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La société de l’étoile du soir aurait tenté de recruter un chevalier. Soyez sur vos gardes.
Le QG est étrangement vide depuis le début de la mission d'infiltration au Canada.
Attention aux pluks : ils sont en plein rut et suspicieusement affecteux. Eurk.
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Veuillez rendre l'âme (à qui elle appartient)

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Mer 7 Mar - 10:29

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Comme j’entendis la jeune fille enfiler le vêtement que je lui avais confié, je me suis tourné  poliment vers elle, découvrant un visage désolé et marqué par le tourment. Elle finit par balbutier une réponse à la question idiote que j'avais formulée : « mal ». C'était une évidence... J'ai froncé les sourcils, compatissant. Mais alors que je m'apprêtai à lui assurer tout mon soutient, elle fit surgir entre nous un objet mou et visqueux que je n'avait pas remarqué. « Mais qu'est-ce que.. ? » Le cœur... rouge, énorme et juteux. Ainsi j'avais visé juste en la reconnaissant sous les traits de l'animal étrange qui avait surgit de nulle part pour attaquer le cheval. Décidément, on ne peut pas faire deux pas sur cette île sans tomber sur des gens qui n'en sont pas vraiment ! Cette certitude me provoqua un pincement au cœur, et je compatis d'autant plus à la peine que je lisais sur son visage ; je ne savais que trop bien la difficulté d'abriter en soi un animal sauvage...

Puis, tout à coup, une ombre passa dans ses yeux et toute sa fureur contenue se déversa sur moi. Elle explosait littéralement, me vomissant un flot de reproches acerbes qui m'accusaient de ne pas avoir été présent pour elle. Qui m'accusaient de ne pas avoir su faire les bons choix pour la protéger... C'était incroyablement injuste et je fus traversé par l'envie irrépressible de la gifler pour qu'elle s'arrête. Puis, soumise à je ne savais quelle pulsion, elle se leva d'un bond et j'eus peur qu'elle ne me saute dessus, prête à m'éventrer moi aussi... Mais ça n'arriva pas, et elle retrouva rapidement son calme avant de se remettre à mon niveau, murmurant un « désolé » sincère. Mais ça ne suffisait pas. Je n'avais pas l'intention de me laisser accuser ainsi ! J'étais à fleur de peau, pétri de douleur et de honte, et là, cette gamine que j'avais sauvée osait me prendre de haut ? Et elle voudrait que j'avale toutes ses couleuvres en restant zen et placide ?! Je vais lui en faire voir de la sérénité ! Le bouquet de nerfs que j'étais explosait littéralement.

« Où j'étais ? OÙ J'ÉTAIS ? Mais je te signale que j'y étais justement à l'étang ! J'aurai pu me barrer mais je suis revenu. J'ai dû lutté contre des forces que tu n'imagines même pas pour te garder en vie ! Putain, ces coups de sabots que t'as pris par la tronche t'ont vraiment ravagé le cerveau ! Je t'en ai sorti figure-toi de cet étang ! Et après, comment j'aurai pu deviné que tu serais cette... cette chose ? Dis-moi comment j'aurai pu arrêter cette furie possédée par tous les démons de l'enfer ? HEIN, DIS MOI ! J'suis pas un super-héros moi ! Et ne crois pas qu'on m'a épargné non plus ; j'me suis mangé des coups, on m'a noyé puis frappé encore puis pourchassé comme du gibier... Et puis... pour-pourquoi t'as gardé ça ? C'est répugnant ! » D'un geste, j'ai attrapé l'organe flétri que j'ai balancé au loin tandis que je continuai ma tirade incendiaire. « Alors dis-moi ce que j'aurai dû faire ! Moi je... je... Tu ne comprends pas que c'qu'il s'est passé n'est facile pour personne ?! Que je... que je ne POUVAIS Rien Faire ! Que je suis... ». J'étais tant dans tout mes états que les mots et les idées m'échappaient. Je ne savais plus si je devais me mettre à crier ou à pleurer, si je devais continuer ou me taire, si je devais la clouer sur place ou la supplier. Je ne savais plus, tout simplement. « Tu dois comprendre que... que je suis navré de n'avoir pu rien faire. Que j'suis au-delà de l'idée même d'épuisement. Que je suis loin d'être quelqu'un de bien... Qu-que je me suis même loin d'être Quelqu'un tout court ! Que... que... pardon... - pause - Pardonne-moi... ».

Ces derniers mots s'étaient étranglés dans ma gorge épuisée lorsque je les ai prononcés. J'ai immédiatement détourné le regard, me perdant dans l'admiration du sol, honteux. Je n'avais pas le courage d'affronter la jeune fille, qu'elle soit en rage ou en pleurs. J'étais fatigué de me battre... J'avais simplement envie que cette journée se termine enfin, de rentrer chez moi, me mettre au chaud et dormir pendant une semaine. J'avais envie de ne plus penser à rien et d'oublier... Mais ce n'était pas en restant bêtement là que nous trouverions le repos de nos âmes et nos corps.

Je me suis levé prestement, ne supportant plus l'idée de gaspiller la moindre seconde dans ces bois de l'horreur. Mais par quel côté aller ? J'avais l'impression que quelque chose clochait avec mon odorat car je ne décelais plus les parfums comme à l'ordinaire. Je ne savais pas si c'était dû au fait que la Bête soit inconsciente, à la fatigue ou aux coups que j'avais reçus au visage, mais je me sentais diminué et infirme, perdu comme un aveugle en plein brouillard. En regardant le soleil encore accroché haut dans le ciel, j'essayai de situer le Nord ou ce qui s'en approchait. Puis, rassemblant tout le courage qu'il me restait, j'affrontai de nouveau le visage de Dalia pour lui demander si elle était en capacité de marcher car nous aurions pas mal de route à faire jusqu'à la ville. Je lui tendis ma main valide en guise de réponse, l'invitant à se lever pour se mettre en route.

« Allez viens, on rentre... ».


Tu sais quoi...:
 
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Mer 7 Mar - 14:55

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-Donc c’était toi le loup-garou....

Et j’avais raison. Un point de plus pour Dalia! Youpi...

D’autres acclamations bruirent dans ma tête et j’ai l’impression qu’une commotion cérébrale s’est formée. Soupir. Je me sens sincèrement diabolique, mais peut-être pas autant que lui. Ce n’est pas moi qui ai affaibli l’équidé! S’il ne serait pas en piteux état face à mon attaque, je serais morte! Alors, pourquoi j’agis toujours comme ça, sans penser à la situation ni aux conséquences? Oui, je sais, je me pose la question tout le temps, mais elle ne reste pas du moins valable! Et voilà qu’il me crie après, lui-aussi, en se vantant qu’il ma sauvé. Sauvé de quoi justement? J’ai voulu me couvrir les oreilles, mais je mérite au moins mille claques à la face suivant ce que j’ai fait. "Ce qu’un meurtrier mérite..."

Ça me revient maintenant ! Si j’utilise la théorie que j’ai raison, alors c’est lui qui m’a attrapée au bord de l’eau et m’a fait sortir de là. Puisqu’il a été le seul homme sur le rivage, je peux donc assumer qu’il s’est transformé en loup-garou pendant qu’il est plongé dans le bassin. Pour continuer, il a assisté au combat, impuissant, jusqu’à ce que je tue le kelpie, ce qui justifierait son monologue. Même si c’est par ma faute qu’il s’énerve de cette façon, je sens que son discours est beaucoup trop long...

Un pincement au cœur se fait sentir après la lancée de l'organe mort. Même après ce qui semble trois secondes de contact, je me suis développée un attachement, un lien émotionnel. C’est fou, mais ça n’empêche pas que l’objet a été comme un copain, quelqu’un à qui se confier, comme je l’ai faite en criant sur Nawar. Peut-être qu’il devrait être, lui-aussi, un ami. Mon ami... Mon cœur se réchauffe suivant cette pensée. Je me suis toujours dit que les tueurs en série n’ont pas d’émotions, qu’ils ne ressentent plus rien à l’égard des autres puisqu’ils ont prit la vie des gens. Mais là, je comprends, je compatis. Désormais, deux options s’offrent à moi : soit je me comporte comme une hypocrite en me disant que je suis une exception, soit j’affronte la réalité et je change ma façon de voir le monde. Après tout, les humains sont véritablement des êtres complexes et il y a toujours une raison à leurs actions, que ce soit de la simple vengeance ou même le plaisir.

"Pardonne-moi..."

Oui, je vais devoir passer l’éponge, mais ça serait plutôt à moi de m’excuser, vu que c’est moi qui ai tout commencé.

Qu’adviendra-t-il de moi ? Suis-je réellement un être humain ?

-On rentre, dit Nawar après s’être calmé.

Je me lève enfin, bien décidée à quitter cet endroit néfaste. Sa main se détache de la mienne, mais je l’agrippe de toutes mes forces, ne m’adoucissant que lorsque je sois sûre qu’il ne me quitterai plus jamais. Plus jamais je ne lâcherais mon premier ami tandis qu’on reste dans cette forêt maudite. Je me sens maintenant comme une enfant de trois ans prenant le petit doigt de sa mère pendant une balade au centre commercial.

-Et mes habits?

C’est là que je réalise que je suis encore toute nue, ne portant qu’un chandail crasseux et déchiré, ma partie privée présentée à l’air libre. Étrangement, je me rapproche un peu plus de l’homme, venant jusqu’à poser ma tête encore douloureuse sur son épaule. Même avec toute la quiétude de l’univers, je ne peux m’empêcher de m’inquiéter s’il me crierait après une nouvelle fois.

-Je dois repasser à l’étang, mes vêtements devront déjà être séchés. De plus, j’ai une boucle d’oreille que je ne veux pas laisser.

Repensant à ce qui s’est passé, il devrait avoir sûrement une foule de chevaux enragés à la surface de l’eau, cherchant eux-aussi à se venger de leur camarade. Même si essayer de reprendre mon joujou signifierait la mort, je ferais tout pour le ravoir.

-

Le soleil brillait de mille feux, ses rayons s’abattaient sur chaque habitant assez imprudent pour sortir de chez eux. Heureusement pour moi, je pensais toujours à me garnir de crème solaire. Celle-ci rendait ma peau presque fluorescente, illuminant sa blancheur augmentée.

Ma mère avait planifié quelque chose de grandiose pour célébrer mon anniversaire de onze ans, mais elle n’avait pu rien faire à cause de la dette grandissante de notre famille. Au lieu de ça, on avait décidé d’arrêter chez une bijouterie. Nos courses déjà effectuées, on n’avait plus beaucoup d’argent pour nous servir. Donc, on ne faisait que passer, profitant de ce temps libre pour aller jeter un coup d'œil aux soldes. Mon regard s’était posé sur deux ensemble de boucles d’oreilles ; un du soleil et un de la lune. Puisque tous les deux étaient en aubaine, ma mère avait la brillante idée d’acheter la moitié de chacun. Quelques négociations rudes plus tard, elles étaient en ma possession.

-Dalia, ces deux-là sont ton cadeau d’anniversaire de notre part. Comprends-tu que tu ne peux pas avoir tout ce que tu veux dans la vie tout le temps ?

Un silence s’installe et j’hoche la tête.

-Alors, écoute-moi bien. J’ai choisi de prendre une boucle d’oreille de chaque astre à cause du destin. Le moment venu, tu pourras enfin décider de donner celui du soleil à un homme que tu apprécies, dit-elle en me servant un clin d’œil. L’heureux élu deviendra alors, pour toi, le soleil de ta vie, la provenance de toute ta joie et tes plaisirs. Celui... que tu aimes, annonce-t-elle, un brin de nostalgie et d'amour s’animent à ses yeux.

Je n’avais pas encore arrêté de croire au destin à l’adolescence. Comme toutes les autres filles de mon âge, j’avais rêvé et souhaité qu’un prince charmant vienne me réveiller de mon état d’âme, qui, avec un baiser, viendra me débarrasser de toutes mes problèmes et mes douleurs.

En fin de compte, c’était une arnaque. À cause de ce prénommé destin, j’avais trop aspiré pour que quelqu’un puisse apparaître dans ma vie et me retirer de tout ce qui est négatif, même jusqu’à devenir désespérée à chaque nouvelle rencontre avec le sexe opposé. J’étais complètement tombée dans mon fantasme que j’oubliais même de prendre soin de moi, de manger et de dormir. Et maintenant, j’avais sombré au fin fond d’un gouffre que je n’avais plus d’espoir de revenir à mon bonheur d’antan.


-

En regardant de plus près, je pourrais presque sentir que Nawar serait un prince charmant, celui qui viendra me secourir des dangers de cet environnement. Après tout, il m’a déjà sauvée plus de trois fois : deux fois de la noyade et encore une fois ici! Avec un peu de chance, je serais peut-être sa princesse (heureusement pas en détresse)? Un doux sourire se forme malgré ces mésaventures.

-Merci beaucoup de m’avoir sauvée. Je... je m’excuse encore pour avoir crié après toi. Voyant comment tu es revenu à l’étang, j’ai été ingrate d’avoir réagi comme ça...

Des larmes surviennent à mes yeux, mais je prends la peine pour les essuyer et de me calmer avant de reparler.

-Hmm... La "chose" dont tu disais est une... habileté que j’ai eu depuis ma naissance. En réalité, je ne sais pas comment et pourquoi j’ai été aussi sauvage. Un évènement comme ça ne se passerait sûrement pas tous les jours.

Je m’arrête pour un bon bout de temps, caressant le creux de sa main en sueur. Un autre soupir, un autre souci.

-Est-ce que ça va bien? Tu n’es pas blessé, j’espère!

Je lâche enfin mon emprise pour attoucher le haut de son corps, vérifiant s’il n’a pas eu aucune blessure. Malheureusement, c’est pire de ce que je m’attendais. D’après son expression quand je suis venue l’appuyer, son bras droit semble être cassé.

-Ne t’inquiète pas, j’ai une trousse de secours dans mes bagages. Même si je suis plus apte à soigner les blessures des animaux, je pourrais –peut-être– essayer de réparer les tiennes.

