Terrence Van Resburg

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Lun 19 Fév - 15:44

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TERRENCE VAN RESBURG



Ok. I'm here. So, what are your other two wishes ?

Fiche signalétique

 

Nom : Van Resburg... c'est hyper courant d'où il vient, maaaaiiissss la particule fait toujours son petit effet.
Prénom : Terrence, ou Terry pour les intimes.
Origines et nationalités : Sud-africain, d'ascendance néerlandaise.

Race : Humain.
Âge : 33 ans.
Genre : Masculin.
Orientation : Sérieusement ? Il est à l'Ouest. Proprement incapable de se rendre compte qu'on tente désespérément de lui faire du gringue. Peu réceptif, si ce n'est totalement indifférent, c'est à se demander s'il n'avait pas le potentiel d'être moine. Bien sûr, il doit bien avoir un avis sur la question, mais il préférera sans doute jouer à outrance de toutes les ambiguïtés possibles plutôt que de vous répondre. Autant vous dire que vous vous lasserez avant lui...

Apparence : 1,76 cm, sportif et affreusement bien dans sa peau.

Couleur des cheveux : C'est un skinhead. Non, c'est pour rire. Mais toujours est-il que son crâne rasé ne vous laissera guère l'occasion d'admirer sa magnifique chevelure. On l'imagine brune, plus ou moins rêche et récalcitrante, de quoi justifier une solution aussi radicale. Pour compenser, il porte une jolie barbe.

Couleur des yeux : Étrange. Ah ? Il vous faut des détails ? Dans ce cas, disons que la couleur ambrée de ses iris n'était déjà pas assez singulière comme ça. Il a fallu qu'en plus Monsieur se distingue avec une hétérochromie bleutée à l'oeil droit. La plupart du temps, on ne le remarque pas vraiment, car la nature est bien faite et les gens, peu observateurs, mais selon la lumière, ça peut vraiment sembler étrange... Ah ! Vous voyez qu'on finit par y revenir !

Traits particuliers : Bon... visiblement, la couleur chelou de ses yeux ne vous suffisait pas, alors autant enchaîner sur son charisme délirant. Terrence fait partie de ces hommes qui ne sont pas spécialement beaux, qui n’y prêtent pas spécialement attention, mais qui irradient d'assurance. Partagé entre des attitudes nonchalantes et son air j'm'en foutiste, il est d'un naturel désarmant.

Sinon, il a une cicatrice à la lèvre supérieure. Du côté droit, plus précisément. Quand on lui pose la question, il trouve toujours le moyen d'inventer une histoire différente avec le plus grand sérieux. Allez-y qu'à tous les coups il est tombé à la piscine quand il était gosse. À moins qu'il n'y ait un fond de vérité dans cette histoire de lavellans sournoisement transformé en lézard cette fameuse nuit à Kuala Lumpur ? Allez savoir...

Pour finir, ses tatouages sont de toute évidence sans intérêt... Mais on va en parler quand même parce qu'avec ce raisonnement, peu de choses le seraient. Donc, ce qui avait commencé comme un acte anticonformiste assumé dans les années 90 est tout naturellement devenu affligeant de banalité lorsque n'importe quel débile amoureux des dauphins a jugé utile de se faire tatouer... Pourtant, on aurait tort de croire que Terry ressemble à n'importe quel amoureux des dauphins. La plupart de ses tatouages ont un sens profond qu'il est de toute évidence le seul à connaître, mais quelques uns ont une réelle utilité ! Certains signes cabalistiques, certaines représentations, certains mots, auraient, selon lui, des vertus protectrices contre le surnaturel. On a quelques doutes s'agissant du portrait de François Ferdinand sur sa main droite, mais, quand on sait dans quel monde nous vivons...


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Dossier de l'ordre

Langues parlées : L'afrikaans est sa langue maternelle et Terry la parle encore volontiers. Les occasions sont si rares... enfin, plus rares encore sont les occasions de parler zoulou et xhosa une fois dépassé les frontières de l'Afrique du Sud. Évidemment, il était quelque peu prédisposé au néerlandais et, s'il le lit mieux qu'il ne l'articule, on sera heureux d'apprendre qu'il maîtrise ainsi une autre langue ultra marginale à l'échelle mondiale. Heureusement, comme tout descendant de colons impérialistes qui se respecte, il parle un anglais parfait mâtiné d'un accent indéfinissable. Enfin, puisque ce mec est une véritable éponge linguistique, il saura baraguiner quelques mots de la langue locale si vous l'abandonner dans une région donnée plus de trois semaines. Par contre, il aura tendance à les oublier aussi vite qu'il les aura appris. Il suffit de voir ses pitoyables restes d'Indonésien... Certes, encore une fois, il avait des circonstances atténuantes. Foutu lézard.

Habiletés : Le sens commun ? Non, sérieux, ça regroupe à peu près tout ce qui est utile et, à ce titre, c’est une véritable habileté. De toute façon c’est lui qui décide ce qui rentre ou non dans cette catégorie donc il vous faudra bien faire avec… Le fait est que Terrence n’a pas de talents à proprement parler, surtout en comparaison de toutes ces choses extraordinaires dont il a fait son quotidien. Pourtant, on serait tenté de lui reconnaître une étonnante capacité à mettre sa rationalité excessive et son intuition diabolique au service de sa survie. Il est logique, alerte, réfléchi, pragmatique, attentif et perspicace, quitte à se montrer un tout petit peu terre à terre.

Cette particularité lui a conféré une faculté d’adaptation plutôt hors normes et une propension au sarcasme absolument délirante. Sincèrement. Les gens pensent qu’il essaie d’être spirituel, mais à ce stade, lui même ne sait plus trop s’il plaisante ou s’il est simplement devenu mesquin… Pourtant, il faut admettre que pour quelqu’un capable de se révéler aussi irritant qu’il est provocateur, il possède un incroyable sens du respect des cultures. Très sensible aux croyances diverses et variées, il est persuadé que la plupart reposent sur un fond de vérité ou permettent de définir un système de valeur qu’il peut critiquer, mais en aucun cas dénigrer. C’est souvent une qualité très inattendue et appréciée de sa personnalité.

Curieux et doté du sens de l’observation, Terrence est également intéressé par les mystères et les énigmes, d’autant qu’il en est un lui-même. Il a des facilités évidentes en matière de raisonnement et de déduction, naturellement attiré par la recherche, la rigueur scientifique, les questionnements en tout genre. Il possède ainsi des connaissances poussées sur les créatures magiques, un savoir qu’il continue d’enrichir et de remettre en question à travers son expérience de terrain. Terry possède en effet plusieurs carnets de bord qui semblent n’être qu’un fatras inextricable de croquis de voyage et de notes prises à la va-vite, mais qui constituent en réalité une incroyable source d’informations. Il y expose ses théories et ses réflexions sur à peu près tous les sujets, et semble prendre autant de plaisir à étudier les créatures magiques qu’elles, à tenter de le becqueter.

Avec tout ceci, on pourrait croire que le sud-africain dispose davantage de capacités intellectuelles que physiques et… l’on n’aurait pas tout à fait tort. Pourtant, c’est un jeune trentenaire sportif qui bénéficie d’une bonne constitution et d’une certaine endurance. Il est plutôt en forme, c’est un fait, et ne rechigne pas devant l'effort, mais la vérité, c’est qu’aucune de ses qualités ne sort vraiment de l’ordinaire. C’est un habitué des marches à pied, un amateur de l’escalade et de la voile, comme des millions d’autres personnes à travers le monde.

