Victoria Machiavel

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Mar 18 Avr - 18:36

Toujours savoir tirer mérite des actes auxquels la nécessité nous contraint
Points : 1635
Messages : 489
Habitation permanente : À Old Fyre, dans l’appartement qu’elle partage avec Tullio Cavaleri. Elle a aussi un appartement en Italie, bien qu’elle n’y soit pas très souvent ces temps-ci.
Occupation : Anciennement détective, maintenant chevalière à temps plein.
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Victoria Machiavel



Toujours savoir tirer mérite des actes auxquels la nécessité nous contraint. - Nicolas Machiavel

Fiche signalétique

 

Nom : Machiavel
Prénom : Victoria
Nationalités : italienne et française

Race : humaine
Âge : 27 ans
Genre : féminin
Orientation : pan

Taille : 1m65
Couleur des cheveux : brun auburn
Couleur des yeux : vert-de-gris
Traits particuliers : une petite cicatrice sur la joue gauche

Dossier de l'ordre

Langues parlées : italien, français et anglais

Habiletés : Grâce à sa formation professionnelle, elle sait se servir très efficacement des armes à feu et elle connait également plusieurs techniques d’autodéfense. Autrement, à cause de son contexte familial, elle a une certaine expertise des artéfacts enchantés et connait assez bien les créatures magiques en général.   

Qualités prédominantes :  Souriante - Franche - Impartiale - Audacieuse
Failles notables : Cynique -  Indiscrète -  Exubérante -  Espiègle

Historique

Victoria a grandi en sachant que les créatures magiques existent ; sa mère collectionnait les objets magiques et son grand-oncle était gardien d’un sanctuaire. Pour cette raison, elle a passé de nombreux étés à s’émerveiller devant les fées et les naïades, quoiqu'elle aime beaucoup moins celles-ci depuis qu'elles ont noyé son oncle Tim.  Son père, quant à lui, se mêlait le moins possible au monde magique qu’il détestait cordialement, tellement qu’elle eut longtemps pensé qu’il y était aveugle.

Ses parents étaient tous deux mi-Français, mi-Italiens, et c'était là peut-être leur seul point commun hormis leur fille Victoria. Celle-ci ne les avait jamais connus ensemble : son père était issu d'une noble famille italienne, plus attachée à son titre qu'à ses enfants. Ainsi, il avait grandi dans un milieu froid et doré pour devenir un capitaine de police stoïque et sévère. Sa mère, frivole, était pour sa part une aventurière sans emploi fixe en provenance d'une petite famille aimante.

Selon ce qu'elle avait pu observer dès son plus jeune âge, son père et sa mère ne se connaissaient pas : du nom des parents de l’autre jusqu’à leur date d’anniversaire, ils étaient de parfaits inconnus. Sa mère lui aura révélé à la fin de son adolescence qu’ils n’étaient jamais même sortis ensemble. En fait, ils s’étaient rencontrés pendant une enquête criminelle, lui, jeune détective ambitieux, elle, consultante à cause de son expertise douteuse, avaient été forcés de travailler ensemble pour déjouer un réseau de contrebande surnaturelle. Ils s’étaient immédiatement détestés, et le sexe n’en avait été que meilleur. Leur aventure d’un soir, supposée célébrer la fin définitive de leur collaboration, avait finalement découlé en sa conception. Depuis, leur rapport n’avait été occasionné que par ce qui traitait de son éducation et de la garde partagée.  

Son père lui avait payé la meilleure éducation dans des écoles privées, et la pression de la familia lui avait inculqué l’étiquette et les bonnes manières d’une époque dépassée. Sa mère, pour sa part, lui avait transmis son grand besoin de liberté et la capacité de rêver.

Tout en étant beaucoup plus proche de sa mère, c’est les traces de son père  qu’elle a suivies vers les forces de l’ordre. Ayant fait les camps militaires depuis l’enfance, elle a été recrutée dans l’armée avec une autorisation parentale à l’âge de 16 ans. Montant rapidement les échelons, elle s’est finalement vue transférée dans la Polizia di Stato à 23 ans, de sorte qu’à l’aube de ses 26 ans, elle était la plus jeune détective médaillée de son Questura.    

