Kohaku Joshua Mitsumasa

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Ven 11 Aoû - 20:30

Recrue
Points : 72
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Kohaku Joshua Mitsumasa



Self-made.

Fiche signalétique

 

Nom : Mitsumasa
Prénom : Kohaku Joshua
Origines et nationalités : ORIGINES ET NATIONALITÉS

Race : Né humain.
Âge : 23 ans.
Genre : Insérer ici un rire.
Orientation : Insérer ici un second rire.

Taille : 181 cm.
Couleur des cheveux : Il se vautre dans un blanc qu’il déclare transcendant, en baigne ses cheveux autrefois noirs pour que ne perdure que cet amoncellement de couleurs. «  La convergence de toutes les couleurs. », voilà ce qu’il en dit, voilà ce qu’il en pense, de ce blanc qui rivalise avec tout et qui ne s’oppose à rien. Il se croit en être l’emblème, en être le porteur, vicieux mangeurs d’âmes, dévoreur d’arc-en-ciel.
Couleur des yeux : Ses yeux sont des abysses qui choisissent de trancher avec sa teinte primaire, ce blanc qu’il adule, profonds, noirs, murmures constants de son héritage nippon, suffisamment bridés aux commissures pour révéler une origine outre à l’Amérique. Il les pare souvent des teintes avalées par son blanc, de rouge, de bleu, de vert, de doré, se jouant de la réalité, la recréant selon ses envies.
Traits particuliers :
- Un sourire qui déforme sa structure faciale, qui s’étire, trop large, trop dantesque, qui déchire ses joues et allume son regard. Ce sourire, Le Sourire, se cache parmi de nombreux cousins, des plus doux, des plus moqueurs, des plus arrogants, mais on le reconnait comme celui qui brusque, comme celui qui transcende. Le sourire du Chat de Cheshire.

Dossier de l'ordre

Langues parlées : Trilingue, il parle couramment le français qui est sa langue maternelle, le japonais qui est sa langue paternelle et qu'il a paufiné lors de ses années d'études au Japon, ainsi que l’anglais qu’il a appris par l’intermédiaire de Sophia Carter, la vieille nourrice qui s’est occupée de lui toute son enfance et son adolescence. Il connait aussi quelques bases de langage informatique, mais rien de suffisant pour considérer qu’il parle ‘la langue’.
Habiletés : HABILETÉS

Qualités prédominantes : Critique - Curieux - TROIS - QUATRE
Failles notables : Démesuré - DEUX - TROIS - QUATRE

Note particulière : NOTES PARTICULIÈRE

Matérialité

J'suis so rebel, bitches.

Historique


Le momentum de la réalité nous heurte surtout lorsqu’on s’accommode des facilités qui nous entourent en négligeant de penser au fait qu’elles peuvent nous être arrachées d’un simple détour de poignet. Beaudoin a toujours eu, dès le premier moment où on a jugé pertinent de m’enfermer dans son bureau, l’art de fracasser mon univers. Il se refuse encore une fois de faire exception à la règle, taciturne jusque dans les replis de son front, soucieux jusque dans le tartre coincé entre ses dents, Il me fixe, orbites injectés de sang gravitant derrière les verres de ses lunettes, et masse sa tempe du bout d’une phalange sans rien dire. Il attend que je brise le silence, que je me prononce, que je m’explique. C’est le deuxième renvoi, cette année, et cela entraine une réalité qui rime indubitablement avec le mot ‘conséquence’.

C’est mon ancienne psychologue qui a référé Jacques Beaudoin à ma génitrice lors de mon insertion dans le milieu scolaire publique et, depuis sa rencontre avec cet homme bercé par l’aigreur des existences qu’il endosse, elle ne jure que par lui. Il n’y a pas de cris qui explosent dans la baraque des richissimes Mitsumasa, non, juste le regard fuyant d’un homme d’âge mûr, la moue soucieuse d’une femme d’affaire qui attrape un téléphone et les doigts flétris de Carter contre mes joues. Elle m’entraine vers le piano, me chuchote de chanter, et je sais qu’elle désire juste que je couvre la voix de Karine de la mienne, que je taise la conversation qui demande à ce qu’on devance mon prochaine rendez-vous avec Beaudoin. Je le sais, mais je grimpe quand même sur le piano et attrape le métal de ses yeux de l’onyx des miens. Je chante pour elle. Elle joue pour moi.

Carter est la brise qui me porte au calme, qui ferme mes yeux sur la tempête à venir.