Je mords ma lèvre inférieure en murmurant qu’on va devoir aller à l’hôpital. Tandis que ma tête brûlée semble être prête à exploser, je continue quand même de masser son bras endolori tout en écoutant sa réponse.
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Jeu 8 Mar - 18:42

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- Donc c’était toi le loup-garou.... Ses paroles me transpercèrent aussi sûrement que des lames aiguisées.
- Eh oui... Surprise ! ai-je répliqué sur un ton sombre et amer tout en retirant instinctivement la main que je lui tendais car, maintenant qu'elle avait compris, comment pourrait-elle encore l'accepter ? Mais contre toutes attentes, elle se leva et l'attrapa sans peurs. Elle s'y cramponnait même, comme un enfant pourrait le faire... Cela me replongea aussitôt dans mon passé, et j'eus un terrible pincement au cœur quand je réalisai combien ce genre de petits gestes me manquaient. J'étais si absorbé que je n'entendis pas sa réclamation et ne fus sorti de mes pensées que par le contact soudain de sa tête sur mon épaule. Là encore, son innocence me rappelait un enfant épuisé. Je ne pus m'empêcher de me raidir davantage malgré moi, partagé entre l'envie de la cajoler ou de l'arrêter, tourmenté entre le bonheur et le déchirement. Et dire qu'il y a moins de cinq minutes nous étions en train de nous hurler dessus en déversant toutes nos frustrations et nos peines ! La scène était digne de notre journée : à double facette. Mais j'étais trop fatigué pour protester ou ironiser, et je préférai simplement profiter en silence du calme revenu.

Mais silencieuse, Dalia ne l'était pas. Et même si c'est avec le sourire qu'elle commença à me parler de retourner vers l'étang, je pris ses paroles comme on accueille un coup de massue. Non mais ça va pas la tête ? Et pourquoi pas aller faire des chatouilles à un dragon grincheux tant qu'on y est ? Mais je restai bouche-bée, presque pétrifié par la flamme et le verbe qui animaient la jeune fille. Elle parlait bien plus vite que ne courraient mes pensées, enlisées qu'elles étaient dans la boue épaisse de mon esprit. Je l'écoutai se confondre en excuse, immobile et honteux car je n'avais pas besoin qu'elle s'excuse, je savais trop combien l'on pouvait être insultant et injuste lorsque l'on est en colère et, à dire vrai, j'avais l'impression d'y avoir été plus fort qu'elle... Profitant qu'elle reprenne son souffle, émue par ses regrets, je l'attrapai soudain par l'épaule pour lui faire face. Allez, c'est le moment où jamais de donner ton point de vue vieux.

« Justement Dalia,  ces chevaux... « kel-pies » tu dis ? Ces kelpies doivent avoir une furieuse envie de se venger des choses qui les ont attaqués. Alors soit reconnaissante et n'allons pas nous faire tuer pour tes vêtements. J'imagine que tu dois être inconfortable telle que tu es, mais ce n'est pas une bonne idée... Vraiment pas. »

À voir son air soudainement fermé, j'ai pensé avoir atteint mon objectif, et même si elle en était contrariée, je comptais bien ne pas céder à son délire. Cependant, je m'étais trompé, car c'était une toute autre « chose » qui semblait l'avoir bouleversée. Malgré moi, j'avais touché un point sensible... et je n'eus aucun mal à l'identifier car j'avais exactement le même... Cela concernait bien évidemment sa nature, ou plutôt, son état d'être humain possédé par des forces animales. Elle appelait ça une habilité, moi j'appelais ça un châtiment. Un odieux châtiment que je ne souhaiterais à personne. « Oui, j'espère pour toi que ça n'arrive pas trop souvent. Je sais trop bien ce que c'est d'être l'esclave de pulsions inhumaines. » ai-je répondu, compatissant. « C'est difficile de se sentir étranger à soi-même. » finis-je par ajouter après un temps d'arrêt durant lequel j'avais pesé tous les mots. J'avais longuement hésité, car c'était la première fois que je parlais réellement de mon ressenti à l'égard de ma nature avec quelqu'un que je connaissais à peine, si l'on omettait évidemment les premiers mois que j'avais passé à Living Mirage, complètement dévasté. Ce que j'avais pu me haïr à cette époque... Je me haïssais d'avoir survécu, je me haïssais d'être aussi faible face à Elle, je me haïssais d'être un danger potentiel pour tous les gens qui m'étaient chers... Et par dessus tout, je me haïssais de ne pas avoir eu le courage d'en finir.

Un tremblement intempestif me parcouru le corps tandis que des perles de sueur s'amusaient à mouiller mes tempes et rendre mes mains moites. J'ai essayé de faire bonne figure malgré tout, souriant à la jeune fille, mais celle-ci s'inquiéta immédiatement de mon état. Mon changement d'humeur était-il à ce point lisible ? Peu m'importait à vrai dire... je ne pouvais pas passer mon temps à m'excuser d'avoir quelques démons intérieurs. Je lui répondis rapidement que j'allais bien, ou du moins, que j'avais connu pire. Les blessures de l'âme sont souvent bien plus profondes et insoutenables que celles du corps...

Sans que je puisse protester, elle se mit à m'ausculter. Ses mains rapides et précises se baladaient sur le haut de mon corps avec aisance, réveillant les nombreuses contusions qu'il abritait. D'ordinaire, j'aimais bien jouer au docteur, mais c'était plutôt dans des situations où je n'avais pas de réelles douleurs, hormis celles provoquées par un désir ardent. Et mon plus profond désir à cet instant ne se situait pas dans le ventre mais AIIIIEEEE ! J'ai réprimé un cri alors qu'elle avait manipulé mon bras brisé. Par réflexe, j'ai brassé les airs avec mon autre main, chassant la tortionnaire qui s'était déjà mise à me rassurer, me parlant d'une trousse de secours dans ses bagages. Cependant, sa dernière phrase eut plutôt l'effet inverse... « Dans tes bagages ? Tu veux dire à l'auberge ? Sans vouloir te vexer, je pense que nous devrions plutôt aller à l'hôpital du village. Sans compter que toi non plus tu n'as pas l'air en grande forme. » Je lui avais tapoté gentiment la tête des doigts pour illustrer mes propos en lui rappelant qu'elle aussi avait été blessée. « Laissons faire les docteurs pour humains, d'accord ? » ai-je rajouté en souriant malgré moi, car nous savions désormais parfaitement tous les deux que ni l'un, ni l'autre, n'était totalement humain.

Je lui ai tendu mon bras gauche pour qu'elle s'y accroche et j'ai fait un petit mouvement de tête pour lui signifier « allez, on bouge ». Je savais à peu près vers où me diriger, et je l'embarquais dans le rythme traînant de mes pas qui nous mèneraient doucement, mais sûrement, vers Old Fyre. Je craignais qu'elle ne réclame encore après ses vêtements – argument recevable s'il en est – et qu'elle se rende compte bien trop tôt que je n'avais aucune intentions de retourner les chercher. J'éludais toutes ses affirmations ou ses questions, incapable, en vérité, de me focaliser sur autre chose que le chemin à suivre. Ne dit-on pas que les hommes ne peuvent faire deux choses à la fois ? C'était certainement vrai à cet instant. Et chaque foulée faisait se diffuser une vague de douleur depuis bras, ne faisant que rajouter à mon mutisme profond. La sueur devenait comme une deuxième peau sur tout mon corps, inondant presque la fleur qui me tenait malgré tout fermement le bras et posait par intermittence sa tête commotionnée contre moi. J'avais envie de parler, de rompre mon silence, mais tout se brouillait et avortait avant d'avoir pu franchir le seuil de ma bouche.

Plus on avançait, et plus je me sentais dépassé. Incapable. Impuissant. Que ferais-je si ce chemin venait à nous conduire jusqu'à l'étang ? Que ferais-je si Dalia, n'en faisant qu'à sa tête, venait à échapper à mon emprise ? Que ferais-je si nous étions à nouveau en danger ? Que ferais-je si nous ne parvenions pas à regagner la ville avant la tombée de la nuit ? L'angoisse me prenait dans ses bras acides, asphyxiant la moindre connexion neuronale. J'avançais en plein brouillard. C'était la seule chose que j'étais encore en mesure de faire.
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Ven 9 Mar - 13:11

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Oui, je sais, c’est ce que j’ai pensé : revenir à l’endroit où j’ai tué le pauvre destrier serait trop dangereux. Premièrement, il y aura déjà une affluence de chevaux aquatiques qui devraient sûrement –comme l’a dit Nawar- "avoir une envie furieuse de se venger". Deuxièmement, se battre deux contre je-ne-sais-combien de créatures serait injuste puisque nous sommes tous les deux gravement blessés et non en état d’attaque. Troisièmement, le traumatisme qu’à provoqué ce lieu serait trop douloureux.

Son corps allongé là, sa poitrine remplie de sang... le cœur entre mes mains... son sang et sa graisse dispersés partout sur mon corps...


Ma mâchoire se raidit et aucun mot ne s’échappe de ma bouche face à ses dires. Mon index l’attouche pour savoir sa condition, pour vérifier s’il n’y a eu aucune blessure grave. Ma langue est effectivement sèche. Je lève ma tête à mon accompagnateur et laisse un grognement consentant. Je suis trop fatiguée pour parler, trop épuisée pour bouger un pas de plus. Ma tête fait trop mal pour hocher, comme si une veine frappe à chaque respiration et me menace de sortir. Ses doigts tapotant exactement là où ça fait mal n’aide non plus à la situation. Ce n’est pas comme si j’allais annoncer d’une voix dramatique comment sa petite action délivre toutes mes souffrances. Mais, il semble être réellement inquiet pour moi. Je m’appuis contre un arbre et un frisson de vertige parcourt mon corps. Toutefois, aucun liquide, aucune bave, aucune goutte de sang, rien ne sort suite à mon envie de vomir. Inspire. Expire. Inspire. Expire. Inspire. Expire.

Voilà, c’est mieux. Je souris doucement face à la compassion de mon ami.

-C’est vrai...

Je pèse mes mots, forçant mes cordes vocales à retravailler avec une langue aussi aride qu’un désert.

-En réalité, on se sent tous inconnus lorsqu’il vient d’apprendre à nous connaitre. On se demande parfois si on est véritablement humain... ou un loup-garou.

Malgré ma migraine, je lui sers un clin d’œil. D’après son expression rude, il n’a peut-être pas comprit ma blague. Soupir. De toute façon, mes farces sont toujours mauvaises. Même en réunissant tous mes efforts, je ne suis pas capable d’être drôle. De toute façon, essayer de détendre l’atmosphère lugubre avec de faibles plaisanteries ne serait pas une bonne idée. Je n’ai pas eu le temps de m’excuser que mon nez frétille. Tout mon corps tremble. Mes os semblent être prêts à se mouvoir, mais le signal ne part jamais. Au bout d’un moment, je lâche un torrent d’éternuements les plus brusques les uns des autres face à un arbre garni de fleurs jaunes. Ces dernières semblent illuminer malgré la luminosité déjà éclatante de la forêt. Je grimpe sur une branche, parvenant à en saisir une en dépit de mes maux.

Je sais que ce n’est pas bon pour moi de m’approcher du mimosa quand j’ai une allergie. Je contemple le bourgeon au creux de ma main, me demandant si je mérite ce tourment autant que ça. Il serait important pour moi de laisser tomber, de penser au bonheur. Par contre, je ne peux m’empêcher de penser du fait que je viens juste de tuer un kelpie, laissant son corps à découvert. Pourquoi est-ce que je me mets toujours dans le pétrin, m’infligeant plein de supplice? Pourquoi est-ce que je ne suis jamais capable de penser au positif? Pourquoi est-ce que je ne peux pas regarder mes problèmes en face et les affronter? Pourquoi est-ce que je ne peux pas essayer de continuer à vivre ma vie malgré mes tristesses? Pourquoi dois-je toujours rester dans le même pavé, m’inquiétant toujours à propos des autres quand je ne peux même pas prendre soin de moi?

-Pourquoi? Pourquoi suis-je incapable de poursuivre? Mais dis-moi Dalia, pourquoi...?

Toute cette énergie dépensée dans la forêt m’a trop affaiblie. Des rires doux et presque joyeusement fous se déclenchent tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Ils reviennent tout le temps, ce n’est pas possible!

-Make it s-stop...please...oh god, make it stop!

Des larmes surgissent à mes yeux, trop éreintés d’avoir attendu si longtemps pour s’échapper de cette prison qu’est mon corps. Mes sanglots se font plus agités à chaque pensée qui s’émerge de mon cerveau. Son coté droit s’agite et des pulsations se font ressentir de plus en plus forts. Je ne suis pas une humaine douce et innocente comme on peut le croire. Non, au contraire, je suis bien pire que ça. Je suis une créature monstrueuse, un extra-terrestre brute remplie d’insanité.

-Oui, non, oui, non, oui.

Les pétales se posent délicatement par terre. Une à une, je les enlève de leur noyau. Le pollen s’infiltre dans mon nez tandis que je continue à frissonner. Mon sourire s’agrandit à travers mes pleurs. Je peux enfin continuer mon chemin, de guérir peu à peu, d’essayer de m’avancer. Je lève ma tête vers Nawar et lui adresse une main, le pouce vers le haut. Je me soulève de l’arbre et viens me réfugier sur son bras.

Je n’aurais pas dû me comporter aussi aveuglément face à un inconnu. Je sais que j’aurais pu faire mieux que de me confier à quelqu’un que je connais à peine, mais... Nawar est si... Pour un manque de meilleurs termes; douillet. Oui, il est aussi douillet qu’une couverture à la bonne épaisseur dans une chambre à la bonne température. C’est comme s’il sait quoi dire à n’importe quel moment. Ses mots, mélangés avec un accent des plus curieux et une voix grave, parviennent à me rassurer même en n’y prêtant pas attention. Il semble être comme un père qui amène son enfant épuisé jusqu’à la maison après une promenade en forêt. Il est si paternel, en fait, que je me sens comme sa propre fille. Même si on s’est chicané, on parvient toujours à régler nos conflits... pas vrai?