Références impeccables, travail impeccable : Victoria a élucidé, sans exception, tous les cas qu’on lui a assignés. En fait, c’est là la seule tâche sur son dossier autrement irréprochable. En effet, par force des choses, elle s’est retrouvée mêlée à des dossiers pour les moins inusités. Des trucs impossibles, voire sordides, que tout autre enquêteur aurait mis dans la pile des arnaques ou des mystères. Comme quoi ça aide beaucoup pour résoudre un crime quand tu sais que ton coupable est un lycanthrope, un troll ermite, ou, son préféré, trois gnomes dans un costume. Elle n’a certainement pas pu les présenter de cette façon à ses supérieurs, mais elle est également douée pour fournir des explications convaincantes, ainsi le poil de loup-garou était devenu un déguisement, sa force monstrueuse, de la dope, etc. Ses méthodes ont fini par être décrites comme non conventionnelles, ses sources, douteuses…Et pourtant on continuait de lui assigner des cas, et des cas de plus en plus importants, quoiqu’à priori étranges.

La plupart de ses collègues l’appréciaient et l’estimaient, mais la fuyaient comme la peste dès qu’on abordait le sujet de lui trouver un partenaire de travail permanent. Quelques-uns, plus râres, étaient jaloux de son succès et se montraient tout simplement dégelasse envers elle. Moins d’un an au paravent, par exemple, elle avait notamment subi du harcèlement sexuel, verbal et tactile, de la part d’un collègue masculin plus âgé. Et, pire, les commérages subséquents faisant atteinte à son intégrité de la part de trois autres collègues. Après plusieurs semaines insupportables à attendre en vain une intervention en réponse à ses nombreux griefs, elle eut fini par régler le problème elle-même à l’aide d’un bibelot enchanté avec un sort d’inattention, soigneusement posé sur le bureau de son harceleur, pour provoquer (avec succès) le renvoi de ce dernier après qu’il ait omis de… Remplir ses rapports … Ranger ses dossiers sensibles …  Verrouiller son arme de service, résultant en un accident fâcheux impliquant un muffin et une imprimante.

Elle en eut tiré beaucoup de satisfaction.

Retour au présent : aujourd’hui, il y avait un jeune homme assis devant elle, la main droite menottée à la poignée métallique d’un tiroir. Il avait un beau visage, avec une mâchoire carrée et de grands yeux munis de cils impossiblement longs, mais il avait aussi les cheveux longs, maladroitement teints en bleu électrique, huileux et dépeignés comme s’il n’avait pas pris de douche après avoir fait du sport dans un milieu chaud et humide. Il portait du jean et du cuir de belle coupe, mais, fidèle à l’ensemble sa personne, sales et usés. Globalement, à 26 ans, il demeurait un adolescent d’apparence et de comportement tout en ayant probablement vécu plus de mésaventures que la majorité des vieillards.

Victoria avait également 26 ans, mais elle portait une chemise blanche, un veston noir, et autour de son cou, un badge de détective. De son côté, une bonne partie de ses mésaventures étaient causées par des gens comme lui ; l’autre partie, par des créatures supernaturelles.  

- Machiavel hein ? Comme dans machiavélique ?  Ça doit être dur pour vous de te faire prendre au sérieux comme un officier de la loi.

Victoria avait poussé un soupir, exaspérée, et pas seulement à cause de sa capacité à la vouvoyer et la tutoyer dans la même phrase.  

- Le mec était ton grand-père ou quelque chose ? Il était comment en vrai ?

Ah. Une chose qu’elle aimerait que tout le monde sache de prime abord : Nicolas Machiavel n’était pas un super vilain, juste un philosophe très cynique. Mais ce qui l’exaspérait le plus, c’était que même si le mec était mort depuis 1527, donc depuis presque 500 ans, on lui demandait systématiquement s’il était son ancêtre proche ou quelque chose. Depuis l’adolescence, elle avait ainsi passé quelques minutes de chaque nouvelle relation (professionnelle, amicale ou romantique, peu importe), a expliqué que, non, elle n’était pas la petite-fille de l’infameux Machiavel, et pas même son arrière, arrière-petite-fille… Et elle le maintenait encore même si, à 22 ans, elle avait finalement découvert avec incrédulité qu’elle était bel et bien sa descendante, quelque chose comme sa vingt fois arrière petite nièce.