Un détail surprenant est peut-être sa médiocrité avérée en matière de sports de combat. Il a bien pratiqué la lutte durant son adolescence, et n’aura pas manqué les occasions de se tirer de situations conflictuelles à l’âge adulte en recourant à l’atavisme primaire de l’autodéfense, mais si cela suffira très bien contre le citoyen lambda, il ne vaut pas grand chose contre un adversaire plus coriace. C’est pourquoi il a très vite compris qu’il avait tout intérêt à se faire une spécialité des artefacts enchantés et autres objets magiques.

Avec le temps, il a développé de bonnes capacités de pisteur et chasse depuis tout petit. On trouvera naturellement meilleur que lui, mais c’est une habileté qui n’est pas inutile dans sa profession. De fait, il est familier des armes à feu même s’il a plus souvent manier la carabine que l’AK-47. Bien qu’il possède un Beretta, il le porte rarement sur lui, à moins de se sentir réellement en danger. Après tout, il reste un tireur moyen, capable, mais loin d’être exceptionnel.

Au finalement la seule chose qui mérite véritablement d'être mentionnée, c'est une prédisposition étonnante aux travaux manuels. Consciencieux, patient et appliqué, c’est un bricoleur, voire un artisan de qualité. Qu’il s’agisse de réparer une clôture, de monter une digue, de refaire une toiture... vous avez trouvé votre homme ! Enfin, si vous parvenez à le convaincre de s’y mettre…


Qualités prédominantes : Calme - Réfléchi - Pragmatique - Généreux
Failles notables : Exigeant - Individualiste - Cynique - Fourbe

Personnalité : C’est un pervers narcissique, un manipulateur né, le genre de type d’autant plus dangereux qu’il n’en a pas l’air. Voilà, voilà… maintenant qu’on a détruit tout a priori positif, on parie que vous avez hâte de le rencontrer ! Ah, ah… vous auriez tort.

Pourtant, il n’est pas impossible que vous soyez attiré au premier abord par son sérieux, son assurance, ou sa décontraction. Il y a un contraste saisissant entre son apparence originale qui laisse deviner une forte personnalité, et son attitude calme, sécurisante. Terry semble bien dans sa peau, et cela se ressent. Sa façon d’être se décline sur le mode de la retenue, de la discrétion, d’une certaine forme d’humilité à laquelle se mêlent des réflexes plus spontanés et naturels. Même si l’on ne s’en rend pas compte immédiatement, Terrence dégage ainsi un magnétisme rare, tout en subtilité.

Toutefois, ce détachement permanent finit par donner une impression étrange. Il peut facilement donner le sentiment que tout l’indiffère ou que sa réserve manque de franchise. Pour les plus perspicaces, il ne sera pas impossible de déceler des faussetés dans sa belle tempérance et ses airs de ne pas y toucher. Car Terry est un être fourbe, qui ne se livre guère. Ce n’est pas forcément une attitude consciente et il aimerait même parfois qu’on le laisse tranquille plutôt que de s’acharner à vouloir percer tous ses mystères. Mais il faut bien avouer que son petit côté imperturbable, ce contrôle de soi qu’il sait maintenir même dans les pires situations, cette indifférence placide, montrent bien que, les trois quarts du temps, il ne se sent pas vraiment concerné.

D’une nature réfléchie, mesurée, voire intellectuelle, c’est un grand cynique qui n’essaie pas vraiment de s’en cacher. Aussi, ce n’est pas plus mal s’il aime se faire discret. Cela évite de subir ses sarcasmes et sa vision profondément négative du monde. Il a cette sagesse aigrie, ce réalisme brutal de ceux qui ne détournent pas le regard par complaisance, de ceux qui embrassent horreurs et cruautés sans autre satisfaction que la triste conscience d’être désabusé. Evidemment, ça ne l’empêche pas d’être d’une mauvaise foi notoire. Terry peut vite se montrer injuste, mesquin, dérangeant ou simplement désagréable s’il se trouve dans un jour sans…

Paradoxalement, il est capable de belles qualités humaines, vraiment. C’est juste qu’il faut bien chercher, ou ne pas trop se formaliser de ses plus gros défauts. Tenez, prenez ce sens de l’humour douteux, par exemple, qui peut également se révéler sous un jour beaucoup plus léger et plaisant. Et puis, s’il semble être particulièrement indépendant ou individualiste en apparence, Terrence a en réalité besoin des autres pour exister et cela le révèle souvent là où on ne l’attend pas.

C’est un ami loyal, prévenant, qui aime faire plaisir ou rendre service lorsque l’occasion se présente, même s'il aime se faire prier. Loin d’être égoïste, il n’hésite pas à donner de sa personne et se montre étonnamment généreux, même lorsqu’il n’y trouve pas forcément son intérêt personnel. Evidemment, il est aussi exigeant qu’il est élitiste et il peut être difficile de se montrer à la hauteur de ses attentes. C’est pourquoi il lui arrive fréquemment de faire culpabiliser ses proches ou de se valoriser à travers leurs échecs. Pourtant, il suffit d’un mot de sa part, pour se sentir apprécié à sa juste valeur. D’une façon ou d’une autre, son affection s’exprime toujours de façon un peu gauche, et on le sent mal à l’aise dès que l’on s’aventure sur le terrain personnel. Il aura plus facilement tendance à se montrer passif/agressif qu’à se confier, ce qui ne l’empêchera pas de le faire s’il estime que sa confiance est bien placée.

C’est en matière de conflits, que Terry devient plus difficile à gérer. Il admet rarement ses torts et diffère perpétuellement sa responsabilité. Il a l’art et la manière de se positionner en victime. Peu rancunier, il sait également se donner le beau rôle tout en donnant l’impression qu’il n’y accorde aucune attention. Au final, Terrence est un personnage qui ne suit pas toujours les voies traditionnelles, c’est le moins qu’on puisse dire. Et, d’une façon générale, mieux vaut tout de même le compter parmi ses amis.

Historique


Chapitre 1 :
«  J'avais une ferme en Afrique »

Terry est né en 1984 dans ce qui s’appelait à l’époque la Province du Cap, avant qu’elle ne soit séparée en deux. Sa famille possédait des terres et, sur celles-ci, quelques huit cents soixante quinze têtes de bétail. C’était des Nguni, une race bovine issue des Sanga venues d’Ethiopie, de braves bêtes, très dociles, fertiles et résistantes, parfaitement adaptées à leur environnement sec et à la végétation pauvre. Il a ainsi littéralement appris à monter à cheval avant de savoir marcher, à survivre dans le bush africain le temps de retrouver une génisse égarée, et à assimiler le fait d’être Blanc.

Les Afrikaners étaient principalement une minorité rurale, moins instruite que les populations blanches de langue anglaise, et confinée aux emplois les moins bien payés parmi ceux réservés aux Blancs. Un état de fait qui était déjà dépassé à l’époque où Terry est venu au monde, mais qui n’empêchait pas les siens de continuer à obéir au stéréotype. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que d’opprimés, ils étaient devenus les oppresseurs et contrôlaient désormais le pays.

