papillonnèrent pour chasser l’absurdité.  

- Mouais. Excuse-moi, ironisa-t-elle au sujet de son approche, je pensais que tu aurais hérité d’un peu plus d’humour. Ce n’est pas de ta mère que tu tiens ce bâton dans ton cul. Elle, en contrepartie, avait appris à effrontément insulter les gens en suivant son exemple. Sa propre mère avait quand même eu plus de tact que ça.  

Pendant que Xander s’occupait du chat, Victoria avança vers la table où elle prit appui, à moitié debout, à moitié assise, et récupéra avec joie son café dont elle tira une longue gorgée satisfaisante.  

- Deux heures, dis-tu. Ses yeux grands ouverts contemplaient le vide laissé en lui avec lassitude. Elle n’était pas impressionnée, pas envieuse, mais elle ne démontra pas pour autant de la pitié. À la limite, elle était compréhensive : « Voilà qui explique… Certaines choses. » Ajouta-t-elle en glissant emphatiquement un regard indiscret sur ses blessures.  

- On va commencer avec une petite mise en contexte. Déjà, mon nom est Victoria… Ma mère, Olivia, était la meilleure amie de la tienne. Qui sait, peut-être avait-il même déjà entendu parler d’elles. Et quand je dis meilleure amie … Elle hésita… Disons qu’avec leur relation ambigüe, toi et moi, on est quelque part entre cousins cousine et frère et sœur. Les implications étaient sur la table, mais elle n’en dirait pas plus.

- Tu ne le sais sans doute pas, mais on est passé assez près de l’apocalypse en 2008... La société de l’étoile du soir a essayé de libérer des centaines de démons sur le monde. Leurs plans sont tombés à l’eau, mais Les chevaliers de l’aube ont presque été détruits, des sanctuaires sont tombés... Oh, est-ce que tu sais ce qu’est un sanctuaire ?  … Ce sont des réserves fauniques pour les créatures magiques. Nos mères ont travaillé toutes leurs vies pour les protéger.

Elle prit une longue gorge de café au terme de laquelle elle découvrit avec regret le fond de la tasse vide. Pourtant, elle avait l’impression que davantage de cette potion magique serait nécessaire pour le reste de leur conversation.  

- Bref, après le coup de L’étoile, il va sans dire que le monde magique était particulièrement dangereux...Et qu’Eileen a toujours été téméraire.  

Victoria poussa un soupire et ferma les yeux ; sa mâchoire était serrée tandis qu’elle revisitait ses souvenirs. Elle voulut prendre une nouvelle gorgée de sa tasse, en vain. Sans plus d’hésitation, elle contourna la table dans le sens opposé à Xander, s’empara de la carafe fumante et se coula une tasse fraiche. Les effluves étaient corsés : exactement comme elle l’aimait.  

- J’avais 17 ans et nous étions à Ardhi Nne – c’est le plus grand sanctuaire du monde, il est en Afrique – à l’époque, je n’étais pas chevalière, mais je suivais ma mère dans ses missions. Moi, on me laissait toujours avec les gardiens… Mais elles sont parties ensemble, avec un autre chevalier aussi… Et ma mère n’est revenue qu’avec la tienne, mortellement blessée, et l’autre était déjà mort.

Le café était très chaud, mais elle savoura la brulure sur sa langue avant d’enchainer sur des paroles qui faisaient beaucoup plus mal.

- Ma’ m’a dit qu’ils ont rencontré un dragon dans la voute où ils devaient trouver un objet magique indispensable pour refonder les traités des sanctuaires déchus.  Et que la seule raison pour laquelle elle a pu ramener Eileen, c’est parce qu’elles ont pris des potions gazeuses à temps – je ne sais pas à quel point la communauté magique des rues d’ici est sophistiquée et si tu as déjà pu en trouver, mais c’est une potion avancée qui permet de changer l’état des corps solides en gazeux pour quelques heures. Le sang cesse de couler, les blessures n’empirent pas, mais les déplacements sont très limités. Bref, elles ont pu sortir de du donjon – ce qui aurait été impossible autrement – puis parcourir une bonne distance… Mais pas toute.