- Et si on demeurait sur ton cas Tullio. Tullio Cavaleri. Tullio, Tullio, Tullio. Qu’est-ce qu’on va faire de toi ?

Il la regardait, les yeux vaseux, visiblement perturbé d’entendre son nom répété de la sorte. Il n’en fallait pas plus à Victoria pour évaluer à quel point il était intoxiqué : comme une truite dans un déversement de pétrole.

D’un air sévère, elle ouvrit le dossier qui lui avait été refilé en même temps que le jeune homme lui-même.  

- Merde, c’est pas moi. J’ai rien fait. J’ai essayé d’le dire à l’autre conne, mais… L’autre dame, pardon, mais elle a …

- L’autre dame, hein ?  Quelle autre dame ? Et laisse-moi le temps de lire ton dossier avant de te défendre, tu ne t’aides pas en ce moment… Dit-elle en glissant les yeux sur les papiers.

- L’autre. La meuf en rose.

Victoria leva soudainement les yeux pour découvrir, sans surprise, que la meuf en rose en question était plantée comme un cocotier blond à l’autre extrême de la pièce, en train de placoter et de ricaner avec deux autres collègues. Un sourire narquois aux lèvres, elle reprit sa lecture. Ce dossier allait être une vraie blague.

- Donc. Vol d’un magasin de bonbons ? Original. Dit-elle enfin en refermant le dossier.

- Non sérieux. J’ai rien volé. Je. Ça doit être écrit q’j’ai même pas touché à la caisse. J’ai juste …

- Tu as été pris dans la réserve en train de fouiller dans les bacs de baies suédoises, selon mon rapport.

- … C’était des cerises en gélatine, mais …

- Ah. Oui. Voilà qui règle tout !

- Non. Non. Non. Je. Je n’étais pas là pour voler rien. Je n’aurais pas dû être là, mais c’était parce que … Il détourna soudainement les yeux.

- …Parce que ?

Silence.

- Tullio ?

- … J’avais perdu un truc, et je devais le récupérer.

- Perdu un truc ? Dans la réserve d’un magasin, dans un bac de bonbons ? …Et quel genre de truc, dis-moi ?

- … Une montre qui appartenait à mon père.

- Que tu as donc perdue dans la réserve du magasin… Ou bien est-ce que c’était dans l’usine de bonbon ? Tullio leva finalement les yeux vers elle. Après ses piques moqueuses, elle se serait attendue à y trouver de la colère, au lieu de quoi, quelque chose bordant le désespoir. Sa propre expression s’adoucit quelque peu.

- … On me l’a volée.

- Ah ? Vraiment ? Dit-elle en se saisissant d’un calepin et d’un stylo.

- Les … Les lutins.

Haussant des sourcils, elle arrêta net sa plume qui sur le papier gris était en train de noter la possibilité d’un vol de montre.

- Les lutins ?

- Les lutins ! Merde. Y’en a une infestation dans ce quartier. Je savais que ce n’était pas une bonne idée d’y aller, mais …

- Tullio.

- Et puis la vermine m’a volé ma montre pendant que j’étais stone et  …

- Tullio. Stop.

- Et puis le magasin de bonbon…

- Tullio !

- Et cette saloperie m’a mordue et j’ai même pas retrouvé ma montre, mais la police est arrivée. Disant cela, il son tortilla son poignet dans la menotte pour faire descendre sa manche sur son avant-bras. Et on ne me croit jamais, même si cette fois j’ai la preuve que …

Stupéfaite, Victoria attrapa son bras pour observer les marques étranges qui le creusait ; de son côté, Tullio avait soudainement cessé de parler, le contact physique l’interpelant plus que toute chose qu’elle aurait pu dire. Entre les tatouages les cicatrices et les marques d’aiguilles, une blessure ronde, formée de plusieurs petits trous, ressemblaient bel et bien à une morsure.

- Y disent que c’était un rat, mais …

- Tullio. Shoush… Ta montre… Elle est faite de quoi ?