Le défi à relever si vous êtes un jeune Blanc qui grandit en Afrique du Sud, ce n’est pas d’éviter de devenir raciste : c’est d’abord de vous rendre compte que vous l’êtes déjà, c’est ensuite de vous rendre compte des injustices qui rendent ce racisme intolérable. Comme tous les autres enfants blancs d’Afrique du Sud, on enseignait à Terry que les Noirs n’étaient pas pareils aux Blancs. Cette affirmation de base était lourde de sous-entendus malsains : les Noirs étaient inférieurs aux Blancs et leurs valeurs n’étaient pas les mêmes. L’infrastructure sociale de la société blanche était imprégnée de ce genre de raisonnements qu’un entant ne pouvait mettre en doute. Mais fondamentalement, vous aviez peur des Noirs. Peur qu’ils vous arrachent votre sac si vous passiez à côté d’eux dans la rue, peut qu’ils entrent par effraction dans votre maison pour vous égorger dans votre sommeil…

Les seuls Noirs avec qui vous étiez en rapport étaient les domestiques, dont le statut ne faisait que renforcer ce qu’on supposait généralement à leur sujet. La législation vous empêchait de frayer avec un enfant Noir de votre âge et d’apprendre à le connaître. De toute façon, il aurait été impensable de se lier d’amitié avec l’un d’entre eux et vous n’y auriez jamais songé. Alors comment grandit un petit garçon Blanc en plein Apartheid ? Comme n’importe quel petit garçon partout ailleurs, à ceci près que vous êtes né pour être raciste. L’environnement naturel généreux permet à votre corps de s’épanouir sainement. L’environnement culturel, en revanche, vous incite à grandir avec un esprit fermé.

C’est peut-être en ceci que Terry s’est distingué de la masse des enfants conditionnés par une société fondée sur les différences entre les individus. Pendant son enfance, il a été protégé des brutalités extrêmes de l’Apartheid. Dans son environnement social, les Blancs ne battaient pas leurs domestiques, ni ne les injuriaient. Ils les exploitaient, se plaignaient deux auprès des autres Blancs en prenant le thé dans le jardin, et entretenaient une forme condescendante de racisme qui influençait le quotidien. Néanmoins, en grandissant, la plupart d’entre nous se sentent étrangers à leur entourage. On lutte pour assurer notre propre identité contre la pression de nos pairs et Terry était un petit garçon aventureux, déjà très indépendant. Le mode de vie rural auquel il appartenait a favorisé des échanges avec les populations africaines noires des villages voisins et, s’il a appris leur langue par nécessité, il a appris leur culture par curiosité.

On acquiert l’humilité par l’observation, lorsque l’innocence d’un enfant lui permet de s’émerveiller et d’apprendre de ceux dont on méprise la soit-disante ignorance. Comment trouver de l’eau, comment soigner une morsure de serpent, comment regarder une lionne dans les yeux sans lui montrer sa peur, comment distinguer les plantes qui empoisonnent de celles qui soignent… Ses rêves étaient remplis des chants et des vieilles légendes africaines.

La fin de l’Apartheid en 1992 a opéré un véritablement bouleversement au sein de la société sud-africaine. La lutte contre le racisme avait certainement remportée une victoire, mais ses fruits mettraient encore de nombreuses années avant de transformer en profondeur les rapports sociaux. En attendant, Terry faisait face à ses propres bouleversements… La peste bovine de 1996 a ravagé l’Afrique et le cheptel de sa famille a été décimé. Contraints de revendre leurs terres, ils se sont installés à Cap Town où Terry a intégré un pensionnat, un événement qu’il vécut comme un véritable déracinement. À douze ans, il a été contraint de s’adapter à une vie citadine, à un enseignement dispensé dans une langue qu’il ne maîtrisait pas, et à une culture profondément anglo-saxonne qui lui semblait à des années lumière de ses montagnes natales.

Ainsi, c’est durant son adolescence qu’il a découvert ce qu’était vraiment l’Apartheid. Les commissions de vérité et réconciliations qui ont sillonné le pays de 1996 à 1998 ont permis de récolter les témoignages des victimes et des oppresseurs, des partisans et des opposants au régime. Elles révélèrent surtout des exemples de racisme barbare à l’état pur. Quand on est un adolescent en pleine rébellion, c’est le genre de choses qui marque, qui fait prendre conscience des dangers d’une cruauté devenue banale. Le fait que des Blancs qui semblaient si raisonnables en soient responsables, ne le rendait que plus troublant et choquant à ses yeux.

Lorsqu’il a eu l’occasion de quitter l’Afrique du Sud pour les Pays-Bas, ce fut un déchirement en même temps qu’un soulagement intense. Parti poursuivre des études de biologie, il a surtout eu l’impression d’y avoir étudier l’incroyable diversité des cultures et des peuples. Ses certitudes les plus établies s’en sont retrouvées totalement remises en cause, et cette tradition européenne qu’il reniait si vigoureusement a fini par séduire un esprit épris de liberté et d’indépendance. C’est à cette période qu’il s’est découvert une véritable passion pour les voyages et que sa peau à commencer à porter les stigmates du libre arbitre.

En 2005, Terry a pu bénéficié d’une bourse d'étude américaine et est parti pour une université de seconde zone au fin fond de l’Arizona. Étonnamment, il a cartonné. Il souhaitait retourner en Afrique pour son stage de doctorat mais, apparemment, il n’avait pas cartonné à ce point-là et s’est vu proposer un stage de recherche sur le comportement des grands primates en Indonésie. En désespoir de cause, il a accepté, sans savoir ce qui l'attendait…


Chapitre 2 :
«  La Planète des Singes »

Terrence a débarqué sur l’île de Sumatra au printemps 2009 en tant que biologiste assistant de l’équipe de recherche que dirigeait son professeur référant : un intellectuel narcissique et arrogant qui publiait dans les revues scientifiques les plus renommés, détail qui méritait bien que l’on oublie son effroyable caractère dans l’espoir d’avoir son soutien lors sa soutenance de thèse. Or, celle de Terry se présentait mal. En même temps, il n’avait pas choisi la facilité en se focalisant sur une problématique d’éthologie visant à analyser les adaptations du comportement animal aux modifications humaine de leur environnement.

Pendant près de quatre mois, ils ont travaillé auprès d’un centre de soin pour les Ourang-Outan victimes de braconnage visant à les réinsérer dans leur environnement, avant de s’aventurer dans la forêt pour s’intéressé aux spécimens sauvages. Cela a été une expérience étrange de retrouver ce contact avec une nature primaire, hostile, avec ces animaux majestueux et pourtant si fragiles… C’était comme revenir à des racines qu’il avait abandonnées depuis trop longtemps pour qu’elles soient devenues autre chose qu’un réflexe instinctif. À la surprise général, Terry s’est ainsi révélé être un atout inattendu pour le groupe de scientifiques : s’adaptant à cet environnement comme s’il avait toujours été le sien, trouvant des contacts auprès des populations locales, et ayant une aisance et une prudence sans égales auprès des animaux sauvages.

La seule chose qu’il ne supportait pas, c’était ces putains de lézards. Des trucs énormes, aux couleurs improbables, infiltrés dans chaque maison, ou ayant élu domicile sur chaque arbre, et au chant si… reconnaissable : comme la bande son d’une déglutition douloureuse, passée en boucle, et au volume maximum. Entre les Gecko Tokay et Terry, la guerre était ouverte.

L’éradication de ces créatures des enfers mise à part, il passait ainsi la plupart de son temps à aider les soigneurs du centre, à traquer les Ourang-Outans pendant de longues heures, puis à en passer plus encore à les observer… Essayer de convaincre le chef du village que la déforestation massive de leur environnement pour l’exploitation forestière du teck était une connerie monumentale n’avait, certes, pas été son idée la plus brillante. Mais elle avait eu le mérite de briser ses idéaux et de lui faire comprendre que le monde et les hommes qui le peuplaient étaient peut être un peu plus complexes que ce qu’il voulait bien croire.

