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La société de l’étoile du soir aurait tenté de recruter un chevalier. Soyez sur vos gardes.
Le QG est étrangement vide depuis le début de la mission d'infiltration au Canada.
Attention aux pluks : ils sont en plein rut et suspicieusement affecteux. Eurk.
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Ven 27 Avr - 20:08

Il n’existe rien de constant si ce n’est le changement
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Le bruit des pas emplit le corridor pendant que j'essaie de comprendre l’arrangement des chambres de l’hôpital. Il me semble que les numéros pairs sont inscrits sur un mur et ceux qui sont impairs sur l'autre. J'ai vu ma porte montrant le numéro 12, donc si je calcule bien, je dois passer par quatorze autres pour arriver jusqu’à Nawar. Tant de marche...

Mon souffle devient plus erratique tandis que mes cuisses brûlent. Je deviens de plus en plus fatiguée, retenant fermement le pôle en métal qui glisse sous mes paumes moites. Comme a dit l'infirmière, mes muscles ne sont pas encore habitués à ce type d'activité extrême que j'ai dû accomplir récemment. Mon ventre gargouille et je dois m’arrêter à tous les dix secondes pour récupérer mon énergie. Normalement, je fais du jogging et du vélo, mais je n'ai jamais essayé si fort de sauver ma vie! Alors, pourquoi? Comment? Qu'est-ce qui fait mon expérience à Old Fyre si dure pour moi? J'ai cru que ce serait une île paisible! Mais, jusqu'à maintenant, seuls des événements négatifs ont eu lieu; un étranger au hasard connaissant mes informations, le fait que je me sois presque violée et tuée dans l'espace de quelques jours... Comment est-ce possible de vivre ici? Ça devrait être si dangereux d'habiter dans un milieu peuplé de créatures magiques et de personnes malintentionnées! Heureusement que j'ai toujours eu quelqu'un à mes côtés...

Thump!

Aïe... Je m'écroule par terre. Je me sens étourdie; mon corps me fait plus mal que jamais. Exténuée, je suis prise de vertiges les plus violents les uns des autres. Je crains qu'un médecin ou un infirmier vienne me trouver et m'ordonner de retourner dans ma chambre. Je n'ai plus envie de marcher, j’ai trop fait... Tentant de régulariser ma respiration, je jette un coup d’œil de gauche à droite. J'ai cru que ce couloir serait bondé, mais je suppose que j'ai tort. Je redresse la tête pour voir le numéro de la salle. Finalmente...1 Je saisis la poignée, m'accotant sur la porte que j'ouvre doucement. La chambre vide est décorée d'une manière semblable à la mienne: seulement quelques meubles et un bureau à côté du lit. Je m'approche de ce dernier très, trèèèèsss lentement...

-N-nawar?, chuchote-je.

Comme poussée par une impulsion, je parviens à culbuter sur une chaise au lieu de m’asseoir convenablement. Malgré les bruits de ma chute, Nawar dort sagement sous une couverture. Son visage est paisible et absent de toute souffrance, qui serait presque adorable si je n'aurais pas un pincement au cœur. Regardant par la fenêtre, on dirait que le soleil ne s'est pas levé encore. Importe la température ou mon état d'âme, je me réveille toujours tôt et ça me fatigue énormément. En Espagne, le souper est servi plus tard qu’en Australie et pour prendre le temps de bien digérer ma nourriture, je m’assure de me coucher quelques heures après. Je lâche un bâillement et mes yeux s’alourdissent, m’enlevant ma force et mon énergie. Je succombe au sommeil, lentement mais sûrement…

***

Je me réveille soudain, traversée par une pensée. Et s’il veut me manger? Si la raison à laquelle je suis saine et sauve est parce qu’il ne veut pas partager mes restes? Nawar n’a pas l’air d’un prédateur… On pourrait dire que ceux les plus innocents en apparence sont, en réalité, les plus monstrueux? Il est un loup-garou, après tout! Aura-t-il envie d'égorger des gens qu'il déteste? M'hait-il?  Ne me considère-t-il pas comme une amie??? Les docteurs l'ont enchaîné pour une raison, et c’est probablement pour assurer qu’il ne blessera personne, incluant moi. Je secoue la tête à cette idée qui me donne la chair de poule. Pendant tout ce temps, il a été plus que gentil avec moi; même au début (plutôt inconfortable, merci), il n’a pas montré des signes qu’il a voulu me chasser. À moins que je n’ai pas été assez attentive…

Rejetant ce concept, je tends ma main tremblotante vers la sienne, mais je me ravise. Est-il réellement en train de dormir ou fait-il semblant? Devrais-je le toucher quand je remarque ce qui s’est passé la dernière fois qu’on m’a "caressée"? Même si je désire placer ma tête sur son épaule et m’allonger à côté de lui, je ne m’imposerais jamais comme ça sans sa permission, même s’il ne ripostera pas! Je retire alors mon membre et je me tâche d’observer sa condition. J’aimerais, moi-aussi, être volontaire à risquer ma vie pour un étranger. Je connais très peu de monde assez généreux pour se sacrifier de cette façon.

Pleine de remords, je ne peux m’empêcher de me blâmer pour ce qui vient de se passer. C’est de ma faute qu’il soit ici, retenu par des chaines en métal, avec un plâtre sur le bras. C’est de ma faute s’il a dû dépenser beaucoup d’efforts pour moi, pour me sauver au lieu de me laisser mourir dans les bras d'un cheval. C’est de ma faute si… Mes yeux brouillés lâchent un torrent de larmes, mais seulement quelques faibles sons s’échappent de ma bouche. Je frissonne de plus en plus fort, terrorisée à la vue de ce que j’ai fait, à la possibilité qu’un être quelconque a maintenant la liberté de me faire du mal. Même la perspective que mon ami serait capable de me mutiler me donne de grandes vagues de sueur.

-J-j’ai p-p-peur…

Si tranquille…

Je pleure en silence, soulagée qu’il soit vivant, mais terrifiée à l’idée qu’il puisse avoir d’autres dangers qui se cachent dans l'obscurité. Je te protégerai de quoi qu'il arrive, ne t'inquiète pas...

