The Spyglass Momentum

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Jeu 29 Juin - 18:01

Sometimes, it is necessary to makes sacrifices of ourselves
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THE SPYGLASS MOMENTUM
Look at ourselves looking at ourselves


HEARTBEAT THREE .
-

From: KJM
To: SKY
Hey there, lover boy.
Miss me yet ?
I should be in Budapest on the 11th of august.

-

Stylistique désagencée, faciès miroitant de clarté, il lassait la douceur de ses empreintes digitales courir le long du comptoir verni. Ses longs cheveux, blés auréolés, ondulaient jusqu’aux environs de ses côtes et venaient parfois adhérer à la surface lisse sur laquelle il travaillait. Ambrose l’observait, plongé dans une passivité aux relents alcoolisés, secouant distraitement l’ambre de son verre au rythme des mouvements du barman. Ce dernier souriait, mesuré, dissonant de par sa luminosité avec le décor sombre du bar lui servant de trône. Il abordait les clients accoudés au bar avec un air bon enfant, perché dans une suffisance incitant tout autant à la distance qu’à la sympathie. Des percées solaires filtraient au travers d’un puits de lumières et laissaient l’établissement être découpé par une série de faisceaux. Cet endroit, semblait-il à Ambrose, respirait un état indéfinissable, quelque chose qui lui rappelait la magie sans toutefois entièrement s’y apparenter.

Il se promettait de garder l’œil ouvert. Peut-être que cette trace indélébile qui planait dans l’air était due a un artefact, quelque chose qu’il pourrait venir dérober une fois réuni avec l’orbe de distraction qu’il avait momentanément abandonné dans sa chambre d’hôtel et qui lui conférerait une diversion suffisante pour pousser les regards indiscrets dans une direction autre que la sienne. Il n’avait pas grand espoir de trouver quelque chose de grande valeur dans cet endroit, logé entre deux édifices nichés à l’orée du centre de la ville – « j’adore la vue que notre emplacement nous donne sur le stade », conversait le barman –, mais il se savait apte à remarchander n’importe quoi.

Son gagne pain était un art qu’il maitrisait bien et qu’il ne maitrisait que davantage depuis son partenariat avec SEE. Sandro et ses doigts de fée – de manière non littérale – avait permis la fructification de ses agissements.

Dans les faits, au terme d’une mission pour l’ordre, une besogne simple n’ayant rien avoir avec la poussière du Soudan, un transfert de quelques shimbalayas du sanctuaire d’Ardhi Nne jusqu’à celui de Takuatshin, il avait été acheminé vers une commande en provenance de Montréal. Un individu quémandait un artefact susceptible de substituer les consommations magiques, quelque chose qui lui permettrait de percevoir le monde magique de manière plus instantanée. Au terme de sa mission, Ambrose s’était donc dirigé vers la métropole québécoise et avait déambulé jusqu’à leur point de rendez-vous, un bar appelé Daily Dose.

Le sac qu’il avait précautionneusement déposé entre ses jambes contenait, en plus des possessions qui l’avaient accompagné tout au long du voyage, des lunettes taillées dans une corne que la concrétisation de l’été avait  naturellement détachée du crâne de l’une des bêtes. Il l’avait récupéré discrètement et avait gardé les retailles qui n’avaient pas servi à la fabrication des lunettes, ravi de tomber sur une si grande quantité de matériaux de manière si aisé.

Maintenant, affublé du signe distinctif que lui avait fait parvenir SEE, une chemise prune munie de boutonnières dorées, il attendait patiemment que le client daigne se manifester. Son téléphone reposait, tranquille, contre son pectoral, dissimulé dans l’une des poches de son haut, et il guettait, en plus du barman fastueux et de l’atmosphère mystique, un quelconque signal de la part de Sandro.

Le visage de l’employé s’illumina et Ambrose porta son verre à ses lèvres.