Le bureau de Beaudoin ne change point avec les années qui passent, conserve toujours cette décoration minimaliste vieillie dénuée de couleurs et de traits de personnalité. Je me tiens près de la porte, incrusté dans la pesanteur de ce silence que je ne souhaite point briser. Chacune de mes visites en ce lieu me rappelle que je suis loin de l’atteinte de mon but, que l’état immatériel que je convoite est, pour l’instant, encore hors de ma portée. Autrement, un homme comme Beaudoin n’aurait aucune emprise sur mes choix et sur mon parcours, je lui cracherais dessus et lui ouvrirais la tête, comme je le faisais – et le fais parfois encore – avec les grenouilles et les rats des champs peuplant les hautes herbes entourant la propriété de mes géniteurs. Son sang se transformerait en savoir contre mes doigts.

(

« Ta mère me dit que tu lis ce genre de livres depuis longtemps. »

Hochement de tête. La couverture bleue d’Aliss se voit serrée un peu plus contre mon torse. Il m’aborde avec des airs de bienfaiteur, pose sa paume contre mes cheveux de jais et sourit. Dès notre première rencontre, il me donne envie de vomir. Je fixe les plis qui se multiplient au coin de ses lèvres en retenant mon envie de fuir.


)

Il finit par rompre le silence comme il le fait souvent, pliant l’échine devant le poids de ma volonté, sifflant de sa voix morne des paroles qui s’habillent de reproches. Il limite les inflexions, les émotions et mes entrailles se tordent face à l’impuissance avec laquelle il m’encadre. Le frapper ne me servirait à rien, les menaces ne le toucheraient pas. Je n’ai aucun pouvoir sur la forme de Jacques Beaudoin. Il en a vu d’autres, je ne suis qu’un gamin supplémentaire dans la parade de folie qu’il côtoie. Le pire, celui qu’il ne réussi pas à réparer, celui qui revient toujours. Tout comme il n’est qu’un psychologue supplémentaire dans la parade s’étendant à mes pieds. Le pire, celui qui s’acharne, celui qui accepte toujours que je revienne.

« Tu n’as toujours pas commencé à prendre les comprimés que je t’ai prescris. »

Je lève un sourcil éloquent, défiant, secouant mes mèches opales dans une apposition de désinvolture simulée. Nope, banane, je n’ai pas touché à tes connasses de pilules. Je ne suis pas malade, je n’ai pas besoin qu’une société aux normes humaines trop précises réussisse à me confiner. Je ne suis pas malade.

« Tu comptes m’expliquer pourquoi tu as mis le feu à ton école, Kohaku ? »

Qu’y-a-t-il à expliquer ? Je le pouvais, donc je l’ai fais, domptant l’ennui au beau milieu de la nuit, forçant des serrures et balançant les papiers du dirlo un peu partout pour mieux pouvoir les admirer cramer. Le goût des témoignages éplorés, des familles scandalisées, qui se lamentaient de ce ‘‘déplorable événement’’ et quémandaient justice sans se douter une seconde que mes parents avaient acheté le silence des individus aptes à apposer mon nom sur le ‘’drame’’, m’avait arraché mille et un sourire.

Je hausse des épaules, forçant – justement –un sourire. Il soupire, échappant sa première inflexion. Un vague instant, je jubile.

Puis, il me dit de m’asseoir, simplement, sans moulinet, sans geste, ses lèvres exécutant le seul mouvement qu’il s’autorise. Je l’ignore, bien évidemment, demeure obstinément debout, omoplates appuyées contre le mur. S’ensuit un bref combat de regards, des lames d’un brun émoussée se heurtant à des jumelles d’un rose empoisonné, qui s’affaire à nous propulser dans une dimension parallèle. Puis, il . . .

Je ne me résonnerai jamais la suite, son discours, lent, élégamment découpé, qui regroupait mes craintes et en peignait mes entrailles. Je ne suis pas le fruit d’un état psychologique, je ne suis pas explicable. Je suis plus que l’humanité, ce qu’elle rejette par peur, tellement plus grand que n’importe quelle conception préalablement intelligée.

Je ne suis pas malade.

Et il continue de m’expliquer, trop calmement, baigné d’un zen qui sent la moisissure, me parle d’un trouble qu’il ne sait pas encore comment définir, mais qu’on peut diagnostiquer dès l’âge de dix-sept ans et je veux tellement qu’il se taise. Tellement, tellement, tellement qu’il se taise. Histrionique, antisocial, qu’importe, tout cela ne relève que d’une séance solitaire avec un exemplaire du DSM, que d’un charabia psychologique qu’il souffle pour se donner l’impression de m’avoir enfin élucidé.