Traduction:
 
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Dim 29 Avr - 19:05

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Tout commence au bord d'un lac. C'est si paisible, si tranquille...
Puis des remous viennent troubler sa surface, et quelqu'un crie derrière moi lorsqu'une lumière aveuglante explose, blanchissant tout le paysage. Puis une autre lumière. Puis un autre cris, puis un autre, et un autre. Non, ce ne sont pas des cris... Des acclamations ? Je me retourne, et des dizaines de personnes, armées d'appareils photo, mitraillent de leur flashs le lac. Des milliers d'étoiles constellent sa surface, jusqu'à devenir une mer de nacre qui m’éblouit. Je ferme les yeux. Lorsque je les ouvre à nouveau, je suis dans un marché. Les gens fusent et me bousculent presque, l’œil mauvais. J'ai l'impression qu'ils me méprisent, qu'ils me haïssent. Mais je ne comprends pas pourquoi. Alors, un marchand me saisit par le poignet et m'accuse de lui avoir volé du chorizo. Je me défend et je démens : je ne mange pas de porc ! Mais les passants commencent à m'entourer, certains me jettent des produits qu'ils tiennent dans leurs mains : tomates, oranges, figues, etc, tandis que le marchand sort un fusil de sous son étal. Je m'enfuie à travers les rues que je ne reconnais pas et j'arrive sur un pont traversant le cratère d'un volcan. La lave rouge coule et crépite à quelques dizaines de mètres sous moi. L'odeur de souffre et la chaleur m'étouffent. Puis, soudain, un rire sinistre se répercute sur les parois du gouffre, me transissant d’effroi, alors qu'un poids immense m'écrase le cœur. Je mets un genou à terre, accablé par la lourdeur de mon être et un petit objet brillant tombe de ma poche Je le saisi et reconnais une boucle d'oreille en forme de soleil. Le rire lugubre cesse soudainement, comme effrayé par cet objet. Je comprends alors qu'il s'agit d'un talisman, et qu'avec lui je pourrais résister à la chaleur du soleil lui-même. Refermant avec force mon poing sur la boucle d'oreille, je plonge dans la lave.
Lorsque je refais surface, je suis dans des bains turcs. Une légère brume flotte dans l'air, charriant un parfum fleuri et apaisant. Le silence et la quiétude règnent, et je m'y sens bien. Je me mets à nager vers le bord, mais quelque chose m'attrape le pied et m'empêche de bouger plus en avant. Puis, mon second pied est lui aussi immobilisé. Des tentacules énormes et monstrueux noircissent rapidement l'eau claire du bain et s'enroulent avec lenteur autour de moi. Je me débats de toutes mes forces mais elles serrent, et serrent, et serrent... Mais je ris. Non, je ne ris pas, mais un rire s'échappe de ma gorge sans que je puisse rien y faire. Je reconnais ce ricanement malsain... La Bête. Elle rit à gorge déployée à l'idée de me faire définitivement succomber en me faisant broyer lentement. Je me débats encore, sans succès, puis...


.

Je me suis retrouvé allongé dans une obscurité relative, haletant et cœur battant à tout rompre. J'ai voulu me relever mais je me suis senti entravé par quelque chose bloquant mon torse. J'ai voulu le retirer, mais mon poignet aussi était attaché. J'ai regardé, perdu, tout autour de moi, m'attendant à me faire de nouveau attaquer par quelque chose de sombre et de sournois. Mon cœur s'arrêta de battre alors que mes yeux se posèrent sur une chevelure brune sur laquelle se reflétait la lumière pâle de la nuit. J'avais un affreux sentiment de déjà-vu : un lit d'hôpital, des liens m'empêchant de bouger, et une petite tête brune reposant sur un fauteuil. Serait-il possible que... ?

- C'est... c'est Toi ?
dis-je, dans ma langue natale, d'une voix plus vacillante que je ne l'aurai souhaité.

Mon cœur fit de nouveau un bond lorsque je reconnu le visage de Dalia qui se dessinait dans la faible lueur nocturne. J'éprouvais à la fois de la déception et de la joie, comme si j'étais tributaire d'un yo-yo émotionnel endiablé. Que faisait-elle ici ? Avait-elle dormi ici toute la nuit ? Cela me semblait peu probable, à en juger par les blessures qu'elle avait subies, et pourtant elle était là... Mais pourquoi ? Et pourquoi m'avait-on laissé attaché alors que l'on acceptait une présence dans la pièce ? À moins qu'elle ne soit venu en cachette ? Non, c'était ridicule. Pfff, décidément, j'avais quelques difficultés à mettre de l'ordre dans mes idées. Foutu cauchemar...

- Ola...

Je me suis redressé un peu dans mon lit et l'ai regardée avec attention, la couvant d'un œil attendri. Puis, je remarquai incidemment que ses joues scintillaient à la lumière de la lune. Avait-elle pleuré ?

- Qu'est-ce qui ne va pas florita ?

Oh, des dizaines de bonnes raisons fusaient dans mon esprit alors que je posai la question, et je me serai bien frapper le front avec le plat de la main si j'avais pu. Un rire glaçant et macabre retentit, ou plutôt, résonna en moi. Tiens, Elle s'est réveillée elle aussi... Elle m'avait presque manquée. Que je le veuille ou non, je crois que je m'étais habitué à sa présence tapie au fond de mon cerveau, se cachant  derrière chaque cellule comme une ombre. Je la détestais, mais pourtant, pendant ces quelques heures où je m'étais libéré d'Elle, je m'étais senti presque éloigné de moi-même. Comme incomplet... Et je... Et je n'avais clairement pas envie de penser à cela maintenant ! Ça me dégouttait. Je me dégouttais. J'ai essayé de reporter mon attention sur la jeune fille ; je voulais comprendre ce qui l'affectait, histoire d'oublier un peu mes propres troubles intérieurs.

- J'espère que je ne te fais pas peur. Ça, c'est juste au cas où, tu sais... mais je me sens bien. C'est même fou ce que j'ai faim.