Au début du mois de juin, une nouvelle équipe scientifique est arrivée sur l’île, se logeant à l’hôtel traditionnellement dévolu aux occidentaux en cette région reculée. C’est là que Terry a fait leur connaissance. Un duo atypique qui ressemblaient davantage à des baroudeurs expérimentés qu'à des scientifiques échappés de leur laboratoire… et le fait est que leur sujet de recherche venait confirmer ses doutes.

Ils étaient passés au centre se fournir en matériel avant de mener leur expédition et Terry s’était naturellement retrouvé à les accueillir. Installés à la terrasse, ils regardaient la nuit tomber sur la canopée.

- …vous n’êtes pas censés limiter un maximum de contact, les laisser vivre une vie sauvage ?

Terry releva les yeux du bébé Ourang-Outan qu’il tenait dans ses bras depuis le début de la conversation.

- Chili ne fait pas partie du programme de réinsertion. Sa mère a été tuée par des braconniers quand il n’avait que quelques semaines. Il ne quittera jamais le centre, on ne peut pas réintégrer des spécimens qui n’ont pas pu bénéficier de l’enseignement de leur mère. Le contact qu’on entretient avec lui est essentiel pour qu’il se sente rassuré et qu’il grandisse paisiblement. C’est triste à dire, mais il serait perdu en pleine nature.

- C’est une façon de voir les choses… on peut être surpris par ce que l’instinct peut leur permettre d’accomplir.

Terry jeta un coup d’oeil hostile au plus âgé du duo, un hispanique de trente ans qui appréciait visiblement de se poser en donneur de leçons

- Penser que l’inée leur permettrait seul de survivre, est-ce que ce n’est pas un peu rétrograde ?

Il n’eut droit qu’à un sourire moqueur en guise de réponse et Terry décida de ne rien arranger à la tension ambiante.

- Peu importe, je suppose que vous n’êtes pas là pour les Ourang-Outans ?

- Oui et non.

- On enquête sur la légende de l’Orang Pendek.

Terry avait entendu parler de cette légende locale qui identifiait un animal anthropomorphe bienveillant vivant dans les régions reculées de l’île. En langage clair, il s’agirait d’un chaînon manquant entre l’homme et le singe que les Indonésiens jugent inoffensif et qu’ils respectent. Mais ses connaissances ne le dispensèrent pas de l’explication que le plus jeune se fit une joie de lui donner avant de se faire rappeler à l’ordre par l’hispanique. Pour un peu, Terry n’aurait pas été étonné de voir débarquer une équipe de tournage prête à balancer un conte moderne destiné à la crédulité d’un public trop inculte pour ne pas se laisser séduire par des histoires aussi rocambolesques…

- Et vous avez des pistes ?

- Seulement des rumeurs, c’est généralement ainsi que ces histoires commencent.

- Ces histoires ?

- Les mythes, les légendes… bref, tout ce qui vient titiller notre curiosité scientifique.

- Je ne peux pas vous aider pour ce qui est des histoires à dormir debout, mais si vous avez besoin de quelqu’un qui connaît bien ces animaux - et il y a de bonne chance que votre Orang Pendek en soit un - je pourrais peut-être vous être utile.

- Merci pour la proposition, mais on va se débrouiller tout seuls.

Ils se levèrent, étrangement nerveux, imités par Terry qui leur serra la main plus par convenance que par sympathie.

- On doit retourner à l’hôtel. On partira tôt demain matin. Au fait, juste par curiosité, pourquoi avoir choisi de les étudier ?

Terry lui lança à nouveau un regard hostile. Il n’avait aucune confiance en ces hommes qui agissaient davantage comme des cowboys en terrain conquis que comme des scientifiques.

- Parce qu’il est plus facile de comprendre leur comportement que celui des hommes.

En réalité, il n’était pas loin de les soupçonner d’intentions malhonnêtes… S’il avait proposé de les accompagner, c’était uniquement pour s’assurer qu’il ne s’agissait pas de braconniers essayant de passer en dessous des radars. De toute façon, son stage se terminait dans deux semaines et il lui fallait encore rédiger sa thèse, rentrer aux Etats-Unis, et essayer de décrocher cette place d’assistant d’enseignement… bref, ce n’était pas le moment de se retrouver impliqué dans une affaire louche. Fort de ce constat, il n’était finalement pas mécontent qu’ils aient refusé. Mieux valait rester s’occuper de la petite boule de poils qui s’accrochait fermement à lui et se mêler de ses propres affaires…

C’est ainsi que l’incident qui bouleversa sa vie se produisit environ six jours plus tard. Oui, honnêtement, il sait qu’il n’aurait pas dû les suivre. Inutile de la ramener. Vous auriez fait pareil à sa place... Il s’était établi à environ 100 mètres de leur campement, dans un renfoncement naturel qui le rendait pratiquement indétectable. Or, de ce qu’il avait pu observer de leurs activités, si ces deux types étaient des scientifiques indépendants, lui était la soeur jumelle de Charlize Théron.

Cela se produisit de nuit, peu avant trois heures du matin. Au milieu de son campement de fortune, dans une chaleur atrocement humide, environné par les moustiques, Terry a d’abord entendu le pas lourd, mais agile d’un quadrupède venu dérangé l’épaisse couche d’humus juste derrière la toile de sa tente. En silence, sans un bruit, il s’était levé et avait enfiler sa paire de rangers défoncée avant de se saisir de la hachette qui lui servait à couper le bois et qui se rapprochait le plus d’une arme au cas où il aurait besoin de se défendre.

Les pas s’étaient éloignés au moment où il passait la tête à l’extérieur scrutant la forêt impénétrable, seulement éclairée par la lune. Là. Sur la gauche. Une masse à la fourrure claire. Un mouvement fugitif avant qu’elle ne disparaisse derrière la végétation épaisse. Il était rare qu’un Ourang-Outan choisisse de se déplacer sur la terre ferme. Ils évoluaient habituellement avec une grâce improbable à vingt mètres au-dessus du sol. En fait, ils ne s’y risquaient que pour chercher de la nourriture et s’ils étaient certains de leur sécurité. Or, l’aisance de celui-ci était particulièrement inhabituelle. Sans juger utile de réveiller son aide de camp, un jeune Indonésien recruté au dernier moment, Terry se lança à sa recherche.

Il regretta immédiatement de ne pas être retourné à sa chambre pour se munir d’une lampe torche. Si celle-ci risquait d’apeurer l’animal, elle lui aurait été bien utile pour tenter de suivre ses traces. Heureusement, une série de branches brisées lui donnèrent une idée de la direction sur laquelle s’engager. À nouveau, il l’entr’aperçut. Cette fois-ci, l’animal avait adopté une position bipède avant de disparaître derrière la crête qu’il venait de grimper. Terry commença à courir en petite foulée pour raccourcir la distance qui les séparait. De cette position surélevée, il aurait l’occasion de l’observer sur une plus longue distance.