Je ne suis pas un trophée. Je – Je le frappe et ça ne sert à rien. Je fuis. Sans un regard derrière. Le métro, entre Berri et Honoré-Beaugrand, se charge de recueillir mon agonie. Je frappe, je siffle, je me recroqueville sur l’un des bancs vides, je damne, je hurle. La tempête est vicieuse et j’attends avec un défaitisme croissant l’instant où le compartiment s’arrêtera à la station Wonderland.

Je ne suis pas malade.

Les portes s’ouvrent sur la station Peel.

[ . . . ]

Deux jours plus tard, ils ont déjà acheté le billet qui me fournira un allé-simple vers le Japon et je me réfugie dans les jupons de Carter comme si j’avais de nouveau quatre ans. Elle me tend une tasse de thé et me notifie du fait qu’une fois arrivé en Asie, je n’aurai plus besoin de m’encombrer des contraintes imposées par Beaudoin et mes géniteurs. Ils me balancent au loin pour taire la mauvaise publicité, me fournissent le nécessaire à ce qu’ils jugent être une occasion de me laisser grandir dans un environnement recommandable. L’académie où l’on me balance est grande, luxueuse et connue pour son haut niveau éthique et culturel. Ils espèrent que j’entrerai dans les rangs, que je m’assimilerai aux coutumes japonaises. Ils veulent que l’on me reconstruise.

Ils – Carter me sourit, lèvres fripées, dents translucides, et je songe au fait qu’elle pourrait très bien mourir pendant mon absence. Mes affaires sont vite emballées, vite expédiées et le voyage dure suffisamment longtemps pour en devenir inconfortable. Un gamin pleure si fort que je ne trouve pas le sommeil et le parlé japonais qui se fait rouillé sur ma langue explose de tous les côtés. Ma tête tourne et je somnole, égaré dans un rêve tout aussi cauchemardesque qu’éveillé.

[ . . . ]

C’est une policière qui me conduit à l’Académie.

Ha.


-

INSÉRER ICI LES PREMIÈRES IMPRESSION DE L'ACADÉMIE ET FAIRE UNE OUVERTURE ABORDANT LES ÂMES IMPORTANTES Y ÉTANT RATTACHÉES.

-

Dès le moment où mon regard se pose sur la silhouette démesurée du colosse, de cette tour de calcaire archaïque égarée dans la modernité humaine, de ce rônin enchaîné à des mailles temporelles, j’espère, je sais, que se dévoile à ma rétine un phénomène que je ne pourrai jamais expliquer en le rattachant uniquement à l’humanité de laquelle il émane. Zakuro est cette créature coincée à l’état d’embryon, un fœtus muté par le quotidien technologique dans lequel il a vu le jour et il m’attend, insolemment innocent, sur le rebord d’une fontaine publique. Zakuro est d’abord un idiot qui  s’enfile dans mon jeu par simple désir de me prouver sa force, qui me regarde provoquer ce monde qui ne lui convient pas et dans lequel je le force à défiler, submergé et confus, un enfant aux yeux terrifiés. Zakuro est ensuite le Ciel, avec une majuscule, l’immensité stellaire baignée d’azur et d’intemporalité qui veille sur toutes les âmes du monde sans que quoi que ce soit ne puisse l’atteindre. Il est appétitif, allume en moi cette flamme qui me fait tourner la tête et je lèche mentalement son corps, m’imagine sans cesse déguster ses yeux. Ils sont si bleus, si bleus qu’ils me laissent tremblant.

Il babille son émerveillement avec une simplicité qui frôle la complexité, placarde sa naïveté sur chacun des concepts qu’il croise avec une assurance désarmante et s’étend entre mes doigts, consentant, malléable, propulsé plus haut, vers l’abandon des contrées matérielles de la Terre. Je remodèle sa cognition de mes paroles, fracasse le mur des époques et regarde ses croyances s’effriter entre mes phalanges. Elles deviennent cette poussière que je souffle aux quatre vents sans me demander d’où elle venait. Je ne me questionne pas sur l’identité de ce que j’ai détruit, je n’en ai pas besoin, de cette âme là, ce que j’ai construit est mieux. Tellement mieux.