Allez Dalia, dis-moi ce qui te tourmente tant, je n'aime pas voir les femmes pleurer.
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Lun 30 Avr - 20:52

Il n’existe rien de constant si ce n’est le changement
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Une vague de chaleur me frôle lorsque qu’une voix rassurante m’interpelle au milieu de la nuit. Elle semble calme, profonde et sereine, me conduisant loin de mes inquiétudes immédiates. Nawar s’est-il réveillé? J’essaie de nettoyer ma figure, tentant d’arrêter cette rivière qui survient à mes yeux et je relève ma tête pour le voir accoté sur son lit. L’éclairage de l’astre de nuit ne rayonne pas trop, seulement assez pour qu’elle reflète une partie de son visage. Avec un regard doux, il me dit qu’il va bien, même qu’il a faim! Est-ce bon signe ou veut-il me signaler quelque chose d’autre?

Ma gorge se serre. Je ne sais quoi lui dire: je serais une hypocrite si je déclare que j’ai peur de lui alors que nous sommes presque de la même espèce! Lorsque j’y pense plus loin, je me dis qu’au moins quelque chose de bien s’est passé. À cause de ça, nous sommes devenus amis. Il m’a épargné la mort et moi, j’ai gardé son secret. À vrai dire, il faut aussi lui faire confiance pour éviter la panique générale, mais je ne m’inquiéterai pas autant à ce sujet. Ce que je devrais me soucier, d’ailleurs, c’est…

À l’instant où je commence à penser à moi ou à mes désirs, mes souvenirs de la nuit dernière refont surface. Un poids maintient vigoureusement mon cœur, m’écrasant presque. Mes mains agrippent ma blouse, serrant de plus en plus fort. Si j’avais été à la place du kelpie que j’ai tué, j’aurai sermonné de m’hanter et de me faire regretter pour toute ma vie.

-Ayoye, j’ai mal, ça fait mal! J’ai… j’ai peur... de... de tout ce qui s’est passé... À l’étang, lorsque je le combattais, cette… cette chose dans mes mains… Je me rappelle… de tout…

Ces événements se réforment dans mon cerveau et se transmettent vers l’extérieur, versant un courant de paroles à avoir la bouche pleine. Tout se coule très rapidement, comme une rivière qui se déverse dans un lac. Ma poitrine semble être prête à exploser tant mon cœur cogne. Mes poumons s’élargissent et font place à une marée d’air et de je-ne-sais-quelle autre substance qui se trouve dans cet hôpital. Je dois prendre une pause pour me calmer, mais impossible d’ordonner mes pensées ni de les retenir. J’ai besoin de quelqu’un pour assouvir mes tourments. N’importe qui, pourvu que j’arrête de gémir! Je pleure, pleure, et encore pleure… Je suis remplie de honte et mordue de remords lorsque je fonds en larmes, surtout face à quelqu’un qui ne peut rien y faire. Par contre, il existe un individu qui peut me soulager; celui à qui je fais part de mes peines et mes joies, mes cauchemars et mes rêves, plus par obligation que par choix; c’est Ángela, ma psychologue. Même si on ne s'est pas vu depuis longtemps, je me souviens encore d'elle.

Elle ne crut jamais aux médicaments. Des rumeurs couraient dans la rue qu’elle pouvait remédier ses clients sans en avoir recours. Son service prenait plus longtemps, mais la majorité de ses anciens patients reportaient avoir une meilleure vie, presque sans symptômes. Tenant compte de sa personnalité, j'assumais que c'était impossible pour elle; et ses fidèles semblaient être du même avis. Elle me disait que je pouvais lui divulguer n’importe quoi, à condition qu’elle fût payée. Et ça, je ne suis pas encore certaine si mes parents se sont débarrassés de cette dette.

Parfois, Ángela me répondit, comme si nous étions en conversation. Elle installa habituellement ses coudes sur la table et approcha son visage près du mien pour m’étudier. J’étais restée dans sa clinique pour environ deux ans, souhaitant me guérir d’un grave problème de sommeil. À la fin, lorsqu’on n’avait plus besoin de l’une de l’autre, elle m’annonça qu’elle me détestait. Honnêtement, j'étais soulagée; son sentiment était réciproque. Quand je partis enfin de son bureau, mon syndrome s’atténuait. Comme un objet qui m’alourdissait, je me sentais très légère lorsque je m’en détachais.


Nawar ne me maudit pas comme ma thérapeute l’a fait, non? Contrairement à mon expérience avec elle, je sens qu’une confiance mutuelle, entre lui et moi, se construit dans le temps. Plus je cause avec lui, plus je deviens tranquille. Ma respiration se rend plus modérée et proche d’une régularité. Mes muscles se décontractent eux-aussi, mais plus lentement. Après un moment de réflexion, je conclus que c’est véritablement la fiabilité et la sécurité qui me fait revenir à Ángela. Même avec son attitude des plus désagréables, je dois admettre qu’elle a été très efficace dans son travail. Mon enveloppe de douleur se dissipe lentement et libère son étreinte sur mon corps.

-Je suis trop faible… La dernière chose que je pouvais apercevoir était une spirale, elle était serrée autour de ton cou. Toi… tu étranglais, et là… c’était horrible!

Ma gorge est asséchée, mais mes cordes vocales ne se fatiguent pas: j’ai davantage de choses à lui dire. Lui, il est un sauveur, mon héros! Moi, je ne suis qu’une "chose" inutile, une demoiselle en détresse, un cliché. Je suis si exécrable que je repousse moi-même! Avec toute cette souvenance de la première fois où nous sommes rencontrés, je ne sais même pas comment j’ai pu survivre sans lui. Alors, puis-je vraiment lui dire que j’hais moi-même, que je veux me suicider? Qu’en penserait-il?

Et si moi je me mettrais à sa place? Comment réagirais-je si la personne à qui je viens de secourir dirait qu’elle voudrait mourir? Moi, je sais que je regretterais de lui avoir protégée si elle aurait disparu aussi vite. Je me dirais que jamais je n’aiderai aucun autre mortel par crainte de les découvrir décédé deux secondes après. Si j'applique cette logique aux sentiments de Nawar, alors je devrais me concentrer sur le présent au lieu du passé pour ne pas qu'il soit triste.

