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Désordre d'âme

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Ven 2 Fév - 18:35

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DÉSORDRE D’ÂME
Pellicules brouillées, chaussettes emmêlées

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Aujourd’hui, sous le couvert de nuages que j’envisageais être des cubes de sucre fantaisistes attendant d’être déposé contre la porcelaine d’une tasse de thé, était le jour où Sophia Carter quittait son cercueil hospitalier – lit électronique dont les vrombissements mécaniques me retournaient les trippes – pour regagner le monde des vivants. Elle m’avait appelé la veille pour me signaler sa décharge et Kojiro – Hirondelle sans lame qui me guettait de ses prunelles – n’avait pu que m’observer enfoncer des fringues dans mon sac de cours, ma démarche frénétique et mon visage fendu par un sourire.

Carter. Ma harpie. Ma terrible mégère. Hors de cet hôpital immaculé dont la simple existence me donnait envie de flirter avec un brin de gazoline et une poignée d’allumettes. Je m’étais éparpillé dans tous les sens, miaulant mon effervescence contre la nuque de l’Hirondelle, alors que sa moto filait le long de la route qui me conduirait jusqu’à l’aéroport. Nos aurevoirs avaient eu ce goût des moments trop chargés pour être appréciés, sucrés, salés, épicés, amers, et il m’avait promis de prévenir nos proches, fidèle à lui-même, à cette rigidité circonstancielle qui l’écartait des démonstrations d’affection publiques.

Le vol avait été long, la distance qui séparait le Canada du Japon une contrainte qu’il me fallait prendre en compte. L’idée de fracturer l’univers, de me fracturer à contre-sens de la physique, m’avait effleuré l’esprit, mais le caractère aléatoire de la démarche, ainsi que la présence de Kojiro, m’avait dissuadé d’encourir une quelconque tentative. Plus tard, avais-je opiné, imaginant mes os se fondre à l’invisible. Plus tard, lorsque les  enjeux ne me seraient pas aussi précieux, lorsque le temps serait mon allié plutôt qu’une balise se targuant de me narguer.

Peut-être aurait-il été préférable pour moi de faire appel à l’Intemporalité. Le trajet avait été long, mais, ignorant les sonorités ambiantes, j’avais gardé mon regard rivé sur le ciel, sur ce bleu qui m’exaltait, sur ces nuages qui, une fois atterri, se transformeraient en bouchée sucrée.

L’aéroport Trudeau avait été cet endroit brodé à même une familiarité dissonante. Des tonalités nord-américaines remplaçaient les expressions japonaises contre lesquelles j’avais érigé mon quotidien, connues, appréhendées, mais partiellement détachées de l’affect que je leur avais autrefois voué. Je grimpai dans un taxi, massant mon nez contre la vitre du véhicule, sans porter attention aux paroles que le conducteur devait sans doute me servir.

À la station de métro la plus proche, lui-avais-je dis. Puis, je n’avais plus pipé mot.

Il m’avait déposé à la station Côte-Vertu et, debout dans l’embouchure qui me mènerait dans les souterrains de Montréal, j’avais rappelé Carter. Elle avait eu ce soupir calculé, de l’autre côté du téléphone, et j’avais imaginé ses lèvres se plisser dans un émoi qu’elle badigeonnerait de réprimandes. En due forme, elle m’avait déclaré incorrigible, persifflant d’une voix croassée que j’étais bien stupide d’avoir laissé mes études derrière pour une vieille femme qui préférait la tranquillité à ma voix criarde.

Je t’aime aussi, conasse de harpie. Je t’aime aussi.

Cela nous amenait à maintenant, à moi, qui déambulais les rues longeant l’hôpital St-Mary, vêtu d’un manteau noir, d’une écharpe bleue nuit et de docs jaune poussin qui détonait vaguement contre la neige vaseuse qui chuintait sous mes semelles. J’avais des heures à tuer, quatre, pour être exact, et je les envisageais s’entasser contre les aiguilles d’une horloge, à la manière de ces chutes de neige qui bloquaient, de temps à autres, la circulation routière. Bloquer une horloge. Bloquer le temps. Pour qu’il puisse s’accélérer, pour rétablir l’ordre, pour se rattraper, une fois que l’on dégagerait ses aiguilles.

Je mordillai le tissu tressé de mon écharpe, laissant mon regard valdinguer contre la façade lisse d’un café qui prétendait se spécialisé dans la confection de thé. Je stoppai mes mouvements, contemplant le décor tranquille de l’établissement qui paraissait à moitié vide, pianotant sur la possibilité le temps d’une tasse de thé chaud. Un thé pour célébrer cette harpie dépourvue de gratitude. Un thé pour souligner nos points communs.

J’entrai dans l’établissement, l’ouverture de la porte laissant un tintement  retentir et une vague de froid importuner les convives déjà assises. Je passai une commande au comptoir, une infusion à l’hibiscus, clin d’œil à la santé qui se voulait être l’étendard de ma journée. Je me promis d’en commander une seconde, avant de partir, pour la déposer entre les paumes tachetées de ma vieille Carter.

Don’t you dare die, ever.

Ma commande reçue, je voletai, fixant les traces mouillées que mes bottes abandonnaient contre le sol, jusqu’à une table entassée dans un coin en bordure de la fenêtre. Je pris soin d’extirper un bouquin des confins de mon sac, une œuvre épisodique écrite par Marie Ndiaye et qui racontait les existences de trois femmes, et le déposai sur la table. Les gens défilaient à l’extérieur, la saison hivernale les laissant se replier sur eux-mêmes, se recourber à la manière de plantes flétries. Je m’imaginai leur jeter du sel de fonte au visage, envisionnant leur corps courbes se raidir sous la surprise, l’indignation.

Je restai là un long moment, le visage rivé vers l’extérieur, mon foulard pendouillant autour de mon cou, une mélodie à-demi murmurée s’extirpant hors de mes lèvres.  C’était toujours la même qui venait scinder mes moments d’inattention, celle qui ajoutait un filtre tantôt bleuté, tantôt jauni, à ma vision. Il s’agissait d’une mélodie familière, dépourvue de paroles, qui faisait tressaillir mes paumes.

Il s’agissait d’une mélodie confortable, comme cette ville, comme ce moment.

Je balançais mes pieds, heurtant, sans trop y porter attention, l’une des pattes de la table voisine à la mienne.
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