-Papa?

On emprunte maintenant un sentier exempt de mauvaises herbes et de roches qui serait facilement reconnaissable, mais je ne me sens pas capable de calculer la direction.

Ne pas décevoir papa. Papa est si gentil et il t’a sauvée de la mort plusieurs fois. Papa est le plus doux homme qui soit. Papa est revenu à ta rescousse alors que tu étais paumée dans la forêt. Papa ne te lâcherais pas de sitôt. Alors, pourquoi ne pas le remercier?

Ceci est différent; il n’a pas la même odeur.

Pauvre idiote, tu te confies toujours au premier venu, alors explique-moi pourquoi il n’est pas semblable à papa? Il se comporte exactement comme lui!

Il m’aurait porté dans ses bras et raconté ma comptine préférée. Il aurait proposé de m’accompagner après m’avoir prévenu de ne pas aller dans un endroit si dangereux. Mon père, lui, n’est pas une créature magique. Dis-moi alors pourquoi Nawar serait mon papa? Ils ne se ressemblent même pas!


La bestiole en moi se tait et sombre dans l’inconscience.

***


Une éternité plus tard, je m’effondre sur le sol, les jambes flageolantes. Une plaine se dessine à nos yeux, mais une lumière inconnue m’aveugle et je ne peux plus rien voir. J’essuie mon visage, essayant en vain de regagner ma vision. Impossible. Je laisserais donc Nawar agir encore une fois comme un gardien, me protégeant du danger qui se prépare malgré le fait que j’aurais aimé pouvoir me défendre.
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Jeu 22 Mar - 19:38

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Nous marchions aussi droit que possible, naviguant à travers la marée verte du bois. Nous marchions comme si nous savions que bientôt le cauchemar allait se terminer. Mais il n'en finissait jamais, sous chaque pas seule la forêt se dévoilait encore davantage, encore et toujours... À perte de vue une vie vive et verte. J'avais l'impression de me noyer à nouveau tant tout défilait avec redondance et monotonie, et autant moi que la petite créature accrochée avec désespoir à mon bras, commencions à suffoquer. J'étais pourtant certain de moi, je sentais au fond de mes tripes que nous étions sur la bonne route, mais sans jamais retrouver un élément concret me permettant de pousser un soupir de soulagement. Aucun signe de l'univers... à moins que je ne sois trop usé pour savoir les reconnaître.

Après une éternité ou même peut-être bien deux, je cru discerner quelque chose au loin. Quelque chose de si ostentatoire que j'aurai pu le louper. Quelque chose de si familier que j'en éprouvais un sentiment de rejet, tel un roi vagabond se sentant étranger à la porte de sa propre cité. Devant nous, enfin, la végétation sauvage mourrait pour laisser place à des plantations solidement domestiquées. Je pressai le pas, abasourdi mais tellement heureux de retrouver un tel paysage. La douleur n'existait plus, la forêt, la vie, la mort, la cuillère* n'existaient plus !  Il n'y avait que cette lumière qui se dessinait. Douce, douce lumière qui appelait ses enfants perdus dans les ténèbres.

Avais-je pressé le pas sans m'en rendre compte ? Avais-je, dans mon excitation, rompu l'équilibre fragile qu'avaient trouvé nos pas boitillants à l'unisson ? Je ne savais pas, mais toujours était-il que Dalia s'était effondrée d'un coup. Non ! Il faut que tu te lèves ! Laissant échapper un grognement, je la tirai presque pour la relever, mais mon geste fut interrompu par la foudre. Non, pas la foudre, mais une lumière d'un blanc éclatant qui avait explosée au dessus de nous avant de retomber en poussière crépitante, presque brûlante. Aveuglé, j'essayai de discerner quel diable avait pu nous jeter si prestement cette poudre-de-lumière, mais je ne devinais que des ombres et une silhouette qui s'y découpait. Puis des sons... quelqu'un s'avançait en braillant des mots dans une langue que j'étais incapable d'identifier. Une langue âpre, dure et suintante à la fois. J'avais beau me dire que l'utilisation de la poudre plaçait la curieuse chose du côté de la lumière, je frissonnai à l'idée de ce qui nous attendait à présent.

Lorsque nous marchions dans la forêt, le temps était comme suspendu, mais à présent, tout filait à une vitesse folle, et pourtant rien d'autre ne se passait. L'individu n'avançait pas davantage, Dalia ne se relevait pas, et moi... Moi  je ne savais pas quoi faire hormis tenir avec fermeté la main de la jeune fille. Je m'y cramponnais comme je l'aurai fait avec celle de Marjane. Comme si cela nous donnerait la force d'affronter toutes les bêtes atroces de la création. Comme si nos vies en dépendaient. À force de me répéter intérieurement sans y croire que « tout irait bien » pour me convaincre, je crois que les mots sortaient tout seuls, désordonnés et dans un maelström d'idiomes. Puis, très distinctement, j'entendis le bruit d'un fusil que l'on charge. D'instinct je me suis placé entre Dalia et la menace, et tendant la main pour protester – ou nous protéger ? - et je criai : « Non !! Ne tirez pas ! On est.. ne... Ne tirez pas ! On n'est pas des monstres ! » J'étais confus, complètement anéanti par une journée dont chaque minute apportait un peu plus de difficulté. Et j'étais fatigué. Atrocement fatigué.

Maintenant que je m'étais avancé un peu, je pouvais deviner la carrure de notre hôte dans la lumière étrange du crépuscule. C'était assurément un homme ; il avait de larges épaules, un chapeau sur la tête et une arme au poing qui nous tenait solidement en joue.

- Ça c't'à moi d'juger, dit tout à coup une voix entre deux âges. L'homme avait un accent atroce qui semblait vouloir tuer les voyelles et faire passer toutes les consonnes pour du yaourt. Caillé, le yaourt.

- Et toi t'as une aura b'in somb'..., poursuivit-il. Quoi ?! Mais... mais quel foutu rapport ?! Alors il peut soit disant voir mon « aura » mais ne voit pas que l'on est de simples humains qui ont besoin d'aide ?! Ça ne crève pas suffisamment les yeux ?

- Et la p'tite, t'm'entends ? Ç'va ?… Vain Diou, t't’apprêtais à l'fair' quoi toi ? me dit-il plein d'aigreur et de reproches. Avant que je puisse répliquer, surpris par l'horreur du sous-entendu, il rajouta :
- Fais pas l'con, y'a p'te que du gros sal dans mon f'sil, mais assez pour t'faire r'gretter si t'fais pas tout c'que j'dis. Écarte-toi douc'ment !. Il en me pointa du bout de l'arme l'endroit où il souhaitait a priori me voir. Mais il n'était pas question que je bouge ! La sentence ne se fit pas attendre : d'un geste rapide et assuré, il tira une cartouche à une dizaine de centimètres devant mes pieds et me réitéra son ordre tout en rechargeant l'arme.

- Ok ok, dis-je la voix à moitié étranglée avant de faire quelques pas sur le côté. Je me sentais terriblement lâche d'exposer ainsi la jeune fille toujours à terre à ce fou furieux, incapable de bondir pour neutraliser celui qui nous menaçait. A vrai dire, je ne m'étais jamais réellement confronté de si près à une arme à feu, et cela m'inspirait plus de peur que bien des créatures. J'en savais suffisamment sur elles pour savoir de quel côté du manche il valait mieux se trouver*, et ce n'était assurément pas celui où j'étais... Au fond de moi, j'espérais simplement que l'homme n'allait pas faire de mal à Dalia. Il se rapprocha d'elle.

Je pouvais le voir clairement à présent. La cinquantaine bien tassée, il avait tout du bushman australien typique : les cheveux légèrement longs et blancs, la peau tannée par le soleil de plomb de l'outback et le regard aussi froid que la glace. Deux autres armes étaient coincées dans des holsters et des munitions accrochées en bandoulière.

- Z'allez m'dir' 'xactement c'que vous foutez là, et gare si j'aime pô vot' histoire.

Non... Définitivement NON. C'était quoi ce type qui nous traitait comme des moins que rien alors que nous étions à terre ? J'explosai sans m'en rendre compte avant que quiconque ait pu rajouter quoique ce soit :
- Mais merde, tu vois pas qu'on a besoin d'aide pauvre connard ?! Des Kelpies complètement tarés nous sont tombés dessus ! Et au lieu de nous aider, toi tu nous tire comme des lapins ! Mais c'est quoi ton putain de problème ?!

Je me suis avancé avant de me retrouver nez-à-nez avec le canon du fusil.

- Recule sale métèque ! T'vas pas m'fair'valer qu'c'est les Kelpies qui l'ont mise moitié nue hein ?

Je n'ai pas reculé. J'étais complètement figé. J'avais l'impression que quoique je dise, je tiendrai le mauvais rôle. Ô Dalia, s'il te plaît, viens à mon secours...


Elles sont de retour:
 
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Dim 25 Mar - 10:40

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Il ne semble pas trop affecté par ma réaction de la fleur. C’est super; il ne saura jamais combien je suis si... Soupir. Je ne suis clairement pas en état de penser à quoi que ce soit, particulièrement quand je suis à genoux par terre face à plusieurs silhouettes de lumière. Une main familière prend la mienne et j’ai soudainement envie de me relever et de me raccrocher à celui qui me tient. Même si je viens juste de dire à quel point comment Nawar et mon père ne se ressemblent pas, je le tiens encore prestement, comme je l’ai fait à mon papa lors de la Saint-Firmin.

**

La musique joyeuse se fit entendre de plus belle malgré les acclamations du public grandissant. En ce jour d’été, mon père avait décidé de m’amener à une célébration très connue en Espagne. Tout le monde, incluant moi, étaient vêtus de costumes rouges et blancs accompagnés de sourires lumineux. On attendait le signal d’el chupinazo qui activerait les encierros. Ces derniers étaient des courses où des taureaux en colère pourchassaient des centaines de personnes. Mon frère était assez fou pour y entrer et il avait même signé un contrat pour le confirmer.

Pendant l’évènement, je le voyais parcourir les rues aussi rapidement que possible. Sa vitesse était véritablement surnaturelle! C’était normal, il était très athlétique: Il devait s‘entraîner pendant des années pour atteindre celle requise pour concourir. Durant toute la course, j’étais attristée à la probabilité qu’il puisse mourir, mais exultée à l’idée qu’il participait à cette tradition. C'était pour cela que je me suis agrippée à mon père, qui se répétait toujours que mon frère allait survivre. Heureusement, il avait raison. Plus loin, un taureau s’approcha dangereusement d'une autre personne. Alors que l'animal allait le rattraper, on m’avait couvert les yeux.

**

Un chargement s’entend. Des fusils? Je sais que ce n’est pas Nawar qui en a, il n’a pas de place pour l’entreposer! Alors, ça doit être cette figure mystérieuse qui va nous avertir de l'admonestation suivante.

-On n’est pas des monstres!

Cette phrase m’a frappée. En y regardant de l’extérieur, cette déclaration semble si vraie, mais elle est si fausse. Des larmes commencent à couler de mes yeux. Non que je sois triste, mais ces derniers s’irritent tandis que des cris retentirent dans mes oreilles. Je crains de devenir aveugle pour toujours; tout est si brouillé.

-Ça c't'à moi d'juger.

Sa voix semble si déformée. Son accent est vaguement similaire, mais les souvenirs s’estompent... Je suis incapable de comprendre ses mots altérés, mais je sais parfaitement ce qu’il veut dire.

Oui, laisse-le te juger, monstre; va en enfer pour ce que tu as fait. Tu es une honte à l’égard de tout le monde. Tu n’as pas risqué d’essayer de rencontrer ta famille depuis des années, mais tu oses être à l’aise autour d’un étranger? Oh, excuse-moi, ton nouvel ami.

La bestiole s’est réveillée. Oh oui, c’est vraiment ce dont j’ai besoin pour le moment. Dis donc ce qu’elle se régénère vite; pas possible une créature si robuste à l’intérieur d’une demoiselle si délicate!

L’inconnu devient de plus en plus distinct. Avec son ton de voix, il semble reprocher mon accompagnateur pour ce qu’il "m’avait fait". Ça alors, comment peux-tu assumer comme ça, sans savoir notre situation? Ce n’est même pas vrai! Contrairement à ce qu’il aimerait croire, je sens que tout est toujours de ma faute. Si seulement je pourrais revenir en arrière...

Leur conversation continue à on n’en peut plus finir. Va-t-elle durer pour l’éternité?

Va-t-elle avoir une fin???

Et voilà qu’il le menace, le poussant jusqu’aux bords d’une crise semblable à celle de tantôt. Par contre, la voix omnisciente l’interrompe et s’approche de moi. Petit à petit, je regagne ma vision. Un vieil homme se penche vers moi, m’examinant comme un élève studieux. C’est là que je réalise que je suis encore toute nue. Je me mets en boule, essayant de cacher en vain mon corps ainsi que mon visage qui se chauffe de plus en plus. En prime, le fait que Nawar s’est mis à écart m’inquiète sérieusement. Qui va pouvoir me protéger de lui?

Ah, ma chère Dalia, mais tu sais à qui...

AH, MAIS TAIS-TOI!!! Qui t’a dit de te reposer ici pendant que je suis vulnérable??? Tu ne m’aides jamais! Et arrête de m’appeler ma chérie, ça m’énerve!

Cesse ton cirque; tu vois bien que personne ne sera assez fou pour te sortir du pétrin! Alors, laisse-moi faire, j’ai un plan...

Un autre soupir.
Je crois que cette... chose n’est qu’une vision de moi, mon côté obscur. Mais, je n’ai pas le choix de la suivre, elle est toujours là! Je n’ai aucune idée quand et comment est-elle apparue, mais je sais qu’elle sera avec moi pour l'éternité; pour le meilleur... et pour le pire.