Il ralentit et se coucha presque dans les fourrés au moment où retentissaient des rires victorieux. Rampant à demi en veillant à faire le minimum de bruit possible, Terry se rapprocha de la scène qui se jouait, se redressant juste assez pour contempler le triste spectacle qui s’offrait à lui. Un Ourang-Outan de belle taille se trouvait couché sur le flan, trois fléchettes dépassant de sa fourrure rousse. A ses côtés deux hommes s’affairaient à le faire basculer sur une couverture pour mieux pouvoir le transporter. Deux hommes que Terry reconnaissait sans difficultés…

Appelez ça comme vous voulez, un manque de discernement, l’impétuosité de la jeunesse, Terry, lui, se satisfera d’un accès de rage momentané. Il bondit sur le plus petit des deux hommes avec dans l’idée de le frapper à la tête avec le bois de sa hachette. Ce qu’il n’avait pas anticiper en revanche, c’est d’être cueilli sous le menton par le coup de pied le plus rapide qu’il ait jamais vu. Le temps de chanceler de trois pas en arrière, le second type venait le faucher d’une balayette. Le temps de se redresser péniblement, et ce fut un superbe crochet du gauche dont il ne releva pas. Pour le reste, c’est le trou noir.



Chapitre 3 :
«  Vol au-dessus d'un nid de coucous »

Les moteurs de l’Antonov An12 tournaient à plein régime, accusant un vent latéral gauche qui demandait de pousser les turbines. Le zingue avait survécu à la fin de l’URSS et à vingt cinq ans d’un entretien plus que douteux. Pourtant, Bintang avait toute confiance en cette solide fabrication ukrainienne et en ses trois années d’exercice en tant que pilote contrebandier. On se permettra d’être un peu moins catégorique… Il vérifia ses instruments de mesure et avisa les deux bitniks écolos de leur descente imminente. De vous à moi, il rêvait de les laisser en rad depuis cette sombre affaire d’emprisonnement à Tachkent, mais il fallait reconnaître qu’ils alignaient les billets verts à une vitesse qui convenait parfaitement à sa petite affaire de téléphonie mobile naissante à Singapour. Mais il s’agit là d’une toute autre histoire, alors ne nous égarons pas.

Pour en revenir à Terrence, rester allongé plusieurs heures durant à même la cale de l’appareil aurait suffit à filer des courbatures et une migraine dantesque à n’importe quel soldat entraîné. Or, il n’aura échappé à personne que Terry n’est pas un soldat entraîné. Il se réveilla donc d’une humeur massacrante, une douleur sourde au niveau de la pommette, le tout saupoudré d’une bonne dose de sarcasme qui pique…

- Putain de merde !

Ah, non… il a juste décidé de virer dans l’insulte gratuite. Sa belle tempérance ayant volé en éclat, il entreprit de se redresser tant bien que mal et d’évaluer la gravité de la situation. Ses poignets étaient solidement attachés par une cordelette qui avait dû penser, en sortant de son usine natale, qu’elle serait davantage utilisée pour assurer des descentes en rappel que l’entrave d’un prisonnier. Car Terry ne se fit immédiatement aucune illusion sur ce statut peu enviable. Il constata avec ce même sens de l’observation infaillible qu’il se trouvait dans un avion, à moitié adossé contre la roue d’une jeep précautionneusement amarée, laquelle succédait à deux autres véhicules avant que ses yeux ne finissent pas tomber sur la cage. L’Ouran-Outan était réveillé lui aussi, mais plongé dans un état visiblement léthargique. On lui avait néanmoins montré plus d’égards en prenant soin de pailler sa cage et d’y laisser la couverture qui avait servi à le transporter.

Pendant une folle seconde de courage aussi héroïque que stupide, Terry envisagea d’utiliser l'aile de la voiture pour défaire ses liens. Puis, il se rappela qu’il n’était ni James Bond, ni McGyver, et que les cordes d’escalades étaient précisément conçues pour avoir un maximum de résistance aux frictions. S’il avait eu cinq ou six heures à tuer, pourquoi pas, mais il entendait déjà les pas d’un de ses ravisseurs se rapprocher. Avec la maturité d’un lycéen de quinze ans, il lui lança son regard le plus courroucé et essaya de paraître un minimum convaincant dans sa tentative d’intimidation.

- Ca va ?

- Franchement ? Pour un voyage en première classe, je m’attendais à mieux.

- Ouais, je sais, je sais… mais ce n’est que temporaire. On va bientôt atterrir. Il vaut mieux que je t’installe dans la jeep.


Terry accepta bon gré mal gré l’aide qu’on lui proposait pour se redresser tout à fait et se risqua à aborder le sujet délicat qui lui avait valu de se retrouver là.

- Qu’est-ce que vous aller faire de lui ?

- Ce petit bonhomme, là ? Trois fois rien… Un check up complet, quelques vaccins, puis il reprend l’avion pour intégrer un petit sanctuaire pas très loin de l’île de Flores.


Sentenza fit son apparition… Puisqu’il doutait fortement que les noms qu’ils lui avaient donnés étaient les bons, Terry avait en effet décidé qu’il était plus approprié de les rebaptiser selon leur sosie cinématographique. Et, dans son cas, « la brute » semblait tout à fait indiqué.

- Ça y est ? Tu as fini de lui faire la conversation ?

- Oh, ça va… il n’y comprend rien de toute façon.

- Sinon, je suis là hein… juste au cas où…

- La question n’est pas là, tu ne peux pas commencer à déblatérer tous les secrets de l’Ordre au premier inconnu venu.

- Ça va je te dis, ce n’est pas comme s’il avait été touché par les fées ! Y’a que toi pour flipper à ce point et décider de le ramener.

- Touché par quoi ?


Depuis son cockpit, le pilote cria quelque chose d’incompréhensible en malais ou en indonésien et Sentenza referma violemment la portière. Il attrapa Tom Sawyer par la nuque et l’entraîna vers le poste de pilotage. Nul doute qu’il comptait s’expliquer avec lui sur la stratégie à adopter devant un prisonnier, témoin d’une opération de braconnage… À cet instant, l’inclinaison du transporteur commença à se faire plus prononcée et Terry se cala de son mieux sur son siège. Ces quelques minutes avant l’atterrissage furent ainsi propices à une petite rétrospective des derniers événements.  

Il venait de se faire enlever - oui, enlever - par deux mecs qui prétendaient être des scientifiques, mais qui n’en étaient pas vraiment. Il se retrouvait dans un jeep, arrimée dans la cale d’un avion de transport paramilitaire sur le point d’atterrir à une destination inconnue. Tout ça parce que ces tarés étaient touchés par on ne sait quoi, membres dont ne sait quel ordre, et qu’ils se trouvaient persuadés que l’Ourang-Outan qu’ils avaient capturé était en réalité un Orang-Pendek, alors qu’il était évident que c’était un putain d’Ourang-Outang ! Et le mieux dans tout ça c’est qu’ils voulaient le ramener sur l’île de Florès et qu’en attendant, lui, Terrence Van Resburg, n’avait plus que huit jours pour ramener sa pomme au campement de Sumatra s’il ne voulait pas devoir faire une croix sur son doctorat et, accessoirement, sa carrière en devenir. Alors, il avait une bonne faculté d’adaptation, mais là, la pilule avait du mal à passer. S’il l’avait lu sur un synopsis de film, il ne se serait pas donné la peine de se déplacer.

L’atterrissage fut aussi brusque et indélicat qu’on pouvait l’espérer. L’Ourang-Outan eut l’air de paniquer et s’accrocha aux barreaux de sa cage en poussant de petits cris de détresse qui contrastaient avec sa torpeur. Puis, l’énorme ventre de l’appareil s’ouvrit pour déverser à l’intérieur de la cale un flot de lumière aveuglant. Le grand singe se mit à pousser des cris hystériques jusqu’à ce que Tom Sawyer vienne recouvrir sa cage d’une toile en lui parlant à voix basse pour l’apaiser. Terry, pour sa part, eut toutes les peines du monde à exiger de ses rétines explosées par la soudaine luminosité, de bien vouloir lui imprimer une image plus ou moins cohérente du monde extérieur. Ce fut chose faite lorsque Sentenza débarqua la première jeep dans laquelle il se trouvait.