« Zakuro ! »

Il quitta le comptoir et Ambrose le suivit des yeux, admirant comme l’apparence de l’homme se métamorphosait au fil de ses enjambées. Il secouait son professionnalisme comme on secoue un manteau couvert de pluie, son sourire s’élargissant et ses mouvements se scindant d’une essence soudainement moins calculée. Il percuta un autre homme – un colosse aux mèches folles et aux yeux dénotant une provenance double, s’éparpillant autour de son crâne en un tango hypnotisant – avec force et l’enlaça brièvement, sa voix s’adoucissant contre des intonations asiatiques – nippones, chinoises ? –.

Ambrose les considéra, laissant le goût épicé du rhum envahir sa bouche.

Vingt minutes, déjà.

Le barman traina son ami – amant, mari, frère, lien – jusqu’aux tabourets longeant le comptoir et, malgré l’impolitesse ou le manque de subtilité, Ambrose ne détacha pas son regard de leur silhouette. Si l’endroit lui semblait entaché d’une magie diffuse, cet homme, cette sentinelle aux yeux bleus, en était entièrement englué.

Ambrose pris une nouvelle gorgée de son breuvage et le barman déposa une assiettes fumante devant le nouvel arrivant.

« Eat up, Fea.  »





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Jeu 29 Juin - 20:03

« GNAGNAGNAGNANGANGNAGNA » - K. J. M.
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Les portes s’ouvrent en des claquements qui s’étouffent sous le chuintement du gond en plastique, et l’air qui embrasse l’intérieur de l’habitacle est comme un taureau venu défoncer les joues et la gorge de Zakuro, lequel saute sur le trottoir.
L’ombre de la cuvette olympique projetée au dessus des arbres est un appel monochrome qui titille ses yeux, et alors que le bus redémarre derrière lui, et commence à s’éloigner, Fea élève la face et les lèvres, dans ce mouvement satisfait d’une contemplation de l’instant.

Il n’est à Montréal que depuis plusieurs heures, mais déjà, trop intensément, il y a cette envie de se jeter jusqu’à Berri Uquam, remonter à la surface,  et effleurer la bibliothèque, parcourir les trottoirs qui longent le Second Cup et puis retourner prendre le métro pour se perdre quelque part entre Acadie et Jean Talon. Un sourire accroché dans les coins de ses lèvres, il attrape à deux mains ses cheveux, pour les rejeter en arrière. Il est vraiment heureux.

Son portable enfoncé dans sa poche arrière de jean, ce dernier contient dans sa mémoire la trace du dernier sms reçu de Joshua. Zakuro a fait exploser un sourire sur sa face en le lisant ; à l’instar d’une petite bombe de satisfaction, il s’est appliqué à lui répondre aussitôt, fuseau horaire impliqué, en lui annonçant que de son côté, il allait voir Lawrence, aujourd’hui.

Lumineux, solaire, une odeur de chaleur enfoncée jusqu’à dans les yeux, Lawrence n’était pourtant pas la raison de son déplacement ici-bas. Les yeux rivés sur les reliefs du stade, à patienter que la circulation se stoppe pour que les piétons puissent traverser, il contemple le boulevard. Il a rendez-vous. Il est d’ailleurs probablement en retard, mais l’ignore avec un fondement désintéressé. Ses foulées sont rapides, et ses regards guillerets. Zak est comme un enfant enfoncé dans un jeu de rôle passionné.

Et il l’est jusqu’à parvenir sous les façades familières du Daily Dose. Relevant les yeux, distraitement, jusqu’à l’enseigne, ses prunelles s’effilent en une considération amusée, jusqu’à ce qu’il pousse la porte, et franchisse le seuil. Immédiatement, c’est une transition trop intensément vécue : ses pupilles contractées dans l’absorption d’un milliers de détails à capturer en une seconde. Des tables, des couleurs, cette ombre et ce reflet de montre, qui viennent percuter ses yeux alors qu’il s’avance, et que la porte se glisse jusqu’à se refermer. Il cherche des yeux -

« Zakuro ! »

Comme un chien à l’entente de son nom, il se fige, et tout son corps devient un réseau de nerf tendus sous l’appréhension de l’ordre à suivre. Il attrape l’être de Lawrence avec les yeux  avant toutes choses, et son entièreté grandit progressivement tandis que l’autre s’élance vers lui. Il tend les mains à l’instant où l’autre entre dans cette zone d’intimité réduite, l’attrapant à bras le corps. Zak l’étreint, raidissant ses triceps contre les épaules de Swan, pour augmenter la pression de la retrouvaille, et lui enfonce dans les cheveux un sourire ravi.

