Épave éthylique

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Ven 7 Juil - 20:09

Toujours savoir tirer mérite des actes auxquels la nécessité nous contraint
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Habitation permanente : À Old Fyre, dans l’appartement qu’elle partage avec Tullio Cavaleri. Elle a aussi un appartement en Italie, bien qu’elle n’y soit pas très souvent ces temps-ci.
Occupation : Anciennement détective, maintenant chevalière à temps plein.
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Où les rêves naufragés s'accrochent pour oublier qu'ils coulent
Septième interlude
Été 2017

Sa nouvelle vie se résumait en trente-cinq mots : cinq semaines, trois missions à l’étranger, douze voyages en avion, en bateau ou en train, approximativement dix-sept gueules de bois et plus d’une centaine de hell-o infernaux hurlés par le hibou siégeant dans l’entrée de son appartement.

Son appartement. Temporaire. À moins que le colocataire ne meure pendant sa mission et qu’elle hérite de celui-ci. En attendant, Toria et Tullio n’avaient pas fait beaucoup d’efforts pour aménager les lieux. En attendant, ils survivaient en évitant les zones à risques et en contournant les épaves de carton et de bois laissées à la dérive. Elle n’avait pas non plus défait ses propres boites : les trois étaient soigneusement empilées dans le coin de la chambre, son nom en vert fluo tatoué dans le derme de papier.  Seul son gros sac de voyage avait été ouvert et gisait désormais, éventré au sol, près du lit, avec des vêtements propres et sales confondus qui giclaient sur le sol.

Elle avait fini par adopter la chambre déjà occupée, laissant l’autre à Tullio, bien que ce dernier préférait souvent le canapé… Ou le pied du lit qu’elle occupait… Mais pas aujourd’hui. Non. Aujourd’hui, elle lui avait défendu de la déranger ; aujourd’hui, elle avait un rendez-vous intime.

Lèvres entrouvres, elle gémissait sous d’effort ; une main était enfoncée dans une courbe creuse, l’autre, d’un mouvement constant et répétitif, commençait à faire mal. Victoria n’était pas prête à abandonner, toutefois, car elle devinait aux sursauts erratiques et aux fluides qui glissaient entre ses doigts qu’elle allait bientôt en venir à bout.

- Awwwwh ! Un long gémissement de satisfaction infusa l’air : le sceau de la bouteille de rhum venait enfin de céder.

Son ancienne vie s’effritait, tombait lentement en une poussière que l’alcool n’arrivait pas à fondre en une nouvelle fondation ; la plupart du temps, elle avait, en effet, l’impression de nager dans la boue. En vrai, elle ne se sentait à sa place que lorsqu’elle était en mission, quand elle pouvait s’investir corps et âme dans une quête, mais, le reste du temps, pour éviter de se noyer dans le miasme toxique de ses pensées, elle les étouffait avec des effluves éthyliques. C’est justement ce qu’elle avait entrepris, et, ne se sentant pas particulièrement sociable, elle comptait bien le faire dans ses sous-vêtements les plus moches, dans le lit, avec la bouteille trouvée dans une boite qui n’était pas sienne, avec des croustilles au fromage, et surtout, en toute solitude.



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Mer 2 Aoû - 0:04

Sometimes, it is necessary to makes sacrifices of ourselves
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Habitation permanente : Old Fyre & Appartement au coeur d'Albuquerque
Occupation : Chevalier de l'Aube | Contrebandier éclectique d'artefacts magiques | Treasure Hunter
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CARENCE D'ÊTRE
circonstancial withdrawal

HEARTBEAT TWO.

Il avait quitté l'Aquarium, se désistant de la compagnie d'un amalgame vivant - humanoïde ailés aux attraits arrachés à des créatures africaines -, la tête embuée par les concoctions à base de malt de l'établissement. Il avait quitté l'Aquarium, trainant ses bottes dans la terre que la pluie avait transformée en boue, piétinant une incertitude qui le portait lentement vers son logis temporaire.