-En tous cas, m-merci…

À travers mes larmes, je lui souris. On dirait que j’ai trouvé ma réponse; je n’ai vraiment plus envie de me noyer sous mes propres questions. Je veux vivre, me détendre et oublier. J’aimerais apprendre de nouveaux concepts insolites et inconnus, voyager partout dans le monde, revisiter ma famille… Je veux plonger vers l’avant, mettre mon esprit dans des choses que je n'ai jamais essayées et plus encore! Même si ce changement ne se produira pas le lendemain, je dois patienter et être déterminée. Sinon, qui le fera pour moi? Je rougis tandis que je lâche un ricanement faible. Je regarde au loin et je passe ma main à travers mes cheveux, penaude.

-Tu sais, je voulais rester avec toi, mon ami…

Je murmure ces derniers mots, craignant que Nawar ne puisse pas voir en moi ce que je vois en lui. Sans rétorquer, il m'a écouté divaguer dans tous les sens et à présent, j’aimerais savoir si quelque chose le tracasse.
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Ven 25 Mai - 11:20

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La jeune femme partit de nouveau en voyage au pays des larmes après ma question naïve. J'étais toujours mal à l'aise face à ce genre de triste spectacle, car je savais que ni les gestes ni les mots, aussi inspirés soient-ils, ne pouvait amorcer le voyage retour vers la sérénité. Alors je l'ai laissé pleurer à torrent dans le silence, la laissant s'épancher sur ses craintes et ses regrets. Je la comprenais. Je la comprenais même atrocement bien. À dire vrai, j'avais l'impression de me voir en elle, comme si elle accueillait en son cœur l'image du Nawar d'il y avait quelques mois. Triste pantin, miroir lugubre des mes sombres moments. Je savais la douleur des regrets, et j'avais visité le gouffre dans lequel nous attirent le mouvement perpétuel du ressassement de nos fautes.  On peut tout fuir, sauf sa conscience*, n'est-ce pas ? Si seulement on pouvait être libéré de cette foutu conscience ! Plus de remords, plus de scrupules ni de honte. Plus de peur non plus... Plus d'angoisses qui nous tiraillent et nous font mourir à chaque instant. Plus de cette panique irrationnelle qui nous immobilise et nous enlève tout courage de changer les choses ou de devenir meilleur. Elle ose me parler de peur, et je l'aurai prise pour une folle si elle m'avait avouer l'inverse ! Il n'y a que les inconscients qui n'ont pas peur ! En somme, les enfants et les animaux. Les Bêtes...

Je secouai la tête vivement, comme pour la faire ressortir de ma tête. J'ai dit que je ne voulais pas penser à ça tout de suite, m**de ! Avec un peu de difficultés, je me suis raccroché au discours de la jeune fille, tantôt rapide, tantôt hésitant. Toujours fébrile en somme. Puis elle parla de faiblesse, et je me suis repris à plonger de nouveau dans des réflexions autour du miroir de mon passé. Comment m'en étai-je sorti, finalement ? Était-ce parce que je suis une homme fort ? Non, je n'avais jamais pensé aux choses ainsi ! La réponse se dessinait sous les traits d'une petite fille. Une petite fille pour laquelle je devais lutter et continuer à vivre. Une petite fille pour qui je voulais être un modèle. Une petite fille pour laquelle j'avais tant d'amour que j'avais compris que je n'étais pas qu'un monstre, et que même si j'étais submergé par tous les maux de la terre, j'étais suffisamment Humain pour avoir la chance de les ressentir. Mais peut-être que Dalia n'avait personne sur qui compter pour lui raconter tout cela, ou qu'elle n'avait personne pour qui elle devait se montrer forte, sinon elle-même.

- Je... je pense que l'on a plus de force en soi qu'on ne le pense.

Je ne savais pas très bien si j'étais bien placé pour lui tenir un discours d'encouragement, de valorisation ou de paroles profondes sur la psychologie ou le sens de la vie. Mais j'avais le mérite d'être présent à ce moment précis, et je n'aurais pas pu continuer de me regarder en face si je n'avais pas essayé, ne serait-ce qu'une peu, d'apaiser son âme meurtrie.

- En tous cas, m-merci…, me souffla-t-elle, avant de rajouter : Tu sais, je voulais rester avec toi, mon ami…

J'étais trop touché pour lui répondre quoique ce soit, hormis un sourire. Et, tout à coup, le miroir se brisa et un doute s'insinua : et si elle était présente dans ma chambre pour une toute autre raison ?  Et si elle souhaitait que je baisse ma garde ? Et si, sous ses larmes, se cachait en réalité une cruelle manipulatrice ? Et que pouvait-elle bien vouloir de moi ? Mon esprit fusait, et toutes les réponses qui s'y formulaient étaient plus terribles les unes que les autres ! En matière de possession par un animal monstrueux, je ne pouvais me fier qu'à ma propre expérience, mais j'avais cru sentir, la veille, qu'elle ne se manifestait pas de la même manière chez la jeune fille que pour moi. Mais j'avais le souvenir de chaque pulsions malsaines qui étaient nées en moi, et je n'arrivai pas à me convaincre qu'il pu en être autrement pour elle...

Alors j'étais là, incapable du moindre mouvement dans une chambre un peu isolée que même les soignants prenaient soin d'éviter. Dans une position d'ultime faiblesse face à un être qui avait un potentiel extrême de destruction. Je ne savais pas quelle heure il pouvait bien être, mais j'étais certain que personne ne franchirait le seuil de la porte avant plusieurs heures. Contrôlant ma peur, je me suis résolu à affronter la situation : j'allais agir comme Shéhérazade avec le roi Shahryar* : j'allais gagner du temps.

- J'imagine que tout ça t'empêche de trouver le sommeil... Je serai content de parler avec toi Dalia. Affrontons l'insomnie ensemble ! Enfin, si tu le veux bien sûr. Dis-moi, de quoi rêvais-tu quand tu étais enfant ?