Zakuro est mien, dans toute sa réalisation, à moi.

Il est mien dès le moment où ses sabres s’enfoncent dans le torse de l’un des yakuzas ayant pris d’otage le métro dans lequel nous nous tenons, mien dès le moment où il m’entraine dans les sous-sols vides que longe la rame, rompant le fracas frénétique de mes éclats de rires. Il y a du sang sur nos vêtements, la pesanteur fantomatique d’un revolver entre mes mains et les interrogations déconcertantes du rônin résonnant dans l’air. Il plaint Alice, la Alice de Caroll, d’un détour d’ingénuité meurtrière, sans comprendre qu’à peine quelques heures plus tôt, il n’était rien de plus que l’une de ses énièmes émulations. Il la plaint, candide chrysalide, et je sens battre le pouls de sa renaissance contre les parois de son cocon. Il ne sera toutefois pas un papillon, non, il naîtra intemporel, stellaire, magnanime dans son observation du monde.

Tu es le Ciel, que je susurrerai, plus tard, dans la quiétude d’une salle de bain commune. Tu es l’Intemporalité.

À moi.

Pour l’instant, il m’entraine vers la surface, ses doigts s’égarant partout et nulle part à la fois. L’hémoglobine colle à ma peau, étendard poisseux d’une réminiscence dantesque, de mon index chevrotant à quelques millimètres d’une gâchette mortelle. Je détaille son dos et les muscles que je devine saillant au travers de sa chemise, je vois le tracé du sang humide sur sa peau. J’existe à-demi, rattaché à son monde par le poids de ses doigts contre mon poignet. J’imagine son procès, sa tête qui roule entre les gradins du tribunal lorsque l’on la lui coupe.  Mon souffle est lent, effréné, contorsionné par des nuances qui le modifient tout en le stabilisant.

Je papillonne des yeux, sous la pluie, lorsque nous émergeons.

Les gouttes diluent le rouge et le laissent glisser sur nos épidermes, créent des arabesques larmoyantes sur des canevas salis. Ses yeux sont bleus, les miens sont hétérochromes, et je contemple le ciel pendant qu’il contemple l’orage. C’est là qu’il m’offre son respect, gage éhonté d’un ressenti qu’il cherche à s’expliquer, offrande fascinée sur laquelle je ne peux que cracher.

Je souris.

« Si tu me respectes, c’est que tu te censures. »

Un éclair d’incompréhension traverse son visage et se dépose sur un nid d’incrédulité frémissante. Il me dévisage et je sens les échafauds de sa conscience s’aligner, tomber en place. Les fondations de son être se structurent. Il devient, il est. Tout aussi soudainement que la première goutte de pluie est tombée, saluant son baptême, il existe indépendamment de son enveloppe humaine. Mes phalanges le trouvent dans l’apposition d’un touché délicat. Elles descendent jusqu’à l’encolure de son vêtement. Et le ciel s’émoi du Ciel.

« Je n’en veux pas tu sais . . . de ton respect. »

Je détache le premier bouton, sa compréhension se fait tranchante dans le silence de son regard. La pluie est douce, efface l’horreur, efface la peur de ce garçon, de ce Joshua, qui n’ose parfois pas observer son reflet dans les miroirs qu’il croise. J’ai créé. Je possède. Je n’ai pas appuyé sur cette gâchette.

« Mais je veux bien t’avoir toi. »

Je lui retire sa chemise et l’entraine dans une course folle jusqu’aux salles de bains de l’Académie. La pluie se transforme en orage autour de nous, une tempête liquoreuse qui fouette de son sucre atmosphérique. Mes poumons menacent d’exploser, mais la douleur n’existe dans mon monde pas et l’exaltation est si folle que la brûlure a un goût de cannelle. Mon cœur s’embrase.

Intemporel, Immatériel.

Lorsque mes doigts cherchent les siens, de par-dessous les draps de son lit, et que je vois l’entièreté du monde logée dans le ciel de ses yeux, lorsque mon cœur bégaie des mots que mes lèvres n’arrivent par à prononcer et que je sens le tambourin fou de ses nerfs heurter les miens, je sais avec une certitude presqu’enfantine que nous sommes.

Nous sommes.


-


Le mot limite sert seulement à être étiré et étendu jusqu’à en perdre sa forme initiale, à être repoussé jusqu’à s’en fissurer. Je n’aime pas les limites, surtout lorsqu’on juge opportun de me les imposer.