- En argent, mais … Dit-il, interloqué par la question. Il la dévisageait maintenant, sans rien dire. De son côté, elle observait la morsure en pinçant des lèvres, soupirant, roulant des yeux, soupirant à nouveau.

- Tu me crois. Dit-il d’un ton perplexe. Oh my fucking god. Tu me crois ! S’exclama-t-il ensuite avec joie, en essayant de se lever malgré les menottes.

- Non. Non, Shoush. Assis. Dit-elle en le repoussant sur la chaise. Regardant autour d’elle, elle aperçut les regards interrogateurs et amusés de plusieurs collègues.

- Ok. Reste calme... Dit-elle ensuite tout bas. Et dit moi exactement où tu as…perdu ta montre.

- … Tu. Ah. Ahahahahahahahaha. Le jeune homme riait doucement tout en semblant presque essoufflé entre l’incrédulité, le soulagement et une joie sincère.

Victoria n’était pas amusée. Ce qui l’intriguait le plus dans cette histoire, ce n’était pas les lutins et leurs possibles vols de montres : il faudrait d’ailleurs vraiment être con pour essayer de récupérer quoique ce soit à cette vermine. Non, ce qui l’inquiétait, c’était que Tullio puisse les voir. Ce fait impliquait qu’une drogue permettant aux mortels de voir les créatures magiques circulait dans les rues. C’était une possibilité terrifiante : pour les mortels, pour les créatures, et surtout, pour son travail. Putain, il était hors de question que tous les toxicomanes de sa ville commencent à interagir avec des gobelins et des trolls : elle avait déjà assez d’enquêtes étranges sur les bras comme ça.  

Au nom de son devoir de consultante, elle avait laissé Tullio menotté à son bureau pendant quelques heures le temps de rentrer chez elle, de téléphoner à sa mère, de prendre une douche, de téléphoner à plusieurs autres contacts qui faisaient partie des chevaliers de l’aube, de manger, de téléphoner à sa cousine qui était la gardienne d’Old Fyre, etc.

Lorsqu’elle revint à la station, Tullio dormait inconfortablement sur sa chaise.    

Elle déposa un café à côté de lui.

- Ok écoute. Je vais m’arranger pour qu’on laisse passer cette petite mésaventure…Dit-elle tout haut. Parce que je te crois.  Continua-t-elle presque en murmurant. Mais il va falloir que tu fasses quelque chose pour moi en échange : laisse-moi t’accompagner dans les rues, j’ai besoin d’aller au fond de cette histoire… De lutins. De drogue, plutôt, mais elle savait mieux que de menacer un toxicomane de faire disparaitre sa dope.

Ainsi, l’importante chasse aux drogues magiques de Victoria et des chevaliers de l’aube était, aux yeux de Tullio, une chasse aux lutins, et aux yeux des patrons de Victoria, une chasse aux stupéfiants normaux.

Le lendemain matin, elle avait troqué son cuir et ses bottes hautes pour des vieilles fringues trouées issues de son adolescence. Pendant quatre jours, ils avaient erré ensemble dans les rues, sans trouver ni lutins ni dealeurs. Tullio s’était révélé être de bonne compagnie, partageant avec elle ses gouts musicaux et une surprenante fascination pour la biologie végétale.  Plus elle l’écoutait, plus il prenait les airs d’un enfant qui avait cruellement manqué d’affection.

Le cinquième jour, il n’était pas venu la rejoindre. Elle avait donc circulé dans sa piquerie habituelle en regardant curieusement les corps gourds des drogués qui dormaient çà et là sur des futons miteux… voire à même le sol.

Tullio était un peu à part, éveillé, mais égaré dans un trip tout juste commencé.

- Espèce de toi. Merde.

Il n’avait presque pas consommé dans les derniers jours et elle avait naïvement cru qu’il ne le ferait plus d’autant qu’elle lui accordait son attention, qu’elle lui témoignait avoir besoin de lui. Irritée, elle s’était finalement assise près de son ami sur un vieux matelas brun taché de rose.