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Jeu 31 Mai - 21:29

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Je relève les yeux, apercevant à peine ce doux sourire apaisant et sécurisant. Peu perceptible, mais visible. Mon cœur se réchauffe à la pensée de mon paisible enfance si sucrée. Jadis, j’ai été heureuse: partageant ma vie avec tous ces gens si gentils a été comme le paradis sur terre. Et, au moment où j’ai dû partir et vivre une nouvelle vie, on m’a encouragé à suivre mon rêve, à être moi-même. J’espère seulement retourner la faveur, les remercier et leur transmettre de la joie, moi-aussi. Encore aujourd’hui, j’ai de la difficulté à cerner ce que je suis. Par contre, cette incertitude ne m’empêcherait pas de croire qu’il y aura encore un autre espoir pour moi, une autre valeur à me trouver. Désormais, je crois (Non; je sais!) que la vie me réservera davantage de surprises et que, à présent, les rares moments tranquilles seront toujours les meilleurs. Maintenant… mon désir? De jadis? Oui, je l’ai su depuis bien longtemps. Je voulais être…

-Un poisson.

Un gros silence se forme dans la pièce, agrémentant cette gêne maladroite entre nous. Comme si pleurer devant lui n’a pas été assez. De toute façon, je dois poursuivre même si ma proposition n'a aucun sens! Mon expression s’adoucit gravement et je scrute les mouvements faciaux de Nawar sans autant les reconnaître. J’hoche à peine la tête.

-Je voulais, depuis toujours, être un poisson. Nager dans l’océan avec les dauphins librement, comme ça, sans pensées, ni regrets, ni remords... J’adorais aller à la plage, éclaboussant mes frères pendant que ma mère prenait son bain de soleil. Bien sûr, les touristes étaient nombreux, mais ça ne m’empêchait pas d'avoir du plaisir! Au contraire…

Ma tête est si lourde… Très lentement, je m’assois en position accroupie sur la chaise sans toutefois détacher mes yeux des siens. Serait-il intéressé à m’écouter? Voudrait-il même que je reste ici? J’ai l’impression que mes idées ne sont plus très claires... Allez, rappelle-toi ce que tu as voulu dire!

-Pa…parfois, je restais flottée sur la mer, regardant le beau ciel bleu, toute seule avec la nature. Le soleil m’inondait de lumière tandis que j’entendais le clapotis des vagues dans mes oreilles. Je pouvais rester là pendant des heures ou même une journée entière! Le paradis sur terre, je te le dis…

Je ricane et je glousse. Je pose ma tête sur mes genoux alors que je soupire d’allégresse. Je continue d’observer mon ami dans ce vide si calme, si passif, avant de bâiller. Le débit de ma voix diminue, mes propos sortant presque comme un murmure.

-Évidemment, j’aimais beaucoup les animaux. J’appréciais vraiment d’aller aux musées, à l’aquarium ou même dans une animalerie, pourvu que j’en rencontre. À chaque fois que j’y visitais, mon désir s’agrandissait de plus en plus... Maintenant, j’ai aussi réalisé que j’aime aider les autres et, ainsi, soigner les animaux. C’est comme ça, qu’au fil du temps, je suis devenue vétérinaire.

Parler m’aide beaucoup dans les situations où je ne peux pas dormir. Ça me soulage, surtout s’il y a quelqu’un à côté de moi. C’est comme si une présence appréciée m’aide à me reposer. Après tout, je ne peux pas parler toute seule, même avec Dada! Je plisse les yeux. On dirait que les larmes m’empêchent de voir clairement. Sans en train de converser avec Nawar, je serais tombée par terre, somnolante comme un bébé... Je suis déjà incapable d’ordonner mes pensées, encore moins de faire quoi que ce soit!

-Et toi... aurais-tu aimé devenir un animal quand tu étais plus jeune? Moi, je sais que je voudrais aller sous… l’eau… et tout… ça…

Je continue de fixer Nawar du regard. Ais-je cligné mes yeux pendant tout ce temps? À présent, tout ce que je vois est un cercle foncé! Me regarde-t-il? Devrais-je m’éloigner? Je ne veux plus me déplacer même si, en fin de compte, c’est moi qui suis introduite dans cette salle juste pour le voir. Non mais, qui fait vraiment ça??? J’aurais été inquiète si –à ma place- lui serait entré dans ma chambre sans prévenir. Peu importe si c'est dans un hôpital ou pas! Je me serais posée tellement de questions que j’en serais inondée! En vérité, tout cela me fait rappeler de la première fois où on s’est rencontré: il est venu me voir, moi, penchée vers une eau dangereuse, alors que je ne l’ai même pas vu dans ce village auparavant. Sommes-nous encore à Old Fyre?

-Sinon, j’aimerais apprendre à te connaitre. Dis-moi… qu’est-ce qui est le plus important pour toi?

Il y a quelque chose qui me dérange, mais je ne sais pas quoi! Je lâche un dernier bâillement avant de poser une main sur mon front, mes yeux à peine ouverts. On dirait qu'il y a des milliers de points incolores qui clignotent en même temps et à chaque fois que je dirige mes yeux vers une nouvelle direction, il y a toujours des spirales qui commencent à se mouvoir sur les murs. Ma respiration ralentit jusqu’à ce q…
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Mer 13 Juin - 16:40

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Soudain, la pièce devint plus sombre, comme si un nuage passait devant la lune faiblarde, ou n'était-ce que ma vision qui s'assombrissait, pétrie dans l'angoisse de cette situation ? Quoi qu'il en fut, j'avais un mal fou à me détendre, attendant, oppressé, que la langue de Dalia se déliât. Je la couvait d'un regard inquiet, ressentant chaque secondes qu'elle prenait pour réfléchir comme autant de temps passé à manigancer un mensonge visant à m'enfumer. Puis, elle se lança enfin et... Un... un poisson ?! Non mais, elle était sérieuse ? Complètement décontenancé, je ne pu m'empêcher de rire de bon cœur, relâchant toute la tension accumulée grâce à ce simple aveux. Brave petite Dalia, si fraîche et naïve.

« Ne te vexes pas, mais c'est si incongru ! Je m'attendais à tout sauf à ça, m'expliquai-je une fois mon fou-rire passé. Dis m'en plus ».