Quelque chose, dans sa poitrine, explosa. Un cri d’amour resta bloqué dans sa gorge, comme une blessure sur laquelle l’on aurait versé du sel. Et soudain, il fut en Afrique. La savane s’étendait, plane, à perte de vue, l’horizon troublé par les acacias et les courbes improbables de collines au lointain. La poussière n’était pas encore retombée suite à l’atterrissage de l’Antonov et l’air vibrait de quelque chose de magique. Il y a quelque chose, en Afrique, qui dépasse ce que l’on peut décrire avec des mots. C’est dans l’air, dans la lumière, dans la terre, chaque fibre de son corps, dans tout ce qui y vit… Quelque chose dont l’intensité hérissa immédiatement les poils de sa nuque comme pour lui dire : « bienvenue chez toi ».

- Oui, ça fait souvent ça la première fois.

Évidemment, il fallait que ce connard vienne lui briser son instant de communion avec ses racines… Terry ne prit même la peine de répondre, d’expliquer qu’il était africain malgré tout ce que la couleur de sa peau pouvait laisser penser. Il y a des gens qui ne méritent même pas votre mépris. La cage de l’Ourang Outan fut chargée sur une deuxième jeep dont Tom Sawyer prit le volant. Terrence en était venu à soupçonner Sentenza de vouloir le garder à l’oeil et éviter que son jeune compagnon ne se montre trop volubile en répondant, par exemple, à l’intéressante question : que foutaient-ils en Afrique s’ils voulaient ramener un Ourang-Outan sur l’île de Florès qui se trouvait légèrement en Indonésie ? Avec Bintang - dont Terry avait choppé le nom à l’envolée - qui conduisait la troisième jeep, la fine équipe s’engagea en file indienne sur les pistes, abandonnant l’oiseau de métal qui n’a jamais tant détonner qu’en cet environnement.

La balade ne lui permit guère d’en apprendre plus sur ses ravisseurs. Sentenza s’était réfugié dans un mutisme affligeant et Terry avait très vite renoncé à provoquer la moindre réaction malgré le sourire encourageant qu’avait suscitée une blague sur les éléphants. De toute façon, ce silence relatif lui était bénéfique. Il avait besoin de cette transition pour s’emplir de tout ce qui lui avait tant manqué. Immédiatement, il avait compris qu’ils ne se trouvaient pas en Afrique du sud. Les paysages, la pureté du ciel, la sécheresse ambiante, tout cela était différent.

Au terme d’une heure de voiture sur des routes cahoteuses, ils parvinrent en vue d’un semblant d’aménagements d’origine humaine. Des bâtiments venaient dénaturer le paysage alentours en ce que Terry eut immédiatement envie de qualifier de Lodge. Toutefois, l’importance et l’organisation des bâtiments ressemblaient peu à l’un de ces hôtels de luxe déguisés en huttes à l’authenticité fantasmée. Rapidement, il lui apparut qu’il s’agissait davantage d’une sorte de fort. Juste avant que Sentenza ne lui recouvre le visage d’un sac. Peu importait… avec cette qualité de tissu, il voyait quand même au travers.

On le fit descendre de la jeep pour le conduire dans une pièce qu’il identifia comme étant une réserve. Il n’entendit pas toute la conversation qui se tint en anglais de l’autre côté de la porte, mais il crut comprendre que le big boss n’était pas ravi de le savoir ici. Puis, il fut de nouveau déplacé avant que quelqu’un doté du sens commun ne vienne le libérer de ses liens et le libérer de ce sac inutile. On l’abandonna dans une chambre de neuf mètre carré, avec une unique fenêtre par laquelle il ne voyait pas grand chose, deux lits jumeaux qui avaient connus des jours meilleurs et une portion d’une mixture étrange, à mi-chemin entre la bouillie au mile, et le ragoût d'une viande qu'il ne parvenait à pas identifier. Il s’écroula sur son lit de fortune avant que le soleil ne se couche et dormit d’un sommeil sans rêve. Pour cause : il en vivait un.


Chapitre 4 :
«  Et au milieu coule une rivière »

- Debout

Terrence émit un grognement sourd signifiant certainement que se lever à 6h15 du matin était au-delà de ses capacités physiques. Il comprit que ce fut une grave erreur stratégique lorsqu’on lui balança pelle mêle dessus des vêtements, une bouteille d’eau et visiblement le nécessaire à son hygiène corporelle sérieusement malmenée par son enlèvement.

- Il y a des douches au bout du couloir. Le petit déjeuner est à 6h, donc tu l’as raté. Mais comme je suis sympa, je t’ai quand même ramené un petit quelque chose. Quand tu auras fini, viens me trouver dans le grand salon.

L’intruse tourna les talons sans juger utile de réagir à l’air confus et vaguement outré de Terrence. L’idée qu’il n’était pas exactement enfermé commença à faire son chemin après qu’elle soit partie. Elle lui parut rassurante et la possibilité d’ouvrir sa porte déverrouillée lui fut d’un grand réconfort. Bien sûr, ça ne voulait pas dire qu’il n’était plus retenu contre sa volonté. Mais ce semblant de liberté le confortait dans l’idée qu’il pourrait bientôt demandé des comptes et commencer à comprendre ce qui lui arrivait.

Il déchanta très vite lorsqu’après s’être restauré, nettoyé et habillé, il parvint au grand salon en question, occupant la quasi totalité du rez-de-chaussée.

- Ah bah c’est pas trop tôt. Désolée pour l’ambiance à la Vito Corleone, mais tout le monde était crevé et n’avait pas franchement envie de s’occuper de toi hier soir. Cela dit…

Terrence n’eut littéralement pas le temps d’en placer une.

- …personne ne reste au sanctuaire pour glandouiller. On n’est pas une agence de voyage. Donc pour l’instant, on m’a collé à ton accueil, slash, surveillance, slash, travaux forcés.

- Super planing…

- T’inquiète, tu vas comprendre très vite. Tiens, tu prends cette caisse là, je me charge de l’autre.


L’envie de protester se fit bien sûr sentir, mais difficile de s’indigner lorsque votre interlocuteur s’éloigne à grandes enjambées sans vous accorder la moindre attention, pas vrai ? Terrence se trouva face à un choix existentiel et décida qu’il était préférable d’attendre de voir où tout cela allait le mener. Il faut dire que les deux coups de klaxonne à l’extérieur l’obligèrent à se décider rapidement. Imitant la jeune femme avant lui, il chargea sa caisse à l’arrière de la jeep et s’installa à la place passager avant qu’elle ne démarre en trombe.

- Ok Nina Simone, est-ce que…

- Nina Simone ?

- C’est une célèbre chanteuse noire américaine et…

- Je ne suis pas américaine…

- Certes, mais…

- Et je ne chante pas de jazz.

- D’accord, pas de second degré… c’est noté. Est-ce que je peux demander où on est ?

- Dans une voiture.

- Ah ouais… à ce stade ça devient pathologique.


Elle rit et Terry trouva immédiatement sa captivité moins terrible qu’il ne l’aurait soupçonné.

- Quelque part en Tanzanie.