**

On s’est fait un vœu, un serment de sortes. On s’est promit, moi et la bestiole, de toujours rester ensemble à n’importe quel moment. Je lui fournirai mon corps et en échange, elle m’a légué des... habiletés.

Après la dernière visite de la thérapeute, mon habitude, malgré les difficultés, s’était améliorée. J’avais assuré de changer ma diète, dormir plus longtemps... Bref, mieux vivre. Pendant quelques semaines, je m’en étais bien sortie et aujourd’hui, c’était l’anniversaire d’une fille dans mon école. Bien qu’on ne se connaissait qu’à peine, elle avait quand même décidé de m’inviter chez elle. Mes parents, ravis, avaient donné leur permission, tandis que les siens... disons qu’ils lui avaient laissé faire ce qu’elle voulait. Après tout, c’était ses douces 16e.

Ok, on va sauter tous les préparatifs et la célébration; on sait bien qu’à chaque fête, il y a une salle où l'on pouvait danser, grignoter des collations et rire grâce à des jeux populaires.

Parmi toutes ces activités, il y avait un des moments les plus attendus de tous: la piñata. L'idée de découvrir et de manger plein de bonbons en frappant un objet en papier mâché excitaient les adolescents. Moi, je m’étais assise au loin en regardant mes camarades de classe s’amuser. Pouvais-je être aussi heureuse que les autres? Eux, ils ont des amis avec qui passer le temps, mais moi...

La fêtée vint s’installer à côté de moi, me demandant si j’allais bien. Même en hochant la tête, je savais qu’elle avait appris ma tristesse.

-Hé! Dalia, n’est-ce pas? Pourquoi n’es-tu pas allée t’amuser avec les autres? La fiesta ne peut pas commencer sans toi, tu sais?

Pour moi, il était plutôt tard pour célébrer quoi que ce soit. Pour les autres espagnols, il était trop tôt pour s’arrêter. Je secouai la tête, espérant qu’elle prendrait mon indice et partirait.

-Que dis-tu de dormir ici pour la nuit? Je sais que tu es pauvre et solitaire, perdue dans cette tempête de gens...

Essayait-elle d’être poétique avec moi? Dans ce temps de malheur?

-En plus, tes parents ont déjà donné l’accord. Si tu veux, on pourrait devenir de bonnes amies. De toute façon, tu n’as pas le choix que d’accepter!

Elle me fit un clin d’œil et vint rejoindre les autres.

**

Des mots se forment dans ma tête, mais aucun ne ressort. Je n’ai pas envie de suivre la bestiole, mais elle sait quoi faire, pas vrai? En y pensant de plus près, elle pourrait sûrement nous sauver de cet embarras. Si seulement je pouvais la manipuler...

-M-mon ami et m-moi, n-nous étions allés g-gam...

Mais que fais-tu là??? Je croyais que t’allais me laisser la parole! Et j’aime pas d’être appelée "la bestiole". Et si je te nommais "l’hôte"? Apprécierais-tu ça? Moi, je fais tout pour te laisser être humaine au lieu d’animal! Rappelle-toi que c’est un privilège; sois contente pour tout ce que j’ai fait pour toi. Je t’ai sauvée plusieurs fois; je peux facilement changer de propiété et te laisser mourir.

Calme-toi : on doit travailler ensemble pour atteindre notre but!

Wow, je peine à croire que ma chère Dalia (oh, excuse-moi, "l’humaine hôte") veuille qu’on essaye de collaborer. Ça, c’est une première! En fait, je m’en fous comment tu me nommes; tu peux même m’adresser comme Dada!

Dada? C’est quoi ce nom-là???

Dada, Dalia... Ou plutôt, Flower-girl, n’est-ce pas... "L’Humaine hôte"?


Je ne peux plus rester dans la même position; je dois me relever et faire face à ces problèmes. Pendant qu’on se chicane, je me soulève difficilement de la terre, me forçant à regarder celui qui nous domine. Parler est plus compliqué de ce que je crois. Je n’ai qu’à inventer une histoire qui a du sens! Bon d’accord...euh... la..."Dada"? Tu peux prendre le relais maintenant.

Ma gorge s’aigrit et mon sang s’envenime. Je tousse plusieurs fois avant que je Dada daigne dire quelque chose.

-E-en fait, mon ami et moi, n-nous sommes allés gambader dans la forêt. On s’est arrêté et on a décidé de faire un pique-nique près d’un lac.

Toutes ces informations semblent valides; on s’est définitivement rencontré en étant proche d’une source d’eau. On pourrait même dire que le fait qu’une certaine personne qui a mangé mon croissant pourrait être considéré comme un "pique-nique".

-Ensuite, on a...

Des larmes salées se reforment. En lui déléguant mes cordes vocales, je lui ai aussi donné le contrôle temporaire de mon corps. Je dois alors assurer la crédibilité de notre invention.

-*sniff* D-des kelpies ont... nous ont attaqués.

-Wai’, ben j’ai pô tout’ l’j'rnée pour t’écouter. Vas-y, parl’!

Il semble inquiet et aggravé, sûrement attristé par mon jeu d’émotions. Il va falloir aussi expliquer pourquoi on est si mal habillé.

-I-ils... nous ont d-donnés des coups... pleins de sabots partout... N-nawar (je pointe maintenant mon sauveur) m’a aidé; il a courageusement battu toutes ces ignobles créatures. Mais, nous n’étions pas sains et saufs pour autant. On a couru et couru, jusqu’à...

Je rougis encore à cause du stress. J’ai besoin de reprendre mon souffle tellement je parle vite. Pourquoi faut-il que j'agisse aussi dramatiquement?

-J’ai tout vu; leur combat s’est produit tant dans l’eau que sur la terre. Moi aussi j’ai dû abattre quelques unes pour survivre. Ils sont partout, mais... on a dû quitter le champ de bataille et se déshabiller pour éviter de répandre l’odeur du sang. R-regardez, son b-bras est c-cassé.

Petit à petit, je retrouve ma vraie voix. Avons-nous commencé à parler à l’unisson? Dada a-t-elle perdu ses mots? Je dois continuer ce demi-mensonge coûte que coûte. Mais, je ne peux tout de même pas mentionner le meurtre qui s’est passé! Mon crâne a eu comme une sensation de brûler et j’ai l’impression que des pulsations recommencent leur manège de la promenade. Oh Dios mío, ce n’est pas possible; j’ai encore mal à la tête à cause de cette commotion!

L’homme au fusil agrippe brutalement le bras de Nawar et le serre. D’après leurs expressions, ils savent que j’ai raison. Il me semble que j’ai oublié à quel point j‘étais vulnérable quand je parcourais la végétation sauvage. Je ne suis plus gênée à présent.

-On a marché dans la forêt pendant longtemps jusqu’à ce qu’on vous retrouve. S’il vous plait, secourez-nous! Nous ne sommes que des humains appelant "à l’aide!"

**

La nuit tombée, je me retrouvai en pyjama dans une très grande chambre aux murs roses. Toutes les couleurs s’accordaient ensemble; les meubles étaient soit mauves ou bleus. Des posters de célébrités étaient affichés dans l'enceinte du dortoir, mais je ne pouvais reconnaitre les sujets. De toute façon, je me fichais d’eux; je n’avais aucune envie de me mêler à leurs drames quotidiens puisque j’avais déjà les miennes. La fille qui m’avait accueillie – Elodia - apparut au seuil de la porte. Elle la ferma doucement et s’approcha de moi. Elle prit un calendrier composé de photos de félins de toutes sortes et le feuilleta jusqu’au moment où elle pointa une date au hasard.

-Le 2 juin: c’est ta fête, non? Le début de tes 16 ans... et de ta transformation, commença-t-elle d’une voix qui se voulait sinistre.

Je pâlis. Savait-elle à propos de mon pouvoir?

-Oh, ne t’inquiète pas, je ne vais pas te faire du mal... Non, tu vas ADORER être mon chaton.

Avec un sourire jusqu’aux oreilles, elle fouilla dans son armoire et sortit une simple robe noire avec une image imprimée de chat. Elle prit aussi un bandeau d’oreilles pointues ainsi qu’un accessoire de queue.

-Zut! J’ai oublié les moufles. Pas de soucis, je les apporterai demain matin! En attendant, voyons voir si tu es vraiment...

Avant qu’elle eût ajouté quoi que ce soit, je m’étais réfugiée dans la salle de bain la plus proche. Elodia parcourut l’étage supérieur à ma recherche et appela d’autres filles à son aide. Elle était une des plus populaires de notre l’école, et maintenant, je savais pourquoi elle m’avait invitée : elle voulait que je me déguise en chat et que j'agisse comme un animal. Quelqu’un cogna à ma porte.

-Je sais que tu es là : sors de ta cachette, ma chérie.

Je frissonnai. Pourquoi moi? Voulait-elle m’embarrasser devant tout le monde? Oui, je le sais, j’avais dit que je m’en fichais de ma réputation, mais devenir un animal domestique était toute une autre histoire! Qu’allaient penser mes parents?

Laisse-moi faire, j’ai un plan...

Qui était-ce? Quelle était cette voix qui résonnait dans mon cerveau? Les autres pouvaient-elles l’entendre?

Les explications viendront plus tard. Maintenant, ne perdons pas notre temps. Laisse-moi ton corps juste pour une minute. Tu pourras enfin t’échapper d’Elodia grâce à moi, très chère Dalia.

Comment savait-elle mon nom? Avant que je puisse me poser plus de questions, la serrure commença à se déverrouiller.

Fais-moi confiance...

La scène la plus horrible du monde vint. Ah non, pas encore! Tous ces évènements se répétèrent; les os qui se brisèrent et qui se déplacèrent, la formation d’une fourrure... J’étais véritablement en train de me métamorphoser en rat. Non, je n’en étais pas un. Cette fois... j’étais un chaton.

-Ah, tu étais là! Que-

L’étonnement se lisait sur son visage. Je sautai du comptoir et m’enfuis vers le corridor. Toutes les autres résidents, ahuris, essayèrent de m’attraper en vain. Rendue à la porte de la cour arrière, je lâchai un miaulement moquer et me dirigea en vitesse vers l’extérieur.

On dirait que c’est comme ça qu’on s’est rencontré, la bestiole et moi. Pour résumer, j’avais reçu d’elle la possibilité de me transformer en félin et de me souvenir avec exactitude certaines anecdotes. Par contre, ce n’était pas les seules qualités qu’elle m’avait données. En fait, elle avait l’air de bien m’apprécier.

**

-Z’avez l’air d’avoir vra'ment mal, dit-il en jetant plusieurs coups d’œil à Nawar.

Une très longue pause se fait sentir; j’aurai besoin d’attendre un bout de temps avant de recevoir une réponse.

-D’acc', j’vous crois, mais n’allez pas croire qu’v’êtes sains et saufs.

Il recule de quelques pas avant de nous faire signe de le suivre.
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Jeu 29 Mar - 18:17

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Bouger, c'était pas si compliqué d'ordinaire, et pourtant, je n'y parvenais pas. Malgré l'arme, malgré les menaces, malgré tous les éléments contre moi, aucun de mes muscles ne semblaient vouloir m'obéir. Je nous voyais déjà faire un remake de Kill Bill volume deux, ce moment terrible où The Bride se fait explosée par un simple fusil après avoir survécu à tant de katanas acérés et autres joyeusetés. Je pouvais presque sentir la chaleur du canon sur ma poitrine. Je fermai les yeux, convaincus que je vivais mes derniers instants à l'état d'humain presque normal.

C'est alors que Dalia se mit à parler et détourna par la même l'attention de notre « charmant » hôte. C'est bien p'tite, c'est bien... Continues... Je l'entends sans l'écouter vraiment, trop soulagé qu'elle ait agit au moment opportun. Trop soulagé aussi de constater qu'elle n'était pas complètement anéantie et qu'il lui restait suffisamment de force et de courage pour nous secourir. Et de la force, il lui en restait... Elle parlait avec une rapidité surprenante et, surtout, avec aisance. C'était très étrange... comme si je n'avais plus en face de moi la jeune fille timide et maladroite. Mais notre ami ne pouvait pas le deviner, ni même comprendre qu'elle manipulait suffisamment la vérité pour que son histoire reste crédible. Elle parvint même à trouver les mots justes pour faire comprendre à l'autre andouille que je n'étais pas un ignoble pervers qui s'amusait à traîner des jeunes filles dans les bois pour leur faire subir des sévices inimaginables. Il boit ses paroles et se laisse attendrir par les larmes qui coulent sur les joues de l'espagnole.

Je parvins à capter son regard perdu dans l'eau l'espace d'un instant et essayai de lui faire passer toute la gratitude que j'éprouvais envers son geste. C'était un peu comme si son mensonge scellait un pacte muet entre nous, un pacte écrit avec le sang d'un secret sanglant. Au fur et à mesure, l'homme baissait sa garde, jusqu'à complètement baisser le canon vers le sol. Mais alors que je commençais à me détendre un tant soit peu, l'énergumène m'attrapa avec empressement le bras que je tenais contre mon torse. La... Douleur... Juste.... Insupportable ! Violente. Puissante. J'avais l'impression que des milliers de lames me transperçaient et m'écorchaient en même temps. Je sentais l'acide le plus corrosif parcourir tous les tissus de mon corps. Mes yeux se révulsèrent et je tombai à genoux, le souffle presque coupé.

« Z’avez l’air d’avoir vra'ment mal » osa-t--il me vomir sans sourciller en relâchant son étreinte. NON SANS BLAGUES ?!!! Mes yeux s'injectèrent de haine. Je n'étais plus le gentil couillon que l'on pouvait malmener sans qu'il dise quoique ce fut. Oh. Que. Non... J'avais envie de le torturer moi aussi, qu'il comprenne ce que ça faisait d'être au plus bas. J'avais envie de lui sauter dessus et de lui arracher une oreille avec les dents, de lui perforer la jugulaire avec mes ongles, de lui planter si profondément mes doigts dans ses orbites qu'ils pourraient aller tutoyer les deux lobes atrophiés par la bêtise, l'alcoolisme et la consanguinité qu'il osait nommer cerveau. J'avais envie de l'insulter de tous les noms de la terre, et même au-delà. J'avais envie de salit sa mère, son père, son métier, son pays, tous ceux qu'il aimait... J'avais même envie de railler ses cheveux oxygénés. Mais je ne fis rien à part le regarder avec tant de haine qu'il aurait pu fondre. Et d'ailleurs, j'avais l'impression qu'il fondait... à moins que ce ne soit ma vision qui se brouillait ?