En peu de temps, elle s’était repliée sur elle-même en écoutant les gémissements ambiants, et observant, qu’au sol, les aiguilles avaient l’air de tout sauf de stériles.

Tullio s’était finalement endormi en se blottissant contre ses jambes.

Plusieurs minutes plus tard, à quelques mètres d’eux, une fille s’était mise à vomir, après quoi elle s’était roulée dedans avant de se rendormir paisiblement. Victoria réalisa alors que le matelas sur lequel ils étaient devait autrefois être blanc.

Elle jouait distraitement dans les cheveux bleus de Tullio lorsque, à l’autre bout de la pièce, une porte s’ouvrit brusquement sur deux énergumènes. Se faisant toute petite, elle les observa de loin pendant qu’ils fouillaient la pièce ; ils portaient des costards noirs et gris ; pendant qu’ils échangeaient argent contre fioles ; ils avaient des bijoux en or, des colliers, des bagues, des montres ; pendant qu’ils  commençaient à donner des coups de pieds à un mec en particulier ; l’un avait un tatouage vraiment stéréotypé dans le cou ; pendant qu’ils s’en éloignaient ; l’autre avait une vilaine cicatrice sur la joue ; pendant qu’ils …

Bang.

Détendant chaque muscle pour feindre être en plein high, elle observait toujours pendant qu’ils quittaient la pièce, laissant derrière eux des junkies agités. Et un mort.

Tullio s’était notamment redressé en panique, mais Victoria l’avait tiré près d’elle et immobilisé jusqu’à entendre s’éloigner une voiture qui avait été stationnée juste devant l’immeuble.  

Ensuite, elle l’avait sorti du trou malgré ses protestations. Dehors, elle aperçut sans difficulté un individu qui les observait à une distance respectueuse. Elle lui indiqua l’immeuble alors qu’elle entrainait Tullio sur la rue. Sans savoir qui il était exactement, elle savait que c’était assurément un chevalier envoyé par l’ordre et elle lui faisait confiance pour évaluer la situation et prévenir la police à sa place au moment opportun.

Tullio était resté chez elle pour quelques jours après ça. Il aurait personnellement préféré retourner dans la rue, mais il était hors de question qu’elle le laisse retourner sur la scène du crime pour le moment. Chez elle, il fut majoritairement misérable : le manque ne lui allait pas bien. Après deux jours de sevrage seulement, il était devenu fiévreux et nauséeux. Victoria avait fini par prendre congé afin de surveiller sa désintoxication, mais aussi pour suivre les avancements des chevaliers, qui, pour le moment, tournaient en rond. En tout cas, les fioles récupérées dans la piquerie n’avaient rien de magique, même si Tullio avait confirmé, d’après ses descriptions physiques, que c’était bien ses dealeurs habituels.

Une fois Tullio fonctionnel, ils étaient retournés patrouiller. Après avoir eu le feu vert de la part des chevaliers, ils étaient même passés à la piquerie où il n’y avait plus une seule trace du meurtre, pas même dans l’attitude des habitués qui vaquaient à leurs consommations comme s’ils n’avaient rien vu.

Victoria avait commencé à discrètement volé des échantillons des différentes drogues trainant ci et là, mais ils étaient vite sortis parce que Tullio n’avait pas l’air très à l’aise.

En sortant, elle constat d’ailleurs éprouver des remords et de l’anticipation : jusqu’à maintenant, il lui avait posé beaucoup de questions sur les créatures enchantées et le monde magique en général, questions auxquelles elle avait répondu de façon évasive afin d’éviter de compromettre l’ordre de l’aube. Sa culpabilité venait du fait qu’elle l’avait forcé à sortir de sa routine et à tempérer sa consommation, seulement pour l’entrainer dans la rue où il serait exposé à toutes les tentations du monde sans qu’il ne sache vraiment pourquoi. Et après ? Quand tout serait fini et qu’elle n’aurait plus de raisons de le garder auprès d’elle, elle allait devoir le renvoyer à ce mode de vie duquel elle l’avait extirpé de force, et avec le fardeau supplémentaire d’un secret qu’il ne pourrait jamais plus ignorer.

Autour d’eux, les immeubles miteux défilaient comme les minutes et les heures.  