« Heh, I missed you too. »

L’autre l’attrape, le traîne, et gentiment servile, Zak se laisse installer au comptoir, près d’un groupe de badauds, et d’un individu seul à sa gauche. Presque aussitôt, alors qu’il retire sa veste et la lance sur une chaise vide derrière lui, Swan vient déposer devant lui une assiette aux spirales de vapeur prometteuses.

« Eat up, Fea.  »

Un sourire pour toute réponse, -plus adressée à l’assiette qu’à Lawrence, d’ailleurs-, Zakuro laisse son contentement se mêler à de l’admiration sincère.

« Awn, aishiteru, ça a l’air super bon. »

S’emparant de ses baguettes, par commodité trop asiatique, il soulève un morceau de steak, et considère avec un amour véritable l’entortillement de pâtes enduites d’un coulis trop rouge, trop alléchant. Il ne s’en était pas rendu compte jusque là, mais avait réellement faim, et le présent de Swan est une offrande dont il découvre le besoin nécessaire. Dans une vibration douce qui traverse sa gorge, le gémissement de plaisir résultant de la satisfaction d’une première bouchée, Zakuro ferme les yeux brièvement. Assurément, ce n’était réellement pas envisageable de revenir à Montréal sans passer par chez Swan avant tout.  Il rouvre les yeux, et attrape l’intéressé du regard. Il n’a pas besoin de préciser d’avantage qu’il est le fan numéro un de ses plats. Non. Il a un autre sujet en tête.

« J’ai reçu un sms de Joshua. Il sera à Budapest pour mon anniv. Tu peux prendre un congé ce jour là ? »

L’invitation est sérieuse. Comment imaginer meilleur anniversaire qu’avec de la bouffe de Swan ?

« Comment ça se passe, d’ailleurs ? Dans ton dernier mail, tu m’as dit que vous aviez vu Carter. Je suis triste de l’avoir loupé, je ne la vois quasiment jamais. Je vais finir par devoir remonter le temps pour espérer la rencontrer. »

Engloutissant les pâtes et le steak dans sa bouche, il plisse les yeux et les lèvres, les joues arrondies, sur cette expression trop furieusement amusée, relativement gamine. La blague flotte un instant dans ses yeux, jusqu’à ce qu’il envisage redevenir sérieux, le temps d’expliquer la raison de sa présence.

« Mm-j’ai un rendez-vous. »

Ce n’est pas pour ça qu’il doit s’empêcher de venir faire mentalement l’amour à sa cuisine, songe t-il en avalant sa bouchée, avec un ronronnement de rire distrait entre les lèvres. Cherchant son portable dans la poche arrière de son jean, il tourne la tête vers les badauds. Aucun d’eux ne semble vraiment considérer sa présence comme nécessaire, et il repenche son attention sur la description effectuée dans son mail. Enfonçant ses baguettes dans ses lèvres, par commodité de pouvoir libérer ses mains, il étudie le mot « prune », qu’il ne comprend pas, pendant quelques secondes, son cerveau analysant le mot « plum » comme le terme français pour désigner « feather ». Durant une seconde, il se demande s’il y a un individu qui va surgir, couvert de plumes colorées. L’idée le laisse perplexe, et il tourne les yeux vers l’individu qu’il a remarqué, à sa gauche, pour avoir notamment les cheveux longs. Soudain, c’est la réalisation. Il cligne des yeux.

« Oh, oh ! Hello ! »

Articulement pâteux, il retire ses baguettes de sa bouche avec la main gauche, et de la droite, lui attrape les doigts de l’homme, sans vraiment demander l’autorisation, en les serrant avec jovialité. L’individu, c’est une excellente chose, n’est pas habillé avec des plumes, mais avec un haut violet, prune. Les reflets de ses boutons dorés font surgir le souvenir des damnés dévorés. Zakuro lui sourit, doucement.