Il retint difficilement un sursaut en comprenant qu’elle avait abandonné l’anglais pour le zoulou. Cela faisait si longtemps qu’il craignait presque de ne pas être capable de lui répondre, mais dès la première syllabe, il sentit le reste couler comme s’il n’avait jamais cessé d’être ce petit garçon sud-africain…

- Comment tu…

- Je t’en prie, ton anglais est une tragédie.


Ce fut son tour de sourire. Il notait quelques variantes de prononciation, mais quelque soit l’origine exacte de son interlocutrice, leur deux langues restaient mutuellement compréhensibles.

- Swati ?

- Ndébélé.

- Afrique du Sud ?

- Zimbabwe. Bulawayo pour être précise. Et toi ? Pretoria ?

- Le Cap.


La conversation marqua une pause, comme s’ils tentaient d’assimiler chacun le passé de l’autre en se basant uniquement sur son origine ethnique, géographique et leur originalité respective. Car si la rhodésienne avait eu le regard curieux auquel Terry se retrouvait habituellement confronté dès que les gens apercevaient ses tatouages, elle n’était pas en reste. Légèrement plus âgée que lui, et sensiblement de la même taille, c’était une amazone, maigre mais visiblement musclée, à la peau d’ébène si noire que les rayons du soleil qui la frappaient lui donnaient presque un éclat argenté. Ses cheveux étaient dissimulées sous une coiffe traditionnelle faite d’un tissu jaune à motifs rouges et bruns qui offrait ainsi un contraste des plus violents. Elle avait revêtu une tenue digne d’un gardien de parc naturel national, avec ce pantalon informe, mais quasi indestructible, une bonne paire de rangers, un débardeur kaki et une chemise un peu plus foncée qu’elle gardait ouverte. Mais ce qu’il préférait, c’est la paire d’aviator qui avalait la moitié de son visage.

- Qu’est-ce que c’est que cet endroit ?

- Une sorte de réserve. On est là dans le secteur est, on a à peu près 33 000 hectares, avec des collines au nord, et au milieu, coule une rivière.

- Genre réserve privée plus ou moins illégale, ou réserve officielle qui centralise le transport d’Ourang-Outan pour le fun ?


Elle rigola de nouveau, plus franchement et Terrence commença à trouver sa bonne humeur communicative et essaya de s’en méfier. Elle était le genre de personnalité qu’on ne pouvait qu’apprécier et il avait du mal à garder à l’esprit qu’il se trouvait en danger.

- Le genre réserve privée, mais on essaie de ne pas trop attirer l’attention alors on opère officiellement dans un cadre légal.

- Il y a tellement de sous-entendus dans cette réponse.

- Je t’en dirais peut-être plus tout à l’heure. En attendant, on a du pain sur la planche.


La jeep s’arrêta le long d’un grillage qui séparait une large zone d’espace clôturé de la piste sur laquelle ils s’avançaient. De toute évidence, des animaux sauvages avaient tenté de s’attaquer à la contrainte métallique et la clôture se trouvait partiellement arrachée à certains endroits. D’autres s’étaient contentés de creuser pour tenter de passer en dessous. La rhodésienne s’empara d’une des caisses et en sortit les outils utiles à la réparation. En quelques gestes simples et précis, elle lui expliqua la marche à suivre et ne vit pas la nécessité d’y revenir après avoir vu Terry à l’oeuvre.

- Je ne me sens pas très à l’aise à l’idée d’aider des criminels.

- Nous ne sommes pas des criminels.

- Oui, bien sûr… c’est pour ça que je me trouve ici et non en Indonésie, peut-être ?


La pique avait visé juste et elle préféra garder le silence un moment. De toute façon, Terrence bataillait ferme à tirer une portion de grillage pour la fixer à nouveau à son attache. Elle finit néanmoins par lui fournir une réponse à laquelle il leva un sourcil sarcastique.

- Ils n’auraient pas du faire ça. Non pas que ce soit vraiment à moi d’en juger, mais cela complique vraiment les choses… Je suis désolée pour tous les inconvénients que nous sommes obligés de t’imposer.

L’excuse paraissait sincère et Terrence en fut légèrement désarçonner. Il répliqua avec un peu plus d’amertume qu’il n’aurait voulu.

- C’est un peu facile…

Ils travaillèrent à nouveau en silence et finirent pas remontée dans la jeep. L’opération se répéta ainsi une dizaine de fois, incorporant des variantes comme la réparation des volets d’un poste d’observation, le nettoyage d’une mangeoire à moitié rouillée, ou le renforcement du pilier d’un pont sur le point de s’écrouler. En cette heure matinale, la faune sauvage avait daigné se montrer et ils avaient même dû s’arrêter en plein milieu de la piste pour laisser passer un petit groupe d’éléphants qui partaient s’abreuver à la rivière proche de l’assèchement.

Leur dur labeur dura toute la matinée et si sa mystérieuse accompagnatrice avait le don d’éviter toutes les questions gênantes, Terrence eut tout de même l’occasion d’apprendre que Sentenza et Tom Sawyer, le duo maléfique, reprenaient l’avion cet après-midi même. Elle se montra extrêmement curieuse de ses études et de son travail de biologiste, acceptant en échange de s’ouvrir elle aussi sur son vécu et sur son passé. Peut-être même un peu trop à son goût lorsqu’elle lui annonça brutalement que ses parents étaient morts, victimes de la guerre civile qui avait secoué le pays de 1980 à 1983. Son guide lui expliqua avoir été adoptée à l’âge de neuf ans par un couple britannique et avoir vécue une grande partie de sa vie à Londres. Mais à dix-huit ans, elle a ressenti le besoin de revenir en Afrique et de s’approprier cette partie de son identité qu’elle avait abandonnée en même temps que des souvenirs douloureux. C’est là qu’elle avait été recrutée, selon ses propres mots et qu’elle travaillait au sein de cette réserve ou sanctuaire, comme il lui arrivait de confondre les deux mots avant de se corriger.

- Comment s’appelaient-ils ?

- Qui ?

- Tes parents ?

- On ne dit pas le nom des morts. On pense qu’il existe une communauté invisible qui entoure les vivants, qui veille sur ses descendants et les protège. Il ne faut pas les invoquer pour un oui ou pour un non.

- Tu en parles comme si tu les avais déjà vu.


Elle se contenta d’un sourire énigmatique et Terrence, qui commençait à cerner le personnage, comprit qu’il n’en saurait pas davantage. Ils revinrent au fort en tout début d’après midi et, alors qu’il n’était pas loin de crier famine, ils croisèrent la fine équipe qui s’apprêtaient à repartir au volant de deux énormes camions. Évidemment Sentenza ne manqua pas de s’enquérir de la situation.

- Alors, ça a donné quoi ?

- On a réparé la clôture le long de la B22, par contre, je pense qu’Arty devrait aller jeter un oeil sur ce pont, ça va céder dès les premières pluies si on ne fait rien.


Sentenza se contenta d’incliner la tête de côté pour signifier qu’il n’en avait pas grand chose à cirer.

- Sinon, il peut rester.

- Attend, tu veux en faire un des nôtres ? Tu es sérieuse ?

- Enfin, si ça le chante. Ça te dit ?


Terrence choisit de prendre le fil de cette conversation délirante et absurde à souhait avec la même décontraction :

- Bien sûr, j’ai toujours rêvé de foutre en l’air mon doctorat pour m’établir en Tanzanie et passer ma vie à réparer des clôtures…

-C’est réglé alors.