- Toria ! En l’interpelant, il avait bifurqué sur la gauche dans une ruelle avec des portes condamnées. Toria : les luntins ! Regarde !

Et aussi certainement que sa conviction, une petite créature vaguement humanoïde se faufila entre leurs pieds pour entrer dans la craque d’une porte.

Victoria l’avait vu tel qu’il était parce qu’elle avait consommé du beurre de morse ce matin-là, mais Tullio… Elle l’avait surveillé de près et la drogue volée était assurément scellée dans ses poches ; Tullio était sobre.

Sa stupéfaction explosa soudainement en une compréhension grandiose.

- Putain de merde. Mais ce n’est pas la drogue : c’est toi. Tu … Mais en fait….Tu es touché par les fées. Merrrrrde.

- J’suis quoi ? Détournant les yeux de la porte barricadée, il la regardait désormais, perplexe, nerveux.

Victoria éclata de rire.  
 
- Oh mais. Ahahaha. Ah. Je. Pardon. Ah ah. Je ne devrais pas ri’. Ahahahaha. Merde. Mais maintenant je sais pourquoi ta vie est autant de la merde. Ahahahhaha.

- Qu’quoi ?

- Mais tu as vraiment dû penser que tu étais cinglé toute ta vie en fait. Dit-elle, des échos de rire demeurant encore dans chaque nouveau mot prononcé.  Tullio, ça va tellement faciliter ta vie. Continua-t-elle après avoir soudainement réalisé qu’il allait probablement pouvoir recevoir du support de l’ordre de l’aube à cause de cet état rare et protégé.

- Mais de quoi tu p’a …

Devant eux, la porte supposément condamnée s’ouvrit soudainement.  Figés comme des cerfs devant les phares d’une voiture, ils étaient soudainement en tête à tête avec un homme qui en avait une très moche… Et avec dans le cou un tatouage vraiment stéréotypé… Vraiment familier.

- Toi. Ça fait des jours que tu n’es pas venu pour ta dose.

Et disant cela à Tullio, il contempla Victoria d’un air dédaigneux, puis, haineux.

- Et toi. TOI.  

Le mec leva son arme.

- T’es la sale pute qui a arrêté Jim.

Il tira, mais Victoria avait eu le temps de dévier son tir avec un coup de poing bien placé sur le coude. La balle s’était fichée avec un grand éclat dans le mur.

- POULETS. Cria-t-il. Derrière lui, on s’activait audiblement. Quelques secondes plus tard, plusieurs portes avaient été ouvertes autour d’eux.
 
- C’est la conne qui a arrêté Jim. Laçant-il aux autres. Victoria avait maintenant les bras levés pour prouver qu’elle n’était pas armée… Ce qui ne lui amena pas grand-chose, puisque cinq fusils étaient maintenant braqués sur elle. Tullio s’était reculé contre le mur, paralysé d’horreur.

C’est  ce qu’on aurait pu surnommer… Un gang bang. En pensant cela, elle s’attendait à ce qu’on la tue pour son mauvais sens de l’humour. Bien entendu, aucun d’entre eux ne pouvait lire ses pensées, et la scène était figée dans une immobilité quasi surnaturelle.

- Messieurs…

Le fusil sous son nez s’agita et elle se tut à nouveau, avant de continuer précautionneusement.

- Et si on faisait une entente. Pas de réponse.

- Nous n’étions pas ici pour vous. Le fusil s’agita à nouveau.

- On vous laisse ranger vos effets personnels et partir, on part après vous. Personne ne se fait arrêter, personne ne se retrouve dans la merde pour avoir flingué une…poule.

Cou-Tatoué semblait réfléchir.

Victoria replaçait peu à peu le fameux Jim dont il avait parlé : un sale type qui avait commencé à vendre des drogues absolument dégueulasse à des clientèles fragiles : des adolescences et des personnes âgées surtout. Après l’overdose d’un enfant le 14, neveu d’un sergent, tout son Questura avait été mis sur le dossier, et, bien qu’elle n’ait pas fait l’arrestation elle-même, elle avait bien été sur place pendant celle-ci et elle avait aidé son collègue à le trainer menotté dans la rue, sous le feu des caméras.    