« Je vous attendais, non ? »

Il n’est assurément pas au courant que c’est l’inverse.


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Dim 13 Aoû - 19:21

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Right now, I'm in Madrid.
Working on my spanish.

Record yourself speaking it for me ?

Eres precioso.


-

Le fumet de leurs retrouvailles renvoyait Ambrose au cœur son appartement d'Albuquerque, laissait ses pensées s'engager contre le relief de Sandro, miroitant son reflet dans les prunelles qu'il gardait rivées sur le duo. Il se mentalisait une appartenance autre, triturant son jean de ses ongles, existant contre ce bar auquel il s'était accoudé, ainsi que dans les draps qu'il avait laissé défaits lorsqu'il avait quitté New Mexico. Le goût du rhum agissait comme un dénominateur commun, noyé d'eau, brodé de chocolat.

Le colosse, de par sa taille, de par cette prestance atmosphérique qui lui collait à la peau, considérait le repas que le barman lui avait présenté avec une appréciation enfantine. Son visage débordait de cette affection typiquement destinée aux présents inattendus, celle qui s'oblitère dans une satisfaction qui cultive la bonne humeur. Sandro avait souvent cherché à l'appâter, avec divers offrandes tirées de nulle part, dans l'intention toute minutieuse de lui forger une humeur mieux alignée à la sienne. Le chocolat chaud mêlé de rhum en faisait parti, avait été l'un des derniers présents lambdas que le consultant lui avait offert. Il avait poussé la tasse entre ses doigts, armé d'un sourire silencieux, les sourcils abaissés et il –

Ambrose pinça les lèvres, coupant court à ses élans nostalgiques, écrasant les cafards qui rongeaient son humeur, pour mieux se concentrer sur les interactions des deux hommes. Zakuro, le géant aux cheveux fous, complimentait vraisemblablement le barman dans un amas de tournures langagières qui lui échappaient, consommant allègrement le plat qu'on lui avait présenté. Viande et pâtes abandonnaient l'assiette pour graviter jusqu'à sa bouche par l'intermédiaire de baguettes qu'il manipulait avec adresse.


« Of course. », répondait le barman, ramenant une part de ses mèches solaires derrière l'une de ses oreilles, souriant aux compliments. Le sorcier lui enviait presque sa suffisante, la facilité avec laquelle il exprimait un charme bon-enfant.

Il reprit une nouvelle gorgée de son verre et la conversation des hommes bifurqua sans qu'il ne s'en rende vraiment compte, s'évasant contre des intonations françaises qu'il maitrisait trop mal. Les mots Joshua et Budapest filtrèrent au travers du halo de son incompréhension, lui laissant la possibilité de s'imaginer un individu campé dans la grande métropole hongroise.

« Pour ton anniversaire ? Bien sûr. »

Le barman piocha un bout de viande dans l'assiette de son proche, réprimant des bonnes manières qu'Ambrose aurait pu parier avoir été cousue à même sa personne. Il ressemblait à ces gens qui ne savent trop comment se détacher des convenances et qui les portent toujours en même temps que le reste des vêtements qui couvrent leurs corps. Il s'était peut-être trompé.

« Tu veux que je passe le message aux autres ? Senta et Subaru se plaignent de ne pas assez avoir de tes nouvelles. Je rentre au Japon dès la semaine prochaine pour réintégrer la magnifique machine universitaire, donc, ça ne me poserait pas problème de tout organiser.  »

Ce n'était pas vraiment important.

Une convive fit signe au barman qui s'écarta momentanément de Zakuro pour prendre et servir une commande, réintégrant cette prestance efficace et impersonnelle qui l'avait habillée avant l'arrivée de l'autre. Ambrose le suivit des yeux une seconde avant de reporter ses prunelles sur Zakuro, pianotant sa conscience contre la surface de l'aura magique qui se dégageait de lui.  

Quelque chose, chez lui, clochait.