Il était rentré, avait laissé le Soudan et Ardhi Nne derrière lui, malgré la poussière et le sang toujours accrochés à sa peau. Il était rentré sans trop savoir ce que cela signifiait, dédaignant de retrouver l'espace encombré de boîtes et de babioles qu'il avait promptement abandonné à peine l'avait-on déposé sur l'île. Son appartenance était feinte et l'idée de marcher dans les vieilles traces de sa mère, bien que choisie, ne l'enchantait guère. La faim justifiait toutefois les moyens et la sienne s'étendait bien au-delà de la couverture que les effectifs de Rio Branco pouvaient lui offrir. Sandro avait visé juste. Il n'avait simplement pas eu le temps de s'adapter à ses nouvelles conditions de vie, à ce quotidien qui l'avait marqué dans sa jeunesse et que ses choix l'avaient emmené à éviter. Des années d'exil auto-infligé réduites à néant.

Heh.

Il s'était davantage senti chez lui, en pleine possession de ses moyens et de ses états d'âme, lorsque le triclop l'avait  pourchassé contre le relief du Soudan. La sensation de son sang battant contre ses tempes l'avait immolé d'une familiarité sauvage, la violence de l'adrénaline se propulsant le long de ses nerfs avait scindé ses choix de certitude.

Chauffé à blanc par le soleil d'Afrique, noyé sous les giclas d'un cadavre, le retour n'était qu'une chute libre qui le laissait s'accrocher à l'aveuglette à des parois qu'il ne pouvait voir. Il ouvrit la porte, redressant mécaniquement ses yeux contre la silhouette manufacturée d'Herschel, vacillant un instant sur ses talons.

L'appartement, contre toutes attentes, n'était pas tel qu'il l'avait laissé. Des traces de vie perlaient ça et là, dérangeant l'auréole de poussière qu'il avait présagé retrouver sur les meubles. Ses affaires avaient été maladroitement chahutées, vaguement massées contre les murs, comme si les autres habitants des lieux avaient voulu se frayer un passage parmi ses possessions sans oser leur toucher.

Il avança, dépassa son alarme aviaire sans que celle-ci ne pipe mot, et progressa en direction de la pièce qu'il avait choisi pour chambre d'un pas claudiquant. C'est ainsi qu'il fit la rencontre de Victoria Machiavel, chevalière pourvue d'un nom - d'une identité- qui, au fil du temps, en viendrait à prendre bien des sens.

Pour l'instant, toutefois, elle n'en possédait aucun et se présentait à lui, bien que cela ne soit guère par choix,  affublée de sous-vêtements qui avaient assurément connus de meilleurs jours, une - sa - bouteille ambrée à la main, valdinguant dans un confort qui le laissa presque pantois. Il la toisa longuement, un sourcil arqué, soucieux d'assembler les morceaux du puzzle situationnel dans lequel il pataugeait.

« Bonsoir. »

Il humecta ses lèvres, réceptionnant le goût aigri de la saleté.

« Je suis certain que tu avais remarqué que cette chambre était déjà habitée. Je compte sur ta prompte relocalisation une fois que j'en aurai terminé avec ma douche. »

Ces mots prononcés, il lâcha son sac, celui-là même qui l'avait suivi depuis l'atterrissage de son avion. Le récipient heurta le sol dans un bruit mou sans qu'Ambrose n'y jette un regard, préférant le focaliser sur l'intruse qui trépassait en des lieux qu'il avait adopté comme siens. Il ne se demandait pas vraiment ce qu'elle faisait là. Après tout, il avait été avisé de l'éventualité d'une colocation et il se considérait, au terme de maintes années passées auprès de Sandro, un expert en matière de colocataires envahissants.

« Ou tu pourrais tenter d'acheter ma sympathie en me servant un verre de mon whisky. »

Il soupira, s'écartant de la carcasse de son sac pour fouiller  parmi les cartons qui jonchaient le plancher de la chambre, espérant trouver des vêtements de rechange, ainsi qu'une serviette qui pourrait l'accompagner jusqu'à la douche.

« J'ai un coma éthylique au programme, vois-tu. »

Ou plutôt quelque chose se rapprochant d'un sommeil flirtant de trop près avec une stupeur alcoolisée.




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