Elle prit une pause, sirotant le café. À ce point-ci, si Xander cherchait son regard, il le trouverait fuyant. Victoria n’avait jamais été particulièrement douée pour partager des émotions qui la rendaient vulnérable.  

- Elles étaient à quelques kilomètres de la maison des gardiens et Ma’ l’a ramenée sur son dos. Aucune idée de comment elle a fait : elle n’était pas dans un très bon état non plus. Elle a dû prendre quelque chose pour tenir le coup. Une potion de force ou d’insensibilité, j’sais vraiment pas…

Elle soupire et reprend son souffle.

- Quand elle partait dans les sanctuaires, j’attendais toujours sur le proche ou près d’une fenêtre pour la voir revenir, alors je les ai vues arriver avant tout le monde… Et j’ai couru et j’ai aidé à les rentrer dans la maison. Ta mère… Était inconsciente et ne s’est jamais réveillée. La mienne s’est réveillée deux jours plus tard seulement… Elle ne l’a pas bien pris. Je pense que nos mères ont toujours refusé de croire qu’elles pourraient mourir. Victoria hésita longuement avant de finir avec un détail plus personnel : «  Ma mère est également décédée il y a quelques semaines, à Ardhi Nne aussi, mais personne ne sait trop comment et pourquoi. » La boule dans sa gorge lui donnait l’impression de suffoquer.


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Mar 16 Oct - 7:00

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Je me contentai de laisser glisser l’insulte au dessus de moi, songeant que ce que j’y mettais, au final, ne regardait que moi. J’abhorrais la suffisance dont elle suintait, mais rongeai mon frein pour l’instant. J’avais besoin des informations qu’elle possédait, du moins qu’elle disait posséder. Je ne savais pas si ce qu’elle allait me dire était vrai, mais… Je devais admettre que je ne savais pas grand chose de cette vie qu’avait eu ma mère.

Son regard coula à nouveau sur mon corps, et je reniflai pour lui signifier de garder ses yeux à sa place, sans l’interrompre. Les noms qu’elle égrainaient sonnaient familièrement à mes oreilles. Victoria, la fille d’Olivia, celle avec qui elle partait faire des safaris, lorsqu’elles ne se voyaient pas pour être partenaire de bridge. Encore un mensonge. Combien allais-je en découvrir ce matin ? Au moins n’avais-je pas en face de moi de petite soeur non désirée.

Je grognai lorsqu’elle précisa l’utilité des sanctuaires, pour signifier mon ignorance. J’en avais appris le nom, sans réellement en savoir plus, mais pas de la bouche de ma mère. Je plongeai les doigts dans le pelage de mon chat, ses poils bruissant sous mes doigts, ses ronronnements discrets, au contraire de son affection évidente, produisant une vibration si usuelle que j’avais l’impression de l’ouïr.

Les doigts soit enroulés autour de ma tasse soit plongés dans le pelage marbré de Spike, je cherchais à visualiser ce qu’avait été la vie de cette inconnue qui portait le même nom que ma mère. Je voulais comprendre, et j’eus un sourire, tout juste une ombre, lorsque Victoria souligna la témérité d’Eileen.

“Toujours, oui.”

Dans tous les domaines. Je me rassurais comme je pouvais, me raccrochais aux points communs que je pouvais retrouver. Pourtant… Ardhi Nne ? Je ne connaissais pas, mais… J’aurais pu parier l’emplacement. Proche de Nairobi, où ma mère partait régulièrement pour le travail. Demander confirmation, c’était renoncer un peu plus, ajouter une pierre au mur qui me séparait de ma mère, au lieu d’en retirer.