Mais, trop vite, le barman se rapprochait, troquant son travail pour une dose de bonne compagnie, et  contraignait Ambrose à jongler entre ses curiosités. Les intonations méconnus de leurs voix le gagnèrent et il se remis à écouter passivement les dialogues que les deux hommes se lançaient, se promettant d'investiguer les lieux une fois son travail terminé. Son client finirait bien par se manifester. Bientôt quarante minutes qu'il l'attendait.

Le visage du barman  se contorsionna l'instant d'une seconde, la douceur de ses traits se contractant pour renvoyer une expressivité plus tranchante, ironique. Le sourire qui se mêlait parfaitement aux rayons du soleil qui filtraient à l'intérieur du bar adopta des ton plus sombres, vaseux. Une tache de saleté contre un rapport qui avait, jusque là, semblé très idylliques.

Ambrose ne les enviait soudainement plus.  

« Carter ?  Ta mémoire fonctionne parfois étrangement, Skyperson. », et le regard qu'il jeta à son ami - ou autre, à  ce Sky Individual -  fut lourd de sous-entendus, lourd d'implications sur lesquelles il ne s'attarda toutefois pas. Pas qu'Ambrose eut la possibilité d'en comprendre la provenance ou le sujet.

« Elle est à l'hôpital. Ils ne savent toujours pas exactement ce qu'elle a, mais sa condition s'est stabilisée pour le moment.  »

Crispation, incertitude, dans la solidification d'un malaise, d'un langage corporel qui détonnait avec l'atmosphère. Le barman re-piochait dans l'assiette évidée de Zakuro, glissant son regard sur l'autre avec la sévérité d'un parent qui réprimande.

« Peut-être que ce serait bien, sur ce coup là, que tu remontes le temps. »

Il lâcha un rire visiblement dénué d'humour, glissant sa paume le long du bras de son proche pour venir lui serrer les doigts. L'apposition d'un contact, d'une réalité abordée à demi-mot.

« But Joshua probably already tried, right ?  »

Et le retour de ce Joshua, personnage potentiellement concerné par leurs joies alimentaires et leurs épines émotionnelles. Un individu barbouillé par les ombres projetées par les immeubles de Budapest, un individu qui avait déjà essayé quelque chose, posé un geste. Probablement en vain.
Les gens posaient souvent des gestes en vain.

« A . . . rendezvous ? With whom ? »

Son imaginaire l'ayant momentanément écarté de l'existence des deux hommes, Ambrose laissa sa conscience épouser les contours d'une nouvelle bifurcation. En réponse à Zakuro, le barman s'interrogeait au sujet d'un prétendu rendez-vous, se surprenant - peut-être, Monsieur Meriwether avait de la difficulté à suivre le cours des dialogues - de la raison de la présence de son ami en l'enceinte du bar.

Le colosse, baguettes en bouche, fouilla les poches de son jean pour en extirper un réceptacle familier. La silhouette du téléphone vint titiller les sens d'Ambrose qui leva un sourcil, vaguement excédé, portant son verre à ses lèvres pour réprimer un rire cinglant. Cela faisait près d'une heure qu'il fixait son client, près d'une heure qu'il s'interrogeait au sujet d'un être qu'il lui serait donné d'aborder directement.

L'esquisse d'un sourire se dessina sur ses lèvre.

Au même moment, l'autre se retournait, attrapant sa main dans l'apposition d'une introduction joviale. La réalisation de leur identité s'était faite de manière quasi-simultanée et Ambrose appréciait pouvoir soudainement trouver de l'humour dans une besogne qui s'était, jusque là, empêtrer dans les filets de l'ennui.

« Indeed. »

Il rendit sa poigne à l'individu, délaissant son verre et se redressant, contemplant de manière directe les yeux clairs qu'il avait deviné au travers de la folie des cheveux et de la position du profil.

« You may call me Ambrose. I shall be your intermediary in SEE's stead. Let's get straight to the point. I assume you have the money with you ? »





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Sam 9 Sep - 16:04

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Je vous attendais, donc.
Est-ce que le Ciel n’attend pas, parfois ?