Le silence régnait de nouveau : Dalia, épuisée par sa longue tirade attendait la réaction de l'homme qui prenait son temps pour faire se connecter les seuls neurones qui lui restaient dans son esprit limité. Quant à moi... eh bien, je gémissais en silence, attentif – ou du moins, tentant de l'être – aux moindres changements qui pourraient advenir. Au bout d'un moment qui me sembla interminable, le paysan brisa le silence pour nous inviter à le suivre. Et j'avais beau le détester de tout mon être, je le suivrai jusqu'au bout du monde pour peu qu'il y ait une issue à notre situation. Je me suis relevé difficilement, aidé par Dalia qui m'avait rejoint. J'avais sursauté à son contact, et je me sentais empli de honte. Pas seulement pour les pensées parfaitement horribles que j'avais nourries plus tôt envers le fermier, mais pour toute cette mésaventure qui venait donner de nouvelles définitions aux mots  douleur ou déshonneur. La faute m'incombait entièrement, et je ne parvenais pas à trouver les mots adéquats pour lui signifier combien j'étais désolé.

« Merci petite fleur... » lui dis-je finalement en espagnol. J'avais envie de rajouter qu'elle avait été tout simplement épatante de bravoure et de lui témoigner ma reconnaissance pour ne pas avoir dévoilé ma vraie nature... Mais comment lui faire comprendre qu'avec les simples mots qu'elle venait de prononcer - et ceux qu'elle avait tu - elle était devenue une réelle amie pour moi ? Une étrange amie, certes, mais n'étais-je pas moi-même une illustration de l'étrange ? Maintenant que je le réalisais, j'en étais plus qu'ému. L'amitié faisait partie de ces choses sur lesquelles j'avais fait une croix depuis ma contamination, et même en étant entouré au quotidien par l'étrange et le merveilleux, je rencontrais des difficultés pour recréer un cercle d'intimes. La vie des chevaliers n'était pas faite pour entretenir des liens durables... leur vie elle-même avait une durée si négligeable. À moins que cela ne vienne de moi ? Après tout, quelle personne équilibrée voudrait en son âme et conscience me voir débarquer dans sa vie ? Bien sûr, j'avais Hyli, mais ce n'était pas tout à fait pareil...

Alors que je cogitais, nous claudiquions à un rythme tranquille sur un sentier séparant un champs et ce qui semblait être un pâturage, à en juger par l'odeur que même mon nez « affaibli » n'avait aucune difficultés à identifier. La forme du paysan s'étirait plusieurs dizaines de mètres devant nous dans les lumières de la fin du jour. « Je... je pense qu'on a rien à craindre de lui. C'est un parfait hijo de puta, mais va falloir le supporter... » ai-je soudain lancé, presque plus pour moi que pour la jeune fille.

Plus rapidement que je ne le pensais, nous arrivâmes sous un petit appentis de bois où s'étalait tout l'attirail classique d'un fermier. Du moins, cela ressemblait à l'idée que je m'en faisais, j'avais toujours vécu en ville. Il y avait ça et là des outils, des pièces cassées ou détachées, de la boue séchée, de la poussière et des brins de pailles volants. L'homme ouvrit un coffre dont il sorti une lourde étoffe vaguement blanche. Je parvenais mal à imaginer ce à quoi elle pouvait servir d'ordinaire et, à dire vrai, je m'en fichais pas mal. Je me suis assis sur le coffre refermé tandis qu'il donnait le tissu à Dalia.

« Co'vrez-vous un peu v'deux, j'va ch'rcher l'Titine ».

Quoi ? C'est moi où on comprend de moins en moins ce qu'il dit ? Je jetai un regard interrogateur à Dalia puis l'invitai à prendre place à mon côté. Le fermier avait profité de ce bref échange pour disparaître complètement, sans que nous puissions lui demander des précisions ou même réclamer après un téléphone. Crétin...

J'ai laissé ma tête se poser contre le mur derrière nous pour tenter de respirer plus facilement. La souffrance - qui devenait désagréablement familière - dans le haut de mon corps n'avait cessé de se faire plus féroce depuis que l'autre abruti s'était amusé à me torturer. J'essayai de visualiser vainement ma caverne intérieure*, de faire circuler les énergies ou je ne savais trop quelle autre connerie pour faire en sorte que ça s'arrête, mais ça ne marchait pas. Je me sentais à bout de tout. « J'espère qu'il ne va pas nous laisser moisir ici... » dis-je à Dalia avec un brin d'angoisse et de fièvre dans la voix.

Heureusement, quelques minutes plus tard nous entendîmes un bruit de moteur qui s'approchait en crachant et hoquetant. J'essayai d'imaginer le genre de véhicule capable de faire un tel bruit, et en vins à reconsidérer le fait de rentrer à pied jusqu'à la ville.


Fight:
 
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Sam 31 Mar - 10:33

Il n’existe rien de constant si ce n’est le changement
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La torture; un sort pire que la mort. La brutalité du paysan aurait pu naître en moi une appréciation, mais... je n’aime pas voir l’autre ainsi comblé de douleur. Personne ne peut faire quelque chose comme ça à Nawar... Surtout quand il a sauvé nos vies.

J'échappe un grognement sourd.

Que vas-tu faire à présent? Le laisser mourir comme ça... Ou déchirer sa chair, brisant ses os, fracassant à petits pas sa sanité?

Quel est ton problème!? Tu viens juste de m'expliquer à quel point tu n’aimes pas qu’on fasse du mal à notre ami. Veux-tu maintenant qu’il meure?

Tu pensais que je parlais de notre bienfaiteur? Oups! J’ai voulu dire celui qui nous a ordonné de le suivre. Tu sais, celui avec l’étrange accent indéchiffrable? J’avais aussi envie de te demander si nous allons le tuer ou ce sera notre camarade qui va le faire. Regarde bien sa mine remplie de rage... Il semble pouvoir lui sauter dessus à n’importe quel instant tellement il souffre.

On ne touchera plus personne. Tu as vu quel a été l’effet du kelpie; tu n’as, en aucun cas, essayé de me consoler et tu n’y arriveras jamais. De toute façon, aucune de nous deux est en état de faire quoi que ce soit, encore moins de tuer un autre être sensible!


Voyant Nawar tomber à terre, j’accours vers lui en essayant de le soulever.

-Gracias pequeña flor...

J’avais raison; il pouvait me répondre. Par contre, le fait que je sois une fleur est assez ironique : je me nomme Dalia (qui vient de la plante de dahlia), mais je suis allergique au pollen. Ce n’est tous les jours qu’on rencontre ce dilemme... En vérité, je le combats régulièrement, lui qui, le printemps arrivé, ne me relâchera jamais. Pourtant, même on me disant cela, j’apprécie le compliment.

Alors, ça se peut-il qu’il soit lui aussi Espagnol? C’est quand même improbable; moi-même j’avais de la difficulté à avaler que je suis une shapeshifter, mais avec lui... Tout est si surréel. Imaginez que vous êtes d’une nationalité autre qu’américaine ou française. Quelqu’un vient dans votre vie et sème la pagaille partout. Il vous révèle ensuite qu’il est exactement comme vous. Comment vous sentiriez-vous? Pas confortable, ça c’est sûr!

Nah, j’crois pas qu’il soit Espagnol. Vois-tu bien que son nom prouve qu'il ne peut pas provenir de là? Combien de "Nawar" avons-nous déjà rencontrés durant notre existence? À part lui, zéro. Je te le dis, Dalia, qu’il n’est pas né en Espagne. N’importe qui peut apprendre notre langue; elle est une des plus parlées au monde! Si tu veux, essaie de lui demander d’où il vient; tu verras bien que j’ai toujours raison.

-N-no... Hay de que...

Je m’écroule presque sous ce poids trop lourd, mais je parviens à l’endurer, surtout lorsque je me rends compte de la façon qu’il s’est comporté avec moi. À l’échelle du risque de la mort, il est allé et revenu de la lune pour me sauver. Heck, il s’est même rendu jusqu’au Soleil! Et tout ça pour moi... Je me suis presque noyée et je n’ai reçu que quelques coups sur la tête, tandis que son bras est fracturé. Qui sait combien d’autres parties de son corps se briseraient? La seule chose que je puisse faire à présent est de le transporter à destination – du moins, l’aider à se relever -. Alors, quand toute cette histoire ne deviendra qu’un mauvais souvenir, serions-nous désormais amis?
Dada, avec tous ses efforts, parvient à nous raccompagner jusqu’à une maisonnette typique de fermier où l’odeur me rappelle de la vie à la campagne.

-J’va ch’rcher l’Titine.

En renvoyant le regard de celui à côté de moi, on peut dire qu’il se questionne également. Qui est "l’Titine"? Est-ce une personne? Je hausse les épaules en signe de réponse. De toute façon, je ne comprends absolument rien de ce qu’il dit.

L’étranger part enfin, mais cette péripétie ne va décidément pas se finir: Nawar a l’air fiévreux. Jetant un regard circulaire, je tente d’analyser mon environnement pour peut-être trouver un médicament pour lui. Pas de chance; on n’est pas dans une cabine de docteur, mais dehors dans un sanctuaire composé de créatures magiques où un homme assez gentil pour nous secourir de notre misère dans la journée de...

-Ça va aller, ne t’inquiète pas. Tout ira pour le mieux; on devrait être sains et saufs à présent.

Je sais que j’ai dit ça plus pour moi que pour lui, mais tous les moyens sont bons pour rassurer quelqu’un, n’est-ce pas?

Ou presque

Mon esprit se téléporte dans une chambre garnie de deux fauteuils et d’une table basse. C’est étrange... je n’y viens ici que pour les nuits tranquilles. Je m’apprête à m’installer sur une chaise lorsqu’on me tire par les cheveux, me propulsant contre un mur de couleur sombre. Dada, dans toute sa gloire, se penche vers moi. Sa coiffure coupée au carré est plus courte et cette créature se vêt principalement de poils.

-Oh, tu croyais te sortir du gouffre aussi rapidement sans désavantages?

Sa fourrure est d’un mauve éclatant et ceux sur sa tête sont d’une nuance plus foncée. Ses traits bestiaux montrent un sourire trop familier, qui dévoile généralement une de ces raisons; soit elle se moque de toi, soit elle veut se montrer terrifiante et provoquer la chair de poule. C’est la première fois depuis des années que je fais face à une situation comme ça; je ne la visite que durant mon sommeil.

-Eh bien, ce serait ma chance ultime de te faire taire pour le moment...

Elle couvre ma bouche et insère un fil quasi transparent pour connecter mon corps au mur. Le plus étrange dans tout ce qu’elle a dit, ce qu’elle a semblé annoncer un "désavantage" au pluriel.

-Tu ne pourras pas t’échapper de sitôt. Ceci dit, tu n’auras pas trop mal.

Et c’est comme ça qu’elle parvient à prendre le contrôle total sur moi, profitant de la situation pour accomplir n’importe quelle tâche qui requiert une forme humaine.


On dirait que j’étais encore en train de tenir la main de cet homme barbu, le serrant pour me rassurer Dalia. Je m’étirai pendant un trop long moment en le visant d’un regard avide.

-On devrait te faire un massage; ça pourrait replacer quelques os...

Je lui fis un clin d’œil tout en lui servant un sourire. Si d’autres circonstances comme celles de tantôt advenaient, je ne sentirai plus un véritable besoin de cacher ma vraie nature puisqu’il la connaissait déjà. À moins qu’il ne se souvînt pas de moi...

XxX

Me revoilà dans la "chambre communicative". C’était comme ça Dalia l’appelait. Tiens, en parlant du loup: elle s'assoyait au même endroit qu'avant, prise par des convulsions sévères dont elle ne pouvait s'en débarrasser. Regardez-la; elle évoqua la pitié dont elle ne méritait pas. Donnant un coup de pied à son ventre, je déposai ma main sur sa bouche pour l’ouvrir. Larmes aux yeux, elle voulait m’envoyer un message; d’arrêter de perturber et de "torturer émotionnellement" Nawar comme ça.

-Soupir. Cesse de faire ta difficile... Ne puis-je pas avoir un peu de plaisir avec lui? Tu ne me laisses jamais rien faire! Ne pense pas te tirer d’affaire aussi vite; tu dois encore me rendre un service~

Elle laissa échapper un gémissement et des larmes vinrent à ses yeux.

-Oui, c’est ce que tu crois; j’ai dit le mot "soupir" au lieu de réellement soupirer. Ah, la société d’aujourd’hui...

-Arrête tout ça, s’il te plait. Tu ne vois pas que tu devrais au moins faire quelque chose à part me parler? Un bon esprit revient toujours à la conscience au lieu de discuter avec sa jumelle.

Sa voix était tremblante, mais cela ne m’empêchait pas de lui infliger une autre blessure à son estomac. Je recouvris ses cordes vocales et je reviendrai à mes moutons. Elle n’aurait jamais dû me sermonner d’une façon si méprisable.

XxX

Je n’avais aucune idée comment Dalia avait pu me défier si longtemps. Six ans passaient en un éclair; le temps allait si vite...

Je replaçai mon étoffe tout en marmonnant que je m’en serais mieux sortie si j’étais nue. Contrairement à elle, j’étais plus à l’aise dans ma peau, peu importe qui me regardait. En fait, la possibilité qu’un spectateur qui me visualiserait dans toute la splendeur du corps "sacré" de Dalia ne me dérangeait pas du tout. Au contraire, c’était agréable d’être aussi appréciée. Si seulement elle me laissait se révéler de cette façon... Soupir. Même si je n’aimais pas écouter ses demandes, elle ne me tolèrera plus jamais de lui avoir fait quelque chose de même, non qu’elle me pardonnerait d’une manière ou d’une autre. De plus, il serait moins encombrant que si l’on transportait cette grosse couverture accablante. Mais, impossible de la convaincre; elle ne dressera jamais son oreille.