Elle voyait dans ses yeux qu’il avait vraiment envie de la tuer, toutefois, il hésitait encore : les gangs étaient impitoyables avec ceux qui les menaçaient, mais d’avoir le sang d’une policière sur les mains compliquerait leurs opérations.

Au final, elle avait été séquestrée dans un local abandonné, ce qui en soi n’était pas le pire scénario possible… Jusqu’à ce qu’un chevalier de l’aube vienne la sortir du pétrin, et qu’ils croisent à la sortie deux collègues policiers qui avaient été avisés par Tullio de sa situation périlleuse. Voyant le chevalier armé, un des collègues avait tiré et son sauveteur s’était pris une balle dans l’épaule.  

Il avait dû être amené à l’hôpital, et l’incident avait dû être reporté.

Bref, en essayant de pourchasser discrètement une bande de trafiqueurs de drogues (magiques, mais finalement, pas du tout) tout en feignant de chercher des lutins dans un quartier qui était infesté par les deux, elle avait, naturellement, fini par trouver les deux. En même temps. L’incident aurait facilement pu passer inaperçu, si ce n’était du chevalier blessé qui, en plus de lui faire ressentir beaucoup de culpabilité, avait involontairement amené ses supérieurs à lui mener la vie dure.
Deux semaines plus tard, après une enquête interne, elle avait finalement été appelée à rencontre son questore.

- Enquête personnelle, inclusion d’un civil, possession de drogues non déclarées, s’allier avec un groupe externe. C’est inacceptable Machiavel. INACCEPTABLE.

- … J’ai seulement fait ce que j’ai cru bon afin de …

- INACCEPTABLE.

- Vous avez raison. Je... Je peux tout expliquer …

- Je me fous de ce que votre père peut en dire, ou des rapports qui nous ont été envoyés par…

- Vous… Je. Je ne voulais pas nuire au département. J’ai dû collaborer avec l’ordre afin de…C’est… Compliqué.  

- Oh mais je sais exactement ce que vous étiez en train de faire.

- Non. C’est-à-dire que. L’ordre …

- Pensez-vous vraiment que je ne sais pas ce qui se passe avec l’ordre ?

- Vous …

- Tous les cas qu’on vous a refilés, Machiavel. Pensez-y.

- Mais alors vous …

Il s’était mis à rire.

- Ce ne sont pas vos motifs que je questionne, mais votre échec et ce que vous auriez pu nous couter.

- …Quoi ?

- L’incident a été rapporté par vos collègues. Vous êtes présentement dans les mires de nos supérieurs, ce qui fait que JE suis dans les mires. C’est inacceptable. Vous comprenez que …

- Mais vous saviez...

- Vous êtes démise de vos fonctions pour deux mois sans solde et …

- Vous saviez tout depuis le début et vous ne m’avez jamais …

Jamais aidé ; toujours mise dans des situations dangereuses et délicates ; forcée à mener une double vie alors qu’elle aurait tout donné pour pouvoir dissocier le monde enchanté de sa vie civile. Le questore continuait de l’engueuler, mais elle ne faisait que le regarder avec une répugnance sourde.

Qu’est-ce qui l’avait amenée à choisir ce métier déjà ? Le respect ? La droiture ? La justice ?

Un sourire crispé sur les joues, elle s’était levée en ignorant ce que son supérieur continuait de lui cracher au visage, puis elle était sortie de son bureau pendant qu’il commençait à crier.  
Tonton Machiavel serait fier.

Le soir même, elle retrouva Tullio devant sa porte, complètement high.

Le lendemain matin, alors qu’il était en train de dégriser dans sa baignoire vide, elle appela le quartier général de l’ordre.

- C’est moi. Oui… Oui… Non… Oui... Je…Non. Je pense qu’il est temps pour moi de rejoindre l’ordre pour de bon. Oui. Oui. Hrrr…Non ? Ah, oui. Parfait.

Oh. Et j’amène un civil avec moi. Il semble être touché par les fées. Je ne sais pas si ça va l’intéresser d’être chevalier…Peut-être. Oui. Ok parfait. Oui.

À demain.  



 


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