Elle sirote l’ambre qui ondule dans son verre et m’aborde, faussement candide, d’un battement de ses cils. Elle tourne, prédatrice, expérimentée, autour de moi, légitimant sa chasse en pointillant notre différence d’âge. Tu es si jeune, déclare-t-elle, par-dessus la cacophonie musicale qui explose dans la boîte de nuit. Tu devrais rentrer chez ta mère. Je ne connais pas son nom et je ne lui demanderai pas. Je me contente de m’accrocher à mon verre d’eau, goguenard, tournant les piques qu’elle me lance à mon avantage. Que crois-tu qu’un gamin comme moi fiche ici, Lady Bug ?

Elle cherche à s’exposer comme un objet de désir, à allumer une flamme qui ne prend pas. Elle minaude, ondule et provoque, son langage corporel éclatant de sous-entendus. Elle se moque des danseurs, puis m’invite à danser, s’alambique dans les fils d’un manège ridicule. Je ricane, délaisse mon verre, attache mes doigts à ses hanches et danse à contre-rythme de la foule. Elle se pare de grands airs, la petite conne, et je m’habille d’une arrogance diluvienne et l’apprête à ma convenance. Je joue. Elle croit jouer. Ses couleurs se débattent contre ma langue, s’agitent contre mes papilles gustatives et je sectionne la moindre précognition qu’elle cherche à émettre à mon sujet, mes ongles plissant le tissu fin de sa robe.

Elle finit par m’entrainer à l’étage, dans une chambre voilée de pénombre. Une chambre vide dont le seul mobilier se résume à un lit défait poussé contre un mur. Les vibrations du club en contrebas secouent les murs et je la fixe, ombre moqueuse, alors qu’elle abaisse l’une de ses bretelles. Je glousse, mi-consterné, mi-amusée, fixant les centimètres de peau qu’elle persiste à dévoiler. Je roule des yeux.

Elle m’attrape et m’entraine, me susurre que je ressemble à un homme dont je n’ai que faire – insiste suffisamment pour que je ressente l’envie de lui cracher dessus. Elle me demande de la baiser, elle me demande de lui faire mal. Ses yeux gris miroitent un désir que j’ai envie de désintégrer. Je ne ressemble à personne, Lady Bug. À personne. Je ne suis pas What’s his name sorti d’un conte de fée sadomasochiste, je ne suis pas cet homme à la carrure plus forte dont tu me prétends posséder le sourire.

Je suis Chess et je grave ce fait dans la chair blanche de sa cuisse pour qu’elle ne puisse jamais l’oublier, fracasse la vitre et laisse l’ambre couler pour qu’elle brûle et se mêle à la rivière de la plaie. Elle geint, l’impérieuse blondasse, et le monde se brouille jusqu’à ce que seules les lettres cramoisies de mon pseudonyme demeurent visibles. Elles chantent et se moquent, brillent et persifflent.

Ce n’est pas la bonn–

Shut up.

Le sang sur mes doigts me renvoit à la rame de métro, à ce garçon qui brisait des miroirs pour ne pas se regarder, et je hoquète nerveusement, les essuyant contre le tissu rugueux de mon jeans. Une fois détaché des prétentions du jeu, les minauderies lâchées par les lettres vermeilles reprennent leur place dans le domaine de l’imaginaire et je perçois mieux les soupirs mouillés de l’inconnue que j’ai scarifiée.

La vitre m’a aussi écorché les mains.

Je l’abandonne à son sort, dans un lit tâché d’un vice qui n’est pas le mien et m’évanouit dans l’encre de la nuit. Mes pas s’esquissent d’abord dans une lenteur exagérée, celle qui s’exhibe face à la réflexion ou à la peur, puis s’accélèrent au point d’en arriver à une course qui me fait perdre pied dans la première figure qui s’adonne à se dresser sur mon chemin.

Il est grand, il est blond, il est cet éclat solaire qui vient percer la pesanteur de la nuit. Ses cheveux ondulent en un amas de vagues qui câlinent ses clavicules et il me tend la main, sans réellement m’interroger sur la raison du sang qui tâche mes vêtements et mes doigts. Il me demande si je vais bien et, sans attendre ma réponse, m’entraine à sa suite.

Ce soir là, je grave le nom que je désire posséder dans une réalité humaine, ce soir là, je rencontre l’oxymore qu’est Lawrence Evelynn Swanster.

Il sait que ce n’est pas mon sang. Il choisit quand même de m’aider.

-




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