Enfin! Le drap convenait à ma vision de son emplacement; j’avais réalisé son souhait et, en même temps, j’étais finalement confortable... Sauf pour une chose qui se trouvait sur le bras gauche du confrère, celui qui était encore en bonne forme à ce jour, et celui dont j’examinais avec envie et jalousie. Le seul élément dont j’avais besoin – hormis l’opportunité d’échapper à toujours de cette cage formée d’une mentalité conservatrice - était des muscles, et beaucoup plus que j’en avais. En observant de plus près, on ne pourrait pas dire ceux de l’humain en soi, mais ceux de son autre façade, celle du loup-garou. J’avais aperçu combien ce dernier était puissant et habile dans le combat final ainsi que ses coups bien placés et menés. Mais, il avait encore à apprendre afin de surmonter l’agilité du kelpie mort.

Des sanglots retentirent dans ma tête tandis que je commençais à avoir des vertiges. Qu’est-ce que je donnerais pour avoir ma propre apparence sans cette satanée d’humaine qui me gâche la vie? Dalia, encore obsédée par sa première proie, pleurait de son sort inévitable. Franchement, je ne comprendrai jamais les humains et leur tristesse. Pour moi, ce n’était pas trop grave, mais elle... Je ne voulais plus en parler, alors j’allais l’ignorer. Suivant cette stratégie, elle devrait arrêter son manège dans quelques heures et cela en vaudrait la peine.

Je continuais à caresser doucement le membre encore valide de Nawar, m’imaginant implanter mes griffes dans sa peau délicieusement rugueuse. Pour satisfaire le désir de la poule qui me retenait, j’avais prêté attention à ne pas lui infliger plus de tourment de ce qu’il avait déjà subi. Je n’avais pas envie de le supprimer, mais de le garder et de le conserver, de m’y accrocher jusqu’à l’épuisement.

Je rougis suite à cette pensée tout en mordant ma lèvre inférieure. Par contre, mon fantasme ne dura pas longtemps lorsqu’un bruit de moteur se fit entendre, brisant cette atmosphère dont je ne préfèrerai pas décrire. Le propriétaire devrait sûrement être revenu.

-Voyons voir ce qui se passe.

Je lâchai enfin le biceps de mon compagnon et j’oscillai lentement pour arriver devant une charrette conduite par un tracteur avec une roue dégonflée. Ma pupille se contractait et ma respiration s'accélérait lorsque le vieil homme se tourna vers nous, surpris par notre énergie soudaine.

-Toi’ssi...

Je penchai la tête d’un côté, ce qui rendit le tenancier encore plus confus que d’habitude. Sous un état de choc, il nous fit signe de monter sur la carriole en attendant qu’il répare le véhicule.

-Mon sauveur en premier.

Et un autre clin d’œil. J’avais l’impression d’en accumuler ces temps-cis! Je fis la révérence et j’attendis jusqu’au moment où il y entrait. Après un moment prolongé de silence, on parvint finalement à s’assoir sur un siège à quelques pas de distance. Ce manque de son m’énervait et je m’apprêtais à m’exploser à cause de ça. J’espérais au moins parler de banalités pour me calmer.

-Essaie de respirer par le ventre; le plus d’oxygène qui entre dans ton corps, le mieux c’est.

On dirait que le trouble d’un autre ferait assez d’inspiration pour une ouverture convenable.

-D’où viens-tu? Tu ne me sembles pas espagnol. En tout cas, tu n’as pas non plus l’apparence d’un Américain.

Je tentai, une fois pour toutes, de me rapprocher de lui en me présentant avec un sourire des plus gracieux. Mon but n’était pas de l’effrayer, mais pour qu’il puisse (penser) avoir (un peu) plus de confiance envers Dada, et non juste avec Dalia.

-Mais, dis-moi...

Je m’apprêtais à reparler au moment où le campagnard rentra dans l’automobile et s’installa face au volant.

-‘Tion, on part! N’essai’ pô de faire q’qu’chose d’fou, j’ai vu de t’tes sortes l’bas!

Je serrai mes poings pendant qu’on roulait vers une direction méconnue. Je m’éloignai de l’autre passager tout en fronçant les sourcils.
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Jeu 12 Avr - 18:45

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J'ai laissé Dalia se lever et découvrir avant moi ce que le fermier nous avait réservé. À dire vrai, je commençais à me sentir dérangé par la présence de la jeune femme. C'était indicible, mais quelque chose dans son attitude de collait pas au personnage que j'avais découvert. Bon, nous nous étions rencontrés dans des circonstances par trop peu ordinaires certes, mais... Mais il y avait bien quelque chose de différent. Pendant un moment, j'avais cru que c'était la fatigue et la douleur qui me faisaient un peu divaguer. Mais il y avait plus que ça, j'en étais persuadé. Et cela ne me rassurait pas, mais j'étais bien en peine de pouvoir protester ou trouver une explication logique. J'avais à peine bougé lorsqu'elle s'était complu dans des caresses à la limite de la décence. Et, à présent, je la toisais d'un œil méfiant tandis que je la rejoignais pour découvrir un véhicule datant d'un autre temps, voire carrément préhistorique. Non mais, on ne va pas monter là-dedans ?

Si, apparemment... Décidément, cette journée s'achevait comme elle avait commencée : sans queue ni tête !

« Mon sauveur en premier » dit une voix que je ne reconnu pas, se confondant en clins d’œil et en courbettes. Un sauveur ?! Et puis quoi encore ??!! Ah, il avait fier allure le sauveur, ah oui vraiment ! Un de ces sauveurs qui désire bouffer la demoiselle en détresse et la laisse gambader nue pendant des heures ! Un sauveur qui laisse les autres se faire massacrer... Un pincement au cœur me ramena à la réalité et je répondis à ses allusions d'un œil interloqué, puis étrangement éteint : ni noir, ni complice, seulement indifférent. Du moins, j'essayais... car si c'était un jeu, je n'étais pas certain de vouloir m'y engager sans en connaître toutes les règles. Et m'était avis qu'elle ne me les fournirait pas...

Je suis monté avec difficulté dans le chariot tandis que le fermier s’affairait à réparer la roue de son tracteur antique. Et, alors que je m'installais avec grimaces, mon esprit réfléchissait à plein régime ; ce n'était pas Dalia. Définitivement pas. Mais qui d'autre ? Peut-être que sa faculté de transformation laissait des traces dans son esprit... Après tout, je subissais bien les influences odieuses de mon autre moi, mais tant que je restais moi - je veux dire en chair et en os - j'étais seul maître à bord... Cependant, Dalia m'avait dit qu'elle avait cette « habileté » depuis toujours et... Je frissonnais soudain à l'idée que ce partage de corps pouvait s'accompagner, au fil du temps, par une séparation nette de l'esprit... L'idée que la part de l'autre pouvait devenir si grande qu'elle pouvait prendre le pas sur l'esprit sans avoir besoin de changer de corps me provoqua des palpitations et de grandes coulées de sueurs.

Bien sûr, c'était très confus pour moi, mais atrocement effrayant. J'essayais de vite rejeter l'idée d'une telle évolution et laissais la jeune fille prendre place à mes côtés. Dans le déni le plus total, je me disais que, peut-être, la jeune fleur était tout simplement complètement folle. Un genre de schizophrénie ou un truc comme ça, comme dans les films... Et, bien qu'effrayante, cette idée me rassurait davantage que l'autre option...

Toujours le regard légèrement éteint, je l'écoutais sans mots dire me prodiguer des conseils servis avec un sourire carnassier. Véritablement, je n'arrivais pas à suivre le fil de sa pensée. J'avais l'impression qu'elle me baladait dans les sens qu'elle voulait sans que je puisse rien y faire. Un sauveur incapable de se sauver lui-même...

Puis, tout à coup, l'une de ses remarques me fis exploser de rire. « Moi ?! Pas l'air d'un américain ?! Ahahahahah ! C'est le moins qu'on puisse dire ! ». Pour la première fois depuis de très longues minutes, je posais sur la jeune fille un œil amusé. «  Non non, pas américain, ça c'est sûr. Je suis un pur enfant d'Istanbul, à la fois Orient et Occident... ». Et merde, rire avait relancé une douleur vivace que la jeune fille capta certainement car elle s'avança vers moi, tout sourire dehors, comme prête à bondir. Je retins mon souffle et... Et la voix rocailleuse de l'autre énergumène retentit comme pour me sauver de la vampirisation. Un Deus Ex Machina dont les paroles, déjà tant déformées par son fichu accent, nous parvenaient à peine dans le vrombissement du moteur, mais Deus Ex Machina providentiel quand même ! Je lâchai un soupir, retrouvant la capacité de respirer à peu près normalement. Et nous nous mîmes en route.

Je regardai sans le voir le paysage défiler à la vitesse d'un colimaçon. Notre véhicule n'avançait pas vite et la moindre pierre sur le chemin faisait sursauter la carriole, le tout accompagnée d'un vacarme de tous les diables provoqué par l'engin à moteur. J'essayai de trouver une position qui ne me ferait pas grincer des dents de douleur à chaque instant, et avais totalement renoncé à rechercher le moindre confort. Dalia, quant à elle, paraissait renfrognée, serrant les poings et se murant dans le mutisme. Je ne comprenais pas pourquoi, et, pour tout dire, je ne tentai plus de le faire. Si c'était une facette de son jeu, elle allait être bien déçue ;j'étais aussi réceptif et réactif qu'un mollusque. J'avais du mal à rester concentré, comme si toute la tension accumulée dans la journée s'était finalement relâchée, laissant mes muscles et mon esprit amorphes. Et pourtant, malgré cela, son silence m’oppressait. Il était aussi froid que du brouillard et aussi tranchant qu'un poignard.

Après de longues minutes passées à regarder les serres illuminées s'approcher lentement, je sentais que je devais briser ce silence étouffé dans un boucan d'enfer. Ma respiration était saccadée, se calquant plus sur le flux des pics de douleur venant de mon bras que sur le rythme – pourtant simple – de l'inspiration et de l'expiration.

«  Tu sais que je me suis déjà cassé ce bras-là ? » lui ai-je lancé soudainement, avant de continuer. «  Je devais avoir l'âge de mes fill-...euh, enfin, je devais avoir 6 ou 7 ans. Ma mère, elle tissait des tapis, et mon père les vendait tu comprends. Et moi, j'étais petit et je croyais en la magie. J'étais persuadé que je pourrais voler comme le faisait Aladdin dans les contes. Alors, je me suis faufilé dans l'atelier de ma mère et j'ai choisi un tapis qui me paraissait plus magique que les autres et, surtout, à ma taille. Tu comprends, dans mon esprit il fallait le voler pour qu'il puisse voler. C'était totalement logique, Aladdin était un voleur après tout... Bref, je suis monté sur le toit de notre maison en plein Istanbul. Tu sais, chez moi, les toits sont plats, c'est facile de s'y balader ».

Je marquai une pause, le temps de reprendre mon souffle. Repenser à cette histoire me faisait doucement sourire... Et si mon peuple était connu pour toujours exagérer ses histoires, celle-ci était tout ce qu'il y avait de plus authentique. «  Alors j'ai déroulé le tapis, j'ai couru de toutes mes forces et je me suis élancé en m'agrippant à ses bords, persuadé qu'il allait flotter dans les airs ! Et au lieu de ça, je me suis retrouvé par terre, pétri de douleur ».

Ce n'était pas vraiment drôle, mais je ne pus m'empêcher d'échapper quelques rires avant reprendre : «  Quel idiot ! Mais, crois-moi ou pas, le plus douloureux, ça n'a pas été le bras cassé ni les remontrances de ma grand-mère – puis de la famille entière d'ailleurs - pour avoir non seulement volé de la marchandise ou avoir été assez bête pour croire que ça allait marcher, mais ça a été de m'apercevoir que la magie n'existait pas. Tu vois, de comprendre qu'on nous avait menti depuis toujours et que les aventures, ça n'arrivait jamais aux gens réels... Parfois, j'ai encore du mal à croire à tout ça – à la magie je veux dire - même si je suis... enfin, tu sais... » lui dis-je en mimant avec mes mains deux crocs me sortant de la bouche et en lâchant un petit grognement assez ridicule pour quiconque avait déjà croisé mon autre moi. L'humeur était presque à la camaraderie, mais un froid intense s'emparait de moi et venait brouiller ma vision. Ce n'était pas normal ; je n'avais jamais froid. Je me suis passé une main sur le visage, essayant de retrouver un peu de netteté.

Puis, je repris ma respiration avant de rajouter : «  Finalement, j'aurai préféré que tout ça ne soit que des mythes... Je sais pas si c'est pareil pour Dalia, mais pour l'instant j'y ai plus perdu que gagné... » dis-je plus sombre que je ne l'aurai souhaité. Je gardai mon regard vacillant sur elle, essayant de voir ses réactions, tout particulièrement à la dernière phrase qui suggérait, l'air de rien, que je faisais la distinction entre celle qui se trouvait devant moi et celle que j'avais rencontrée plus tôt. Autour de nous, les serres éclairées posaient leurs lumières livides sur nos visages fatigués, nous donnant un air maladif. Puis, quelques bâtiments commencèrent à se dessiner...
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Lun 16 Avr - 18:49

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Qu’est-ce que j’avais voulu dire? Je m’étais rapprochée de Nawar quand soudain cet arriéré apparut et me fit oublier ma pensée. Qu’allais-je ajouter à présent? Peut-être dans ce qui ressemblerait à "Qu’allons-nous faire? Comment pourrais-je récupérer mes vêtements?", mais ce n’était pas du tout mon genre de me questionner à propos de tout et de rien. "Oh, mais c’est si dangereux..." Et bla, bla, bla. J’imaginais déjà Dalia en train de se recroqueviller pour s’enfuir de ce monde parallèle, qui était, pour elle, un cauchemar par-dessus l’autre. Impossible de supposer qu’elle pourrait se défendre elle-même! C’était toujours moi qui devais aller à la rescousse. C’était toujours moi qui devais aider les autres sans rien vouloir en retour. C’était toujours moi qui...