-Y’a un truc qui s’appelle l’ironie, va falloir que tu intègres.

-Il n’a aucune qualification ! Il n’a pas été formé, ça va être un boulet !

-Tu n’avais qu’à ne pas nous l’amener en premier lieu. Mais tu veux vraiment qu’on en discute ?


À trois fois rien, Terrence comprit soudain qu’elle avait l'ascendant sur Sentenza et ce, sur un tout autre plan qu'une petite joute verbale de bon aloi. Il la respectait. Et pas comme on respecte une collègue de travail, plutôt comme on respecte un supérieur hiérarchique, quelqu’un qui a une certaine légitimité…

- De toute façon, c’est moi la gardienne, je choisie d’accueillir qui je veux.

Ah… c’était elle la big boss… sympa, merci d’avoir fait passer le mémo. Fidèle à lui-même Sentenza tourna les talons avec humeur pour régler les derniers préparatifs avant le départ.

- J’ai besoin de savoir ce qui se passe ici exactement. Je suis sérieux. J’ai une vie, des projets, et aussi sympathique que tu puisses être, tout ce que vous faites ici sent l’organisation criminelle de grande ampleur.

- On est des protecteurs, des défenseurs de la nature. En quelque sorte.

- Je veux bien croire que dans votre délire vous soyez persuadés de bien faire, mais on n’arrache pas des animaux sauvages à leur environnement impunément.

- Ce n’est pas…

- Il va falloir être plus convaincante que ça.


Pour la première fois, il la vit se mettre en colère. Son regard assassin lui fit soudain reconsidérer le fait d’avoir ainsi pousser sa chance. Elle fit un pas vers lui, élevant la voix :

- Tu veux que je sois plus convaincante ? Tu vas être servi.

Elle l’attrapa par le poignet et l’entraîna dans ce qui était vraisemblablement une cuisine commune. D’un geste brutal, elle ouvrit le frigo, s’empara d’une bouteille de lait et la lui tendit.

- Bois.

Terrence haussa les sourcils.

- Tu vois ça ? C’est la tête d’un type qui pense sincèrement que tu es complètement cinglée.

- Oh arrête un peu et bois je te dis !


Méfiant, Terrence se saisit de bouteille et but quelques gorgées à même le goulot.

- Maintenant, suis-moi.

- Chef, oui chef…


À ce stade, il était simplement blasé. Au pire, il volerait une jeep dans la nuit et embarquerait pour le premier vol à destination des Etats-Unis tout en cherchant une histoire crédible à inventer pour justifier son absence à une semaine de la fin de son stage. Ils partirent de nouveau sur la petite place où stationnaient les camions de Sarenza. Elle se hissa sur le marche pied et redressa la toile d’une des cages qu’ils s’apprêtaient à transporter.

- Regarde.

- Quoi ? Je suis censé m’enthousiasmer pour…


Il s’interrompit brutalement. Il y a peu de choses dans la vie qui vous prépare à ce genre de choc. Pour un scientifique, c’est un mélange indescriptible d’excitation, de joie, d’incrédulité, de déni et d’une bonne dose d’émerveillement. Car ce n’était pas un Ourang-Outan qui se tenait tranquillement accroupi devant lui. Pas exactement. C’était une créature d’un peu plus d’un mètre, aux membres supérieurs allongés, aux membres inférieurs idéalement configurés pour un déplacement bipède, le corps recouvert d’une fourrure brune à poil court, plus dense sur le crâne, comme… des cheveux. Et ce visage ! Ce visage si incroyablement humain et simiesque à la fois. Ces yeux doux, ce sourire indulgent. Oui, ce sourire… Terrence préféra détourner le regard lorsque l’idée qu’il puisse s’agir d’une créature douée d’intelligence lui traversa l’esprit.

- Ok, tu m’as drogué. C’est puissant, à action ultra rapide et j’ai failli, je dis bien failli, croire ce que je viens de voir.

- Tu es dans le déni.

- Je suis rationnel.

- Il y a une différence ?

- Ecoute…


Il fut interrompu par une jeep arrivant sur ces entrefaits et sur laquelle la gardienne venait immédiatement de porter son attention. Une femme âgée de la quarantaine en descendit, accompagné d’un malabar qui s’affairait déjà à l’arrière du véhicule avec une dizaine d’autres pour déplacer… Terry ne put retenir sa mâchoire de tomber. Ce qu’il avait sous les yeux n’existait pas. Un félin, trapu et musclé à la façon d’un léopard, mais beaucoup plus gros. La robe rayée comme celle d’un titre, les épaules et le cou presque disproportionnés, une touffe de poils bruns de la base du crâne jusqu’à la nuque et des canines qui dépassaient probablement les records enregistrés chez les lions…

- Qu’est-ce que c’est que ça ?

- Un Mngwa.

- Un quoi ?

- Ça fait des mois qu’on surveillait sa grossesse, mais ça se présente mal. Il faut qu’on intervienne ou on va perdre les petits et la mère. Tu t’y connais en chirurgie vétérinaire ?

- Je…

- Terry ?

- Les bases... et encore...

- Ok, tu m’assisteras.


Quarante-cinq minutes plus tard, Terry tenait dans ses mains un chaton de 4 kilos qu’il fallait réchauffer au plus vite, tout en veillant à ne pas dénaturer son odeur pour éviter que la mère ne le rejette. Il allait rejoindre ses trois frères et soeurs déjà nés en parfaite santé. Les autres membres de l’Ordre s’occupèrent d’installer les créatures dans un enclos spécial le temps que la mère se réveille et Terrence resta ainsi, au milieu de leur petite salle d’opération, à se demander s’il n’avait pas basculer dans une autre dimension.

- Tu crois toujours être drogué ?

La rhodésienne vint s’asseoir à côté de lui pendant qu’on emmenait les incroyables félins pour les soigner.

- Je crois être fou.

- C’est plutôt normal.

- Tout ceci, c’est…

- Incroyable, fantastique, fabuleux ?

- Tu m’enlèves les mots de la bouche.

- C’est à ça qu’on sert. À les protéger des hommes et à protéger les hommes d’eux. Les créatures magiques sont belles, puissantes, parfois dangereuses… Il y a tout un monde que tu ignores. T’accrocher à ce que tu crois être le réel ou le nier ne le fera pas disparaître. Mais si c’est ce que tu veux vraiment, tu peux retourner à ton doctorat. C’est ta vie, c’est ton choix.


Terrence prit le temps de mesurer ces paroles, de se laisser gagner par une certaine forme d’exaltation qu’il n’avait plus ressenti depuis longtemps.

- Quand est-ce que je commence ?

La gardienne se redressa, jetant ses gants dans la poubelle du bloc.

- Tu as déjà commencé.


Chapitre 5 :
«  Rien que pour vos yeux »

To be continued


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Mar 20 Fév - 9:38

Toujours savoir tirer mérite des actes auxquels la nécessité nous contraint
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Habitation permanente : À Old Fyre, dans l’appartement qu’elle partage avec Tullio Cavaleri. Elle a aussi un appartement en Italie, bien qu’elle n’y soit pas très souvent ces temps-ci.
Occupation : Anciennement détective, maintenant chevalière à temps plein.
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Bonjour,

on espérait te croiser sur la CB ou sur Discord, mais ce n’est pas une raison pour ne pas te souhaiter la bienvenue.  

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J'aime beaucoup le début de ta fiche ; cette histoire lézardesque m'intrigue énormément !


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Terrence Van Resburg

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