Au final, avions-nous réellement déménagé pour mon asthme, ou…? Il n’était hélas plus temps d’agonir Eileen de reproches, simplement celui de découvrir l’ampleur de ses mensonges. Plus tard, certainement, comprendre pourquoi elle ne nous avait pas jugés dignes de partager tout cela avec elle. Pourquoi le revirement, à la fin… Espérait-elle quelque chose de moi sans me l’avoir dit ?

Je me crispai, pris une gorgée de café pour supporter ce qui allait suivre. Ce qui manquait, la clef pour briser ou achever ce mur qui obombrait ma vie depuis plus de dix ans. Je ne souhaitais pas entendre la suite, et pourtant, je ne cherchai pas à l’interrompre. J’avais beau savoir que le souvenir la faisait souffrir, je ne pouvais rien dire.

J’aurais pu m’agacer qu’elle prenne le temps de m’expliquer chaque potion, comme si j’en ignorais l’usage - tout juste les noms, parce que je faisais les miennes et j’avais décidé de leur donner des noms beaucoup plus amusants - mais son discours me captivait trop pour cela. Une histoire dont je connaissais pourtant la fin… Et je détestais l’état de vulnérabilité dans lequel cela me mettait.

“Désolé pour ta mère.”

J’avais la voix rauque, l’écho de sa tristesse me broyant le coeur, faisant remonter bien trop de choses pour que je reste là, planté devant elle. J’aurais pu m’approcher, lui poser la main sur l’épaule, mais… Si nous nous ressemblions un peu, elle aurait détesté ça. Je terminai ma tasse, cherchant à me contrôler, vidai la cafetière et relançai du café. Nous en avions besoin tous les deux. Cela ne suffisait pas pour me faire retrouver mon calme. Ma mère avait trouvé la mort contre un adversaire dont je ne pourrais jamais la venger, dans des bras étrangers, certainement en pensant que c’était sa place exacte. Elle n’avait pas souhaité que je sois là, jamais, et j’ignorais pourquoi elle ne m’avait légué qu’une partie de son fardeau, ce qui lui avait traversé la tête à l’époque.

Je quittai la pièce, sans plus parler, presque précipitamment, me cachai dans ma chambre un instant pour presser mes doigts sur le coin intérieur de mes yeux, refusant de pleurer devant ma cadette. J’inspirai lentement, refoulai encore, refusai de revenir un peu plus couvert. J’attrapai rapidement quelques affaires au passage, malgré tout. Pour ne pas avoir fait le trajet pour rien d’autre qu’un moment de faiblesse, pour montrer ma bonne volonté également.

Lorsque je revins dans la cuisine, nous ayant ménagé à tous les deux le temps de nous reprendre - je ne pouvais rien lui offrir de plus que de la pudeur pour sa peine, je n’allais pas me mettre à braire devant elle - j’avais entre les doigts plusieurs carnets de cuir et une petite boite ronde qu’elle devait bien connaître. Elle avait appartenu à ma mère.

“Olivia ?”, demandai-je, ouvrant le pillulier cabossé dont le couvercle s’ornait d’une photo des deux femmes. “Elle m’a toujours dit qu’elles jouaient au bridge ensemble et faisaient de temps en temps des safaris.”

J’attendis d’avoir confirmation pour refermer le trésor. La photo resterait en place, protégeant les petits cachets blanchâtres qui permettaient de “voir”. Je lui tendis ensuite les deux plus gros carnets. Celui “en cours” et l’autre, terminé depuis quelques temps.

“Tu voulais savoir ce que j’avais croisé.”

Dix ans, des croquis maladroits, des notes, l’inventaire de mes blessures, les essais-erreurs que j’avais fait pour réussir à m’en sortir vivant. Ce qu’on devait garder, ce qui pouvait se revendre, pour faciliter ma vie. Dans le 3e, mes recettes. Les pages les plus abîmées montraient les potions que j’utilisais le plus.

J'ignorais qu'en lui tendant mes carnets je marquai un tournant important de ma vie. Quelques jours plus tard, je prenais mes nouveaux quartiers à Old Fyre.
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