Respire par le nez, aspire l’air par le ventre pour te calmer plus rapidement... Et puis quoi? Expirer? Par le nez ou par la bouche? Ou au contraire, retenir ma respiration? Je me promenais au fin fond de moi, saisissant tous les souvenirs qui me passaient par la tête.

***

À mes débuts, on me désignait comme "la voix omnisciente" ou même "l’être mystère". Malgré le fait que je ne pouvais pas encore acquérir le contrôle total, j’étais fière d’être crainte et respectée de tous. En vérité, à part Dalia, personne d’autre ne sut de mon existence. Sans me révéler, je pouvais voir tout ce qui se passait dans sa tête. Croyez-le ou non, nous avions assisté à la Saint-Firmin plusieurs fois. Dans le temps où le grand Francisco participait à la course, Dalia était presque une adulte. Mais, allons nous concentrer à la fois où nous étions très, très jeunes.

Avec les parents et les trois frères, nous tracâmes notre chemin jusqu’à la ligne d’arrivée pour féliciter les survivants. Hélas, nous nous perdions (moi et Dalia) dans la foule si bruyante qu’on ne reconnut plus aucune voix sous les acclamations joyeuses et parfois choquées des gens. Soudain, nous vîmes quelqu’un être transporté dans une ambulance. Plus tard, je pouvais présumer qu’un taureau avait transpercé cette personne. Cela arrive; il était déjà très difficile de penser pouvoir s’enfuir des animaux enragés, et encore moins de survivre! On nous cria et on nous tira loin de l’accident. On se retournait pour voir les parents serrer Dalia dans leurs bras en essayant de la réconforter. Bien sûr, à cette époque, l’enfant ne sut pas que je me logeais tranquillement dans son cerveau, en attendant le moment propice pour agir.

***

Voyons donc, qu’est-ce qui se passait avec moi? Était-ce à cause des contusions dans mon crâne? Pourquoi avais-je laissé Nawar entrer avant moi dans la carriole? Oui, je le sais, Dalia me dira que "c’est ce qui arrive quand on ne se questionne pas", mais qui était-elle pour me dire quoi faire? C’était inacceptable, mais pour une raison inconnue, je l’avais laissée faire. Après tout, c’était elle qui m’emprisonnait dans son corps, alors aucun moyen de changer d’hôte sans mourir. Et voilà que je me contredis, radotant encore et encore jusqu’à ce que je ne me sois plus rappelée de la conversation initiale. Parlant de cette dernière, voici le barbu qui rit à l'allusion de ne pas ressembler à un Américain. Quoi? J’avais toujours pensé que ceux-ci étaient tous obèses et arrogants! Au moins, c’était comme ça que la télé les avait peints.

-Je suis un pur enfant d’Istanbul, à la fois Orient et Occident, disait-il, rempli de fierté.

Que cela faisait du bien de rencontrer des gens de toutes sortes! Dans n’importe quelle communauté, la majorité des personnes étaient toujours les mêmes. Prenons l’Espagne, par exemple. On disait que tout le monde était généralement bronzé, aux yeux bruns et à la chevelure sombre, reflétant le mystère de ce pays si coloré. Mais, j’étais un intrus, un étranger dans cette culture, même dans cette propre famille! J’étais blanche comme la neige et j’avais des yeux bleus comme le ciel... Difficile de m’accepter, je me mettais toujours à l’écart à cause de mes différences. Pouvais-je me considérer comme Blanche-Neige avec les 7 humains?

-Et moi, même si ça ne parait pas, je suis fait cent pour cent en Espagne. À prendre avant la date d’expiration!

Je lâchai quelques ricanements amers. Si seulement... Après l'avertissement du fermier, le chariot bondit au contact de plusieurs roches sur le chemin. Un long moment passa lorsque je réalisais que je ne pouvais plus voir sa cabane, mais plusieurs entrepôts de cultures s’entassaient les unes à côté des autres. L’air autour de moi se resserrait et m’étourdissait avec ce vacarme incessant du moteur. Hormis celui-ci, le seul son que je parvins à capter était le halètement irrégulier de l’autre passager. Je te l’avais bien dit, t’aurais pu suivre ma consigne!

-Tu sais que je me suis déjà cassé ce bras-là?

Je me retournai lentement vers lui, établissant un contact visuel avec mon voisin qui me racontait une chronique de son enfance où il espérait voler à l’Aladdin. Dalia aimait bien les histoires de Disney et nous avions visionné en boucle tous les films avec les frères. Ce qui me surprenait, c’est qu’il se corrigeait au tout début. Bof, je n’avais plus envie de me morfondre avec d’autres questions insipides! Ce n’était pas comme si ce détail était bien important ou pertinent à ma compréhension. Je profiterai du temps mort à la fin de son monologue pour répondre.

-Non, tu n’étais pas un idiot! À ta place, je ferais exactement la même chose. Heureusement que mes parents ne vendaient pas de tapis, qui sait combien de blessures je me serais infligées?

Captivée par son historiette, je ne pus m’empêcher de sursauter à cette toute dernière phrase qui mentionna le nom de Dalia. Aha! Voilà une des réactions dont je m’attendais! Même avec son regard temporairement vide, il tremblait. De peur ou de froid? Se rendit-il compte que j’étais en train de jouer avec lui? Devrais-je inviter Dalia dans ce mélange épais de folie? Croyait-il sincèrement qu’il allait me faire avouer ma vraie nature en essayant de ne pas participer dans ma supercherie? J’avais deviné qu’il était plus intelligent qu’il paraissait. Personne ne pouvait me tromper comme cela, mais... J’avais besoin de réfléchir.

***

-Dalia, dónde estás? Dalia?! DALIA?!!!

Depuis environ une semaine après l’échappement de l’opération "devenir l’animal domestique d’Elodia", on nous disait que Dalia n’agissait plus de la même façon. Mais, pouvait-on vraiment me blâmer? C’était la première fois que j’envahissais un vrai corps et que je pris une vraie apparence. En plus du combo voir et entendre, je pouvais enfin me promener, marcher, courir, goûter, croquer, manger, dévorer, écraser...

-Mamá, Dalia está aquí, ¿no ves?

Agustín, l’aîné de deux ans, essayait en vain d’apaiser les inquiétudes de la mère. Nous étions en train de cuire des biscuits quand j’échappai, distraite, le plateau de pâtisseries qui devaient aller au four. Même si j’étais à côté d’elle, cette femme hurlait pour sa douce fleur partout dans la pièce.

-Madre... estoy aquí.

Hystérique, elle me regarda de travers, ouvrant toutes les armoires et les portes pour "chercher Dalia". Le frère s’approcha de moi, mais je m’enfuis de l’appartement. Il me rejoint à l’extérieur et me murmura à l’oreille.

-Quédate un poco más de tiempo. Si mamá se calmó, te lo haré saber.

Bien sûr, il avait été trop bête pour reconnaître l’absence de sa sœur. Au contraire, ma performance était-elle assez... performante (clin d’œil intérieur)? Je revins à la cuisine une demi-heure plus tard, venant m’enfoncer dans les bras de la maman.

-Mamá, ¡no te preocupes, estoy aquí!

Après une très longue étreinte, je la lâchai enfin. Je me désignais d’un signe de la main en tentant de la rassurer.

-Soy yo, Dalia.

Son regard s’attendrit et se promena au loin, cherchant sa réponse. Au bout d’un temps, la mère mit ses mains sur mes épaules et me chuchota.

-Si eres Satanás, trata de no hacerte descubrir.

Et elle partit, comme ça, pressée de s’éloigner de la maison. Agustín et moi, nous nous regardâmes. Lui était incrédule, et moi je fis de mon mieux pour ne pas sourire. J’étais, pour la mère adoptive, Satan, le roi de l’Enfer.

***

-Mais...

J’observai Nawar à mon tour. Si j’allais me contredire et laisser une horloge cassée être juste une deuxième fois, alors mieux fallait l’exécuter proprement. Je toussotai quelques fois afin d’adoucir ma voix.

-J-je... je suis là, lui dis-je avec mon regard d’enfant naïf. Pourquoi m’adresses-tu à la troisième personne?

Je devrais m’avancer à petits pas si j’espérais le duper. Même si je disais que "je ne sentirais plus un véritable besoin de cacher ma vraie nature", je voulais poursuivre mon jeu de devinettes. Oui, j'aurais pu renoncer à un effort additionnel, mais j'avais décidé que mes besoins ne coïncidaient pas avec mon désir. Tant que le fermier me conduisait à l’hôpital, j’étais à peu près sûre que j’allais survivre. Donc, je me tâchais de me divertir jusqu’à ce que le temps s’épuise. Et, de ce temps, je sentis qu'il n’y en restait plus beaucoup.

Le paysage urbain s’ébaucha sous la lumière des lampadaires, agrémentant notre état physique lamentable. Je suppliai Nawar des yeux, mes doigts effleurant à peine les siennes. Comment allait-il réagir? Allait-il continuer de prétendre être neutre ou exploser sauvagement et m’accuser? J’espérais seulement que le vieux ne nous arrêterait plus pendant notre discussion.

Une chaleur inconnue se fit sentir à mes jambes et je tassai mon couvert de côté pour exposer mes genoux arrosés de sang. Habillée de cette façon, je m’étais trempée dans ma propre sueur pendant tout ce trajet et mes blessures s’étaient rouvertes. J’essayai de mouvoir mes articulations. Aucun succès. Décidément, mon organisme se fatiguait trop à force de combattre. À mesure que je montrais un soupçon de vouloir bouger, toutes les parties de mon corps s’étirèrent et se reposèrent dans des craquements sourds. Aïe, que ça fait mal!

Plusieurs spirales apparurent devant moi, se boyautant de mon sort tandis que leurs queues se resserraient autour de moi. Tourmentée d’excitation et de douleur, je me penchai vers l’extérieur pour dégueuler du sang. Ma vision brouillée, les torsades me poussèrent, me faisant presque tomber de la charrette. Allez, tiens bon... Les bras pendus, je tremblai sous les vrombissements du véhicule démodé tandis que mes forces déclinaient. L’air humide d’été s’engouffra difficilement dans ma gorge séchée et ma respiration devenait plus rauque et spasmodique. Livide, je ne pus comprendre les sons qui passaient par mes oreilles pendant que mes paupières s’alourdissaient peu à peu. Je tentai de répéter en boucle ma comptine favorite dans l’espoir de rester éveillée.
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Mar 17 Avr - 17:36

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- Pourquoi m’adresses-tu à la troisième personne ?

Touché !
Je souriais en moi-même face à la réaction de la jeune fille, ou plutôt de ce qui en était au contrôle. Je me disais que quelqu'un qui n'avait rien à cacher ne relèverait pas cette faute, ou du moins, n'essaierai pas de se justifier comme elle l'avait fait. Mais je n'étais pas plus avancé et je ne savais pas vraiment quelle tactique adopter... Car si je l'avais touché, était-il vraiment nécessaire de la faire couler ? J'avais envie de savoir à qui j'avais affaire et besoin de savoir si je pouvais lui faire confiance vu la situation précaire dans laquelle nous étions. Je n'avais jamais été très doué pour les batailles navales...

- Quoi ? lui dis-je dans un étonnement feint.  Je ne m'en suis pas rendu compte... Voilà que je ne sais plus aligner deux mots !  lançai-je dans un air de dépit, portant à nouveau la main à mes yeux pour les frotter avant de la reposer tout proche de celle de la jeune fille, nos doigts s'effleurant presque.

Je ne savais pas si mon mensonge prendrait ni si j'aurais la force de continuer ce jeu très longtemps car toute mon énergie se mobilisait pour lutter contre la vague glacée qui venait s'infiltrer jusque dans ma chaire, et même jusque dans mes os. Et, lorsque je vis Dalia pousser l'étoffe qui cachait son anatomie, je pris réellement conscience qu'il ne faisait pas froid du tout dans cette fin de journée d'été. Ça venait de moi et uniquement de moi, mais rien ni personne ne pouvait y faire quelque chose pour l'instant. Tout comme pour les blessures de la jeune fille qui reprenaient à saigner... Cette impuissance était pesante, et presque révoltante. Pourquoi cet abruti de fermier ne possédait pas une jeep comme tout bon bushman ? Nous serions déjà entre les mains d'un médecin... J'étais perdu dans ma rancœur lorsque la jeune fille se mit à s'étirer puis, soudainement, se pencha par-dessus bord.

-  Dalia ? Qu'est-ce qui...

Je reconnus le son caractéristique du vomissement avant de pouvoir finir ma phrase. La pauvre... J'éprouvais tout d'un coup des remords pour les accusations que je nourrissais à son encontre car, après tout, qui que ce fut elle n'était pas en forme et c'était ce qui importait, non ? Mon cœur bondit dans ma poitrine lorsque je la vis se pencher encore davantage, chavirant presque par dessus bord. D'instinct, je me suis rapproché dans son dos en une fraction de seconde, prêt à donner mes dernière forces pour l'empêcher de basculer sur la route. Ses bras pendaient minablement comme ceux d'un pantin désarticulé et sa respiration se faisait difficile, presque coupée à cause du rebord du chariot.

-  Oh non non non ! Ne me fais pas ça florita !

J'enroulai maladroitement mon bras sur le haut de son torse à la manière dont les sauveteurs en mer attrapent un noyé pour le ramener sur la terre ferme et, d'un geste, la fit basculer légèrement en arrière pour la plaquer contre moi et l'éloigner du vide. Le contact de sa peau brûlante ne fit que nourrir de nouveaux frissons. Vu de la rue, j'imaginais que notre position aurait pu paraître romantique, mais nous étions loin d'une situation si plaisante. J'allais hurler au chauffeur de s'arrêter lorsque l'engin se stoppa net manquant de nous faire cogner contre l'avant du chariot. Il avait dû voir Dalia en mauvaise posture et avait réagit en conséquence. Et par mauvaise posture, j'espérais qu'il s'agissait de l'imminence de sa chute et non du fait d'être collée à un type qui avait eu le malheur – à ses yeux - d'être naît dans une autre couleur que le blanc crème.