Et elle m'en dis plus, en effet. Son amour de l'eau mêlé à des sentiments refaisant surface, ou des souvenirs... Elle me berçait de sa voix timide et fragile, et sans que je m'en rende vraiment compte, j'étais moi aussi transporté dans mes propres souvenirs liés à la mer. Ah, la mer... son sable qui s'infiltre entre nos orteils, ses embruns, son calme et ses tempêtes, le goût du sel qu'elle laisse sur les lèvres et la peau, ses vagues qui vont et viennent inlassablement parfois tranquillement, parfois avec violence, comme un amant furieux et jamais rassasié... Allez savoir pourquoi, mais cette image me fit penser à Hyli. Peut-être à cause de notre escapade au début de l'année au-delà des eaux qui tiennent prisonniers les habitants de l'île ? Peut-être... Et je me suis plu à la voir au bord de la syncope en voyant mon bras plâtré. Oh, non pas parce qu'elle serait peinée, noooon, mais parce qu'elle imaginerait tout ce que je ne pourrais plus faire le temps de m'en remettre. Et je lui laisserai penser qu'il y en aurait pour des mois, juste pour la faire enrager et la voire gonfler ses joues, signe d'une intense bouderie chez elle. Mais nous en riront rapidement, et avant que je ne puisse l'en empêcher, elle aura déjà recouvert la totalité de la surface du plâtre de dessins enfantins. Puis elle imaginerait les stratagèmes les plus farfelus pour que je puisse, tout de même, m'acquitter de toutes mes tâches dans l'appartement. Futée petite tortionnaire...

Je souriais bêtement, et revins un peu brusquement à la réalité, essayant de rattraper le fil des mots de Dalia qui continuait courageusement sa tirade. Avait-elle remarqué que je ne l'avais écoutée qu'à moitié ? J'espérai sincèrement que non, car ma rêvasserie était involontaire, et même si mon but était de la faire parler pour gagner du temps, il fallait que je me concentre pour saisir les informations importantes glissées entre deux balbutiements : tout pouvait être utile, non seulement pour mieux comprendre ma compagne d'infortune, mais aussi pour comprendre ce double qu'elle semblait posséder – j'en étais presque convaincu désormais. Évidemment, elle pouvait tout aussi bien me servir mensonges sur mensonges mais... avais-je vraiment d'autres alternatives ?

Cependant, peut-être aurai-je dû continuer de rêver, car la question qu'elle me posa, innocemment, fut pour moi aussi douce qu'un coup de marteau dans les parties ou qu'un plongeon dans une piscine remplie de lames de rasoir.

« Pas un loup en tout cas » répondis-je du tac-au-tac sans même prendre le temps de réfléchir, la fixant soudainement d'un regard noir. Avait-elle planifié cela depuis le début ? Je commençai à le croire, et cela me mettait hors de moi. C'était donc cela son petit jeu, m'endormir avec ses manières innocentes, me faire croire à sa fragilité pour mieux me poignarder dans le dos ? Elle savait ce que j'étais, elle m'avait vu, alors pourquoi cette question vide de sens sinon pour appuyer un peu plus là où ça blesse ? Mais prends garde petite fille, tu ne sais pas quel homme tu as en face de toi ! Ça ne se passera pas comme ça. Alors comme ça, tu rêves d'être un poisson hein ? Je vais te faire boire la tasse jusqu'à ce que tu supplies de... Non, stop !!! Arrête ! Ce.. ce n'est pas moi ça ! Ça ne peut pas être moi !

J'ai essayé de me calmer, respirant lourdement comme si, par chaque expirations, je chassai ces idées noires de mon corps. Je n'avais pas envie qu'elle m'envahisse... pas encore... pas comme ça... J'allais me justifier, mettre ma réponse par trop abrupte sur le coup de la tristesse et de la fatigue, mais elle reprit la parole, pour mon grand malheur.

- Dis-moi… qu’est-ce qui est le plus important pour toi ?

Qu'est-ce qui… ? Mais... mais merde, c'est l'évidence même ! Non ? Mais je... je devais me calmer.. si je m'énervai, c'était comme la laisser gagner. C'était comme lui donner l'autorisation de me contrôler. Je détournai le regard de son visage. Elle ne me regardait même pas. J'avais tant envie de la gifler. Mais je tins bon, et le ton chargé de sarcasme, j'entrepris de la bousculer.

« Oh, je ne sais pas Dalia... au hasard, ne plus être une menace permanente pour les gens qui ont le malheur de croiser ma route ? Ça te paraît suffisamment important ou tu souhaites que je développes ? »

J'étais, à cet instant, aussi implacablement froid et dur que du métal mais, à l'intérieur, battait un cœur en fusion prêt à exploser. Je ne me sentais plus homme mais tel un volcan qui s'apprêtait à se réveiller après avoir passé des année à sommeiller en silence. Devais-je, comme dans mon cauchemar, plonger dans le cœur de lave pour me libérer ? Tout mon corps me criait de sauter, mais ma raison, elle, me retenait... Le rire sinistre du rêve retentit alors, s'échappant bien malgré moi de ma gorge nouée par la colère et l'angoisse. C'était un rire si bien nappé de mélancolie qu'il en devenait glaçant et, ainsi coincé entre le feu et la glace, je ne savais vers quel bord me déverser. J'ai planté ma tête dans l'oreiller, m'abandonnant dans la contemplation du plafond sombre, y cherchant des réponses qu'il ne pouvait – évidemment – pas me donner. Et ce rire s'écoulait telle une rivière charriant des larmes... Bienvenue au Niflheim Dalia... bienvenue au royaume des glaces :

« Alors oui, c'est ça l'important... être un homme, et rien qu'un homme. Tu ne sais pas ce que c'est que de devoir abandonner tous les gens que tu aimes pour te cacher à l'autre bout de la planète, de peur de leur faire du mal. Tu ne sais pas que ne pas pouvoir serrer ta fille dans tes bras, tant tu as peur de la tuer dans la minute suivante, c'est comme mourir à chaque seconde... Tu ne sais pas ce que c'est d'avoir tout perdu pour devenir un monstre... Toi, tu es née comme ça. »

Toi, tu es née monstre, pensai-je si fortement qu'elle aurait pu le lire sur moi. Le froid et la raison avaient gagné... mais pour combien de temps ?
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Dim 17 Juin - 14:39

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Encore une fois, la nuit avait été paisible. Le silence se promenait d’un bord à l’autre, transportant la tranquillité et la quiétude qui se dissipèrent lentement. J’aurais dû voir, me rendre compte qu’une alarme devait sonner, mais je n’avais rien aperçu. Jusqu’à ce qu’elle s’endormit…

Et je me réveillai.