En se posant la question, naïvement intéressé par une réponse qui ne viendra pas d’ailleurs que de son cerveau, Zakuro explore des yeux les reliefs d’un humains aux relents féériques. Il n’est pas tout à fait sûr que l’individu soit une fée, -ce genre de précision s’effectuant notamment après avoir vécu autant de temps en compagnie d’un individu aux yeux violets-, mais se dégage ces radiations un peu trop aiguës, pas assez quelque chose, pour qu’il soit un simple humain, habitué à une une vie simplement humaine. Pas que Zakuro soit émerveillé ; il a simplement autant de considération pour l’autre que s’il était amené à contempler un oiseau rare. Il lui sourit. Doucement. Après tout, il l’a attendu, suffisamment longtemps pour que l’autre se manifeste sous ses yeux. Il peut bien en apprécier le plumage exotique.

« Indeed. »

Une main se tend, et Zakuro l’attrape délicatement. L’autre s’est mis à sourire, sans que Zak n’en connaisse la raison, mais cette forme de ses lèvres est contagieuse.

« You may call me Ambrose. I shall be your intermediary in SEE's stead. Let's get straight to the point. I assume you have the money with you ? »

Hochant de la tête, Zakuro pose son sac sur ses genoux, et en extirpe un porte-monnaie, tout en imaginant la suite des événements qui vont se dérouler sous le joug des prochaines secondes, des prochaines actions. Un glissement d’idées, dans lequel se déroule un petit film aux images prévisibles.  D’ici quelques instants, il aura récupéré les lunettes, les aura payé, et cet homme partira probablement de ce bar après avoir bu son verre. De cette manière,  la rencontre entre eux sera terminée, et il n’y aura plus vraiment besoin d’en parler. Zakuro attrape les billets.

-

Avec une appréciation véritable, Zakuro enfoui dans sa bouche un amas de sensation qui lui rappelle l’académie. Cette temporalité dans laquelle se divise la sienne, celle de Joshua, et d’autres. Mais celle de Lawrence est restée identique, et il a poursuivi la linéarité d’un chemin tout tracé par ses propres actions, détaché. Du bout de ses baguettes, dans un mélange de steak et de nouilles, Zakuro explore les possibilités d’une voie qu’il n’a pas poursuivi, et dans laquelle Lawrence s’est engagé, en les observant aller ailleurs. Il mâchonne. Les doigts de Lawrence viennent picorer, et dans un grondement menaçant, Zakuro vient poignarder les ongles de celui-ci avec le bout de ses baguettes, cherchant à défendre sa nourriture. Il étale ses sucs contre les phalanges de Swan, avant que celui-ci n’amène la nourriture à sa bouche. Et le foudroie des yeux.
Elle est bien ma salive.

« Tu veux que je passe le message aux autres ? Senta et Subaru se plaignent de ne pas assez avoir de tes nouvelles. Je rentre au Japon dès la semaine prochaine pour réintégrer la magnifique machine universitaire, donc, ça ne me poserait pas problème de tout organiser.  »

Avalant fiévreusement ses nouilles, Zakuro sort son portable de sa poche, et ouvre l’application de l’agenda. Il a oublié que la rentrée universitaire japonaise s’approchait aussi vite, et il contemple la date comme un taureau furieux que l’on aurait jeté devant lui.

« Ouais ... »

Zakuro hausse les épaules. Il ne le sait pas, mais partage cette même sensation que Lawrence : ce n’est pas vraiment important. Il ne rajoute rien, et Swan s’écarte le temps d’une commande auprès d’un autre client. Suffisamment longtemps pour que les yeux de Zakuro ne s’accordent qu’à la considération un peu triste du message de Joshua qu’il vient de recevoir. L’ailleurs, l’Espagne, dans lequel s’implante l’autre, le rend étonnamment mélancolique, et dans son esprit sont suggérés des possibles auxquels il ne peut pas vraiment accéder. Son ciel mental devient sombre, pas vraiment noir, mais plus nuageux, et ses yeux perdent accroche à la réalité, le temps d’une mauvaise pensée. Puis le soleil réapparaît.