- Qu'esse qu'y s'passe encor' ? Nous dit-il en en s'approchant de la charrette.  J't'avais pourtant prév'nu d'pas...
-  Je crois qu'elle fait un malaise !  lui répliquai-je avec rage et pétri d'angoisses.  Aidez-moi à l'allonger.

Il monta à l'arrière sous les regards curieux de quelques passants. Les yeux de la jeune fille s'ouvraient par intermittence, se refermant presque aussitôt comme si elle luttait pour les garder ouverts sans y parvenir. Tout son corps était presque aussi mou qu'une poupée de chiffon. Mais une poupée de chiffon ne saigne pas autant et n'a pas besoin de respirer... Tout en douceur, nous la basculâmes sur le côté de façon à ce que sa tête repose sur mes cuisses et que son dos soit bien plaquée contre le dossier. Ses jambes pendaient mollement dans le vide en laissant écouler un flot ténu, mais constant, de liquide rouge et poisseux. De faibles sons hoquetaient parfois de sa bouche, mais j'étais trop paniqué pour y prêter réellement attention.

- On n'y est dans qu'lqu' minut', m'assura-t-il.
-  Merci...  lui adressai-je avec gratitude.

Il me fit un léger signe de tête avant de redescendre pour se remettre derrière son volant. La tête penché au-dessus du visage livide de la jeune espagnole, je psalmodiais des mots sans cohérence, priant pour qu'elle tienne le coup, la suppliant de ne pas lâcher l'affaire. Je lui caressais distraitement les cheveux de ma main droite, ignorant la douleur que le simple fait de remuer les doigts m'infligeait, tout en maintenant fermement son épaule de mon autre bras. Et je tremblais. Je tremblais de froid. Je tremblais de douleur. Je tremblais de peur.

Et je continuais à lui parler, écoutant à présent les moindres sons sortant de sa bouche, y répondant de manière absurde – juste pour prouver qu'elle n'était pas seule, surveillant sa respiration trop erratique, la berçant de mes tremblements, l'inondant de ma fièvre, déversant sur elle toutes mes angoisses de mort refoulées.

La suite fut assez floue pour moi et seuls quelques souvenirs épars me reviennent encore en mémoire. Je me souviens qu'après seulement quelques minutes le tracteur s'était arrêté et j'avais reconnu la façade du petit hôpital d'Old Fyre. Je me souviens être resté dans la charrette, fermement accroché à Dalia, incapable en réalité d'aller quérir de l'aide auprès de qui que ce soit. Je me souviens que je ne pouvais pas la lâcher, tant et si bien qu'un quelconque infirmier ou médecin avait dû lutter pour libérer la jeune fille de mon emprise. Je me souviens de la lumière blanche et intense des néons qui se réfléchissaient sur le blanc maladif des murs. Je me souviens qu'elle disparut de ma vue alors que l'on me menait dans diverses salles d'examen, couché sur un brancard grinçant. Je me souviens que des gens s'agitaient et parlaient tout autour mais que je n'avais pas envie d'écouter. Je me souviens des piqûres. Je me souviens de la fraîcheur et de la dureté des chaînes dont on m'entrava pour la sécurité de tous. Je me souviens du silence face à mes questions concernant la jeune fille. Puis vinrent le calme, la chaleur et le repos... Enfin...
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Sam 21 Avr - 12:42

Il n’existe rien de constant si ce n’est le changement
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Une tête de cheval s’approcha de moi, révélant ses crocs. Ses yeux étaient injectés de sang et de la bave cascadait partout sur son visage.  Flageolante, ma main s’étira, mais n’atteignit pas la figure. Ça y est, je délirais. Mon ultime tentative de me tirer du sommeil tomba à l’eau. Non... tiens bon... pas ici...

Je tremblai de tout mon être.

-Ke... ke...

Sous ma vision lamentable, je pouvais apercevoir... Non, pas le temps de voir. On me repêcha du désespoir. Des bras puissants et fermes me retenaient et si j'aurais assez d'énergie, je pourchasserai ces spirales de malheur qui me faisaient tant souffrir. Des sons incompris s’échappèrent de ma bouche, comme si une force inconnue voulait rassurer les appels familiers qui me hurlaient dans les oreilles. Une masse râpeuse circula sur ma figure et me caressa la joue. Ça me rappelait la grand-mère qui essayait de nous réconforter après être tombé.

-N-nah...?

Je ne pouvais plus rien faire à présent. Ma vie, j’étais sûre et certaine qu’elle prenait fin. Mais, on me répondit avec ces murmures qui me donnaient espoir de rester sur terre. Ou plutôt, nous; Dalia s’était réanimée. Je sentis son esprit s’allier au mien, pour m’aider à ne pas mourir, pour reprendre le courage de survivre. Nous continuâmes à bredouiller du n’importe quoi dans l'espoir de transmettre à celui qui nous retenait que "oui, on est en vie, tout est fini maintenant". Personne ne pouvait nous comprendre à présent. Le traumatisme que nous avions vécu, le fait d'avoir plusieurs personnalités dans le même corps, le clash entre la douceur et la sauvagerie... En fait, moi non plus je n’y comprenais rien, et je n’y penserai même pas saisir ce qui se passait avec Dalia, car nous n’avions pas les mêmes sentiments ni opinions sur le monde autour de nous. Malgré tout cela, elle était une partie de moi-même. C’était ringard, mais c’était aussi la vérité.

Un contact froid toucha notre corps et s’entrechoquait avec la chaleur qui nous envahissait. Le temps ralentissait et s’accélérait en même temps. Les impacts de cette journée compliquée se mélangeaient avec notre saleté, notre douleur, notre confusion, notre détresse... Nous poursuivîmes notre tri-dialogue dans une direction instable, allant à presque être cohérent jusqu’à n’être plus que des syllabes contradictoires et sans traduction. Nous ne pouvions plus sentir nos jambes ni nos bras à présent. Chaque muscle menaçait de se briser ainsi que chaque os, chaque veine... Nous nous enfoncions peu à peu dans la composition du bois, fondant sous le soleil (ou la lune?) brûlant.

Brusquement, on nous tirait de l’emprise de ce qu'on crut être Nawar. Nous étions maintenant sous des voix toutes indistinctes les unes des autres. Il nous avait lâchées... Lentement, ces bruits s’éteignirent, laissant en suspens notre dernière pensée. Malgré la berceuse (qui, d’ordinaire, nous réveillait), nous nous endormions.

XxX

Les chaînes se détachent. Enfin! Que s’est-il passé?

Dans la noirceur de la pièce, Dada s’effondre. Je cours auprès d’elle pour la rattraper. Même si un esprit ne peut pas physiquement avoir mal, je ne peux m’empêcher de m’inquiéter au moins un peu pour elle en dépit de tous les troubles qu’elle m’ait provoqué. Je ne peux pas la laisser tomber. Je ne peux pas laisser mourir une partie de moi-même! Malgré l’étrangeté de cela, je fais de mon mieux pour la soulever et l’installer sur son fauteuil. Quelques éternités plus tard, je la surprends en train de ronfler. Ce serait presque adorable si l’on pouvait la prendre au sérieux avec ce nom-là. Pourquoi s'était-elle appelé ainsi? A-t-elle voulu encore me contrarier pour rien?

-Dada?

Elle lève à peine sa tête et fait une moue interrogatoire.

-Que veux-tu? J’ai trop fait aujourd’hui...

-Comment peux-tu dormir après ce qu’on a fait?

Elle se redresse et s‘étire d’une manière indolente, venant s’installer plus confortablement au dossier de sa chaise.

-Je m’imagine dans un pays de bonbons. Après avoir battu la poudre de cannelle irritante...

Elle se sert du temps de pause pour me servir un sourire faible et... sincère?

-Je pourrais enfin avoir toutes les glaces et le chocolat que je... zzz...

Très, très long soupir. J’ai gravement besoin de me reposer après tant d’effort physique et émotionnel. Moi aussi j’ai trop fait pendant la journée. Alors que je m’écroule sur mon sofa bleuté, je parviens à la conclusion que je pourrais continuer à vivre et à dormir en paix dans ce monde parallèle au mien, dans ce Candyland ensorcelé.

XxX

Je me redresse soudain, remplie de transpiration. Je ne me souviens plus ce dont j‘ai rêvé, peut-être des créatures magiques, des temples... des spirales? Je tente de régulariser ma respiration dans ce lieu étrange tandis que mes muscles se contractent. Je ne suis plus dans mon lit, mais dans une chambre d’hôpital. Il n’y a pas beaucoup de décorations: seulement une chaise et une table de nuit à chaque côté du matelas. On entre discrètement dans la salle.

Nawar?

Ah non, ce n’est pas lui. Mais, je retiens ma déception lorsqu’une infirmière vient m’apporter un plateau de nourriture. Elle semble assez timide et son expression s’adoucit à ma vue. Pourrait-elle m’aider à le retrouver?

-Êtes-vous Dalia Cova?

Je hoche la tête frénétiquement. Faute de préparation, je balbutie quelques mots en espagnol, puis dans un langue que je ne reconnais pas. Ce n’est sûrement pas le français ni de l’anglais. Alors, comment ça se peut-il? Je connais à peine quelques autres dialectes, mais pas assez pour bavarder convenablement! Je me rappelle un cours de Monsieur Jean qui nous a dit qu’il existe certaines personnes (et même des créatures magiques) qui peuvent communiquer à l'aide de codes lumineux. Ceci est impossible pour moi, je n’ai même pas appris à les lire! La dame dépose rapidement l'objet sur un bureau et applique une serviette froide sur mon front, me forçant à me recoucher.

-Oh la-là, vous êtes fiévreuse! Tâchez de ne pas bouger, je vais vous ramener un médecin tout d-

-N-nah...

Elle s’arrête pour un moment, se retournant de curiosité et d’affolement. Qu’est-ce que je peux lui dire quand je suis incapable de parler correctement?

-Dónde está Nawar?

Elle s’approche de moi et dépose sa main sur la mienne en soupirant. M’a-t-elle compris?

-Vous savez, je ne peux pas aller le chercher tout de suite. Mais, ne vous inquiétez pas, je peux appeler son docteur et vérifier son état, si vous voulez.

Mon visage s’illumine à cette dernière phrase, à l’idée que mon ami puisse être bel et bien sauf. La dame trace son chemin par la porte et regarde furtivement dehors, comme si elle guette un quelconque danger. Elle la referme doucement et m’aide à m’accoter sur le dossier de mon lit. Elle hésite, bégayant pour un moment avant de m’observer. Elle sent que je tremble, mais que je garde espoir.

-Celui qui était avec vous toute à l'heure, il n’est pas celui que vous pensez être...

Qu’est-ce que ça veut dire? Je sais clairement qu’il est un loup-garou, alors pourquoi m’a-t-elle annoncé ça? Nawar m’a-t-il menti? Mais, son bras s'est cassé et il a été à l’étang avec Dada et moi! Ou peut-être n'est-elle pas au courant de mes connaissances à propos de lui, de sa vraie nature? C’est probablement pour le mieux. Comment tout ça va se dérouler si elle constate que moi aussi je suis un shapeshifter?

-Pour répondre à votre question, il est... en sûreté.

Oui, c’est ça; elle ne se rend pas compte que je le sais déjà, sa condition. L’infirmière installe le plateau de nourriture sur mes genoux et je sens mon ventre gargouiller. Ah oui, c’est vrai; je n’ai rien mangé de la journée! J’ai été trop occupée à essayer de rester en vie plutôt que de grignoter quoi que ce soit. Alors que je m’apprête à dévorer l’assiette comme un goinfre, elle me retient fermement.

-Tout doucement! Ne mangez pas trop vite; votre estomac ne s’est pas encore habitué au manque de nourriture. Procédez prudemment, comme ça.

Elle plante la fourchette dans la purée et l’insère dans ma bouche. Je mastique lentement, essayant de combattre mon appétit qui se grandit de plus en plus. Est-ce du poison ou ce n’est-ce que moi qui trouve cette composition semblable au jello totalement infecte?

-Voilà, c’est bien. Je vais vous rapporter plus d’options saines, si vous le désirez. En tout cas, vous êtes saine et sauve maintenant.

Je la toise d’un œil méfiant alors qu’elle se dirige vers la porte et s’enfuit prestement. Je regarde le contenu du plat avec dégoût et voracité tandis que je déglutis. Devrais-je continuer à manger? Et s'il contient du poison? Je secoue la tête intérieurement lorsque je vois un post-it collé sur le mur. Je me lève difficilement, m’assurant de ne rien verser sur la couverture. Je boite de plus en plus en direction de cet objet pour le retirer. Je décide d’ignorer cette nouvelle douleur provoquée par mes muscles engourdis pour tenter de déchiffrer le message. Par contre, tout ce que je peux déceler est le "# 26". Est-ce une chambre, un patient? Peut-être que si, puisque je suis dans un hôpital. Alors, ce bout de papier va-t-il m’indiquer où se trouve Nawar? Mon ami... Je jette des regards hésitants dans toutes les directions. Rester dans mon lit ou sortir par la porte? A-t-il réellement besoin de moi? Que puis-je faire s’il me croit morte? Toutes ces questions...

Un sourire apparaît sur mon visage, s’agrandissant de plus en plus alors que je fais mon choix. Je sais maintenant ce que je dois faire et quelle est ma priorité. Je saisis le pôle qui se connecte à un sac intraveineux et j'arrache les fils qui me relient à toutes sortes de machines. Je me dirige vers la porte, fredonnant en boucle ma comptine d’enfance tandis que je fais mon chemin vers le corridor.


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