XxX

Je grelottai. Non; je tremblai! Le corps bascula vers l’avant, chamboulant tous les instincts. Dalia, qu’avais-tu fait cette fois? À cause de toi, nous allons tomber!

...

¿Holà? Dalia?? Dors-tu?

...


Les mains harponnèrent une substance métallique. Je frissonnai de toutes mes forces, claquant les dents. Qui avait mit la climatisation ici? Bonjooour?? Hellooooo??? Je ne pouvais réprimer un gémissement lorsqu’une sensation cuisante surgit des mollets, continuant son voyage jusqu'aux cuisses en électrifiant chaque cellule des jambes. Je me raidis lorsqu’un rire rugit dans la pièce. On était dans une obscurité totale, où on ne pouvait entendre rien qu’un bruit bizarre et… Que faisais-je là?

Meilleure question: où étais-je?

Les niveaux d’adrénaline s’élevèrent, la chevelure s’hérissa et les yeux s’élargirent de plus en plus à chaque seconde. La respiration s’approfondit, ralentissant jusqu’à la vitesse de… Pouvons-nous dire «la créature»?

Je me redressai et captai tout ce qui pouvait être utile. Bien que je ne puisse pas comprendre tous ses propos, certains extraits me revinrent en tête.

«Important… Homme, rien qu’un homme…»

Un homme? Qui cela pouvait bien être? Était-ce…

Lui?

Je croyais qu’il aurait disparu après notre séparation! La simple idée que… -Comment s’appelait-il déjà?- Il serait ici me causa des palpitations, une excitation distincte qui me réveillai totalement. À présent, des milliers de questions refirent surface à propos de notre emplacement. Et que portais-je là??? On dirait que c’était encore le drap tant cette chose était simple et laide! Étions-nous encore dehors? La dernière chose dont je me souvins était la carriole, les genoux ensanglantés, la douleur… Tout ceci ne comptait plus. À présent, je devais profiter de ma présence et peut-être d’en tirer un amusement vague. Après tout, lui était là… Cet homme si étrange, si dangereux… si affolé, que je discernai un lourd halètement émanant de lui. Pourquoi? Pour ma condition?

Était-ce vraiment ce dont tu voulais? Que j’apparaisse, que Dalia disparaisse? Ah, le coquin; tu m’as ouvert l’appétit! Si tu es présent, allons voir de quoi tu es capable… jouons à cache-cache.

-Tu ne sais pas ce que c'est d'avoir tout perdu pour devenir un monstre, déclara-t-il avant de me servir la cerise sur le gâteau. Toi, tu es née comme ça.

On dirait que, par son interrogatoire, Dalia l’avait incité à partager son tourment. Plus précisément, il m’expliqua les inconvénients qu’apportait sa «nouvelle vie» tout en indiquant que je ne pouvais rien ressentir de cela. Toute cette rage et cette furie montrées par son attitude… Je fus certaine que la deuxième partie avait réellement commencée.

-Oh, oui… Comparé à toi, je suis née… Quel serait un bon synonyme de monstre? Privilégiée. D’avoir le comble de ne pas être comprise par tes parents qui n'appartiennent pas à la même espèce que toi. De vouloir partir à l’autre bout du globe pour soi-disant «réaliser ses rêves» lorsqu’on veut simplement s’échapper de ce que l’on est.

L’élancement que je ressentis ne se comparait pas du tout à mon anticipation. Jusqu’à maintenant, je ne remarquai pas qu’il fût enchaîné sur un lit, complètement immobile et désarmé face à moi. Je me relevai et pesai chaque mot; et ainsi les risques que je présentais pour lui.

-Malgré toutes les peines que tu as traversées, impossible de comprendre qu’aller au travail sans me transformer est un vrai effort. J’ai même des malditos de morceaux de papier pour m’empêcher de succomber à mon privilège.

J’embarquai sur le bord du matelas, caressant d’une main la barbe du jeune homme.

-En plus, je ne vis même pas ici, mais dans une ville… ha ha ha… Tu l’as deviné; pas magique. Sais-tu les choses dont je dois subir pour au moins paraître normale, parce que je ne peux pas comprendre ce que c’est d’être un humain comme les autres? Même après tant d’années, ce sentiment d’isolation ne te quitte pas: au contraire...

Mon ton se ralentit, mais mon expression restait de marbre.

-Moi-aussi, je voudrais être une femme ordinaire, mais j’ai eu le privilège de ne pas recevoir cette expérience… Pas comme toi! Je n’ai peut-être pas de fille, mais une famille chaleureuse qui attend le retour de leur métamorphe chérie et –devine quoi- privilégiée. Car vouloir de tout son cœur aimer sans retournement, de pouvoir vivre avec moi-même –avec Dalia…

J’empoignai du même membre les deux joues du patient glacé. Les doigts serrés autour de ses pommettes, je pouvais quasiment entendre les ricanements plaintifs du lycanthrope. À chaque prochain mot, je rapprochai mon visage du sien tout en maintenant un regard des plus noirs.

-Est. Un. Pri. Vi. Lè. Ge.
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Sam 18 Aoû - 10:56

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En une fraction de seconde, j'ai su que j'avais touché juste, et la jeune fille ne se fit pas prier davantage pour déverser froidement des mots aussi glacials que le royaume dans lequel je tentai vainement de me réfugier. J'avais soudain l'impression de me trouver sur le chemin d'une avalanche : on entend le bruit gronder, on voit la neige se détacher et on sait pertinemment que l'on ne pourra jamais se dégager à temps. Mais, après tout, à quoi pouvais-je m'attendre d'autre ? J'avais sciemment posé la dynamite et allumé la mèche, quoi de plus normal qu'un déluge s'abatte sur moi ? Je savais que je l'avais cruellement blessée, je sentais à quel point mon accusation à peine voilée avais pu la chambouler, et pourtant je ne ressentais rien ; ni soulagement, ni culpabilité... Rien... Comme si mes émotions étaient annihilées par le froid et glissaient dans mon esprit sans pouvoir s'y accrocher durablement.