« [color:4cdb=#steelblue]Carter ?  Ta mémoire fonctionne parfois étrangement, Skyperson. »

Zakuro quémande une information du regard, et Lawrence se penche sur le comptoir, les coudes près de lui. Il y a dans ses yeux une nuance plus sombre que le ciel dans la tête de Zakuro, et celui-ci a envie d’élever les mains pour saisir les épaules de Lawrence et lui dire qu’il est désolé, qu’il fera plus attention à ses mots. Lawrence esquive cet assaut, et assène une réalité qu’un côté de Zakuro, trop puéril, a du mal à supporter : le fait de se tromper, le fait d’avoir mal appréhender la conséquence de ses actes. Pourtant, Lawrence est doux, et rejette la faute sur sa mémoire.

« Elle est à l'hôpital. Ils ne savent toujours pas exactement ce qu'elle a, mais sa condition s'est stabilisée pour le moment.  »

Sa mémoire. Zakuro abaisse le visage, dans un hochement de tête inquiet. Les lignes qui se mélangent, les cordes qui s’emmêlent ; Zakuro s’en veut.

« Peut-être que ce serait bien, sur ce coup là, que tu remontes le temps. »

Il accuse le  coup, du bout des cils, sans oser, les secondes qui suivent, respirer complètement.

« Mm ... »

C’est un fait établi : Zakuro aime Lawrence. Mais en cet instant, c’est un amour tranchant pour lui, car quand l’humain vient poser sa main sur son bras, dans un contact qui asservit ses pensées, qui alourdit plus encore la culpabilité de ce qui se voulait une plaisanterie, un dialogue trop joyeux, Zakuro a envie de disparaître sous la table, sous la terre, sous la matérialité, de fermer les yeux et de se laisser flotter dans l’ailleurs, dans un non-temps où Carter ne meurt pas, où Carter n’est pas une souffrance, un point de convergeance aux réalités qui ne sont plus que possibles, qui deviennent inévitable. Zakuro contemple les ongles de Lawrence, les joues rougies par une honte qui s’étale jusqu’à très profondément dans sa poitrine, et quand Swan murmure que Joshua a probablement déjà essayé, Zakuro a plus mal que jamais. Il n’a même pas entendu la tentative du rire de Lawrence. Les doigts crispés, à contempler des possibilités amères, il laisse la conversation s’orienter de nouveau sur la raison de sa présence. Un pourquoi, qui justifie l’effacement d’autres « comment ».

-
Les billets entre les doigts, comptant la somme attendue, il la pose devant Ambrose. L’homme a t-il déjà rencontré des fées ? Dans cet univers, William serait-il dépaysé, ou simplement détaché ? À ne pas penser à Joshua, à ne pas penser à Carter, cédant à la facilité de hiérarchiser ses émotions, Zakuro s’enquiert cependant d’une dernière dynamique, pour échapper un peu plus longtemps au fait de se remettre à parler avec Lawrence.

« Avant que vous ne partiez... »

Il pourrait très bien écourter leur rencontre, à Ambrose et lui, mais ce serait plonger trop rapidement dans des cordes qui tirent d’autres instants qu’il ne veut voir venir trop tôt. Zakuro tend le bras vers la chaise en arrière, et attrape sa veste qu’il tire jusqu’à lui. Il peut allonger le temps, un peu plus s’il en a envie, juste pour profiter, juste pour faire semblant de flotter ailleurs.

« Ma mère m’a demandé de la débarrasser de ceci. Je suis allé faire un tour sur votre site internet, je me suis dit que je pourrais vous l’amener, si vous y voyez un quelconque intérêt. »

C’est un petit éventail, qu’il dépose directement dans la main pâle de l’homme.

« Selon ma mère, il appartenait à une vieille tante qui était itako. Dans tous les cas, il n’est pas nécessaire que nous le possédions, ma mère et moi. »

Ce n’est qu’un objet, magique ou non. Ce n’est qu’un objet, et Zakuro voudrait n’avoir jamais parlé de Carter.


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