Mais l'avalanche n'était pas terminée, et la jeune fille engageait à présent son corps dans la bataille, se levant, se rapprochant, me touchant d'une manière si contrôlée que j'en étais transi d'effroi. Et pourtant, pourtant, je souriais. Intérieurement, la Bête jubilait et elle imprimait ce sourire impensable sur mes lèvres alors que je mourrais d'angoisse. J'avais l'impression de devenir fou ; plus qu'entravé par des chaînes, j'étais coincé dans un corps qui ne me répondait plus, incapable de répondre normalement à la menace qui planait sur moi. Car j'en avais la certitude désormais : ce n'était plus Dalia qui était en face de moi : cette assurance, cette maîtrise de soi et cette arrogance qui se dégageait soudainement de son attitude ne ressemblaient pas à la petite espagnole. Face à moi, me surplombant avec défiance, se tenait la chose qui était capable d'arracher un cœur à mains nues en un instant. Et je l'avais provoquée. Je suis foutu... Mais ce sourire ne voulait pas s'effacer, et Elle s'approchait de plus en plus... Foutu...

Je me suis senti glisser à l'intérieur de moi-même lorsqu'elle m'attrapa les joues, transformant mon rictus en grimace. Je... je crois que j'ai voulu dire quelque chose, mais rien ne pouvait sortir. Rien hormis Elle.

- Est. Un. Pri. Vi. Lè. Ge.

Dalia était si proche de moi que je pouvais sentir tout son corps se tendre lorsqu'elle édicta très distinctement ses dernières paroles. Je lui faisais face, ne détournant pas les yeux des siens, mais mon âme était vidée. Ce n'était pas du courage, oh non, je ne pouvais simplement plus me défaire de son emprise. Si proche... Son haleine se mêlait à l'air que j'inspirais tandis que je me sentais tomber dans son regard si noir. Mon Dieu, elle était si proche que d'un geste, j'aurai pu la mordre. Pourquoi ne pas lui arracher un bout d'oreille ? Ou bien plutôt lui offrir un joli collier de sang en visant la gorge ? Qu...quoi ? Non...Non putain !! Je ne suis pas un animal*...

J'en avais pourtant terriblement envie. Je voyais tous ses vaisseaux sanguins se gonfler sous sa peau au rythme des battements de son cœur. Et ils m'appelaient. Non, non non... Allez, résiste... Ne te laisse... pas... avoir... Pas comme ça... Je sentais mon corps à la limite de l'explosion. Résiste ! Trop tard... La glace se fissurait, laissant s'insinuer les vapeurs brûlantes et acides de la lave en fusion de mon corps par tous les interstices dans une douleur si caractéristique. Résiste... C'est trop tard te dis-je. Des perles de sueurs tombaient à grandes eaux le long de mes tempes, dans mon dos, de tout mon corps tandis qu'il changeait... Rési... Non non non, cesse de lutter. Tout mon être était en ébullition. Ré...sis... Ssshhh... Tais-toi, je suis déjà là. Alors que ma chair se déchirait dans l'incendie de la métamorphose, je sentais mon cerveau se noyer dans le sourire vainqueur du lycanthrope. Sa mâchoire, aux dents blanches étincelantes de perfidie, sorte de beauté destructive, distillait mon agonie en me susurrant « bravo* »... Dans un dernier soupir, j'ai lancé ma tête en arrière, essayant de me défaire de l'emprise des doigts meurtriers de la jeune femme, comme pour me défaire du piège dans lequel je venais encore une fois de sombre. Et puis... et puis... Elle est apparue.

Elle ne sait pas si c'était dû à ce geste désespéré ou à la transformation, toujours est-il que la jeune polymorphe avait relâché momentanément son emprise de ce qui était, quelque secondes auparavant encore, un visage humain. La Bête relève la tête et fait face à son assaillante, souhaitant que malgré la faible luminosité cette dernière puisse déceler la lueur de défi et de malice au fond de son regard.

- On dirait que je t'ai vexée minette ? Si tu crois que tu me fais de la peine, tu te trompes. Qui ou quoi que tu sois, je me fiche éperdument de tes états d'âme. Elle marque une légère pause, le temps d'afficher un sourire éhonté : Mais sache qu'on ne me blesse pas impunément petite.

Elle se complet dans sa provocation, se réjouissant alors même qu'elle sait sa situation plus que précaire. Les chaînes sont solides et ne bougeraient pas, même avec la meilleure volonté du monde – le personnel y avait veillé. Elle sait pertinemment  qu'elle n'a donc aucun moyen de pouvoir reprendre l'avantage physique, tandis que Dalia en avait tout le loisir. La Bête se laisse aller à imaginer tous les dangers auxquels elle est exposée en ce moment même : la petite pourrait balader ses doigts sur sa gorge et la serrer jusqu'à l'asphyxie, elle pourrait faire parcourir sur son corps mille et unes petites coupures qu'elle viendrait attiser avec du sel, elle pourrait lui broyer les membres un par un jusqu'à n'en faire qu'un pantin désarticulé, elle pourrait enfoncer ses doigts dans ses orbites, lui arracher quelques organes, lui faire manger sa propre langue... Les idées ne manquaient pas, mais elle ne tremble pas. Au contraire, elle semble même s'amuser de cette énumération de violences, se complaisant dans le frisson que lui procure cette situation, car elle est convaincue que Dalia ne fera rien de tel. Mais pourquoi en est-elle si certaine ?
Fais-moi confiance, stupide humain. Je pressens que nous pourrions faire de grandes choses ensemble... et elle aussi doit le ressentir.

- Alors tu vas faire quoi* chaton ? Est-ce comme cela que tu me remercies ? Moi ?!? Moi qui t'ai permis d'être en pleine harmonie avec ta nature sauvage ? Ne me dis pas que tu n'as pas pris du plaisir en sentant ce cœur encore battant entre le creux de ta main ? Je sais que j'aurai aimé ça... Éperdument même ! Tu voudrais me faire la même chose peut-être ? Regarde, ma poitrine t'est toute offerte... Tu hésites ? C'est bien, tu es sage. Bien... maintenant, fais tomber ton masque comme j'ai fais tomber le mien : qui es-tu et qu'attends-tu de moi ?


Elle couve la jeune fille d'un œil intéressé désormais, attendant avec impatience sa réaction.


C'est reparti:
 
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